‹ Recherches bibliques (volume 2)Chapitre 99 sur 140 · J. — XXII · texte numérisé non relu

J. — XXII

Comme M, Duhm, nous voyons dans le groupe 1-7 une description d'événements futurs, et dans 8-14 un récit d'événem'ents passés, mais nous lui contestons le droit de séparer

qui le distingue, Isaïe, en faisant précéder la descripti faits passés (8-14) par celle d'événements entrevus ( considérablement rehaussé l'effet de son discours, dont rogation du verset initial et l'âpreté implacable du vers ont achevé de faire un morceau incomparable.

Voici quelques remarques qui faciliteront Tintellige ce texte, obscurci par un certain nombre de corruptions salem est en liesse; après avoir fait du vacarme dans le on monte sur les toits pour voir la rentrée triomphante ( méequi, d'après les rumeurs publiques, aurait victorien repoussé les envahisseurs (1-2 a). Le prophète les détr ce qui va venir est un convoi transportant les cadav gens qui n'ont même pas eu l'honneur de combattre poi patrie (2 b). Le verset donne des renseignements sur de cette armée qui devait défendre les approches de U taie. Au lieu de ■j'ïi^vp» * ^^^, ^^^^^ ^> Q^^ ^^ saurait parallèle à n^xVDJ (^''V^SX* Septante, Duhm, n'est pas € ceux des tiens qui s'y trouvaient >, il faut probablemi rrijjj^^ « ceux des tiens qui sont sortis » récemment de

pour renforcer les troupes déjà placées aux alentours, deux troupes, l'une, s'étant aussitôt débandée à la l'ennemi, s'est fait transpercer (în^T pour Tinv) sans

se défendre avec l'arc (nit^pD)? l'autre s'est laissé faii sonnière également après une longue fuite. Le prophè consolable (4) de tant de malheur et de honte, peint e jour du suprême trouble, lorsque, à Gê Hizzâyôn-Jéru les sapeurs ennemis commenceront leurs opérations de litîon sous le cri sauvage c à la montagne! > (5). La tei d'empêcher cette œuvre de destruction en faisant des ne sera pas possible ; ceux qui s'y hasarderaient trouve les guerriers ennemis, et parmi eux, les auxiliaires d' d'Aram (53-1^ pour mx) ^^ ^^ Q^'' (6)> Pï'êts à la charg dirigeant vers la grande porte (7). La seconde partie est ( à l'exception du verbe jan^xi (^) Q^^ laisse en suspens 1 position, laquelle ne se relie pas à la phrase suivani lisant nriKS"!» « vous avez réparé > (I Rois, xviii, 30),

Si on laisse de côté le mot j{«>j, « vallée», dont Temploî se justifie par le désir du poète de former une antithèse avec -),*], € montagne » (5), le nom symbolique de Jérusalem est uniquement rt^^n» • vision ». Les commentateurs rabbiniques

entendent par cette désignation < la ville des prophéties », tandis que Dillmann,^ d'accord avec les auteurs qu'il cite, y voit le nom du quartier de la ville basse où habitait le prophète. Le caractère peu satisfaisant de ces explications saute aux yeux et se passe de tout autre argument. La solution de l'énigme réside dans les suffixes féminins des participes n'^tî^y et n"iV^ ('H)? qui se rapportent clairement à Jérusalem mentionnée au verset précédent, et ne doivent nullement être entendus dans un sens neutre comprenant l'ensemble d'objets indéterminés, comme l'admet M. Duhm, qui en tire une thèse prophétique peu en situation dans cet endroit. Le prophète reproche simplement aux Hiérosolymitains de soigner matériellement la ville sans invoquer en même temps Yahwé, qui en est le véritable auteur et organisateur depuis le début de la nationalité juive (piniD» c^- Jérémie, xxxi, 3). On sait que le prestige de Jérusalem sur les autres sanctuaires de la Palestine n'est formellement annoncé que dans la Genèse, xxii, 1 0, qui, jouant sur le nom de n^-^o qui forme assonance avec n^ nXHD» ^ vu ï^^^ Yahwé », et probablement aussi sur D^tl^lT assimilé à Q^Hf-riXT» «le Parfait le voit », fait nommer l'endroit par Abraham nXT HliT' ^ (ville) que Yahwé voit », c'est-à-dire « contemple avec plaisir ». Isaïe exprime l'idée du prestige attaché à Jérusalem par le nom abstrait et symbolique fvin» ^ vue, vision », une forme abstraite tirée du verbe -]jç-| n'étant pas usitée en ancien hébreu. Comparez Isaïe, xxxiii, 20, où les verbes synonymes p|ip| et nxn sont mis en rapport l'un avec Sion, l'autre avec Jérusalem. Bref, le nom religieux p^ipi de Sion-Jérusalem repose sur

l'étymologie traditionnelle présentée par l'auteur d'un récit pentateutique que Técole grafienne regarde comme une composition de pièces yahwéistes et élohistes, composition qui ne peut donc pas avoir été produite peu de temps avant l'exil,

tre Mardukbaliddin, roi de Babylone. Une partie notable de deux cent huit niille prisonniers qu'il emmena en Assyrie s composait d'Élamites et de diverses tribus araméennes (Arami engagés au service du monarque babylonien. L'exactitude his torique n'est donc pas contraire à la possibilité que les troi peuples en question aient grossi l'armée de Sennachérib. C qui paraît énigmatique, c'est le fait qu'Isaïe ait trouvé intéres sant de les distinguer particulièrement des autres troupes as syriennes. La clarté renaît quand on reconnaît que le prophèt a voulu donner du relief à sa vision en mettant en vedette le peuples sémitiques qui sont mentionnés avec les Assyriens dan la Genèse, x, 22. La série y est Élam, Assur, Arphaksad Lud, Aram, où Lud, ^^^, est sans aucun doute l'altératio de -j'ïp, Qîr; Isaïe, conformément à la situation, en a élimin Assur, qui était l'ennemi principal, et Arphaksad, qui repré sentait la souche même des Abrahamides ; les trois autres oe été conservés. Le hasard n'a probablement pas plus confirm les prévisions du prophète sur ce point ethnographique qu sur la marche tracée d'avance pour Tarmée assyrienne dan X, 28-32. Le récit de II Rois, xviii, 17, ne mentionne pas ce peuplades ; il est même certain que les sapeurs assyriens n'on jamais mis la main à leur œuvre destructive près des murs d Jérusalem {ibid.,x\x, 32-33; Isaïe, xxxvii, 32). L'intéré littéraire prime ici l'intérêt historique. Nous nous contenton de savoir que la liste généalogique des Sémites orientaux d la Genèse, x, 22, que Técole grafienne attribue à l'auteur sa cordotal ou A, a été connue et exploitée par Isaïe. Cela sufli pour justifier les réserves que ses affirmations dogmatiques nou inspirent en maintes occasions.

K. — xxiii.

L'état de conservation de ce texte laisse beaucoup à désire et plusieurs versets ne présentent aucun sens imaginable. Mai tandis que Dillmann, en relevant un grand nombre d'expressions isaïques, y voit un noyau authentique remanié par ur auteur contemporain de Jérémie, M. Duhm le regarde commi

XLvm, 41 ; xlix, 22), ils trembleront à la nouvelle concernant Tyr » .

Verset 8. riTDJ^lDn» ^ ^"^ procure des couronnes » faisant partie des parures portées par les riches.

Verset 10, Lisez; n^jjç au lieu de -jK'^^. — ntD» ^ ceinture ornée » (Psaumes, cix, 19), article important du commerce phénicien (Proverbes, xxxi, 24), est ici le symbole du commerce en général. Cependant la leçon ^^q pour n^j^ ®st plus

probable.

Verset 1 1 . Lire ntVlO ^^pb ^" '^^^ ^^ ♦T'iîyD HDE^b ' cf. V. 14.

Verset 12* Résumé des pensées contenues au verset 7. Il s'agit de Tyr, mais lexpression k vierge fille deSidon » au lieu de « vierge fille de Tyr » a été déterminée par Tépithète de € courtisane j) que le poète lui donne dans 16-18,

Verset 13. Annonce de la destruction de la Chaldée, c'està-dire de Babylone, par les Assyriens. — yiX» sous-entendu 2UfS; cf. XVIII, 1. — n^T iÔ impossible; lisez n\T î^XD>

< s'est évanoui, a disparu » (Isaïe, xli, 11-12); la leçon abrégée 'jç^ a été mal corrigée en ^^. — ^ ^pi signifie (( destiner à » (Habacuc, i, 12). — D^'^V? * animaux du désert » (isaïe, xiit, 21). — ID^pH iinpossible, lisez îiûtl^n,

« ont ruiné ». — mij^» faute pour .i"iyny, « ont sapé »

(Jérémie, li, 50).

Verset 1 5. La locution n^T^n DV2 H^m "marque ici le point de départ : < à partir de ce jour » (cf. x, 20), à savoir, le jour où Tyr fut occupée par les brigands (v, 1). — nriDE^iV ^ sous-entendre n^nn- — *inX "]bû> ^^ ^^ certain roi », allusion visible à quelque roi fabuleux que la légende faisait revenir après soixante-dix ans d'absence. — nTlî^D» allégement de r)Tt£^239 * comme (ce qui est dit dans) le chant de la courtisane » (Dillmann). Le verset suivant donne cette chansonnette populaire.

Verset 17. Les épithètes péjoratives du commerce pnX ^^

13. Voici (les gens de) la Chaldée (= Babylone), ce peuple n'existe

plus; Assur a destiné (Babylone) aux animaux du désert ; Il a démoli ses forteresses, a sapé ses palais, l'a changée en

ruine.

14. Gémissez, navigateurs de Tarsis, car votre citadelle a été

ravagée !

15. Dès lors Tyr restera oubliée pendant soixante-dix ans, la durée

d'un certain roi.

Après cet intervalle, il arrivera à Tyr ce qui se dit dans la chanson de la courtisane :

16. a Prends le kinnor, parcours la ville, courtisane oubliée,

« Joue bien, chante beaucoup, afin qu'on se souvienne de toi ! »

17 . A la fin des soixante-dix ans, Yahwé visitera Tyr, qui reprendra

son (ancien) gain Et aura des rapports avec tous les royaumes de la terre.

18. Mais le gain de son commerce sera consacré à Yahwé, On ne le mettra ni dans les trésors, ni dans les magasins;

Il sera (donné) à ceux qui sont assis devant (la maison de) Yahwé,

Afin qu'ils aient à manger à satiété et à s'habiller magnifiquement.

Nous avons conservé le texte dans son intégralité, et cependant rien ne vient troubler Tunité de la conception, qui a été une vraie pierre d'achoppement pour les commentateurs modernes. Le verset 13, si malmené par des interprètes ahuris, contient la donnée la plus historique du morceau entier. Les Tyro-Sidoniens, comme les Judéens du temps d'Ézéchias (il Rois, XX, 12-13), comptaient sur la victoire des Babyloniens sur les Assyriens pour obliger ces derniers à retirer leurs troupes des pays occidentaux, et par conséquent aussi de la Phénicie. Le prophète leur enlève cette mince lueur d'espérance en leur annonçant la destruction totale de Babylone par l'ennemi commun, Assur, qui, tenant garnison à Tyr, ne permettra pas aux réfugiés et aux navigateurs de reprendre possession de leurs habitations et de continuer leur commerce. Tyr, à défaut de tout trafic, restera dans le marasme pendant soixante-dix ans, et ce n'est qu'après ce laps de temps qu'elle aura assez d'énergie pour refaire son ancienne clientèle. Mais alors le profit net réalisé par son commerce ne sera pas thésaurisé dans un but éfi:oïste ; il formera un fonds destiné à être

aucun trait rédactionnel qui indique un style incompatible avec celui des pièces reconnues comme authentiques, nous n'hésitons pas à l'attribuer à Isaie r% tout en faisant remarquer que l'appartenance à un autre contemporain, si elle pouvait être démontrée, ne changerait rien au fond de notre résultat.

Il est temps de procéder à des considérations de littérature comparée. L'utilité nous est recommandée d'abord par l'échange constant dans cette prophétie entre Tyr et Sidon (2, 4, 12). Les amateurs d'interpolations mettent cette confusion sur le compte du pieux fraudeur, comme si la fraude était inséparable de la niaiserie. Nous avons déjà dit précédemment que notre prophète emploie le nom de Sidon dans le sens large de « Phénicie >, qui appartient en propre au terme « Chanaan » (11). Il reste à trouver la source de cette désignation qui, à ce que nous sachions jusqu'à présent, n'a pas été en usage chez les Phéniciens. Elle se trouve dans la liste des fils de Chanaan delà Genèse, x, 15 et suivants, où Sidon est donné comme l'aîné de Chanaan et où Tyr n'est point mentionné. C'est la cause visible de la presque équivalence admise pour les deux noms géographiques. Ajoutons que l'emploi exceptionnel de Chanaan au lieu de Sidon au verset 1 1 a pour but d'éviter l'équivoque qu'il s'agit peut-être d'une citadelle particulière de la ville de Sidon. Partout ailleurs, ainsi que je viens de le dire, Sidon désigne tout le territoire phénicien.

Un autre point mérite également notre attention. L'île de Chypre, ïa^^nD» ^st regardée comme un pays éloigné où les Tyriens ne peuvent trouver qu'un asile temporaire (p^rnD Djb)'^ le prophète savait donc que la population de cette île, quoique ayant reçu de bonne heure un notable contingent d'éléments phéniciens organisés en royaume, consistait en un fonds ethnique très différent. On ne saurait attribuer une connaissance ethnographique si exacte à des renseignements puisés à bonne source par la curiosité scientifique du voyant hiérosolymitain. Il semble plus raisonnable de supposer qu'il a simplement pris cette notion dans la liste des Japhétites de la Genèse, x, 4, où q^hD figure parmi les fils de Yâwân, c està-dire de la race grecque. La connaissance montrée par les prophètes relativement à l'origine des Araméens (Amos, ix, 7;

vera (qw^ pour riDn^' Q"î ^^ ^^ ^^^ î^^ prendre en grâce et se dressera pour v car Yahwé est un Dieu de justice; heure rent en lui. » L*affirmation de M. Duhm est Taddition du rédacteur qui cherche 11* siècle par l'indication de l'arrivée d simplement de sa conception erronée de tique comme étant aussi dogmatique qu et du christianisme. Matériellement inex que voici : « Le < c'est pourquoi » (p^ complètement impossible comme conti qu'on ne peut qu'admettre que l'autei la vue tournée plutôt vers son propre su suiv., que sur le texte de l'ancien propb a évidemment gâté le grammairien et d'après M. Duhm, on s'attend à n^n^j -]^-)*10! En revanche, l'expression i; n^lPIKD» * ^^^ oreilles écouteront la par toi », ne saurait être maintenue, parce suivis du laboureur qui les dirige (Dilln qui suit ses enfants (Duhm) ne sont pas labour ne sont pas dirigés par la paroh cordes et de l'aiguillon ; d'autre part, 1< fants par la main au lieu de les laisser sol raboteux où ils risquent de tomber i idée est d'ailleurs en contradiction avec dent, d'après laquelle le regard du peu directeur (Dieu représenté par le prop me semble devoir être tj^i^jo -)3T, « (

dront) la parole de ton maître » . Gela f reproche d'être des enfants qui refusen ment de Yahwé (mn"» mW ^ti]i/ qu'avec la phrase équivalente ,-|î-| -^^^ où il faut certainement lire -i^-i-^ i;

vous rejetez la parole de Yahwé > .

Tout soupçon sur l'authenticité de ce

Au verset 26 il est question de la septuple augmentation de la lumière du soleil. Cette idée est exprimée par les mots D^D^^ nyStt/ "IIKD D^nj^ait^; * sept fois, comme la lumière des sept jours >. Les commentateurs modernes font abstraction de l'article de w^^^Jl ^^ traduisent : « comme la lumière de sept jours », c'est-à-dire additionnés ensemble. Mais, outre l'inexactitude de l'image, car sept jours nuageux peuvent fournir moins de matière lumineuse qu'un seul jour clair, D^nVSlî^ seul est suffisamment clair et surtout plus énergique que cette plate multiplication. En réalité, l'expression < comme la lumière des sept jours i» fait distinctement allusion à la lumière par laquelle Dieu inaugura les sept jours de la création (Genèse, I, 3), et dont une partie sert à alimenter les luminaires célestes (ibid.^ 14-18). La nécessité de créer de nouveaux hommes pour qu'ils puissent supporter la lumière augmentée (Duhm) est le produit du dogmatisme rationaliste moderne et ne s'est jamais présentée à Tâme poétique d'Isaïe. L'opinion que la lumière qui forme la première œuvre de la création dépassait en intensité la lumière ordinaire qui émane des corps célestes, est généralement admise, et notre prophète n'a pas manqué de la partager. L'important pour notre étude, c'est le fait qu'Isaïe a connu et exploité le récit de la création du monde en sept jours contenu dans le premier chapitre de la Genèse, qui est un document souverainement élohiste sacerdotal, auquel l'école grafienne attribue une origine exilique et même plus tardive.

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