XXIII. D
Je n'hésite pas à opposer une dénégation formelh manière de charger la religion biblique des coutumes populaires. Les cultes abolis qui sont mentionnés dans xxiii, loin de former une étape antérieure du yahwéis partiennent nettement soit à l'ancien paganisme juif paganisme des peuples voisins adopté par les Israél cune confusion n'est permise à ce propos. Les culte clairement dénommés, savoir ceux de Ba^al, de l'Aè astres, de Molok, d'Astarté, de Kemoâ et de Milkom provenance extérieure bien déterminée : Ba^'al, Aàéra, Moloch, corps célestes, viennent des peuples syro-ph( Kemos, des Moabites; Milcom, des Ammonites. En fac< masse énorme des cultes importés, le résidu du paganii
gène pré mosaïque se réduit k fort peu de chose, car le culte dit du veau d'or remonte aussi très probablement à un Ba'al phénicien. Il est légitime de relier des fragments historiques en une hypothèse historique continue ; on ne fait pas d'histoire avec des documents dont on n'accepte pas les données. Avec la contradiction seule, on ne produit rien de positif. Pour apporter la conviction, il est urgent de prouver, au préalable, que ces religions populaires ont exercé une influence quelconque sur le cercle restreint des hommes supérieurs au milieu desquels les principes monothéistes sont restés confinés jusqu'au retour de I exil. Monothéisme légal et religion populaire sont deux con-* cepts disparates, bien que vivant côte à côte pendant des centaines d'années.
V. 29. A mon avis, on s'égare grandement en admettf^nt que Yahwé était le dieu du mont Sinaï. T Une épithète a Dieu du Sinaï )> ne se constate nulle part dans la Bible ; 2* une di* vinité de montagne aurait porté le nom de la montagne, à l'instar des noms analogues : Ba^'al Lebanon, Bai^'^al Hermon, Ba^'al Sephon, etc., tandis que le nom Yahwé n'a rien d'orographique; 3^ l'histoire ne mentionne nulle part l'existence sur le Sinaï d'un sanctuaire ou seulement d'un *»utel construit soit par les Israélites, soit par les nomades indigènes. Moïse communique avec Yahwé sur le sommet nu du Sinaï; Élie s'y abrite dans une anfractuosité de rocher et les ermites chrétiens n'y trouvent aucun vestige de pèlerinage païen. Cette absence de pèlerinage périodique au Sinaï est également complète dans toute la période de l'histoire Israélite. L'installation du culte à Hélhel, à Gaigal et à Silo, et ailleurs, est bien au* trement permanente. On peut en conclure que les deux théophanies ultérieures sur le Sinaï sont dues à la première appa-* rition de Yahwé à Moïse dans le buisson ardent, apparition déterminée par la présence accidentelle de Moïse en ce lieu et nullement par un rapport intime de la montagne avec Yahwé. Aussi est-il avéré que si, par suite de ces importantes théophanies, le Sinaï peut être appelé ce montagne d'Élohîm y> et môme a montagne de Yahwé s>, il ne reçoit jamais Tépithëte de « montagne sacrée » (nrijj -|h)î ^ sainteté est limitée à la durée de la théophanie. Exode, xxxiii, ne dit pas que
Yahwé y restait après !e départ du peuple (auf i) Yahwe zuriick, wàhrend Israël ins gelobte Latii Venant de là (après Tapparition du buisson ardent), Yi joindre Israël délivré pour le conduire dans le déser lieu de prodiges extraordinaires ; c'est le sens exact N3 ^rOD (Deutéronome, xxxiii, 2) et de ^nN' TVtî^ (Juges, V, 4), oui! ne s'agit aucunement de
tine {von dort her erscheint er im Lande). Enfin, s cherche, c'est que, d'après lui, Yahwé avait abandon lestine tout entière à cause de l'idolâtrie qu'on y prati sorte qu'il n'espérait plus rencontrer Yahwé que sur selon le précédent de Moïse. Les critiques ont poussi turc des textes jusqu'à, l'excès et il faut revenir à une plus prudente.
P. 30. Mal fondée et vraiment inconcevable de la ] savant si estimable, est l'hypothèse que le nom nati( rael a pu être emprunté à une peuplade chananéen la conquête du pays, ce qui équivaut à prétendre qi lion unifiée par Moïse est restée anonyme pendant générations, l,a tentation de dire, toujours le cont données pentateutiques n'est retenue par aucun frein, est certainement antérieur d'un siècle ou deux au Mérenptab, et la définition de <l pays de Goàen » p\ de Ramsês » peut venir du dernier rédacteur. Je suii ment d'accord que la sortie des nomades Israélites point de vue égyptien, un événement insignifiant, m'oppose à. la sentence : a Le divin marche partout su sous forme de serviteur i> {Dos Gôttliche wandelt a uberall in Knechtsg estait). Jamais, au grand jamî Israël n'a joué son rôle incomparable dans l'histoire \ du monde qu'à partir de sa libération ; sous la tute tienne, il aurait été bon tout au plus à ajouter quelc celles au limon du Nil.
P. 38. Quelle singulière idée que celle qui range les de Moïse dans la classe de la magie et de la sorcellerie et Qifiijf^)! Que dira-t-on alors de ceux de Jésus? P gicien que celui qui en fait un métier h son profit.
miracle sur l'ordre exprès de la Divinité, c'est accomplir un acte d'obéissance inéluctable. J ne se lasse pas de répéter cet ordre formel devant ropération de chaque miracle; inutile de citer les nombreux passages que tout le monde connaît ; la seule omission relative à la guerre d'Amalec vient de Tinsignifiance relative du prodige, qui ne demandait pas autant d'apparat que les autres. A cette dernière occasion, le « bâton d'Élohtm » (l'insigne du messager de Dieu, Exode, vu, 1 ) n'y joue d'ailleurs aucun rôle : la victoire est gagnée aussi longtemps que Moïse tient la main levée en geste d'attaque et de continuation de la bataille; au contraire, Israël est vaincu chaque fois qu'il engage la bataille de lui-même, sans recevoir l'ordre divin. C'est le précédent exact de ce qui est raconté dans Nombres, xiv, 40-45, où l'attaque crtitre le sud de la Palestine a entièrement échoué parce qu'elle a été exécutée contrairement à l'ordre de Moïse. Le geste de la main levée de la part du commandant en inauguration du combat est d'usage général et ne comporte pas la moindre signification mystique.
P. 33. Sur le prétendu sacerdoce prémosaïque de Qadeè, personnifié par Miryam, nous disons que c'est une combinaison destinée à masquer Tétrangeté de l'affirmation, que le nom et le culte de Yahwé sont empruntés aux Qaïnites qui habitaient dans le voisinage Une pure spéculation, quelque sagace qu'elle soit, ne doit avoir place dans les préliminaires d'une histoire sérieuse, et, par cela même, elle se soustrait à l'examen.
P. 36-37. Si, en maintenant le fait de la législation sinaltique, on ne comprend pas la marche de l'histoire d'Israël, c'est qu'on a mal défini cette marche, car un fait unanimement constaté par tous les auteurs du Pentateuque mérite incomparablement plus de confiance que n'importe quelle construction spéculative. Le tremblement du Sinaï à la théophanie de l'époque de l'Exode (Juges, v, 2-4) atteste l'antiquité de cette donnée. Le pèlerinage d'ÉIie au Sinaï n'a certainement pas visé Yahwé montagne, mais Yahwé législateur et vengeur de la rupture de l'alliance y contractée avec Israël ; or, Élie est antérieur aux prophètes écrivains. Amos, v, S5, an-
nonçant quMsraël n'a pas pratiqué le culte sacrificiel pendant les quarante ans du séjour au désert sans que Yahwé en ait pris ombrage, établit fermement qu'une alliance entre Ifahwé et Israël avait été conclue; Jéréraie et les autres prophètes parlent dans le même sens. Le rejet du verset d'Amos comme interpolation est aussi arbitraire que la réduction de Vobligation, acceptée alors par Israël, à la seule obéissance à la voix de Yahwé (nur %um Gehorsam gegen Jahwes Stimme hoi sich Israël damais verpflichtet). Gela se trouverait dans Jérémie, vil, 22. Voilà Jérémic baptisé critique d'archéologie religieuse*! En réalité, ce verset de Jérémie n'est que Taraplification d'Amos, v, 25 : l'alliance du Sinaî, scellée par le Décalogue, laisse de côté les rites cultuels, parce que ces rites n'avaient pas une valeur d'actualité. Si Jérémie pensait que les rites étaient œuvre postérieure, il les aurait enveloppés d'un blâme sonore et les aurait condamnés comme des pratiques qui contaminent le temple de Yahwé. Pour lui, ce sont des inutilités, mais non des contraventions; et, en effet, le Pentateuque lui-même leur donne le caractère d'une concession forcée après que le culte du veau d'or eut démontré que le yahwéisme, comme toute autre religion, ne pouvait pas se passer de rites matériels reliant la nation en une grande unité. Malgré la haine paulinienne pour Vapus operanduniy si développée en lui, le protestantisme ne vit pas seulement de principes moraux : il a le baptême, les fêles juives de la semaine et des saisons (dimanche, Pâque, Pentecôte), le sacrifice sanglant (du Christ) et une foule de coutumes liturgiques empruntées aux juifs. Une religion sans rites est une simple utopie.
P. 37-41 . Nous avons toujours repoussé l'hypothèse qui attribue l'œuvre de Moïse à Tinfluence du système égyptien ou babylonien, Yahwé est toujours regardé comme le Dieu des ancêtres, et Taffirmation d'un assyriologue panbabyloniste te-
i. Disons toutefois qu'un ezégète a fait récemment la découverte sensationnelle que Jérémie a protesté contre l'authenticité du code deutéronomique. Cette perle précieuse se cacherait dans Jérémie, vill, 8. Je ne trouve aucune allusion à cette révélation incompiirable dans le livre de M. Stade.
tïBXïi le yahwéisme pour une iiistiiutioa davidiquo n'a pas même reçu Thonneur d'une mention. Notons cependant qu'Exode, m, 6-16, n'annonce nullement que Yahwé n'était connu des ancêtres que comme Q^n^x {den VUern aber nur
als D>nbî< ^^^^^^* gewesen sei). E donne l'explication demandée du terme ,*i^n'' Q^^ '^s contemporaine de Moïse voulaient Connaître : d\^Sî< n'est jamais employé comme un nom propre. Plusieurs autres problèmes : le totémisme des anciens Sémites, le rapprochement avec les cultes des Arabes nomades, etc., ne peuvent être traités ici. Quand on admet l'influence babylonienne sur Israël au vu* siècle, on ne voit guère pourquoi on la dénie au temps de l'Exôde où elle dominait en Palestine, comme dans le reste de la Syro-Phénicie. La qualification des religions assyro-babyloniennes comme un mélange avec des éléments non sémitiques (lesquels?) fera plaisir aux suméristrs; les an tisuméristes savent depuis longtemps que les meilleurs esprits ne se garent pas assez de la routine acceptée de confiance*. Nous avons dit plus haut pourquoi Yahwé ne peut être le dieu du Sînaï, mais nous croyons avec M. Stade que l'hypothèse qui en fait un dieu lunaire plane en l'air.
P. 42-43. Je reste excessivement sceptique au sujet du rôle attribué aux Qônites. xMoïse épousa la fille de Jélhro, prêtre de Midlan, originaire de la tribu de Qain, mais le sacerdoce mosaïque ne vient pas de là, autrement ce serait Moïse qui aurait possédé le sacerdoce permanent. Pendant quelques jours, il initia son frère Aaron aux pratiques du culte, mais il déposa aussitôt Cette fonction d'instructeur. Les sacrifices dits DlVlI^ ^^ O^Hit sont communs à tous les Sémites et non particuliers aux Midianites ou aux Qênites seuls. Le prétendu travestissement in malam partem en signe du Qaïn adamîque (Genèse, iv, 1 5), de la marque que les Qênites auraient portée au front comme indice de leur appartenance au culte de Yahwé, ferait honneur au Midraè et ne se discute pas. Le
i. J'ai constaté depuis longtemps déjà que l'état d ame est absolument identique chez les suraéristes et les psychologues bibliques modernes : les uns et les autres ont horreur d'une civilisation sémitique. Quand on ne peut plus en nier révidence, on invente des initiateurs invisibles.
Béih Rekab de I Chroniques» ii, 65, est un nom de ville^ comme Hêth Gadêr et Bêth Le^em, précédemment mention^ nés, et n'a rien de commun avec la famille de Jonadab ben Uêkab, qui a vécu au temps de Jéhu.
i\ 43^46. Par un pessimisme outrée Tauteur penche à faire du bâton de Moïse le véhicule de Yahwé, et partant un moyen d'oracle. Osée, iv, 13, vise l'oracle au moyen de l'arbre sacré de TAëera et non au bâton du prêtre ou du prophète* Jamais la donnée que Yahwé parla avec Moïse bouche à bouche n*a eu l'intenlion d'écarter Moïse de toute mantique (Exode» XXXIII, 11); la différence entre la vision de Moïse et celle des autres prophètes est bien définie par Nombres, xii, 8, ce qui est d'un ordre d'idées tout différent. Le b&ton n'a aucun rôle magique dans l'extraction de l'eau du rocher de Raphidim (Exode, XVII, 5-0), accomplie sur un ordre divin. La conception fétichiste de l'arche convient plutôt à l'époque néolithique ou aux nègres d'Afrique qu'à un milieu sémitique, où toute analogie fait défaut. Yahwé se manifeste dans une colonne de nuée ou de feu marchant devant son peuple; des subtilités archi^midraâiques, appuyées par des excisions d'un art raffiné, sont incapables d'amener la conviction. La donnée que l'arche contenait les deux tables du Décalogue se soustrait à tout soupçon. Avec des sophismes, très bien combinés d'ailleurs, on a pu démontrer que Napoléon et Max Mûller étaient des êtres mythiques, c'est-à-dire des fétiches* Sans aucun fondement est aussi l'assertion que, contrairement à Josué, V| 5, Moîae n'a pas été circoncis. Le récit Exode, iv, 24-Si6, est mal interprété : Çippora n'applique pas le prépuce sanglant de son fils au membre génital de Moïse pour opérer une circoncision symbolique — elle aurait plutôt opéré une circoncision réelle — mais aux pieds (v^Ji^) de Yahwé pour apaiser sa colère contre llolse, ayant négligé de circoncire son fils, et pour se le rendre fa* vorablepar cette alliancede sang. Les paroles solennelles : c Tu es pour moi un gendre (c= un allié) de sangl j> (nnK O^DT |nn 9^), sont adressées à Yahwé, lequel s'adoucit aussitôt {trf^^ T2Q0)> Le sens de Josué) Y^ 9, a été également méconnu; le
i. Visiblement n^DIOn ft^a (Josué, xix, 5).
blâme des Égyptiens dL^^ait : c Vous avez maintenu la coutume religieuse de la circoncision aussi longtemps que vous restiez chez nous, mais à peine aviez-vous acquis la liberté, que vous êtes devenus des infidèles. » La mesure prise par Josué de circoncire ceux qui étaient nés dans le désert a fait disparaître celte raillerie bien motivée. Cela suppose naturellement que celte coutume remonte aux patriarches.
J*ai peine à croire que les naziréens se consacraient à la guerre contre les aborigènes; l'exemple de Samson est trop isolé.
P. 46-48. Quelle était Pessence de la religion fondée par Moïse? Le savant auteur la limite à la simple monolâtrie : Israël n'aura pour dieu que Yahwé seul, les attributs éthiques de ce dieu ont dû attendre plusieurs siècles pour être déterminés par les prophètes. La considération historique ne me semble point justifier une telle parcimonie Moïse, à défaut même de toute impulsion personnelle, aurait été trop aveugle pour concevoir le dieu de la nouvelle nation dépourvu des qualités de créateur et de gouverneur du monde, que les peuples voisins, les Égyptiens, les Chananéens et les Arabes, attribuaient unanimement à leurs dieux nationaux, surtout à ceux du rang suprême. D'autre part, le danger qu'il courut pour avoir négligé le rite de la circoncision aurait déjà dû lui faire comprendre que Yahwé, loin de se borner à son domaine restreint du Sinaï, est assez puissant pour faire dépendre la vie ou la mort du genre humain d'actes rituels dont l'accomplissement le rend favorable, et dont la négligence soulève son indignation. Or, la peine, surtout la p ine de mort attachée à la négligence d'un rite, suppose que ce rite avait été commande auparavant par le dieu irrité, ce qui veui dire, pour en revenir à notre cas particulier, que la circoncision était considérée par J comme le signe d'une alliance contractée entre Dieu et Abraham, le premier des patriarches nationaux, avec accompagnement de promesses de la part de Yahwé, conformément à Genèse, xvii. Autrement, la disparition totale des divinités particulières des tribus serait un mystère, et d'autant plus impénétrable que, selon la théorie que nous combattons, Yahwé aurait eu son berceau chez un peuple étranger. Nous
connaissons plusieurs exemples historiques d'adoption de divinités étrangères, partout le panthéon antérieur, à part certaines modifications, reste intact; comment donc expliquer le zèle intolérant de Moïse pour un dieu de montagne adoré par les Qénites de Qadeà? L'indigénat de Yahwé demeure inébranlable, ainsi que son droit absolu de législateur unique. Dieu particulier de la famille abraharaide, Yahwé devint dieu national lorsque, par suite d'accroissements de toutes sortes^ celte famille s'est développée en nation sans bonds et sans secousses. Le rôle de Moïse consistait à renforcer le monothéisme patriarcal par des mesures législatives et cultuelles qui, malgré la violence des réactions ultérieures, ont réussi à en préserver le principe unitaire et moral.
Une dernière question. Le culte mosaïque permettait-il de représenter Yahwé par une image visible? Nonobstant l'accord de la tradition des auteurs du Pentateuque et des prophètes, M. Stade répond affirmativement, mais les motifs qu'il en donne sont sujets à caution. In abstracto^ nous sommes d'accord que, quand une religion est sans images, cela signifie dans certaines circonstances {unter Umstanden) qu'elle est un fétichisme bien bas {ein tiefstehender 'Fetiachismus)^ mais ce qui est vrai, quand il s'agit de tribus vivant à Técart des centres civilisés, est absolument faux quand on l'applique aux tribus israélites qui ont pour berceau la région euphratique, alors à l'apogée de la civilisation, et qui ont ensuite séjourné dans des contrées également civilisées du Chanaan et de l'Egypte. Dans ces pays, le culte d'images était pratiqué depuis des milliers d'années, et Israël a fait comme les autres. 11 ne suffit pas d'affirmer que les Israélites ne possédaient pas assez d'aptitude technique pour fabriquer une statuette pendant leur séjour dans le désert. D'abord, qui les a empêchés d'en emporter avec eux en sortant d'Egypte? Puis la possession de statues divines, même par les nomades du désert intérieur, est attestée par les annales des rois assyriens. Le recouvrement de ces statues, maculées pourtant d'inscriptions assyriennes, leur a coûté l'indépendance. Personne ne croira qu'Israël, ayant vécu au milieu de cultes de divinités anthropomorphes, fût alors à la période presque sauvage où le bâton fétiche, commençant à se couvrir de sculptures,
indiquait le début de la transition du fétichisme en image divine, de sorte que la défense des images eût été une rechute dans le fétichisme grossier, au lieu de constituer un progrès. En bonne logique, avec les préliminaires admis, on doit précisément s'arrêter à cette conséquence et déclarer franchement que la réforme mosaïque marque un recul vers le fétichisme le plus arriéré. Car le culte de plusieurs fétiches est incomparablement plus poétique et plus compréhensible que le culte d'un seul. L'ambition d'avoir beaucoup de jouets et des images variées, donne ordinairement un bon pronostic pour les facultés naissantes de Tenfant.
P. 48-53. Contentons-nous d'énumérer les énoncés pour lesquels nous avons cherché, en vain, une base quelconque.
1 ) 11 n'y a aucune raison pour rapporter Osée, n, 1 7, et Jérémie, 11, 2, au séjour dans Toasis bien arrosée de Qade§; l'amour juvénile d'Israël pour Yahwé s'est manifesté en ce qu'il l'a suivi (nriN inDb) ^^"^ '^ désert aride du Sinaï pour y célébrer son mariage, c'est-à-dire pour y contracter avec lui une alliance éternelle. Le sanctuaire yahwéiste prémosaïque de Qades a été inventé pour les besoins de la causé; ce sanctuaire, s'il a jamais existé, était probablement voué au culte de quelque divinité iduméenne, Qadeà ayant été situé sur les confins du pays d'Édom qui, à l'époque mosaïque, était déjà constitué en royaume et possédait une civilisation avancée. Les autres spéculations au sujet de l'antiquité du yahwéisme aux oasis de Beêr-Labaïroï et de Beêr-Seba'' n'ont pas plus de réalité.
2) La religion yahwéiste ayant été le legs de la seule famille de iMoïse, on n'est pas autorisé à confondre les instincts idolâtriques des masses populaires avec les principes immuables du monothéisme spirituel par son essence. Une contradiction systématique aux données prophétiques les moins suspectes mène à l'arbitraire le plus effréné. L'histoire universelle consij^ne partout une marche de flux et de reflux dans la religiosité populaire, nulle part un courant en ligne droite. Depuis l'unification de la fiabylonie par la dynastie locale, Marduk est le dieu suprême de Habylone, mais sa conception n'a pas subi la
moindre modification par Taffluence des autres divinités topiques ou étrangères. Nous avons déjà protesté plus haut contre cette confusion préméditée.
3) L'avarice avec laquelle on mesure les facultés techniques et spirituelles d'Israël sorti du désert atteint également les Ghananéens^ au milieu desquels il s'établit. Grâce à une divination dont Técole critique possède le secret, on nous affirme que les Chananéens se trouvaient alors dans le même état religieux embryonnaire que les envahisseurs nomades. Et la raison c'est que, tout sédentaires qu'ils étaient depuis des milliers d'années (en 3800 avant Jésus-Christ, la Syro-Phénicie était déjà peuplée de tribus guerrières que Sargon l'Ancien ne put rendre tributaires qu'après trois ans de luttes), ils avaient jadis leur berceau dans le désert; le désert n'est-il pas la patrie obligée des Sémites? Ce serait blasphémer que de prétendre qu'ils sont venus des vertes oasis. En fait de la civilisation des Sémites de l'est, on a la panacée sumérienne (que la pudeur ne permet pas de nommer) pour sauver le système; dans l'ouest, la théorie de l'infériorité imaginative des Sémites peut s'épanouira volonté. Les Chananéens sont cependant dotés de cet avantage sur Israël qu'à côté de leur polydémonisme, on admet qu'ils ont montré des prédispositions au polythéisme [auch sie stehen auf der Stufe des Geisterglaubens (Polydë.* manisjnm)^ %eigen aber daneben im Gegensatz zur Enltuick- Img Israels Ans'âtze %um Polytheismus). Après des siècles d'influence combinée des pol y théismes babylonien et égyptien, les Chananéens du xiy* siècle en étaient encore aux prédispositions! Croie qui veut!
P. 55. J'oppose une dénégation absolue à l'affirmation qu'après avoir absorbé (lisez « extirpé ») les Ba'als locaux, Yahwé devint le Ba'^al du pays {er wird %um Ba^'al des Landes^ indem er die lokalen Banale dbsorbiert) : l'épithète Vi^H b^2 n'existe nulle part, pas même jyi^ ^^3 ou D>^EfTi> bl^!3- Les étrangers mômes n'emploient que le titre yixn ^nbx (H Rois, XVII, 26-27) en pensant peut-être au dieu particulier des Israélites. L'horreur du ^^2 ^^^^* ^® ^^ Q^'î' implique à côté de lui l'existence d'une nVi^3? ce qui est l'antipode du principe monothéiste. Celui-ci applique à la Palestine le titre
de « Pays de Yahwé », nirr» VlH (Osée, ix, 3; Isaïe, xiv, 25, passim)y et on va jusqu'à repousser la combinaison, pourtant assez anodine, de D^n^K yix-
P. 56. On serait curieux de savoir quelles sont les fêtes du désert qui auraient disparu après l'établissement en Palestine, surtout comment on sait que le p^Qj) était primitivement la fête de la tonsure des moutons (Schafschur)^ plutôt que la fête cultuelle des constellations zodiacales, dont les danses célestes ont été pieusement imitées par les fidèles- Cette révélation, faite naguère par certains assyriologues, a le grand avantage d'englober dans une joie commune les gueux et les aristocrates.
P. 58. (( Jacob », nous affirme-t-on instamment ^ fait allusion à la luxation de hanche gagnée par le patriarche dans sa lutte contre Éiohîm (Genèse, xxxii, â8), tandis que ce Israël » est un nom usurpé sur une tribu chananéenne, laquelle serait visée parry-5t-r-'/ de l'inscription de Merenptah. On ne discute pas des visions divinatoires; mais l'identification de l'Élohîm vaincu avec le dieu tutélaire de Chanaan a déjà été faite dàus mes Recherches bibliques.
P. 61 . L'apophtegme « dés guerres nationales fortifient la foi > a besoin d'être complété par « si elles ont une issue heureuse », et, en ce cas, même avec beaucoup de restrictions, témoins les règnes des deux Jéroboam et celui d'Omri,
P. 62-63. € Le prophète Osée et l'auteur du Deutéronome ont perdu de vue {Ubersehen) la nécessité de la royauté dans l'intérêt de l'unité nationale et de la religion. > Nous doutons fort de cette nécessité : la Philistide, Garthage et Rome, nous fournissent un ordre de gouvernement contraire. Pour le fait, il nous est impossible d'admettre que, quoi qu'on dise, le récit I Samuel, VIII, soit une invention frauduleuse, malgré la présomption d'authenticité que lui assure l'énoncé d'Osée. En vérité, l'institution de la royauté marque une rupture irrémédiable avec la prophétie, rupture palliée en de rares circonstances dans le royaume éphraïmite. En Judée même, la royauté idéale était toujours reléguée dans l'avenir plus ou moins lointain, et la rivalité des deux ordres n'a entièrement cessé que lorsque la royauté a cessé d'exister. Les restrictions dont la législation deutéronomique entoure le pouvoir royal décou-
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lent d^ cette antipathie, qui remonte sans doute au premier chef de la* nation, Moïse, lequel, contrairennent à Pusage des peuples congénères, Édom, Midian et Amalec, répudiait la dignité de roi, tant enviée alors en Arabie.
P. €4-66. La sortie d'Egypte, si l'on admet une cause religieuse, ne peut se passer de la croyance aux promesses faites par "V^ahwé aux patriarches dès leur émigration d'Our de Chaldée. Que ces patriarches ne soient que des héros mythiques personnifiant des divinités locales, cela ne tient pas devant le fait que, d'une part, les sanctuaires israélites de Silo, de Dan, de Ga,lgalet du Carmel n'ont aucun rapport avec la migration des patriarches, et que, d'autre part, plusieurs localités visitéGs par eux, comme le gué du Jaboc, Penuel, Succoth, -ftelhlehem, Hébron, et d'autres encore, ne sont jamais devenues des lieux de pèlerinage. Des décrets tels que c Abraham appstirlient à l'Élon Mamré, Sara à la Makpéla, Jacob à la pierre de Béthel », ne sont pas recevables dans la science; ^^ pensera-t-on de celui qui dira que Jésus appartient à la ïï^ontagne où il s'est transfiguré, saint Pierre à la pierre sur laquelle la première église a été bâtie, Jean-Baptiste au Jourdain^ le Saint-Esprit à la colombe, Judas au morceau trempé, et <i'a.utres sornettes pareilles? On va loin quand on laisse I invagination vaguer à son aise. On soutient aussi que l'histoire des patriarches a pour but de légitimer la conquête du pa-ys sur les Chananéens, auxquels on donne l'apparence d*usur|)ateurs. C'est de l'aggada rabbinique, repoussée par Genèse, xv, et Lévitique, xx, 23. En tout cas, cette justification serait^ encore en situation à la dernière élimination de V vn dépendance chaiianéenne pendant le règne de Salomon; Vl^s ta,rd, et surtout après la colonisation du royaume du nord par des étrangers, elle n'a aucune raison d'être. Enfin, si le savant auteur dénie l'existence réelle des patriarches Abraham, Isaac et Jacob, il voit dans leur légende une vérité intrinsèque quon peut employer dans l'éducation religieuse et morale [iiVenn es nur innerlich wahr ist und zur religiôs — sittlichen ^Jpiehung verwendet werden kann). Il faut être un Philon ^ {Alexandrie pour découvrir dans Amraphel, Ariok et Kodorjpgomor, des principes sublimes de métaphysique et de morale»
P. 66-69. Nouvelle idée : c Le prophétisme n'est ni plus, ni moins qu'une réaction de la religion du désert {nach der nationalen tuie religiôsen Seite^ tat die Bewegung reaktionnàr. Si markiert auch à^tisserlich durch die Tracht das Beharren auf der Kulturstufe der Wuste), Dira-t-on que c'est la renaissance du fétichisme? La logique attendait de droit cette conclusion naturelle. Elle apprend tout autre chose : « Par le fait que les phénomènes physiques sous lesquels les prophètes vaticinent (extases^ vêtements bédouins du manteau de crin, ceinture de cuir, etc.) se présentent sous un jour exact (in die richtige Beleuchtung rûckt)^ il n'est pas porté préjudice à la signification (Bedeutung) de la prophétie, puisqu'on peut montrer (da %u zeigen ist) que, dans la prophétie yahwéiste, le caractère particulier de Yahwé et de sa religion se manifesta toujours de plus en plus fort {immer st'àrker in diè Erseheinung tritt). Comment cela a pu se passer ici, on ne nous le dit pas. Le morceau attrayant est le suivant : « La dignité et la provenance de leurs révélations sont jugées {beurteilt sich)^ pour le chrétien, selon l'importance qu'elles ont eue comme préparatifs au Christ. On peut considérer comme un miracle du gouvernement divin du monde que même ces circonstances, qui sont fortement avilies chez beaucoup de peuples, ont dû servir au salut, » J'ignore le sens mystique du ce salut x>, mais je sais que les autres sectes monothéistes r, rabbinisme, caraïsme, mahométisme, en prolongeant, non sans raison, l'ingérence providentielle, rappliqueront chacune à elle-même; le miracle en est d'autant plus fort. On avoue cependant que le c salut d coûte très cher, car a la royauté est un des facteurs de la civilisation, mais le prophétisme représente le cramponnement à l'ancien ». S'il en est ainsi de l'ancien prophétisme, quel doit être l'état de civilisation du prophétisme réchauffé de l'époque des apocryphes et des pseudo-épigraphes?
P. 69-70. Heureuse critique! Elle a pu prouver que la parabole adressée par le prophète Nathan à David, au sujet de Bethsabée, est d'origine postérieure, que l'adultère commis n'a pas indigné Yahwé (contre II Samuel, xi, 27) comme contravention à la défense du Décalogue, mais comme une atteinte portée à la coutume populaire I On oublie que le crime
était resté le secret de son auteur. Qui m'expliquera pourquoi le même prophète devait renoncer à jouer un rôle dans le choix du successeur de David, et pourquoi, à défaut d'une loi écrite du genre d'Exode, xxx, 12-16, le recensement du peuple a été considéré par le prophète Gad comme une offense à Yahwé(lISamuel,xxiy,1 0-1 5)?Évidemment,lemotaVolk6itte> devient trop empirique. Je ne m'explique pas non plus pourquoi le temple de Salomon aurait indisposé les prophètes, ni pourquoi le temple rival de Béthel leur aurait mieux convenu. Je parle des prophètes puisqu'on reconnaît un grain de réalité dans le récit concernant Ahia de Silo (II Rois, xi, 29-39). Appeler le temple de Jérusalem une innovation illégitime aux yeux du peuple, c'est oublier le fait maintenant avéré que Jérusalem était déjà un célèbre centre cultuel avant la conquête hébraïque; la construction, vu le penchant chananéisant coutumier, a dû, au contraire, gagner l'approbation générale. Qu'y avait-il dans les symboles du temple salomonien de plus effarouchant que les prétendues sculptures du bâton divin ou l'image du serpent d'airain ? J'aurais volontiers ajouté l'image du veau d'or du désert, si je n'étais pas averti par la critique divinatoire que les Qênites savaient très bien fondre l'airain et façonner l'image d'un serpent, mais qu'ils étaient incapables de façonner l'image d'un veau et encore moins de la dorer; et vous savez bien que, pour les nomades de Gosen, un simple serpent de métal mérite la dévotion la plus ardente, tandis qu'un autre symbole métallique les laisse froids, s'il n'est pas couvert de dorure !
P. 70-72. € 11 est intéressant que, du royaume du nord, on n'entend rien de la part prise par les prêtres, ni du royaume de Juda de la part prise par les prophètes dans la révolution antidynastique, d'ofi à conclure qu'ici ce sont les prêtres et que là ce sont les prophètes qui dirigeaient le mouvement » {dçiss hier die Priester^ dort die PropheLen die Leiter der Bewegung waren). Rien de plus naturel : l'introduction des cultes étrangers dans le temple de Jérusalem ayant lésé les intérêts du sacerdoce yahwéiste légal, c'est le sacerdoce qui s'en est débarrassé en sauvant la dynastie davidique, à laquelle les prophètes avaient beaucoup de reproches à faire. Au royaume
éphraïmite, l'idolâtrie résidait d'une manière permanente dans des sanctuaires dus à l'initiative royale (Amos, vu, 13), lesquels nourrissaient un sacerdoce illégitime que ses intérêts rattachaient indissolublement à la dynastie qui s'en faisait un moyen de gouvernement : les bouleversements dynastiques venaient donc le plus souvent du parti prophétique. Mais cette marche de l'histoire n'est-elle pas la réfutation la plus convaincante des spéculations abstruses de la critique excessive? Celle-ci ne se gêne pas d'affirmer que les coups volontairement reçus par un disciple prophétique, dans le but de symboliser la défaite prédite à Achab pour avoir relâché le roi d'Aram fait prisonnier (I Rois, xx, 35-42), étaient un signe donné à Jéhu par Elisée de frapper jusqu'à l'extermination la dynastie d' Achab! 11 est vrai que, grâce à la possession de ia formule toute-puissante a Sésame ouvre-toi! >, l'école dont nous parlons a découvert que la légende d'Élie (I Rois, xvii-xix; Il Rois, mi) se trompe lorsqu'elle place le conflit entre la royauté et la prophétie au temps d' Achab, et fait d'Élie le conducteur des prophètes, tandis qu'en réalité c'est son disciple Elisée qui a sa place plus tard dans l'agitation contre la propagation du culte de Ba'^al et la persécution des prophètes qu'on a énormément exagérée! Élie doit bien vouer un cierge au génie de la High Critical School en reconnaissance de l'avoir déchargé du long et périlleux pèlerinage au mont Sinaï, si tel était le sentiment humanitaire de cette école. En tout cas, cette école charitable lui concède le don d'avoir, à l'instar d'autres grands hommes (s'agit-il de Jésus ou de son ombre Moïse?), fait effet par le poids de sa personnalité (dwrcA die Wucht seiner Persônlichkeit). Wucht est un terme cabalistique que je ne parviens pas à bien saisir. Enfin, si Osée, i, 4, reproche à Jéhu d'avoir exterminé la maison d' Achab, c'est parce que Jéhu, à peine monté sur le trône, a lui-même rompu avec le système prophétique et retomba dans le culte païen,
P. 72-78. Conjectures aériennes: i^niNDV HliT» mîT» Dlbtt^» 10J TXWy seraient diverses hyposiases de Yahwé,
saillie qui a pour but de paganiser le yahwéisme mosaïque ; 2^ ^î^ serait, au fond, un numen lociy et l'hypothèse qu'il y
avait, au temps du paganisme, un dieu suprême llu, loin d'être fausse, a été depuis longtemps coiîslatée par moi dans les inscriptions sabéennes et hétéennes, aux deux extrémités du domaine sémitique. Les unes offrent El à côté d'Astarlé,
"innVl bx (Hal., 144, 3)-, les autres, une fois entre Hadad et Reéeph : ij^u^i bNDDTl ^^D bxi ^HH (stèle de Hadad, 1. 2) ; trois autres fois entre Hadad et Rakbiel : ^jiji *nn W"n li/D^ ^NDDll {ibidem, 1. 2-3, 11, et stèle de Panammu, 1. 22). Les plus profondes spéculations ne feront pas qu'Astarté, Hadad, Sams, Reàeph et Rakbiel soient des numina loci. 3^ L'hypothèse qui interprète l'absence de la désinence du genre féminin dans les langues sémitiques, dans les noms de divinité, comme indiquant que la différenciation du genre n'a joué aucun rôle chez les anciens Sémites, est du Renan réchauffé, démenti par les textes que j'ai rapportés de l'ancien pays de Saba, et qui emploient le féminin nSX' identique à l'assyrien iltUy c déesse ». 4^ Vouloir expliquer le rôle que joue le dualisme sexuel dans les cultes assyriens, araméens et phéniciens, par une influence étrangère non sémitique, c'est expliquer le connu par l'inconnu et le purement fantaisiste, puisque aucun assyriologue n'a encore prouvé l'existence de ces pantins anonymes. Dans la science comme dans la banque, on n'augmente pas le capital avec des additions fictives. 5** Sans aucun fondement les noms propres i*i2^mv ^^ IW^niÉf sont déclarés fabriqués frauduleusement par P. 6" L'application de a>V^X dans Isaïe (ii, 8, 18, 20; xxxi, 7) à des images légitimes de Yahwé ne repose sur rien. Pour un Assyrien, une pareille ignorance est possible (Isaïe, x, 1 1). T En assyrien, la racine y^i^ comporte simultanément les idées opposées de force et de nullité : alilu, allâlluy c fort, puissant », et alâlu, ullu, t être nul, caduc >, ulâluj « nul, faible, caduc ». Dans aucun cas ^^'î^n ne signifie c bon dieu, petit dieu » {lieber Gott, Gôttchen)), 8' o'^anx s'applique aussi à Yahwé (Malachias, i, 6); en phénicien, le nom d'Adonis se prononçait Adoniniy témoin ^kiovi^oLoàoq. 9^ Au lieu de J^aaf HXn TT\ (Amos, vm, 14), il faut lire '^ '^^ -j-|«i}< (lire
^>lb« 'e parallèle Tj^nbx)-
P. 79-81 . Je regrette de devoir de nouveau chicaner le savant auteur à propos du titre, dont je trouve absolument déplacés les derniers mots und ckristlichen, qui l'ont obligé à introduire Palinéa premier dans un cadre qui ne lui convient pas. Consacré à résumer l'état de l'idée de Dieu de l'époque pré-prophétique comparativement au judaïsme postérieur, le christianisme n'a rien à voir avec le sujet de ce paragraphe (28). Aussi l'alinéa se présente-t-il bien isolé et comme un second dithyrambe à la gloire du Jésus historique fraîchement révélé par une demi-douzaine de critiques modernes et inconnu des trois cents ou trois cent cinquante millions dea bons chrétiens du monde entier, qui ne rendent hommage qu'au Jésus du Nouveau Testament. Nous croyons inutile de répéter ici ce que nous avons dit à la première occasion dans nos remarques sur § 1, i-6. Notons toutefois que la modestie en harmonie avec l'exigence scientifique ne permet pas de confondre le résultat d'une spéculation déductive avec l'histoire. La méthode déductive, usée avec sobriété et prudence, rend de bons services dans l'examen des documents contemporains de l'événement; elle glisse dans l'arbitraire désordonné quand elle prétend se substituer sans réserve aux témoignages des auteurs de l'époque. Or, le Nouveau Testament renferme plusieurs écrits apostoliques, c'est-à-dire émanant de disciples qui ont été les témoins directs de l'activité de Jésus pendant Tannée de sa prédication, et ces témoins directs nous offrent une image psychique du Maître qui est, dans ses grandes lignes, parfaitement en accord avec les données que les trois narrateurs synoptiques ont puisées dans un Évangile qui remontait également à des traditions antérieures du même genre. Le Jésus vraiment historique est là, parce que la forme que notre scepticisme appelle légendaire^ à défaut d'une autre, est la seule histoire réelle du personnage : la raison peut expliquer ou nier Teftel de la thaumaturgie, elle ne peut pas nier que celui qui l'exerce ne soit un thaumaturge.. D'autre part, l'emploi fréquent et recherché de ces prodiges par Jésus ne peut avoir d'autre but que celui de prouver son caractère de Messie-Dieu venu au monde pour préparer les hommes à sa royauté définitive. Cette logique des choses est celle des bio-
graphes évangéliques, et personne n'a le droit de rien y changer; il faut l'accepter ou la rejeter tout entière, comme une invention en bloc due à la connivence.de ceux qui ont voulu passer pour apôtres d'une nouvelle religion. Aucun homme sensé n'admettra cette dernière alternative.
Quant aux traits que Tauteur attribue au mosaisme prophétique, ils sont le résultat d'une ethnopsychie préjudicielle, combinée avec des erreurs d'interprétation, et basée sur le rejet non motivé de toute l'ancienne littérature cultuelle et législative de répoque. En voici le détail :
V « Yahwé, le Dieu d'Israël, est représenté comme intramondial (innerweltlich) ; il n'est extra-mondial qu'en- ce qu'il est la puissance supérieure dans son domaine {in seinem Machtbereich). » — Erreur inconcevable : le dieu Urezhwa des Hottentots est déjà une divinité extra-mondiale.
2* < Il est dieu du pays, non dieu de l'univers. » — Erreur, un dieu pareil n'a jamais existé dans le panthéon des grands dieux sémitiques.
3" a II a d'autres dieux à côté de lui. » — Erreur, Yahwé n'est pas un solitaire farouche, il est entouré de génies qui sont ses messagers et ses serviteurs, généralement désignés par Êlohim.
4* a Tout rapport de Yahwé avec la création et le maintien de l'univers fait défaut; l'idée de l'univers était très étroite; la croyance à une création n'existait pas. » — C'est du pur arbitraire : les dimensions de l'univers le plus primitif englobent en tout cas la terre et les régions célestes visibles. La création eiistait chez les Babyloniens de longs siècles avant les patriarches juifs, et était répandue chez les Sémites de l'ouest qui étaient leurs vassaux depuis 3800 avant Jésus-Christ.
Les numéros 5 et 6 sont une demande de crédit relativement à des sujets que l'auteur se propose de citer plus bas, dans les paragraphes 33 et 35 ; nous les examinerons à l'occasion.
P. 81-83. QÇ7 >n^x (Genèse, ix, 2G) est difficilement
l'équivalent poétique de ^t^-)t£^ >nbx î '^ narrateur, se conformant à la donnée de Genèse, iv, 26, que le culte de
Yahwé avait été propagé dans le temps d'Énos, le troisième patriarche après la création, conclut naturellement : T que Noé pratiquait la religion de Yahwé; 2* que, parmi les fils de Noé, cette religion, parvenue jusqu'à Abraham, s'est conservée beaucoup plus longtemps chez les peuples sémitiques que chez les peuples issus de Cham et de Japheth. Ayant été témoin oculaire de la dégradante zool&trie chamito-égyplienne, l'idolâtrie anthropomorphique des peuples congénères ne lui parut que comme une représentation matérielle de divers attributs de Yahwé, conviction partagée aussi par plusieurs auteurs bibliques (Deutéronome, iv, 19; Malachias, i, i \ ; Nombres, xxni, 3-5). Sur la religion des japhétites, il ne devait guère posséder de notions précises et était près de croire qu'ils vivaient dans un état de fétichisme pur, qu'ils abandonneraient facilement pour revenir à l'ancien yahwéisme lorsque cette religion serait fermement installée chez un peuple sémitique dans un avenir plus ou moins prochain (Genèse, IX, 27; XII, 2-3; xxu, 18). La croyance que l'idolâtrie est due à l'altération ou à l'oubli du monothéisme primordial est, aujourd'hui encore, officiellement maintenue dans les trois religions a bibliques y> .
Pour ce qui concerne le rapport de Yahwé avec les dieux des autres peuples, on lit, non sans étonnement, ce qui suit :
a Les deux oppositions <c Dieu et faux dieux » (Gott und Gôtzen) et c Dieu et non-dieux » {Gott und Nichtgôtter), Taucien Israël ne les connaît pas encore. De même l'opposition : Yahwé et les Q^nnX Q%nbN» ^"^ abaisse les dieux restants, est seulement un produit du mouvement prophétique. Les dieux des peuples étrangers ont, pour l'ancien Israélite, une existence réelle. 11 est polythéiste en théorie {ein theoretischer Polytheist) ; son Yahwé est seulement un des plusieurs Élohim indéterminés qui dominent sur la terre et reçoivent un culte. C'est ainsi seulement que s'explique le fait qu'il porte un nom propre {nur so erklàrt sich dass er einen Eigennamen trsigt). Ce qui nous est raconté du penchant indéracinable d'Israël à s'attacher à d'autres dieux, aussi bien que la défense de servir d'autres dieux à côté de Yahwé (Exode, XX, 3), suppose la croyance à Texistence réelle des autres
dieux. Leur domaine, ce sont les pays des peuples qui les servent. Ils les ont aussi bien reçus de leurs dieux qu'Israël a reçu Chanaan de Yahwé (Juges, xi, 24). Yahwé est le dieu d'Israël comme Kemoé l'est de Moab, Milkom celui d'Ammon (IRois, XI, 33), Ba^al-Zebub celui d'Ékron (IL Rois, i, 2 et suivants). L'existence d'autres peuples, avec d'autres mœurs et cultes, prouve l'existence d'autres dieux. »
Malgré l'exactitude des faits signalés, l'interprétation qu'on leur donne et qui est calculéey à faire des prophètes antérieurs au Yin* siècle et de Moïse lui-même, des a polythéistes théoriques », repose d'abord sur le faux point de départ qui voit dans Yahwé un numen d'une montagne du désert (le Sinaï), adoré par l'infime tribu des Qênites, puis sur la négation purement arbitraire de l'origine mosaïque du Décalogue, où le terme DHPIX C^H^K se ^^^o^^e textuellement. Mais l'argumentation en elle-même n'est pas moins sujette à caution :
L'erreur fondamentale et funeste entre toutes est la confusion constante de la religion fondée par Moïse, et adoptée par un cercle restreint composé d'hommes d'élite ou prophètes, avec la masse populaire que ses instincts portent à toutes les superstitions tant indigènes qu'étrangères, dès le moment qu'elle croit pouvoir en tirer un bénéfice matériel quelconque. Au lieu du terme général ce ancien IsraéUte >, qu'on nous prouve que Moïse, Josué, Débora, Samuel, Élie, pour nous borner aux personnages les plus marquants de leurs époques, ont considéré Yahwé comme égal aux dieux des autres peuples, et nous nous inclinerons sans la moindre réticence, mais nous n'admettons pas qu'on puisse se servir d'un terme ambigu qui embrouille les notions au lieu de les tirer au clair. La vraie question a déjà été nettement posée par Josué ; en voici le résumé : c Yahwé, dieu d'Israël, dit : Vos ancêtres adoraient les dieux d'Éber-hannahar ; Abraham, immigré en Palestine, me voua un culte qu'il vous a transmis. De mon côté, je vous ai assuré la possession de la Palestine. Maintenant, craignez Yahwé et adorez-le en parfaite sincérité ; retirez les dieux que vos ancêtres adoraient en Éber-haunahar et en Egypte, et adorez Yahwé. » Josué ajouta : Et s'il ne vous convient pas d* adorer Yahwé, faites choix aujourd'hui qui vous
adorerez, ou les dieux adorés par vos ancêtres en Éberhannabar, ou les dieux des Amorrhéens dans le pays desquels vous êtes établis, (en tout cas) moi-même et ma famille nous adorerons Yahwé (Josué, xxiv, 12-15). » Plusieurs siècles plus tard, Élie, en luttant contre le culte de Ba^al favorisé par la reine Jésabel, d'origine sidonienne, pose de nouveau la même question avec non moins de netteté : a Jusqu'à quand sauterezvous sur les deux seuils (= serez- vous indécis)? Si Yahwé est le Dieu (vrai), suivez-le (seul), et si c'est leBa*al, suivez-le (seul) 1 (l Rois, xvui, 81). Le point principal, dans les deux cas,, consiste dans l'incompatibilité du culte de Yahwé avec celui des autres dieux. Le débat tourne autour d'une question pratique et ne touche en rien la question théorique relative k l'existence des autres dieux. Un dieu qui a une forme cultuelle déterminée est une individualité religieuse, sans égard à son caractère fictif dans la conviction de ceux qui n'y sont pas affiliés. Dans les relations sociales, on se fait mutuellement cette concession de politesse, sans penser à autre chose, et le langage des personnages bibliques, au sujet des autres dieux, s'arrête également à cette surface de convenance. De nos jours même, on parle d'Osiris, de Jupiter et de Brahma, et d'autres entités divines,^ans croire le moins du monde à leur existence, les explications qui suivent sont aussi exagérées ou entièrement inexactes. Absalom, réfugié à Gesur, fait un vœu à Yahwé s'il le fait retourner à Jérusalem (nin^ "^Xi^ UH
D^bttm^ '^^"'Ul ^J2^tt^ îJ^ob' *' ï^^î^» ^^9 '^'^)f Na^araan l'Araméen, guéri par Elisée, reconnaît, au scandale de la critique, qu'il n'y a de dieu qu'en Israël seul (o^nbx VH O bmiîr^i DX >3 yiKn bD3)> promet de ne sacrifier qu'à
Yahwé seul ,13 Qnnx w^rhnb nan rh^v l"»^]^ ^^T nV
mrpb DX) ^^ demande pardon à Yahwé de s'être prosterné dans le temple de Rimmon en appuyant le roi, son maître, quand celui-ci accomplissait cet acte de dévotion (II Rois, v,
15, 17-18). Na'aman n'a pas eu besoin de spécifier où il sacrifiera, il savait d'instinct que, pour un non-israélite, un sa* crifice extra-palestinien n'a rien d'illégitime. Genèse, iv, 14,
16, ne parle pas d'une sortie de Palestine; David, peiné de
J^9^Wf!^'^
son éloignement forcé du lieu du culte de Yah dère comme étant poussé à adorer d'autres dieu étrangère 1(1 Samuel, xxvi, 19 V, Noémie dit à g tourner à leur peuple et à leurs dieux ; c'est un tolérance, mais pas autre chose. Peut-on pétrifi raments en poids solides pour peser avec exact cience religieuse de l'époque antéprophétique doute beaucoup.
A ces preuves étonnantes se joignent de brill exégétiques : Par désespoir, Mêâa% roi de Moal fils héritier, et aussitôt une grande colère se ma Tarmée israélite, qui est obligée de s'éloigner e sans avoir abouti à rien (II Rois, m, 27). En s
2^103 nXD «^prèB les mots ^xittf^ bv bnj t|Vr dit : « Par suite d'un éclat de colère du d Kemoè, l'attaque d'Israël contre Mêàa*" reçoit i folge eines Zomausbruches des Landesgottes K teri Israels Angriff aufMesa). Celui qui ne che à quatorze heures trouve que la grande colère vi de Yahwé, qui était gravement fftché avec Israël à cause de l'introduction du culte du Ba^'al sidoni ment montré par Mêàa'' à son dieu Kemoà en lui fils, a naturellement accru la colère de Yahv peuple infidèle. Si le narrateur avait pensé comir le lui imputent, il aurait fait subir à Israël une défs et gratifié Moab d'une splendide victoire, au lieu tir indemne l'armée israélite. Yahwé a ménagé 1' pour l'amour de ses auxiliaires judéens conduits { Josaphat {ibid. ,14); Kemoâ n'avait aucun mena der envers ses adversaires, et il les eût anéantis de l'écrivain, il avait le pouvoir de le faire volonté de Yahwé. Enfin, passons l'éponge su que <K le zélateur de Yahwé, Elle, fréquente en 1 manière très candide {auf dos unbefangensté) i teursde Ba^al. On ne peut naturellement pas viv sans entrer aussi en rapport avec les divinités c
i. Sur le verset 20, voyez plus bas.
d'y manger et d y boire en forme le moyen {mankannjaauch im Aiislande nicht leben, ohne m Beziehung zu den Landesgôttem zu treten, schon Essen und trinken vermittelt das).^ On a négligé une petite difficulté : L'hôtesse d'Élie en Phénicic avait été prévenue par Yahwé même de l'arrivée prochaine du prophète, ce qui rend assez probable que, suivant l'auteur, cette femme était de religion et de nationalité juives. En tout cas, le prophète Élie ne pouvait avoir le moindre scrupule de manger du pain et de boire de l'eau chez une femme à laquelle Yahwé a daigné se manifester, quand même elle fût païenne. Avec les divinités phéniciennes, Élie n'avait rien à faire; dans sa conviction, elles n'avaient pas d'existence. Purement imaginaire est enfin l'idée midrachique oc que Yahwé, en réservant Israël pour lui, a divisé le reste de l'humanité en une quantité de peuples égale au nombre des « Fils de Dieu i\
P. 83-86. Curieux marchandage au sujet du monothéisnie. L'ancien Israélite, nous dit-on, ne croyait ni que Yahwé seul existe, ni que Yahwé seul est digne d'adoration, mais seulement qu'il est en Israël le seul aide et le Seigneur de toutes choses. En tant, il est dans le pays un monothéiste pratique, il exerce la nionolâtrie {Insofem ist er im Lande praktischer Monothéiste^ iibt Monolatrie) . Évidemment, la tendance à ne céder que le moins possible au mosaïsme proprement dit, rend les critiques bien ingénieux : avec un art infini, ils vous cou-
t. Eine Umbildung der alten Vorstellung istdas Theologumenon, das Jahve sich Israël vorbehalten, die ûbrige Menachheit aber nach der Zahl der Gottessôhne in Vôlker geteili hat Dt 32 8 SF (/. 8 B mit LXX Sn statt SKlto*»)- ^f> 1®8 Septante répercutent seulement Técho du Midras qui trouve ici une allusion aux divisions des peuples mentionnés au chapitre x de la Genèse, dont le nombre a été arrondi à soixante-dix (nlOlK D^3DW) ®t soumis à autant d'anges tutélaires (Q^'itt^ D^att^)- Le nombre de soixante-dix pour ces anges, nommés par Yahwé pour soutenir les droits des peuples non juifs, tandis que Micaèl est Tange tutélaire d'Israël (Daniel, X, 13), est emprunté aux soixante-dix vieillards choisis et investis par Moise. Je ne comprends pas comment une pareille déduction exégétique peut figurer dans cet ouvrage en theologumenon à couleur mythique, et d'autant moins que les Septante écrivent c anges de Dieu » (if^ikta^ OioO) et non « fils de Dieu » (oî«v Ot&O).
pent un cheveu en quatre? Fi! C'est trop vieux, en quarante, dans le but louable, mais laborieux, après les avoir distribués pendant plusieurs siècles écoulés, de le refaire à la période du prophétisme littéraire. Une réflexion peut cependant ne pas manquer d'utilité. Si la monolâtrie peut éventuellement s'exercer d'une façon mécanique dans le pays natal, elle est forcée de réfléchir en entrant en relation avec des cultes des peuples ho^liles au sien. Un tel choc peut avoir deux résultats opposés : ou elle se transforme en polylâtrie ou polythéisme pur, afin de gagner la faveur des divinités étrangères dont il craint le ressentiment (II Chroniques, xxviii, 23), ou elle brave les divinités en leur refusant tout acte d'adoration, étant convaincue que son dieu, non seulement est plus fort que les autres, mais qu'il serait fâché s'il leur vouait un culte; dans cette dernière alternative, le monolàtre se transformera nécessaireaient en monoihéiste à la fois pratique et ihéori(|ue. Il n'y a pas de pa^ition intermédiaire. Donc, la conception d'une incinolâtrie pure chez un peuple aussi international quMsraël ne peut réclamer la moindre ombre de vraisemblance. L'auteur sent d'ailleurs le besoin de reprendre, en partie, ce qu'il vient d'accorder, en ajoutant € que le Yahwé qu'on adorait dans les divers lieux du culte en Palestine, n'était pas partout le même, par suite de la diversité des figures diviuris auxquelles il se superposait en apparence, à la façon des Marie et des saints de l'Église catholique! » Les exégèses mystiques connues reprennent vigueur; nous les avons relevées plus haut. rH]J^ ^{j{
(Genèse, xxi, 33), < dieu éternel », serait le nom propre du Yahwé de Bersabée! Même la formule de foi unitaire niiT "IHH mîT WnbK ne contiendrait pas ridée qu'il n'y a qu'un seul dieu; elle signifierait seulement a Yahwé notre dieu est un Yahwé 1 {JahvCj unser Gott ist ein Jahve) ; c'est pourquoi, ajoute Tau leur, il exige le dévouement indivisible d'Israël {eben deshalb fardert er Israels ungeteilte Bingabé). Dans ce cas même, une comparaison avec la divinité chrétienne aurait encore eu une valeur incontestable. En réalité, «inx Hin^ équivaut d'abord à ipiK b^^ « ^i^^ unique > (cf. ^qx a?» nn^ nSB^^ Genèse, xi, 1-6), mais, par l'emploi de ,-prr ^" ^^^^ ^^ b^' '®
législateur vise à y comprendre les qualités éthiques propres au dieu d'Israël et nullement à la conception de dieu (^j<) en
général. M. Stade nous étonne en affirmant que le Nouveau Testament se meut sur la ligne de Tusage de la langue religieuse des prophètes et du judaïsme. Nous le prions de lire plus attentivement Matthieu, i, 18, et passages parallèles, pour se convaincre que, si le fm du Yahwé biblique reste dans son rôle d'esprit pur, celui du Yahwé évangélique assume un rôle tout différent, celui de paternité charnelle, rôle difficilement compatible avec le *7^2 dont l'ancien Yahwé s'enveloppait pour se dérober à la vue profane des mortels.
P. 86. Je ne m'attendais pas, dans un ouvrage sérieux, à la citation de I Samuel, iv, 7 et vi, 9. Ces présages attestent, l'un que, pour les Philistins, l'arche sainte d'Israël était un Êlohtm (njPIDn bî* a'^nbî* N2)> ^"^ toutefois être Yahwé même, l'autre que les mômes Philistins reconnaissaient que la Palestine était le pays de Yahwé (i^iaj — nirP pix)* Est-ce correct de substituer Israël aux Philistins et de lui attribuer, d'un côté, la croyance que l'Arche était la demeure de Yahwé, de l'autre celle que les pays étrangers sont soustraits à sa domination? La tendance à favoriser la partialité du système est manifeste; la prétendue restriction de l'omniscience de Yahwé [dass man ihn, teilweise wohl infolge anthropopatischer Yar^ stellung^ nicht schlechthin allwissend vorgestellt hat). L*ad* verbe schlechthin ^ « tout de bon, absolument », peint suffisamment le parti pris de dogmatiser, dans un sens défavorable, la moindre métaphore des narrateurs hébreux. Marc, Yiii, 22-25, contient le récitd'une opération miraculeuse de Jésus sur un aveugle qui a dû être répétée pour qu'elle exerçât son plein effet. Après avoir mis de la salive sur les yeux de l'infirme et posé ses mains sur lui, il lui demanda s'il voyait quelque chose, mais le malheureux, regardant, lui répondit qu'il a voyait marcher des hommes qui lui paraissaient comme des arbres. Alors Jésus lui mit encore une fois les mains sur les yeux, et il commença à.(mieux) voir, et, enfin, il fut tellement guéri qu'il voyait distinctement toutes leà choses ». Or, en lisant ce passage, je fus assez étonné du succès médiocre de la
première tentative, mais il ne m'est pas venu à Tidée de dire : Tiens! Le dieu-Fils demande information, donc il ignore Tétat visuel du malade qu'il manipule. J'ai instinctivement fait la part de la forme habituelle dans les narrations, nécessité reconnue déjà par les rabbins sous la forme piî^^3 min mDl DIX ^33' • '* loi(= la Bible) parle le langage humain ». Il est vraiment extraordinaire qu*on ait besoin de rappeler une notion aussi simple à des savants modernes !
P. 87-88. Curieuse la sentence que voici : « Par la sainteté de Yahwé, Israël ne pense pas à la sublimité morale de Yahwé, mais à son inviolabilité 6t inaccessibilité, ainsi qu'à sa plénitude de pouvoir qui sait acquérir de force {sich er%wingen)y en tout temps, le respect de sa volonté, de ses prérogatives, et s'assurer contre des contacts désagréables et des importunités. » La définition cultuelle est exacte, mais l'exclusion de la sainteté morale trouve la contradiction la plus absolue dans le passage cité de Isaïe, vi, 3. A qui veut-on donc faire croire que la sainteté, si solennellement proclamée, de Yahwé est relative à des objets derrière lesquels il se tient et qui deviennent ainsi saints eux-mêmes {hinter Naturdingen die daher gleichfals heilig sind).S*i\ en était ainsi, le monde tout entier ne devait pas contenir d'objets profanes, puisque Dieu se tient toujours derrière eux (m^D V"IXn ^D XbD^- ^ ^^^ ^^ '^ sainteté de Yahwé, Thomme le plus juste, le prophète lui-même, se sent impur. Est-ce d'impureté cultuelle? Loin de là, mais d'impureté de lèvres (QinSfef XDfâ)» '* parole inconvenante
mettant en doute la justice et les autres qualités morales de Dieu (Job, 11^ 10; Malachias, m, 13-15,pa^5im). Par suite de son nivellement exagéré, le savant auteur tire des expressions jy^p
et nsnp ^ conclusion que la pensée de la sainteté n'est pas
de nature éthique. On peut aller loin avec cette méthode et conclure, entre autres, que^;j3 n'a rien d'un instrument musical, parce que rh2i signifie a charogne » ou que a^ini ne marque pas la qualité morale de la pitié, parce que qj-)-^ Qinsm ^ '^ ^^ ^ ^ concubines ». On ne devrait pas ou*
blier que Tadjectif jff\^p ne s'emploie jamais en parlant d'un animal ou d'un objet matériel : on dit jffx^p ^^ (o^lbN D^tî^nD) mnp D1DD' WMP B^K> «on D'^B^Hp OnHi tt'^Tî) It2^» n^mip a>33X» ^^^i» exclusivement ^^p jj)j^, VJ'lp *ltî^3> tt'lb ^XlH' C'est, à sa façon, une distinction aussi
importante que celle de sancttis et sacery dont le sens péjoralifdecc impie» abominable » se reproduit à peu près dans U^-|p, rnfup» Du reste, le rappel constant au tabou prétendu
universel, amène infailliblement une confusion sans pareille dans l'appréciation des phénomènes religieux propres aux époques historiques. Les œuvres les plus belles, examinées au microscope, montrent des tares insupportables, et Aristote même, envisagé au point de vue embryologique, nous donnerait une bien triste image de Tétat intellectuel et psychologique du grand philosophe stagirite.
P. 88-90. Complètement imaginaire est l'interprétation, soidisant primitive, de 5^5^ par oc vaincre 1 (siegen). Les niplï
mrP (o" r\j5iv) de Juges, v, 1 1 , comme celles de I Samuel, XII, 7 (Septante np*iv)> ^^^^ ^^^^ ^^^ ^^^^^ de justice et de bonté conformes à la plus haute conception de la morale, Popposé de Xûn> ^ manquer 1, ^^jfn, « être coupable »; pas le moindre lien avec l'idée de victoire ; de même le rapprochement du syriaque x^t» * vaincre », opposé à ^n» * ^^^^ vaincu », dénote une précipitation regrettable. Ces idées se sont développées du sens juridique respectif, souvent usité dans leTalmud, « avoir droit de possassion » et perdre le droit de possession. Appliqué au butin, < vaincre », c'est acquérir ce droit, et a être vaincu », le perdre (par sa qualité de prisonnier de guerre). La justice de Yahwé est une idée universelle que le fait d'être le dieu d'Israël ne peut restreindre d'aucune façon. P. 90-92. Le monothéisme rigoureux attribue naturellement à Yahwé le bien et le mal tant physique que psychique. Yahwé est cependant libi e de ne pas entraver le cours capricieux des cljoses (accident, ;y^p^). Ce double procédé ne peut être déterminé (1 Samuel, xxvi, 19) dans tous les cas spéciaux.
Pour punir le coupable, il lui retire rintelligénce (b^ç)» '^
pousse à l'obstination, ou se sert de lui pour châtier les autres coupables (Il Samuel, xxiv, 1). Ce sont des formules populaires, qui persistent jusqu'à nos jours sans qu'on y mette la moindre intention dogmatique. Tout à fait exagéré est le lien établi entre la colère de Yahwé contre l'impiété et son caractère de dieu du Sinaï apparu dans Forage. L'apparition sur le Sinaï (Exode, xix-xx), quoique grandiose et redoutable, avait, au contraire, un caractère des plus bienveillants pour Israël. Pourquoi j^jp ^jt ne serait pas de l'époque anlépro-
phétique, est aussi difficile de savoir que la cause exacte de la colère sempiternelle dont on gratifie Yahwé sans rime ni raison.
P. 92-95. Sur l'idée de l'intervention de Yahwé dans le cours du monde, bien des conclusions demandent à être rectifiées. Nous les résumons dans l'ordre fourni par l'auteur :
1 ) € Un mot pour a monde > fait défaut, donc la conception de l'univers n'existe pas encore, t — Non, la conception peut exister sans avoir un terme propre pour l'exprimer. Des mots uniques rendant avec précision l'allemand Sehnsucht, Anschauung. Eingreifen, et tant d'autres, manquent en français; par contre, les mots français oc génie (genius), spécialité, niode, convention >, et tant d'autres, sont absents en allemand, et cependant ces diverses conceptions ont existé indubitablement chez les deux peuples, où on a toujours eu la ressource de les exprimer par des périphrases. Pour l'hébreu, VTK1 D^DH/> ^ ^*®' ^^ ^^^^^ ^» désignait le monde en sa totalité, l'univers; ^^(n)» « le tout », lui suffisait au besoin. De
même, en assyrien, samû u ir^itu et kalama (no + b^)» ^^ pourtant les Assyriens ont eu l'idée de l'univers et des dieux créateurs sans même posséder ie verbe xiS ^^ l'hébreu, verbe qu'on dit ne pas être antérieur au vii° siècle et se trouver en second ordre {secundâr) dans Amos, iv, 1 3 !
2) Le culte du couple divin Anou et Anat^ attesté en Palestine par les noms propres na^ (nom horite; Genèse, xxxvi,
20, 24, 25), n^y (Juges, m, 31) et ninj?^ (nom de ville),
celui de Nabou (^^) et de Ramman (pjtsi)» devenus noms de
localités, enfin Texistence d'un temple de Ninip à Jérusalem à l'époque d'EI-Amarna, prouvent d'une manière péremptoire que les divinités les plus marquantes du panthéon babylonien faisaient également le fond de la religion chananéenne avant l'immigration d'Israël en Palestine, et comme tous les dieux supérieurs sont conçus comme créateurs du monde, il est hautement probable que l'idée de la création y était également très répandue à cette époque. Nous engageons donc Tauteur k prouver que les Hébreux ont considéré leur dieu national Yahwé comme moins puissant que les dieux des Chananéens vaincus par eux.
3) La prévention contre l'époque antéprophétique est poussée trop ironiquement au noir : « Sur ce degré du développement religieux, on reconnaissait la main de Dieu d'abord {zur^chst)^ non à ce que nous appelons le maintien de Tordre moral de l'univers, mais au miracle, par exemple à ce que Tânesse de Balaam acquiert la faculté de parler (Nombres, xxn, 28). i> Je ne vois pas le rapport entre le gouvernement du monde avec l'histoire de Balaam, puis la leçon donnée par l'ânesse au prophète païen, qui ne voit même pas l'ange qui, l'épée nue, se tient en face de lui, n'est pas un miracle trop mal venu (II Pierre, ii, 1 6) ; il est, en tout cas, plus instructif que le premier miracle de Jésus, savoir le changement d'eau en vin (Jean, II, 1-11), ou le miracle prémédité de 4a promenade nocturne sur la surface du lac de Génésaret furieusement battue par une tempête déchaînée (Matthieu, xiv, 22-3Ï), miracle peu glorieux pour Pierre {ibid., 29-31), mais ayant atteint le but ardemment désiré par le promeneur, celui de recevoir l'adoration de la foule et d'entendre proclamer : « Tu es vraiment le Fils de Dieu » {ibid.j 33).
4) Parce que Yahwé, en rapport avec le prophète, peut, au lieu d'une intuition intérieure, se manifester k lui extérieurement sous une forme humaine d'essence ignée dont le mortel, si pur soit-il, ne peut contempler que de derrière, jamais de face (Exode, xxxiii, 1 7-23), on n'est pas autorisé à conclure qu'il est un diea d'orage et de tonnerre. Il s'enveloppe d'une
nuée et d'une fumée épaisse, afin d'éviter des malheurs aux créatures et surtout aux imprudents qui oseraient le regarder, mais la tranquillité de la nature n'en est pas nécessairement troublée (Exode, xiii, 21-22, passim)] les commotions violentes sont toujours déterminées par des causes particulières (Miellée, I, 3-5; Nahum, i, 3-6).
5) Les chérubins constituent une classe particulière de génies dont la forme plastique n'est pas encore déterminée. Yahwé monte tantôt sur un chérubin, tantôt sur une nuée épaisse ou sur les ailes du vent, pour inspecter les affaires de la terre, mais il n'en résulte pas que le 2TQ soit l'enveloppe nuageuse
de Yahwé, comme le pense Tauteur : ni l'étymologie du mot, ni la description d'Ézéchiel, i, 24 ; x, 15, ne rappellent Tidée d'uneenvelôppe.Enguise d'êtres ignés,ilsprojettentdes flammes chargées d'éclairs. Au temps de Salomon, des figures de chérubins ornaient l'intérieur du temple, comme formant les serviteurs de Yahwé, toujours prêts à exécuter ses ordres. Les D^3^")5 des Hébreux ne sont pas placés à l'extérieur du sanctuaire, comme c'est le cas des kirubê assyriens ; ils semblent être empruntés à l'art syro-phénicien. L'expression jiyS
D^ljn = '3n p3 !3S/^ (I Samuel, iv, 4; H, vi, 2), excisée comme glose parla spéculation divinatoire, prouve l'authenticité de la description de l'Exode, xxv, 1 7-22 ; nous y reviendrons plus bas. L'affirmation que l'arche primitive n'avait ni rn£)D> ^^ a^31D» v*^"t du système préconçu et ne s'impose pas. Naturellement, ces objets de grand prix n'ornaient l'arche que lorsqu'elle se trouvait dans un sanctuaire ; il n'est donc pas étonnant qu'elle se soit dérobée à la vue de certains critiques modernes.
P. 96-102. M. Stade a bien raison de traduire nxbo P^^ « messager, agent d'affaires » (Bote^ GescMflstr'àger) ; cf. rOXbD* ^^ racine en reste néanmoins nx^ « envoyer i,
car n^î^^jD» ^^ sens primitif, désigne un travail ou une affaire de comn)ission donné par le seigneur à son serviteur ou à son homme de confiance. Mais ^-ppp n^^D ^^ DMb^t D ^^'^ pond exactement, pour sa fonction, au sukallu^ € serviteur,
agent i>, des mythes assyro-babyloniens où les dieux suprêmes ont chacun un sukallu particulier, qui est lui-même un grand dieu : ainsi, Nusku est le sukallu de Bel, Namtar celui de Nergal, Biinene celui de èamaà, etc. Les Q^^jt^o sont, en partie, les anciens dieux déchus du paganisme hébreu, mais nullement des numina topiques de la Palestine chananéenne. Yahwé habite volontairement dans l'ange qui se tient cons* tamment devant lui (yi^Q "ÎX^D* Isaïe, lxiii, 9) et qui peut être considéré tantôt comme une entité à part, tantôt comme Yahwé même (cf. ^ym^ ^DBf ^D» Exode, xxiii, 21). De sa propre volonté, Tange ne peut faire ni le bien, ni le mal, et quand il est un n^riB^D IR^D» ^^ coups sont encore dirigés par Yahwé; c'est pourquoi lange de Tépoque biblique n'a pas de nom (>xbS))' Li*usage du parler commun représente également, comme des entités séparées, l'esprit (mi) de Yahwé, sa main, son bras (= sa puissance), son intelligence, etc.; ce soit des métaphores purement poétiques qui n'ont pris corps que par suite de Tintrusion du paganisme gréco-romain. C'est alors seulement (|ue l'ancien dieu Azazêl revit dans la personne du Satan évangélique, comme source de tout mal tant matériel que spirituel.
Peu de chose k remarquer sur l'exposé relatif aux songes et aux pronostics. Les anges destructeurs seuls opèrent pendant la nuit et disparaissent au lever de l'aube, tandis que les autres anges ne craignent pas la lumière du jour. Les ninn» même les plus nuisibles, jouissent du même avantage. Une explication de ce phénomène et de celui de l'anonymité primitive des anges aurait été désirable. En ce qui concerne l'exercice païen de l'augure au moyen de la coupe (xvXcxofxavrcta) par Joseph (Genèse, xuv, 15), le narrateur Ta certainement compris dans le même ordre que le fait d'épouser deux sceurs en même temps (ibid.y xxix, S3-28) qui n'était pas encore défendu par la loi.
P. 1 03-1 07. Beaucoup d'interprétations recourbées à redresser : 1 ) Yahwé habite sur le Sinaï seulement après son apparition à Moïse dans le buisson ardent, non auparavant. S) Il habite dans le pays de Ghanaan depuis qu'il a été occupé par Israël,
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et quand Israël en est chassé, il retourne au ciel (Osée, v, 1 5) ou le suit dans fexil (Ézéchiel, i, 3 ; m, â2-23). Il est possesseur de la Palestine (y^XH 'h ^D» Lévi tique, xxv), parce qu'il possède la terre tout entière, ainsi que tous les peuples qui s'y trouvent (ynxn ^D "h O» ^Wd., xix, 5). Dans les passages cités à l'appui de l'idée que Yahwé a une lubie pour k Palestine en elle-même, il n'y a rien de ce qu'on y met : Israël est éloigné ou chassé de la face de Yahwé, parce que la terre étrangère n'ayant pas été consacrée à son culte exclusif, ne constitue pas sa démeure fixe (cf. aussi Jonas, i, 3). En craignant d'être tué par Saiil loin de la face de Yahwé ("ujo m!T ^3B> " Samuel, xxvi, 20), David ne pensa nullement à un pays étranger, — la scène se passe dans un désert de Palestine, — mais à l'éloignement d'un centre cultuel. Purement fantaisiste est la saillie qui, situant l'histoire de Gaïn en Palestine, voit dans ni^T '^^sVp (Genèse, iv, 16) la confirmation dudit engouement de \ahwé pour ce pays infime. On ne réfléchit pas que, dans les circonstances données par le narrateur, Yahwé avait déjà son domicile dans le lieu où Abel lui apporta les premiers sacrifices de son menu bétail. On fera mieux de ne pas aller chercher si loin les solutions qui se trouvent tout près ! 3) A l'opposé de Tallégation présentée, Yahwé n'habite que dans les lieux où il se manifeste particulièrement, comme à Béthel (Genèse, xxviii, 16-22). Aucun culte n'a été établi à Beér La^aï-roi, parce qu'il n'y eut qu'une théophanie passagère et que la voix venait du ciel {îbid,^ xxi, 17). Je n'insisterai pas, par conséquent, sur l'impossibilité de rapporter qj? HV\ "It^îO ^ D^îlbx comme numen loci. On abuse trop de l'inconnu et du mythique : jy\jys ijg (nx) nxi est formé sur la phrase courante dans la vie sociale et ne comporte aucun sous-entendu. Curieuse est l'assertion qu' Amos ignorait tellement que Yahwé habite au ciel, qu'il a fait fuir au ciel (comme au èeol) les pécheurs de devant Yahwé (Amos, IX, 2). Je recommande aux critiques dévoyés d'aller en Holtentotie où ils apprendront que le minuscule Urezhwa a le ciel pour domicile ! Hélas ! on peut présumer qu'alors même, ils ne
B gêneront pas de dire : t Urezhwa, oui ! Yahwé, non ! * ». Si n leur oppose le dire antérieur à Araos m nirP HK©
I^Pt^n (Genèse, xix, 24), ils haussent dédaigneusement les paules, geste disant : Ne voyez-vous donc pas que m l'CB^n ^ ^^^ ajouté après coup? J'en prends note et je conlus que J faisait venir la pluie (tdOPI) ^® soufre et de feu,
[uî détruisit Sodome et Gomorrhe, d'un petit coin du sousùl d'Élonê-Mamré qui est resté inconnu d'Abraham même qui
habitait! Une chose me tourmente cependant, c'est comment îs numina des quatre villes assaillies, savoir : Sodome, Golorrhe, Adma et Seboïm, ne se sont pas confédérés ensmble pour administrer une bonne raclée au numen orgueilîux d'Éloné-Mamré, qui se mêlait d'affaires qui ne le Bgardaient pas!
La hantise du tabou donne le jour à une hypothèse ornée 'un € peut-être » (vielleicht) prudent, qui déduit d'Exode, IX, 10, que la ^*|j5 nÇHN (i^id.y iir, 5) était entourée
'une haie, et que quiconque y entrait se rendait passible 'anathème. Pas beaucoup plus fondée est l'assertion comlune à la critique divinatoire que l'existence des bamothy sous ^s rois pieux, en indique le caractère légitime avant la réforme e Josias, nonobstant l'affirmation contraire des historiens, l'est comme si la tolérance du catholicisme par les pieux Hoenzollern était invoquée comme preuve que le protestantisme toujours trouvé en règle les rites catholiques. P. 107-116. L'opposé de iJ^nj?, savoir '^n, « profane >, r. ^n» ^^ bVn» ^ délier, être d'usage libre i, péjorativement i^n, € faire un usage trop libre, profaner », correspond aux 3rmes légaux de l'époque romaine n^iox» • attaché, lié, déîndu »,et-|nD» ^^ àéMé, permis >, et prouve que la signifi-
1. L'analogie des dieux côlesles des Assyro-Babyloniens est, en effet, cartée par ces mots topiques : Dass man dagegen schon in aller, eit andere Gôtter oder Geister aïs Jahve an und in den Himmel eraelzt hat, ist schon môglich. Le dogme : « Yahwé, dieu du Sinaî » lène h cette inconséquence colossale.
cation matérielle de tnp* comme celle de -)dx» ^^ ^S^'^ ment « être attaché, lié »; de là, aram. M^i2f*1p.' ^ bouch d'oreilles >, et hébréo-phénicien ij^np, « attaché à diei saint », en bon sens et ttnp'nB^lp» ^ hiérodule mâle et fc
melle x>, usité dans un mauvais sens chez les Hébreux. Don( impossible de souscrire à Topinion du savant critique q\ trouve dans unp l'idée primitive d'être possédé d'un die (Die Vorstellung von der Heiligkeit haftet ursprunglich a den Orterif an denen, und an den Dingen und Menschen^ \ denen ein Goit wohnt und sich offenbart). Une conception ma gique ou mythicjue y est absolument étrangère ; voire mêm( celle de propriété divine, dans le sens absolu, par exemp d'un pays étranger, d'une montagne, d'une source, d'u arbre ou d'une pierre, n'y a jamais résidé. L'introduction d tabou dans le monothéisme antéprophétique émane de rappn chements superficiels. En vertu du principe de la' création i de sa conséquence y-|xn bs ^b («^*^ nxboi V"îî<n Hin^'b Yaliwé attache de préférence à lui Israël et la Palestine, à titi ^^rhn2Uy ^hnVli VnXj lesquels deviennent ainsi iJfnpD et jj^-jp pii^, sans posséder la moindre sainteté innée ou sei
lement inaliénable. Mais le titre de ce saint » a toujours d< motifs éthiques lorsqu'il s'agit de Dieu et des hommes, et de motifs de consécrations rituelles, lorsqu'il s'agit d'animaux < de choses. Le mosaTsme ignore la sainteté primordiale d( montagne^, des sources et des arbres, de l'aâera et des piern brutes ou travaillées, qui étaient Tobjet du culte chananéei auquel on ne peut même attribuer péremptoirement l'id^ baroque de loger le dieu dans le bâton du thaumaturge, l culte des morts n'est resté que comme une superstition popi laire, et fut sévèrement réprimé par la loi comme idolâtrie ( magie. A Makpéla, lieu de sépulture de presque tous les pe inarches avec leurs épouses, on n'a jamais établi un appare cultuel.
P. 116-122. Pour les romanciers, il faut que la femme so un mystère; en vain, on leur objecte que c'est un être toi aus^i parfaitement connu que le sexe fort, ils n'en démordroi
pas. Cela arrive un peu aux critiques exubérants à propos du coffre de Yahwé dit arche sainte. Suivant Tavis unanime des narrateurs bibliques, le siège de Yahwé, pendant le séjour d'Israël au désert, était sur ce coffre qui contenait les tables du Décalogne. Encore aujourd'hui, le bédouin, s'il ne lui convient pas de s'asseoir par terre, s'asseoit sur la caisse ou le coffre, seul objet relevé qui meuble la tente et dans lequel il serre ses effets. En portant cette arche en voyage ou dans les expéditions guerrières, on avait la divinité avec soi et on paraissait plus assuré de son secours. Comme elle contenait les deux tables de la loi du Sinaï, elle était communément désignée parni^^n rtiXi « arche de l'institution i,
ou nin> n>13 plX» ^ arche de l'alliance >, en abrégé f-^jj n^ian ^^ niiT piX- '^^ elle-même, Tarche ne subit aucune pénétration de la divinité qui n^en occupe que la surface extérieure du couvercle. Les critiques trouvent cela trop simple ; ils y flairent un fétiche logeant dans son intérieur, savoir Yahwé sous la forme d'une pierre, probablement d'un météorite, à l'exemple des naos ou chapelles portables des religions païennes, qui contiennent une statuette de la divinité. Rien ne coûte d'identifier deux objets de structure dissemblable quand on a pour système de substituer, au témoignage dès historiens, des spéculations personnelles. Chez aucun peuple sémitique on ne trouve la trace d'une pierre fétiche cachée dans une caisse ; l'idole, la prétondue image de Yahwé, adorée au désert et dans le royaume éphraïmite, avait la forme d'un veau; il eût été logique de faire occuper Tarche au moins par une statue boviforme, mais non, le système veut que Yahwé soit un grigri nègre, un fétiche de pierre brute, et que, par surcroît, l'arche faite de bois soit encore un fétiche en elle-même. Nous sommes déjà avisés qu'il s'incarnait également dans le bâton de Moïse. Le trishagion d'Isaïe, vi, 3, avait donc, à l'époque antérieure, une interprétation adéquate : saint Yahwé-pierre, saint Yahwé-coffre, saint Yahwé-bâton ! Quel beau prélude à la trinité chrétienne, si immatérielle et si vivante! Mais Yahwé s'incorpore partout dans son cher pays de Palestine : il a son domicile, entre autres, dans l'autel fait d'un
simple monceau de terre ou de pierres saintes recelant déjà chacune Tobséquieux Yahwé et qu^on ne devait pas façonner avec la hache, de pe«ir de chasser cette farouche divinité de sa demeure! On le voit, c'est après le viu* siècle qu'Israël est sorti de l'âge de la pierre — comment dirai-je? — impo^ lie ou non polie j et que ce sont les progrès de l'art qui ont habitué Yahwé à ne plus prendre la fuite au premier bruit des coups de la hache. Puis, sait-on pourquoi on n'a pas installé un veau d'or dans le temple de Salomon? C'est qu'il n'y avait plus de place pour lui, puisqu'il était remplacé par l'arche {Im salomo" nischèn Tempel war fur ein Jahvebild kein Platz^ da die Lade seine stelle vertrat). Honneur au fétiche! i.es fétiches voisinent très bien les uns avec les autres, mais un veau artistiquement moulé, cela est d'une jalousie insupportable ; on a t)ien fait de débarrasser de sa présence Tédifice sacré. Enfin, nous sommes avertis que l'autel civilisé du temple était placé sur un rocher sacré, près de la grange d'Oman (Uber dem heiligen Felsbei der Tenne Omans; U Samuel, 24). Malgré des recherches réitérées dans ce chapitre, je n'ai pu mettre la main sur ce rocher indispensable. J'en suis très peiné.
Maintenant je comprends à merveille le sens transcendant de cette parole de Jésus au chef des apôtres : c Tu es Pierre et sur cette pierre je construirai mon Église » (Matthieu, XVI, 18). Saint Pierre possédé, comme son nom l'indique, de Jésus-pierre (Actes, iv, 1 1) consubslanliel avec Yahwé-pierre (Jean, x, 38; xiv, 10-M ; xvii, 21), l'ancien numen du Sinaï, devient naturellement le numen-pierre de la nouvelle Église construite sur les ruines du judaïsme. Cf. Matthieu, vu, 24-27.
P. 122-125. Devant l'insistance qu'on met à répéter que, pour l'ancien Israël, les personnes saintes ne sont pas celles qui mènent une vie pareille à celle de Dieu, résultant d'une perfection morale (tvelché ein gottSihnliches, weil siUlich voU kommeneSy Leben fiihren)^ mais des hommes qui sont venus en contact avec la vie divine (sondem Menschen die in BerUh" rung mit gôtilichem Leben gekommen aind), nous devons, k notre tour, rappeler le vrai sens du terme ty^ip que nous avons
déterminé dans les remarques aux pages 87*88. Vivre d'une
vie sainte, comme celle de Yahwé, est une conception idéale mais irréalisable pour le mortel; le yahwéisme fa toujours entendu ainsi, c'est pourquoi il n'accorde le titre de c saint > ni aux patriarches, ni aux prophètes, ni à ceux, parmi les prêtres, qui n'ont pas été particulièrement consacrés au service du temple. Dans un sens plus large, cette épithète est attribuée à Israël tout entier, comme le peuple que Dieu a choisi pour faire atteindre au monde le plus haut degré possible de cet idéal éthique (Genèse, xii, 3; xviii, 18-19; Exode, xîX, 5-6, passim). Le langage populaire et la poésie sont encore plus généreux avec le titre de « saint » et de c prophète » (Psaumes, cv, 15; II Rois, iv, 9).
D'autres points de valeur secondaire ont aussi besoin d'être revus :
1 . L'expression -j'^-j^ •i^, employée dans la prophétie, désigne, selon son sens ordinaire, non une vision intérieure, mais une sensation imprévue de la présence de la divinité, pour ainsi dire une mise de la main sur le corps par une personne non remarquée; une insistance plus forte se dit npîn îTirPT >^y (Ézéchiel, m, 1 4) ; de là l'abstraction «i^n nptn (Isafe, vm, 1 1).Recevoirrinspiralionapourterme technique ^^(ou'»^ jq) (mrp) m") ^bj^ » ^"^ possession matérielle, nécessairement expriiTiée par ;^y\^ ^^ j^, ne figure nulle part dans la Bible, Le Nouveau Testament emploie, au contraire, des locutions telles que ce Satan entra en lui » (Luc, xxii, 3 ; Jean, xiii, 27), c tu as un démon » (Jean,vni,48),etc. Du reste, contrairement à la théorie biblique, qui limite les visions prophétiques à des objets d'intérêt national et religieux, les visions de l'Évangile plongent dans le mysticisme pur et n'ont pour but que la glorification du voyant lui-même : Jésus voit Satan tomber du ciel sur la terre (Luc, x, 18), Etienne voit Jésus qui se tient debout à la droite de Dieu (Actes, vu, 55-56).
%. Des naziréens possédés de Yahwé {von Jahve besessene, D>-)Î3), il n'y a nul vestige dans la Bible. A propos de Samson,
on lit : ce L'esprit de Yahwé commença à le frapper à Mabanê-^ Dân, entre Sarea et Eàtaol (Juges, xiii, 25); il s'agit donc du courage guerrier qui se manifesta en lui dans une localité
voisine de son lieu natal, probablement à l'occasion d^une affaire avec les Philistins. Selon le narrateur, c'est sa qualité de nazir de naissance qui lui a valu cette distinction.
3. « On trouve également des traces d'une autre sorte de manlique chez les possédés de Yahwé. Pendant que l'inspiré est accablé de la forme lourde de la possession divine et reste sans conscience, il a le sentiment qu'il est transporté par l'esprit qui le domine dans un lieu étranger et qu'il y contemple des choses mystérieuses » (Ézéchiel, xi, 1 ; xxxviii, 1; xl, <)• »
En laissant de côté la prétendue possession de Yahwé, on a oublié de tracer une ligne de démarcation entre le génie biblique, toujours national et religieux, et le génie évangélique constamment mystique et personnel. Des voyages aériens invisibles d' Ézéchiel, l'un démasque les vilenies secrètes de la classe dominante (xr, 1-12); l'autre s'efforce de rendre la vie à une nation mourante (xxxvii, 1-14); le troisième tâche de tracer un plan complet du sanctuaire et de la Jérusalem nouvelle, ainsi qu'un projet de législation pour l'État futur du yafawéisme. En face de ces visions, motivées par une piété sincère, ennoblies par un patriotisme ardent, l'Évangile nous fournit deux exemples de ravissement qui corroborent l'esprit de glorification personnelle que j'ai signalé ci-dessus. Jésus, porté par Satan, fait trois pérégrinations aériennes : une dans le désert, où il résiste à la tentation de changer les pierres en pains (Matthieu, iv, 1-4); une autre sur le pinacle du temple, où il refuse de se jeter en bas de crainte de tenter le Seigneur; une troisième, sur le sommet d'une haute montagne, où il refuse tous les royaumes du njonde pour garder sa qualité de Fils de Dieu (Matthieu, iv, 1-10). De son côté, l'apôtre Paul raconte, sous une forme altruiste et pleine d'onction, à ses néophytes que, quatorze ans auparavant, il fut ravi jusqu'au troisième ciel, et que, étant au paradis, il entendit des paroles ineffables qu'il n'est permis à un homme de rapporter {Si gloriari opportet — non expedit quidem — , veniam autem ad mianes et revelationes Domini. Scio hominem^ in Christo
Î/Cet hoi^me est naturel lui-même : Paul de Tarse. Citoyen romain, il a appris des rhéteurs l'avantage du style précieux et Tutililé du nescio conciliant; il s*en fait un régal.
ante annos quatuordecim — sive in corpore nescio^ Deus scit — raptum hujusmodi usque ad tertium. Et scio hujusmodi hominem — sive in corpore sive extra corpttSy nescio^ Deus scit — , qmniam raptus est in Paradisum et audivit arcana verba quœ non licet homini loqui. Corinth., xii, 1-4). Les visionnaires amateurs des apocryphes et des pseudo-épîgraphes sont plus loquaces, ce qui les rend instructifs, et, en tout cas, intéressants; l'ambition de garder le secret transcenda ntal pour eux seuls ne s'observe que chez les mystiques bien délibérés.
4. « En raison du rapport prépondérant de Yah wé avec le sexe masculin, comme dieu de la guerre, il est important d'observer que juste dans les temps plus anciens, nous rencontrons plus de femmes inspirées par Yahwé que plus tard : Miryam (Exode, XV, 20 et suivants; Nombres, xii); Débora (Juges, v, 12) à côté de Hulda (II Rois, 14 et suivants). > Il eût été plus exact de dire qu'après l'exil il n'y a pas de prophétesse du tout ; la seule No'^adya, contemporaine de Néhéinie, était une prophétesse de pacotille (Néhémie, vi, 14). A la naissance de Jésus, il y eut un regain de femmes inspirées comme Elisabeth (Luc, i, 4l) et Anne {ibid.^ ii, 46j. La prophétie célébrait une magnifique renaissance dans la nouvelle secte* et les femmes devaient bien en avoir leur part.
5. A mon avis, il n'est nullement prouvé que Moïse fût prêtre (p. 25). Deutéronome, xxxiii, 8, qui est une bénédiction attribuée à Moïse, à l'adresse de la tribu de Lévi, l'homme fidèle qui porte les Vrim et thummîm ou oracles sacerdotaux (iTOn ^nb l^mxi l^on) ^^t certainement Aaron et non Moïse, lequel n'aurait pas dit non plus de lui-même : « qiie tu (Yahwé) as éprouvé à Massa, réprimandé sur les eaux de Me-
riba » (n^^^j^ ^D by nDD3 in^D3 llî^X)- 0" sait que la réprimande en cause, trop forte dans ses conséquences et reçue sans murmure de la part de Moïse et d'Aaron (ils furent condamnés à mourir hors de la terre promise), était considérée comme un exemple servant à montrer la sainteté de Yahwé»
1. Actes, II, 2-4, 14-20 ; ix, 10; x, 44-46; xi, 27-28; xv, 32.
c'est-à-dire le désir que le fidèle n'ait pas un seul moment faiblesse dans sa confiance (q^ is^lp^l). D'autfe part, Ju{
xviii» 30; même au cas où Jonathan, le prêtre du temple i lâtrique de Dan, eût été le petit-fils de Moïse (Massore et S tante ont Manassé, ntt^jo, au lieu de nii^D)> ne prouverait i pour Moïse, car l'initiateur de ce culte se félicitait d'avoir défaut d'une aronide, investi du sacerdoce un lévite, au d'en investir un homme d'une autre tribu (^^^n ^^ rr^n
6. Les prophètes, nous affirme-t-on(p. 26), exerçaient leur voir comme une profession contre paiement (Sie ûben ihr Kôn ah Profession gegen Bezahlung), J'en doute encore. I Sam IX, 6, atteste que celui qui avait besoin de consulter le f phète lui apportait un don ; on agissait de même en se prés tant à un supérieur de tout genre, dieu, roi, chef, sans qi puisse dire qu'ils exercent une profession à gages. Pour prophètes en particulier, l'histoire de Geezi (Il Rois, v, 20raontre qu'ils refusaient même d'accepter les dons les plus ( sidérables et avec quelle rigueur l'avidité du gain de l'entour a été réprimée. Le même désintéressement constitue un de pour les rabbins de l'époque talmudique, et même, à l'épo actuelle, dans toutes les communautés de l'Arabie demeui sans contact avec l'Europe. Us exercent tous les métiers leur permettent de continuer les études religieuses. A ce p pos, le pharisaïsme a une devise qui cherche sa pareille : C qui vit du travail de ses mains vaut mieux que celui qui est vère en religion (qioij^ ^TD inV VBD y^:^» TOTOn bv Chez les néo- prophètes ou apôtres, c'est la vente du pou^ mystique qui était repoussée (Actes, vin, 18-21), mais il é recommandable de vivre sans gêne aux frais des autres. devise est : c Celui qui travaille (pour le salut) njérite qu'o nourrisse (Matthieu, x, 10; I Corinth., ix, 7).
P. 127. a Deutéronome, xxxiii, 8-10, connaît, pour première fois, que tous les prêtres sont issus {abstamm de Lévi, fils de Jacob, mais il connaît encore l'état réel d( chose, qu'ils viennent de tout le peuple, sans toutefois se la contradiction {kennt aber noch den wirklichen Sachverh
dus sie aU3 altem Volk sind, ohne Jedoôh den Widerêpruch tu etHpflfideft), y>
La sérénité avec laquelle cette déduction est énoncée invite à mettre le lecteur en mesure de juger, en toute connaissance de cause, la teneur de ce passage dont la critique moderne se sert pour prendre en état flagrant d'erreur toute la tradition biblique, qui voit dans les prêtres une section des descendante de la tribu de Lévi aussi patriarcale que les onze autres. Le texte porte :
8. (( A Lévi, il dit : Tes Urîm et tes Thummîm, (ô Yahwé !) seront à ton homme fidèle que tu as éprouvé à Massa, réprimandé sur les eaux de Meriba ;
9. Qui a dit, à propos de sort père et de sa mère, je ne les ai pas vus, qui ne distingua pas son frère, qui ne connut pas ses enfants, mais observa ta parole et garda ton alliance.
10. (Ses descendants) enseigneront tes jugements à Jacob, ta loi à Israël, ils offriront l'encens devant toi, l'holocauste sur ton autel.
1 \ . Bénis, Ô Yahwé, sa force; agrée l'œuvre de ses mains; frappe les reins de ses adversaires; (frappe) ses ennemis au point qu'ils ne puissent se relever. >
Comme on voit, les versets 8 et 1 0 énumèrent des fondions purement sacerdotales : délivrer des oracles, enseigner et exécuter la loi, et officier dans les sacrifices.
Le verset 9 mentionne avec satisfaction un acte de fidélité accompli par la tribu de Lévi tout entière, sans distinction entre prêtres et non prêtres, ou lévites. Le poêle fait allusion à la scène qui s^est passée près du Sinâl à la célébration du culte du veau d*or. Moïse donna l'ordre à ses partisans lévites de tuer tous les adorateurs de l'idole, quand même ils fussent leurs proches parents ; et l'ordre fut rigoureusement accompli sans hésitation aucune (Exode, xxxii, 26-29). Moïse loua ces fidèles et les établit fonctionnaires du culte yahwéiste à titre de beraka (nD13> ^^ bénédiction = don libéral » (Juges, i, 1 5 ; I Samuel, xxx, 26), parce que chacun d'eux avait agi contre son fils et son frère (vriKSI IJM lî^NO)- Notre poète élargit l'action en y ajoutant le père et la mère (v3xb lÙHtl
yr ab i» nxi *i^Dn ab vn« nxi vh>«-i i^b iûn^i)- on sait
que le narrateur de T Exode coupe court à toute réalisation de violence parricide, en déclarant que toute la tribu de Lévi donna suite à rappel de Moïse (^^^ 13)1 ^3 vbi* 1BDN^l)> circonstance qui a doublé le mérite de sa résolution.
Somme toute, l'auteur de la bénédiction mosaïque connaît non seulement la double division de la tribu de Lévi en prêtres et en non prêtres, mais les confond en une unité compacte formant une seule tribu, en parfaite concordance avec les données du narrateur de TExode.
Connalt-il aussi une autre donnée selon laquelle les prêtre^ seraient venus de toutes les tribus indifféremment? Si oui, il doit y faire allusion dans le verset 10, le seul qui reste du groupe consacré apparemment à Lévi. Je ne réussis pas à découvrir cette allusion désirable.
Dans une notice, déjà vieille d'une dizaine d'années, je me souviens d'avoir rendu vraisemblable que cette bénédiction appartient primitivement à (ta tribu de) Juda et doit se placer après les mois TOK^I îTTirpb nWV tandis que le reste de ce dernier verset, où il faut substituer pyoBf à mi^T, est une prière en faveur de (la tribu de) Siméon ; ainsi :
u>r»3n Toj; bxi fiyDiîr bip mm yoiî^ id^^) WDwh n«n
mnn mvD -lîjri r? m vt»
a>3no vno mfin vt» brsi ib^n mm -j-is idh mimbi
a Et ceci à Siméon, il dit : Écoute, ô Yahwé, la voix de Siméon, ramène-le à ses proches, multiplie sa force et sois pour lui un aide contre ses oppresseurs.
A Juda, il dit : Bénis, ô Yahwé, son armée, agrée l'œuvre de ses mains; frappe aux reins ses adversaires et ses ennemis, de mam^ qu'ils ne puissent se relever. »
Le désir de voir Siméon ramené (*près la guerre) à ses proches viserait le fait que la tribu de Siméon a été établie dans une partie du territoire de la tribu de Juda (Josué, xix, 1 -9).
La bénédiction de Juda se passe de commentaire, car elle cadre parfaitement avec la situation réelle : Juda possédait une arrnée puissante, faisait de nombreuses expéditions et emportait souvMt ia victoire sur ses ennemis*
Si cette interprétation est exacte, comme je le crois, il faut abandonner l'idée d*en tirer quelque chose au sujet de la tribu de Lévi.
Mais si même on s'arrête au texte reçu et que Ton prenne ^^^|-| dans le sens strictement possible de oc son effort » pour diriger au mieux l'administration du culte, ce verset contiendrait deux demandes, savoir : la pleine réussite de l'œuvre religieuse et la ruine des ennemis de la tribu de Lévi, mais pas le moindre écho deTorigine éclectique du sacerdoce mosaïque, comme on nous l'affirme avec une assurance qui ne prévoit même pas la possibilité d'une contestation.
Le savant critique, acceptant les autres théories de son école, ajoute des détails :
(( Le fait que (dass) les membres de la tribu de Moïse qui ne sont pas arrivés à se procurer un territoire pendant la conquête du pays, aient été préférés à la distribution des places sacerdotales (bei der Besetzung von Priesterstellen)^ a eu pour résultat la transformation de la tribu de Lévi, qui était originairement une souche purement mondaine (Genèse, xxxiv, XLix, 5), en une tribu sacerdotale (bewirkte die Umbildunff des ursprûnglich ein weltlichen Stammes Levi^ Gn., 34, 48, 5,/, ineinem Priesterstamm), Les fractions privées de possession saisirent volontiers ce moyen de subsistance {diesen Nahrungszweig)y mais les prêtres qui, en réalité, ne ressortaientpasde Lévi, ont émis la prétention d'avoir cette origine {pretendierten dièse Abstammung). y>
Ne dirait-on pas que la prudente High Critical School avait des reporters à la distribution du territoire palestinien après la conquête, lesquels, à l'opposé des historiens bibliques, auraient vu, de leurs yeux vu, que les lévites, et surtout les descendants de Moïse, sont revenus les mains vides de leurs expéditions belliqueuses. Serait-il indiscret de demander pourquoi la malchance s'est particulièrement attachée à ceux dont les ancêtres savaient le mieux manier les armes? Phinéas (Nombres, xxv, 7-8), les lévites (Exode, xxxii, 26-29), Moïse {iWd., ii, 12), Lévi (Genèse, xxxiv, 25-26), en ont donné des preuves convaincantes. Les lévites ont-ils donc dégénéré depuis leur entrée en Palestine? La belle Rahab qui, avancée en âge, a encore
pu convoler en noces légitimes avec l'aïeul de David (Matthieu, I, 5), a-t-elle eu beaucoup de compagnes aussi séduisantes qu'elle et désastreuses spécialement pour les congénères du grand prophète? Une explication était nécessaire et nous ne l'avons pas.
Puis, nous ne voyons guère l'utilité des renvois à Genèse, XXXIV et XLix, 5-7, pour prouver que Lévi était primitivement (urspriinglich) une tribu mondiale; les affaires dont il s'y agit sont situées à des époques antérieures à la formation des tribus. Que l'historien en pense tout ce qu'il veut, il est évident que les narrateurs ne pouvaient sortir de leur rôle en introduisant des transformations cultuelles étrangères à leur sujet. Pour l'histoire de Sichem, la chose va de soi ; quant à l'allocution de Jacob, sa disposition envers les trois frères aînés, Ruben, Siméon et Lévi, est pleine de reproches très sévères pour des crimes récents, et l'on veut quMI parle de la haute fonction sacerdotale accordée plus tard aux descendants du troisième, par suite d'un zèle religieux momentané? L'habitude de supprimer des sujets qui ne conviennent pas à leur cadre est aussi courante chez les artistes de la parole que chez ceux du ciseau et du pinceau.
Enfîn, nous restons sceptique à propos de la distribution des places sacerdotales à des groupes inutiles à la constitution d'une nation . Dans la réalité, de tels groupes disparaissent d'euxmêmes et se confondent dans les tribus au milieu desquelles ils s'établissent. Il ne viendra à l'idée de personne d'évincer le sacerdoce indigène par des vagabonds étrangers qui n'en ont pas la vocation. Le voudrait-on, qu'on se heurterait à la résistance de la classe privilégiée qui ne se laisserait pas dépouiller au profit de nouveaux venus, et la victoire reste toujours au nombre, d'autant plus facilement dans le cas présent, que rien n'empêchait, au besoin, les prêtres lésés de se créer une généalogie mosaïque pour prévenir la ruse des intrus.
La théorie que nous combattons est donc contraire aux saines notions historiques.
P. 128. Si, dans l'ancien temps, les prétendus prêtres mosaïtes (pas aronides, s'il vous platt !) accaparent toutes les places encore au règne de David, qui avait pour son prêtre
rélide Ebyathar, au règne de Sa,lomQn il fut supplanté par Sadoc, un homme de provenance inconnue, et ses descendants restèrent en fonction dans le temple, c Plus tard, la circonstance que Sadoc était un parvenu a causé de la peine {hat Schmerzen bereitet) ; de là le remaniement survenu au texte massorétique de II Samuel, xv, 314 et suivants. Dans le texte massorétique, viii, 1 7, Sadoc a été étiqueté élide au nnoyen du déplacement des noms. >
Personne n'a jamais mis en doute l'habileté des critiques à défendre les remaniements qu'ils supposent; il s'agit ici de la nécessité de remanier; là-dessus, les avis peuvent différer. Sadoc est un inconnu. Accordé. Mais cela signifie, tout au plus, que le narrateur de l'histoire (II Samuel, xv, 34) n'était pas informé sur ce point ; cela empêche-t-il de présumer que David qui l'employait, ait connu son origine aronide? Voici un exemple piquant : Melchisedeo, prêtre et yo\ de Salem, surgit comme un Deus ex machina^ Genèse, xiv, \ 8 ; frappé de cette singularité, un aggadiste chrétien raisonna comme il suit : a Melohisedec, (qui est) sans père, sans mère, sans généalogie, qui n'a ni commencement, ni fin de sa vie (c'est-à-dire dont on ne sait ni quand il est né, ni quand il est mort), est l'image du Fils de Dieu, qui est de la tribu de Juda ; Abraham et les lévites, en sa personne, ont donné la dtme à Melchisedeo et ont reçu de lui la bénédiction sacerdotale. »
Donc, le sacerdoce de la tribu de Lévi fut destiné à être remplacé par le sacerdoce judéen du Fils de Dieu (Hébreux, vil).
Revenant au sujet historique en débat et changeant les noms propres et les épithètes qui les qualifient, le syllogisme des critiques prend la forme que voici :
Sadoc, (qui est) sans père, sans mère, sans généalogie, qui n'a ni commencement, ni fin de sa vie, partant de race inconnue, est prêtre officiant au temps de David ;
David, son fils Salomon et les lévites, ont donné la dînfie à Sadoc à titre de grand prêtre ;
Donc, le pontificat élide de sa race mosaïte a été remplacé par un pontificat d'origine profane.
Aggadiste et critique argumentent o^ iffnoto, construisent le même syllogisme et obtiennent le même résultat.
Gela nous dispense de nous arrêter à la fraude pieuse perpétrée par un scribe pour se faire passer V affliction que lui avait caugé l'origine plébéienne du pontife. Dans sa joie étourdie, il a malheureusement oublié de corriger dans la phrase Vn D^JTO TU ^331 ('!> Viïi» ^^)» • '®s fils de David étaient prêtres », le mot choquant D«>3n3> ^ prêtres », en D^1Î3il» c héros i>, Qu quelque épithète analogue. Par cette négligence, il a perdu le fruit de sa piété y car le sacerdoce est tout de même devenu éclectique. Logiquement, la critique devait entrer plus en avant dans Tidée de Taggadiste et déclarer hardiment queSadoG était nn judéen^ parent de David, qui voulait avoir le sacerdoce dans sa tribu, afin de pouvoir diriger à son aise le parti religieux de la nation.
Il va sans dire que nos réserves sont encore plus formelles au sujet de Topinion de la même école, qui considère que l'institution par Moïse du pontificat et de la division de la tribu de Lévi en prêtres et en lévites, affirmée par P, ne repose que sur une grosse fakifieation préméditée qui fit reculer les réformes de Josias à l'époque de la naissance de la religion. Toutes nos recherches sur cette question nous ont donné un résultat conitraire, et nous attendons une réfutation en règle.
P. 130. On tient fermement à nous inculquer que, outre l'office de juge, l'enseignement des prêtres dénommé Thora consistait dans l'instruction relative à des questions religieuses, cultuelles, juridiques et morales, d'après l'usage et la coutume qui se superposent bien à la volonté de Dieu. On ajoute que cette Thora est aussi absolument ordL\e{einetiechsprechung und Belehrung Uber religiôset kùHische, rechtliche und sittliche Fragen nach Gewohnheit und Herhommen die sich ja mit Jahves Willen deeken. Durchweg ist auch dièse Thora eine mUndliche). Le prophète Osée atteste, au contraire, l'existence d'un grand nombre de lois (= articles, commandements), rédigées par écrit ("inTin *»aT lb UnD^^)» ^^ ^^ plaint de ce que, par la négligence des prêtres, ces lois soient ignorées par le peuple Ul^nj "IT T03> Osée, vm, 12). Il me sera permis de faire
crédit à Osée. L'énoncé que je conteste contient, d'ailleurs, deux autres inexactitudes qu'il sera utile de relever : T La sentence au moyen de l'oracle porte le titre de j^gjBfD (Deutéronome, xxvii, 21), jamais celui de ni^î ^^ '^
usages et coutumes du peuple, loin d'être d'accord avec les instructions de Yahwé, en formaient l'opposition diamétrale. Il faudrait faire table rase de tous les écrits prophétiques pour soutenir un propos aussi étrange.
P. 132. Au lieu des anciennes étyraologies de ^^33, pour la plupart d'ordre mystique, il eût fallu rappeler le verbe courant en assyrien nabû, « appeler, nommer, proclamer, annoncer >; participe nabîUy nabû, c appelant, annonçant ». Chez les Hébreux, j^^33 (pour ^22) ^ P^^^ ^^® signification religieuse, ce qui parle au nom de la divinité, prophète > .
Ibidem, c Aussi longtemps que la chevelure pousse encore, le nazireen reste sous le vœu et a, étant relié h \a, vie (?) de Yahwé, à observer des abstinences (des défenses tabou), abstinence de tous les produits de la vigne, du deuil rituel qui contamine... Le vœu se termine par le sacrifice des cheveux. C'est pourquoi Samson perd sa force surnaturelle lorsque ses cheveux tombent. Le récit de Samson montre que les naziréens accomplissent leurs actes à l'état de l'extase {dass die Nasirâer ihre Thaten im Zustande der Ekstase vollbringenj^ Juges, XIV, 6, 19; XV, 14. >
Le défaut de cette exposition réside, comme je l'ai souvent remarqué, dans la confusion de l'esprit des récits populaires et Tesprit de la législation mosaïque. Le conteur, connaissant l'organisation des naziréens consignée dans Nombres, vi, a trouvé bon de gratifier ses compatriotes d'un Hercule national, qui fait bonne figure parmi ses collègues chez les autres peuples. La signification du rite est d'une clarté aveuglante. L'homme qui se consacre à Dieu doit mener une vie sacerdotale ; il s'abstiendra donc du produit de la vigne qui trouble l'esprit, demeurera rituellement pur et conservera intacte sa couronne de cheveux ; tiézer^ -ifj (abrégé de ^^^ -^^jjf -j^j),
symbolise son état de nazir, -^ijj ; au terme du naziréat, il
se coupe les cheveux et rentre dans Tétat profane. L'art du conteur logea dans les cheveux de Samson le secret de sa force extraordinaire. Tout le drame se développe avec une conséquence remarquable. Amateur de belles femmes, comme son collègue grec, il entre sans souci dans le guêpier philistin, tue un lion, pose une devinette aux invités au festin des noces, perd le pari grâce à sa femme, tue trente Philistins pour acquitter sa dette d'honneur, incendie la moisson de ceux-ci en attachant des brandons aux queues de trois cents renards; ayant été ligotté par les siens et livré malgré eux aux Philistins, il rompt ses liens, fait de grands massacres d'ennemis et devient juge en Israël. Mais son amour pour les Philistines lui devient fatale: pendant sa visite à une femme du monde à Gaza, on ferme les portes de la ville pour s'emparer de lui, mais il arrache tout l'appareil de la porte et le dépose sur une montagne de- la Judée. Insouciant comme il est, il tombe amoureux de la traîtreuse Dalila. Par ses cajoleries, elle cherche à lui arracher le secret de sa force. Après quelques propositions évasives, il lui apprend qu'elle réside dans sa chevelure. La traîtresse lui coupe les sept tresses de cheveux et le livre aux Philistins qui lui crèvent les yeux et le chargent de travaux d'esclaves dans la prison. Lorsque ses cheveux recommencèrent à pousser, les Philistins, réunis au théâtre pour célébrer sa prise, l'obligent à faire l'acrobate pour les divertir. Alors il invoque Yahwé et • renverse les colonnes moyennes en prononçant le fameux mot : « Que je meure avec les Philistins », et l'édifice, en s'écroulant, devient le tombeau d'un grand nombre d'ennemis. Telle est l'épopée de Samson, héroïque, humaine et patriotique surtout, traits distinctifs de la poésie hébraïque. Qu'on m'excuse de m'ôtre longtemps arrêté sur cette histoire très connue. La responsabilité en est aux mythologues modernes qui se sont entendus à me gâter mon incomparable Samson.
Le mysticisme se fait, d'ailleurs, joliment apprécier par l'extase que le critique attribue à notre héros sur la foi de l'expression anodine ,-npp nn V^y nbvm» Q^* signifie simplement t L'esprit de force (toute force vient de Dieu) vint à lui ou le saisit », ce qui est l'opposé de la crainte désignée par le
— lîa —
manque de nn (ioaué^ \% 1). On ne saiBit paa bien oe que cette aoribie mythomane fait des expressions nnS^ by ^nni nin^ DM (Juges, XI, 29) et uVHD IM bH HW mi rh'^IVi nSvOI H^^n 0 Samuel, xvi, 13); veuttelle dire que Jephté envahit TAmmonitide en état extatique ou que, depuis son onction, David devint somnambule? Et dans Thigtoire de Samson mêmei fait-elle exécuter en état d'extase la mise en pièces du lionceau (Juges, xiv, 6) et massacrer une fois trente Philistins pour les dépouiller (ibid. , ^ 9), une autre fois mille personnes avec une mâchoire d'ftnc découverte par lui dans son rêve \\i^ oide? D'ordinaire, Textase jette le sujet par terre et lui enlève la force physique (Nombres, xxiv, 4; Ézéchiel, ii, 2; Daniel, X, 15*17); nous ne savons rien d'un effet contraire. Dans le cas de Samson, il s*agit simplement d'un rn^3JI m")> V^ ^^ le compagnon surnaturel de la méditation et de la conscience lucide (Isaïe, xi, 2; Michée, m, 8).
P. 1 33 . On fait un large abus de l'expression a enlacé de la vie de Dieu > {von gôltlichen Leben umwoben), à propos de, ly'-jp et
ntî^np' nous nous sommes déjà expliqués plus haut à ce sujet. Deutéronome, xxiii, 18, défend la prostitution professionnelle des deux sexes (Genèse, xxxviii, 21 ; I Rois, xiv, 24, V1**3' ^^^' XXXVI, 14), sans égard au temple de Yahwé, où le fruit de ces métiers honteux ne pouvait être accepté comnae vœu (Deutéronome, xxxvi, 15). Lévitique, xix, 29, n'a non plus rien à voir avec le temple. Les maisons publiques étaient placées, chez les autres Sémites, sous la surveillance de la police (Hamraurabi, Josué, ii); l'hiérodulisme proprement dit semble avoir été restreint au culte d'Astarté,
P. 1 35. Le rituel concernant le pur et l'impur est la maison hantée des critiques modernes. Il ressortirait de Romains, xiv, 1 4 , que ces qualités ne résident pas dans les choses elles-mêmes, mais < dans ce que la croyance religieuse leur attribue des rapports à des puissances supérieures ». Cependant la sentence négative, déjà annoncée Genèse, i, 31 , sous forme affirmative, est seulement interprétée dans le texte, car l'apôtre veut dire que, selon Jésus, l'impur n'existe quQ pour celui qui croit à la loi
abolie par kli^ La seconde idée, relative aux rapports avec les esprits bons ou mauvais, ne s'y trouve pas du tout, iiiais che» les gnostiques et les cabalistes qui ont vécu plus tard, La théorie du tabou est peut-être vraie pour l'époque préhistorique dea Sémites, raai3 w^ époques bibliques, le système rituel repose sur une base toute différente et qui est celle-pi ; L'homme doit offrir à Dieu une partie des objets dont il se sert pour se nourrir. Cette bçtse instinctive du sentiment religiç^x a produit chez les rituélistes hébreux le syllogisme suivant ;
Mineure ; Dieu a créé des animaux inoffensifs et des animauif offensifs,
Mineure ; La faveur de Dieu ne peut être obtenue par le sacrifice des animaux offensifs que l'homme fuit avec terreur.
Conclusion : Donc, la nourriture ne doit se faire que d'animaux inoffensifs, afin que Dieu puisse en avoir sa part.
Divisions spéciales :
A. Animaux offensifs.
1) Animaux carnivores;
2) Oiseaux carnivores ;
3) Reptiles et insectes;
4) Poissons rapaces; indice : manque d'écaijles et de
nageoires;
5) Animaux mi-rapaces, ruminants soHpèdes ou à sabots
non fendus.
B. Animaux inoffensifs :
1) Herbivores; indice : ruminants à sabots fendus;
2) Oiseaux herbivores;
3) Une certaine catégorie de sauterelles ; indice : posses-
sion de longues pattes (?) ;
4) Poissons non rapaces ; indice ; possession d'écaillés
et de nageoires.
i. Scio et confido in Domino Jesu, quia nihil commune per ipsum^ nisi ei, qui existimat quid commune esse, illi commune est. Du reste, il ne s^agit ici nullement de choses pores ou impures, mais exclusivement d'filiments défendus ou licites. Le scandale cau^é au frère conservateur par celui qui n'observe pas les distinctions de la loi alimentaire (v. 15) vient de la contravention à cette loi, non du fait de l'impureté contractée pour quelques heures seulement et qui n'exige aucun rite purificateur.
Tel est le schéma de la loi alimentaire mosaïte (Lévitique, xi; Deutéronome, xiv). Pour le rite sacrificiel, on a été obligé de faire des restrictions dès Tinterduction des deux sacrifices quotidiens dits Qn^Dn* Dans le but de prévenir toute interruption éventuelle de ce sacrifice fondamental, qui rattachait visiblement Israël à Yahwé, et aussi pour assurer les sacrifices pendant les grandes fêtes, on trouva nécessaire de ne prendre les victimes que dans la catégorie des ruminants domestiques, savoir dans les espèces bovine, ovine et caprine, et parmi les oiseaux, la colombe et la tourterelle, qu'on pouvait facilement acquérir. Il y a lieu de présumer que celte restriction est devenue obligatoire lors de la centralisation du culte à Jérusalem. Ézéchiel, xlvi, 13-15, parle de la n^on nbl^ comme d'un rite ancien.
Les lois alimentaires et les lois sacrificielles découlent du même principe dont le but est de faire d'Israël un peuple saint rattaché indissolublement à Yahwé ; il n'y a pas la plus légère ombre d'un système tabou, ni de possessions démoniaques qui troublent l'esprit des mystiques modernes. La distinction du pur et de l'impur a aussi existé chez d'autres peuples, mais la marche de son développement chez eux n'a pas encore été assez étudiée.
P. 1 39. Celui qui touche un cadavre humain est impur pendant sept jours, la durée exacte du deuil ordinaire; de même, celui qui entre dans la maison du mort, qui coopère à l'enterrement d'un mort, ou prend part au repas du deuil. M. Stade se rallie à l'idée que l'impureté ne vient pas du cadavre, mais de l'esprit du mort (Totengeist) qu'on s'imagine rester près du cadavre dans la maison du mort ou dans le tombeau. On se demande d'où l'esprit lui-même a contracté l'impureté qu'il répand autour de soi, lui qui était pur du vivant du corps. Une autre question s'impose également : comment un esprit à qui on rend un culte peut-il être regardé comme impur? Dès le moment qu'on passe outre aux données bibliques qui affirment le contraire, il eût été plus logique, en reprenant l'idée de la possession, de soutenir qu'aussitôt l'âme sortie, des démons impurs prennent possession du cadavre et propagent ainsi l'impureté. Cette croyance est répandue surtout
en Babylonie. La mort peut seule expliquer l'impureté du cadavre d'un animal, où il ne saurait naturellement être question d'un esprit.
Nous conservons donc des doutes sur les preuves alléguées (p. 1 39) : 1 ) mx ijf B3i analogue à ppn Uffij, désigne le corps, non l'âme; 2) les rites de la tonsure et des blessures k cause du deuil seront discutés plus bas ; 3) la restriction concernant le deuil du grand prêtre et l'interruption du naziréat, par suite d'un deuil, ont été expliqués plus haut; 4) l'assertion que les ossements de morts souillent bien l'autel de Yahwé, mais non l'homme sacrifié sur lui, est des plus contestables : les sacrifices d'enfants s'adressaient à Moloch, non h Yahwé; quant au sacrifice de la fille de Jephté, fût-il réel, il est si isolé et le fait d'un chef de brigands, qu'on ne peut le considérer que comme un abus religieux (cf. Deutéronome, xxii, 30-31). Nous restons, en attendant, dans l'ancienne interprétation. Le corps mort est le symbole de la malédiction de Yahwé et contamine la terre (Deutéronome, xxi, 22-23). Pourquoi? Parce que la mort est, dans la théorie monothéiste, toujours le châtiment d'un crime ouvert ou caché. Les démonstrations violentes du deuil sont presque des insultes à Tégard de Yahwé qui est le juge juste par excellence. Pour ce qui concerne le repas funèbre qui fut primitivement un rite du culte des ancêtres commun à tous les peuples anciens, il avait pris de bonne heure, en Israël, la forme d'un banquet de condoléance et de consolation. La coutume fut tolérée et elle s'est conservée jusqu'à nos jours, tout en se modifiant légèrement sur certains détails^ Les remarques sur les spéculations tardives de P sont les expressions d'un sentiment personnel.
Comme preuve positive que la source de l'impureté réside dans la matière, on peut alléguer : T le cas de la lèpre, dont le nom n^^nV yj3 ^^ J^J3 seul désigne un contact extérieur ; 2** la lèpre des maisons et des étoffes, et la supposition qu'elle disparaîtrait après une semaine d'attente ou après un bon net-
i. L*impureté de la béte morte d'elle-même (nSaa) ou déchirée par une autre bête (nSlia) «e dure que jusqu'au soir : faible répercussion de l'impureté du cadavre humain.
toyage; 3M*impureté graduée des matières connexes avec la volupté sexuelle : 8pei*me> menstrues, tandis que les autres déjections ne sont entachées que de saleté.
Concluons : L'impureté procède du corps et la distinction entre pur et impur, comme celle entre saint et profane^ a» dans le mosalsme, un but symbolico-moral.
Encore quelques remarques indispensables.
P. 1 41 . Je trouve le traitement du totem bien capricieux : tantôt on les dévore comme dieux, pour s*emparer de leur pouvoir occulte ou sainteté, tantôt on les tient pour indignes comme denrée comestible et très glorieux comme noms de personnes et de tribus; exemple : l'âne (-)ion **iD) ^^ '^ (:^\^ti (3^3). La consolation a Ces animaux étaient également sacrés au temps du paganisme (Solche Thiere waren %ur Heiden%eit gleichfals heilig) » fera peut-être exulter Àzor ou Toto qui ne sont pas si mal partagés, mais le malheureux Âliboron, indignement asservi, pousserait un formidable juron s'il pouvait faire autre chose que braire.
P . 1 48. Le sujet fournit naturellement une occasion favorable à la comparaison : ce Ces lois alimentaires intéressent le théologien chrétien aussi à cause que, par elles, se montre Técart de TAncien Testament vis-à-vis de la prédication de Jésus, Matthieu, xv^ M. ^ {Den ehristlichen Theologen mteressieren dieêÉ Speiseverbote auch um deswilleny weil sich in ihnen der Abstand des A. T. von der Predigt Jesu zeigt Matth, < 5, H .) Cependant, si le début de la sentence satisfait le palais et Testomac, je doute que ia dignité humaine ait à se louer beau» coup de la fin : c Çat c'est du cceur que partent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères, les fornications^ les larcins» les faux témoignages, les blasphèmes {ibid., 18-19)» Là conclusion s'impose : L'homme, étant essentiellement impur^ ne peut être purifié qu'en se baptisant au nom du prédica^ teur comme Dieu et Sauveur, car il aura beau se mortifier et demander pardon à Yahwé; celui-ci, ayant abdiqué en faveur de son Fils chéri, le laissera patauger dans sa souillure.
Ibidem, t Le grand nombre d'animaux impurs s'expliquera de ceci qu'à Tunification des familles en peuple, les habitudes ali*
mentaires des Unes se transférèrent aux autres. > On a oublié que le nombre des totems mangés devait être infiniment plus grand, puisque les sauvages ne sont pas difllciles sur la nourriture. En opposition avfjc Tauteur, je pense également que l'absence des sauterelles de la liste du Deutéronome, vient de son caractère épîtomatique et ne prouva nullement une tradition différente de celle du Lévitique.
l^tV/em. Impossiblede motiver, par (clacrainte d'utilisation ma* gique, ta défense de manger le lendemain la viande sacrée qui n'a pas été mangée la nuit précédentes; c'est plutôt par la crainte d'une pollution inconsciente durant le sommeil (mp
ny*?)* " ^* facile de rejeter le motif donné par l'auteur sacerdotal de la défense de manger le sang et certaines graisses bbn) d^s animaux ; il est difficile d'en trouver un autre. La
prétendue peur de «s'incorporer une âme étrangère {dassman WcA furchtét€y sieh eine fremde Seele %u inkorporieren) en mangeant le sang » aurait mené à l'abstention complète de la nourriture animale, comme c'est le cas dans les religions de l'Inde. D'autre part, le fait que la coutume de s'abstenir de la veine sciât ique (Genèse, xxii, 33) est restée en dehors du système rituel, prouve avec force que le système voulait ne rien devoir aux usages populaires, fortement imprégnés d'idées mystiques ou animistes. Contre l'idée de l'incorporation témoigne également cette prescription de borner l'emploi du sang à une aspersion su-^ perficielle sur les parois de l'autel (2^30) ^^ ^^ ^^^^^ écouler le reste dans la cavité des fondements (nDtOn *11D^» Exode, XXIX, 12, passtm)^ mais non dans le foyer de l'autel pour être consumé avec les chairs. La nature symbolique du geste est d'une transpïirence complète : l'esprit (le principe de vie, D^^H nyi) résidant dans le sang qui coule dans les veines et maintient la chaleur Vitale du corps, est renvoyé à Yahwé qui l'avait, pour ainsi dire, prêté temporairement à la Victime atiimale qui remplace la personne (^^33) du pécheur hùy BfB33 Din» Lévitique, xvn, 11). Du corps de l'animal, la part de Dieu consiste principalement dans la graisse grillée, tandis que la chair, sauf dans l'holocauste, est mise à la disposition de Thomme. Absorber le sang sous forme de
fumée ou au moyen de la déglutition serait, aussi bien de la part de Yahwé que de la part de l'homme, faire consommation de la Nephes avec le corps ("njon DV B^Bjn)» ^^^ d'assassinat cruel (Lévitique, xviii, 4), et d autant plus féroce de la part de Dieu qu'il n'a pas besoin d'une nourriture matérielle. L'esprit étant parti, le sang, pour le soustraire à l'usage, est versé au pied de l'autel. Pour les animaux qui ne sont pas destinés à l'autel, le geste de l'aspersion devient superflu, mais le sang doit être couvert de terre, afin qu'il ne soit pas offert aux génies champêtres (Lévitique, xvii, 7). La clarté ne laisse rien à désirer. Totems, tabous, possessions, incorporations et autres hantises préhistorico-apocryphes, ne peuvent aboutir qu'à des hallucinations, à des mirages décevants; ils sont impuissants à éclairer la théologie, soit ancienne, soit moderne, de la période biblique.
Ibidem. On faisait disparaître l'impureté par un simple lavage ou frottage, parce qu'on la considérait comme une simple saleté. Point d'incantation, ni prière magique*
P. 142-145. A la graduation de l'impureté relij^ieuse répond un rituel varié donnant les moyens de la faire disparaître, li'expédiônt le plus simple et accessible à tous est de l'ôter au moyen d'un lavage avec de feau, à l'instar de la saleté matérielle.. Les mylhophiles auraient pu se contenter d'ajouter les croyances païennes aux divinités aquatiques et à la déification des fleuves dans beaucoup de religions. Le savant auteur va plus loin ; il remonte à une époque où la sainteté et l'impureté se confondaient ensemble dans la grande unité du tabou :
P. 142-1 43. «L'impureté cultuelleétantconsidérée comme une matière salissante, on la retire en baignant le corps et en lavant les vêtements. L'emploi de l'eau ne s'explique pas par la supposition qu'on attribuait à l'eau, fournie et habitée par des puissances mystérieuses, une nature divine et une action sanctifiante (cf. lalustration par le feu de l'autel, Isaïe, vi, 6). On pourrait, il est vrai, faire valoir, à l'appui, l'expression usitée pour ces purifications (unpnn '^ Samuel, xl, 4), l'emploi de l'eau du Jourdain pour la guérison de la lèpre (II Rois, V, 10), la prescription de prendre de l'eau vive
(l'eau qui jaillit delà terre, parce qu'elle est habitée par des esprits; Lévitique, xv). Cependant, l'emploi de l'eau remonte au temps où l'essence à éloigner était regardée comme essence sacrée. L'emploi de l'eau est resté, pendant que, dans l'idée, le sacré s'est changé en impur. Et même au degré yahwéiste, l'essence sacrée, qu'on ne peut pas rendre inoffensive par le changement de vêtements, doit être ôtée, dans des cas déterminés, au moyen d'un lavage du corps et des vêtements; comparez Ézéchiel, xuv, 19, avec Lévitique, xrVt 23. >
Toujours la tendance à pousser des raid^ dans la préhistoire la plus reculée pour surprendre la religion mosaïque en flagrant délit de tabouisme. L'explication mythique est déjà trop inadéquate pour elle, il faut respirer les brumes du cerveau polynésien pour la bien comprendre. Le voyage dans les mers australes est long et fatigant, mais il faut bien se donner de la peine pour pêcher la panacée universelle où elle se trouve, et le tabou seul est apte à résoudre toutes les énigmes rituelles. Mais n'y a-t-il pas une dose d'illusion à se servir d'urj terme dont la définition exacte n'a jamais été donnée par les voyageurs, et par la bonne raison que les indigènes eux-mêmes ne la connaissent pas. Tabou semble signifier t interdit »; les personnes ou les choses taboues sont c intangibles » et ce privilège est chèrement acquis. L'opposé dii tabou est le noa, a accessible, permis », distinction d'autant plus certainement religieuse, que les Polynésiens possèdent une mythologie très développée, quoique zoonjorphique, représentée dans les tatouages. Bref, la confusion postulée entre c saint » et a impur » est une abstraction spéculative sans aucune réalité constatable. Dans la religion babylonienne, l'antithèse s'exprime comme en hébreu, par ^WM=-nji^, a pur », et timmû = KDÛ' ^ impur >. Or, ellu^ t pur », vient de alâlu (aram. Vbn)» M"^ signifie, au propre, « laver, baigner, lustrer w; l'eau entrait donc dans la notion primordiale de la pureté. Les Polynésiens ne paraissent même pas posséder de terme pour c saint, sainteté » ; en tout cas, l'appel à ceux-ci pour éclaircir l'emploi de l'eau dans les purifications rituelles me paraît à la fois hasardé et superflu.
Peu adéquate me Bemble aus^i être Taffirmation relative à la nature divine et aanotifiante du feu (p. 1i3) et de Teau. r Le prophète laaie reçoit une brûlure aux lèvres, non pour devenir n saint >• mais pour obtenir la rémission de ses pé* chés hfipn inNlDm 13iy IDI) » '^* ®^"^ ^^ Jourdain ont guéri la lèpre de Naaman, non par leur vertu divine ou ma^gique, — des centaines de lépreux s'y sont baignés sans avoir vu leur mal disparaître, — mais en vertu de Tordre prophétique reçu de Dieu*; 3^ l'eau coulante se dit t vive >, en opposition avec Teau dormante ou stagnante des marais, chargée de pourriture; lès esprits n'y sont pour rien ; 4* la « matière de sainteté > {Heiligkeitsstoff)y en soi ni utile, ni nuisible, n'est pas enlevée par le lavage : elle n'existe pas. On nomme « vêtements saints »>, ceux que le grand prêtre porte dans le < saint » (E^lbn 0" D^iynpn ^tnp^ * saint des saints »). Je ne m'explique pas comment on est parvenu h attribuer à ces vêtements une action nuisible qui ne peut être neutralisée que par un lavage ou par un bain. Le passage É^échiel, xuv, 19, dit tout autre chose. Lorsque le prêtre a tenniné roffice dans le saint des saints, qui est précédé d*un bain et de la mise de vêtements particuliers, il laisse là c*es vêtements, prend un autre bain et revêt ses vêlements ordinaires (QiTnX DHJÛ = VIJO» Lévitique, XVI, 24) pour officier dans le temple en présence du peuple (oyn nby riKT inVj? n« nitfyi)- Ézéchiel réitère l abandon de la première mise par les mots -iiî^ip^ iijjy\
DmJ!D3 uyr\ HK^ «que (les prêtres) ne saaclifienl pa8(c'eal-
i. II Bois, V, 10. Na^'aman «avait ai peu de la saiateié du Jourdain, que Tordre de se baigoer dans ce fleuve i'ôtozmait énormément, au point qu'il croyait que cet ordre ne reposait que sur la nature thérapeutique du bain, effet qu'il pouvait obtenir en se baignant dans un des fleuves de Damas (v. 12). Point intéressant : La manipulation magique à laquelle il s'attendait de la part du prophète, savoir : invocation de Yabwé (1^9^ ni.l> QUD Ul&y^* attouchement avec la main de l'endroit malade (ip^m pnwn Sk W)» expulsion de la maladie (ynyai ^H^)^ e»t préciaém^nt caiiQ que Jésus a employée dans la plupart de ses guérisons (Matthieu, VIII, 3; i4; IX, 25; 29; xx, 34j. L'invocation de Dieu ne trouve natiiroU lement pas d'emploi dans ces occurrences, Jésus étant lui-même Dieu sous forme humaine.
à<Klirê n'opèrent pas la sanctification concernant) le peuple étant revêtus de leurs premiers vêtements (avec lesquels ils ont opéré la sanctification — cf. lû^'ipv Lévitique, xvi, 19 —
du saint >. Flairer sur cette base mal assise une émanation nuisible de la matière sainte, partant des vêtements, m* eût paru inimaginable, si je ne me disais pas que Timpulsion a pu être donnée, bien qu*en sens contraire, par Matthieu, ix, 20-23. L* usage de se laver les mains avant le repas, qui existait déjà au temps de Jésus (tWd., xv, 2), constitue un reflet del'ablution sacerdotale,car le pain sur lequel on récite une bénédiction a été assimilé à la chair du sacrifice. Par contre, dans le but de soustraire les livres bibliques aux souillures provenant de trop fréquents attouchements des mains, les pharisiens déclarèrent qu*un tel attouchement immédiat rend les mains impures, de sorte qu^on ne pouvait faire usage des livres sans les protéger par une enveloppe ou une couverture.
Ibidem, a La purification par Peau et la consécration positive sont combinées lorsque leau lustrale est mêlée (versetst wird) a.vec des choses saintes (mit heiligen Dingen) et reçoit ainsi de la force absolvante {suhnende Kraft); de là, r\Hl$0 ^9 (Nombres, viu, 7). C'est ainsi que sont préparés les mj ip
avec les cendres de la vache rouge (Nombres, xix, 9 et suivants). De même, — cf. nos médicaments, — « agit le sang d*an oiseau égouté dans Teau, Lévitique, xrv, 5. x>
En lisant Nombres, xix, 6, on apprend, d'une part, que les choses en cause sont du bois de cèdre, de Thysope et un fil d*écariate ou cramoisi (nj^bin ^ilîfl DlîKT nx VJ^)? 4^ l'autre, que ces substances étaient jetées dans le foyer allumé pour brûler la vache, mais on n'aperçoit pas le moindre indice d'une notion de sainteté inhérente à ces objets. Ceci étant, je me perds en conjectures pour savoir ce qui a pu autoriser le savant critique à leur attribuer la qualité de t saint », qui est le plus haut degré de la conception de la vénération religieuse. Sednteté implique adoration (pieu d* Astarté, dents de Bouddha, teraphtm, reliques diverses), ce qui est inimaginable dans la doctrine monothéiste. On a oublié, de plus, celte considération qoe, m on voulait profiter de la vertu propitiatoire innée de
ôes substances, on les aurait brûlées sur Tautel du sanctuaire, à l'instar du sacrifice de purification (riKDn) '» ^^^> ®" réalité» la vache rouge elle-même, qui fournît pourtant la cendre destinée à la purification des plus graves impuretés, est immolée et brûlée hors du camp ou de la ville (n^nob VIPID)- ^^ ^^^ trait qui relie ce rite aux autres consiste dans l'aspersion du sang sur Tau tel. Ce trait indique aussi clairement que possible que, dans cette offrande, le sang seul possède le pouvoir purificatoire, tandis que le corps en est entièrement dépourvu. Alors s'explique très naturellement ce fait étonnant, au premier aspect, que le prêtre qui recueille le sang pour Taspersion, celui qui brûle la victime avec les substances précitées, ainsi que l'homme pur (mnD tt^K) ^"* ramasse les cendres, deviennent impurs et doivent laver leur corps et leurs vêtements avant de rentrer chez eux. La légère impureté vient de ce que l'immolation d'un animal hors du temple est formellement défendue par la loi (Lévitique, XVII, 3-7; Deutéronome, xii, 4-14) et motivée par l'habitude populaire de sacrifier aux génies champêtres. Ceux-ci, en leur qualité de a\i^x D'^TTIN» ^^^^ contracter l'impureté à !a victime brûlée, ainsi qu'à ceux qui sont en contact avec elle et même avec ses cendres, et leur imposent un lavage symbolique pour la faire disparaître (xix, 2Î). Pour ceux qui connaissent le symbolisme biblique, la signification de ce sacrifice exceptionnel n'a aucun mystère. La vache rouge figure la rébellion (cf. nnilD iTTS' Osée, IV, 1 6) du péché (cf. Isaïe, i, 1 8) ; le cèdre représente la haute classe possédant le pouvoir politique (II Rois, xiv, 9), l'hysope la classe soumise, le fil de pourpre leur union dans le péché. La combustion de ces matières symboliques réunies produit la cendre (-|B}<) ^" '* poussière (-)3j;) qui est, à son tour, le symbole de l'affliction et du repentir sincère (Isaïe, LVïïi, 5 ; Daniel, ix, 3 ; Josué, vu, 6). Je n'hésite pas à mettre au défi la méthode tabouiste de fournir une explication aussi limpide de ce rite compliqué.
Ibidem. « Primordiale est l'opinion résultant de la conception de la maladie comme possession démoniaque, que l'on peut transférer l'impureté sur un animal. Par cela s'explique le rite du boucd'Azazel (Lévitique, xvi, 22 et suivants) et Toi-
seau lâché à Toccasion de la purification de la lèpre, xiv, 7. > L'habitude d*assigner les maladies à une invasion de démons estsans aucun doute extrêmement ancienne ; le langage populaire et poétique Ta conservée jusqu'à nos jours, tantôt sous forme de métaphores inconscientes, tantôt dans un réalisme grossier qui entraîne remploi d'exorcismes matériels. Qu'on me permette une digression amusante. J'ai été acteur moi-même dans une scène d'exorcisme opérée, il y a quarante-cinq ans, à Andrinople, pour chasser le démon d'une femme épileptique. Rabbins et théologiens imbus du mysticisme cabalistique, qui est la plaie du judaïsme arriéré, présidés par un apostolos de Jérusalem (JVV n^bttf)» récitèrent d'abord un certain nombre de psaumes et des passages efficaces du Zohar, à Tintention de la malade. Puis l'apostolos prononça des formules conjuratoires pour forcer le démon à décamper. La femme se tordait dans des convulsions atroces, car on lui brûlait du soufre sous le nez, au point qu'elle allait être suffoquée. Indigné de cette opération aussi stupide que cruelle, je me suis levé, et après avoir écarté l'apoâtolos jérusalémite (dont j'ai conservé le nom), et en me donnant l'air d'un conjurateur plus expert, j'ai affirmé mordicus au prétendu revenant que je connaissais toute la lamentable histoire de ses migrations posthumes par le monde, et qu'au lieu de vivre misérablement comme un vagabond malfaisant qu'on chasse de partout, le mieux serait pour lui de quitter cette pauvre femme et de retourner dans sa ville natale, dont la communauté serait tenue, grâce aux instances des t^akamîm (rabbins, érudits) présents, de faire exécuter à son intention une cérémonie expiatoire qui lui procurerait le repos désiré. Ceci fut dit d'une seule haleine et ne dura que quelques minutes, et, ô miracle, la crise cessa aussitôt et la femme se leva comme si elle n'avait plus de maM. Plusieurs
1. Cette aventure a eu une suite non moins grotesque. Quelques temps après, le mari de cette femme fit, sur rinstigation des cabalistes, le pèlerinage de Jérusalem avec la malade, qu*il fit exorciser par de fameux spécialistes, au son du sophar qui a la vertu de porter le trouble dans Tannée de Satan. Mon incrédulité y fit scandale et je fus excommunié également au son du âophar et en éteignant les lampes de la Synagogue {r\\>^ ^Taaai IfîlWa)- A. mon retour d'Abyssinie, le nouveau grand rabbin
ont vu, de leurs yeux vu, le démon sortir par le pouce du pied de la patiente. L'apostolos et les rabbins quittèrent la salle tête basse, confus des bouffées de quolibets de mes amis et de mes élèves, qui étaient prévenus d'avance de la niche que j'avais l'intention de faire au mystificateur et aux imbéciles qui se sont laissé égarer par une aussi ridicule superstition ^ Revenons à notre sujet. L'antiquité a bien cru aux posses* sions de démons morbifères, mais si les maladies ont paru être transférables par des opérations magiques ou par la volonté divine, je ne connais nulle part la notion que l'impureté disparaît par suite d'un tran^fërement sur une autre personne ou un autre objet. On la communique par contact, mais elle ne s'expédie pas comme une lettre à la poste. L'impureté du cadavre ne sort par aucun moyen; la lèpre guérit, les écoulements souillants peuvent s'arrêter, te contact avec l'impur peut être interrompu ; l'impureté, quelque légère qu'elle soit, ne disparaît que par des lavages rituels. Le bouc d'Azazel emporte symboliquement les péchés dans le désert, loin des lieux habités, mais le peuple n'obtient sa purification intérieure, la rémission de ses péchés, que par des rites propitiatoires, suivis d'un jeûne rigoureux « où on implore la pitié du Dieu offensé, à force de repentir et d'humiliation. J'ajoute que les rites des Arabes d'aujourd'hui conservent bien peu de matière ancienne et ne doivent être mis en ligne de compte que sous réserves formelles; beaucoup d'idées sectaires très diverses s'y sont croisées pour constituer les coutumes actuelles.
de Jérusalem, tout en ajant eu connaissance du bérem (interdit) qui pesait sur moi, m'a très bien reçu lorsque j'ai été le voir. Le grand rabbin ac« luel, ainsi que plusieurs autres rabbins, ont été tout particulièrement aimables à mon égard. L'exorcisme n'y est déjà pas à la mode; la civilisation a marché, môme à Jérusalem, et elle ne s'arrêtera plus.
1. De l'emploi officiel de l'exorcisme dans l'Eglise, je n'ai pris connaissance que depuis une date récente, à l'occasion de la conversion d'un journaliste juif au catholicisme. La formule solennelle que le prêtre adresse au candidat a éiô donnée par tous les journaux. Au début, le prêtre souffle énergiqucment sur la figure du récipiendaire pour chasser les mauvais esprits posAs sur l'extérieur du corps. L'épuration intérieur^ s'opère au moyen de:* mots : Exorcizo te Sa/ana. Enfin le candidat doit assurer, avec insistance, qu'il renonce à la 9uper8tUiQn hébrtilquêl
Notons encore ce point : L'ordre de changer de vêtements (Genèse, xxxv, 2) n'est pas un surrogat pour le lavage rituel qui semble déjà compris dans nnisn (Néhémîe, x, 30), mais la façon de se présenter décemment devant un supérieur (Genèse, xli, 14).
P. 145-146. « L'exactitude de notre opinion, qui ramène les défenses alimentaires à des considérations religieuses et cultuelles, est démontrée par la circonstance que certains tatouages et mutilations, qui se rencontrent comme signes de tribu et de culte funèbre chez les peupl(>s étrangers, sont défendus sur la même ligne qu'elles (Vass wir die Speiseverbote richtig aufreligiôse und kuUische Rucksiehten zuruckgefuhrt haberiy zeigt der Umstand, dass vôllig auf gleicher Linie mit ihnen gewisse Tàtowierungen und Verstummelungen verboten werden, die uns im Totenkulte und als Stamm- und Kultzeiehenfremder Vôlker begegnen). »
C'est un nouveau rappel au système qui refuse toute intention moralisante au rituel biblique. Avec une pareille rigueur, on n'échappe pas aux contradictions. J'ai dit ce que j'en pense à propos des lois alimentaires. J'ajouterai une réflexion. Yahwéiste et élohiste admettent, d'un commun accord, comme une institution divine, l'obligation de ne sacrifier que certains animaux purs de la classe de ceux qui font partie de l'alimentation ordinaire. Comment se fait-il donc qu'ils ne mentionnent nulle part la défense de sacrifier des animaux de la classe impure? Évidemment parce qu'ils regardaient l'inaptitude sacrificielle de ces animaux comme faisant partie intégrante du culte de Yahwé, inauguré par Abel qui ne sacrifia que du bétail domestique {^y^"^ nilD3D» Genèse, rv, 4), et introduite dans la société humaine dès l'époque antédiluvienne d'Énos (Genèse, iv, 26). Et leur conviction à cet égard est si vivante qu'ils y reviennent après la catastrophe du déluge universel, qui est, selon eux, un juste châtiment pour crimes de Tordre moral, savoir : violences envers le.s semblables {ibid., vr, 4-13). J fait une distinction tranchée entre les animaux purs et les animaux impurs dès l'entrée dans l'arche (Genèse, vu, 2, 8). A la sortie de l'arche, les sacrifices offerts par Noé consistent en bestiaux et en
oiseaux de la classe pure {t\)y^^ SdDT minion nOTOil b^D TiriÈDn» *^*d-f VIII, 20). Et aussitôt s'établit la première alliance officielle entre Ëlohîm et le genre humain, et elle est conclue sur la seule base du respect de la vie humaine, dont le symbole consiste dans la défense de manger le sang (ibid.^ IX, 1-17). Peut-on imaginer une intention plus évidemment moralisante? Si on cherche à échapper à cet argument par l'allégation d'une différence radicale entre la conception du chapitre élohisle (Genèse, ix) et le 4)assage yahwéiste (viii, 20-22), on tombera de Charybde en Sylla, car il en résulterait ce fait paradoxal que l'auteur prophétique J, hostile au système rituel, aurait insisté solennellement sur la haute importance du sacrifice de Noé pour l'avenir de l'humanité, tandis que l'auteur ritualiste P aurait fait commettre à Noé une ingratitude envers PÉlohlm sauveur, et à celui-ci une indifférence insolite à l'égard des sacrifices, ce qui serait l'antipode de tout son système et même de la coutume de tous les peuples anciens, chez lesquels toute alliance est accompagnée d'une cérémonie religieuse et n'a aucune valeur sans elle. En attendant que les critiques trouvent un contingent sauveur, il est permis d'affirmer que les prescriptions rituelles du mosalsme étaient, dans leur base môme, des moyens pédagogiques d'une nature morale, et n'ayant plus aucune attache avec la religiosité grossière des époques primitives.
Ce point de vue ressort également de Tincompatibilité de certaines coutumes avec le culte de Yahwé. La défense de manifester le deuil par des incisions et l'arrachage de cheveux est précédée de la déclaration du principe général : « Vous ôtes les enfants de Yahwé votre Dieu » (S^ onx D^3!D DD^nbx)' et renforcée par l'autre déclaration concernant la sainteté particulière impartie à Israël (gfnp qj^, nbJD.Dy» Deutéronome, xiv, 1-2). C'est dire : « Enfants de Yahwé! résignez-vous à l'ordre de votre père qui a imposé la mort aux ôlres créés; étant favorisés de la préférence de Yahwé qui vous a destinés à ôtre un peuple saint, vous devez ôtre plus réservés dans vos hommages aux morts, qui conduisent aux cuites idolâtriques des mânes et aux superstitions de la magie. La condamnation de ces démonstrations excessives laisse
pourtant libre cours à la douleur et aux condoléances de la part des amis, mais le repas funèbre demeure néanmoins impur par suite de la considération que Thomme mort n'est jamais exempt de péchés.
Le caractère d' c enfant de Yahwé » enjoint aussi à Plsraélite de rester indemne tant corporel lement que spirituellement dans les rapports sexuels. Dans le culte : exclusion de T autel de l'homme et de Tanimal infirmes, Tinfirmité étant la marque de la colère de Yahwé (Exode, xv, 26 ; Deutéronome, vu, 13-15). Dans l'administration de la justice: abolition de la mutilation comme pénalité répressive; abolition de la torture; égalité des droits et des devoirs pour tous les membres de la nation; sauvegarde de l'honneur du délinquant (Deutéronome, XXV, 3). Dans la vie sociale: l'amour du prochain, le devoir de porter secours même à l'ennemi (Exode, xxiii, 5), etc., etc. Dans la vie privée : condamnation rigoureuse de la prostitution sacrée, des rapports illégitimes, incestueux et contre nature, et, en manière prophylactique : défense de porter les vêtements de l'autre sexe, de croiser des bêtes de diverses espèces, de semer ensemble des grains de cette nature, de porter des vêtements tissés de laine et de lin ensemble, de labourer avec un bœuf et un âne attelés ensemble à la charrue. Dans cette catégorie de défenses, il sera bien difficile de justifier la thèse qui y voit l'intention d'abolir des coutumes idolâtriques magicofétichistes*, dont il n'y a pas le moindre vestige dans les religions des peuples sémitiques.
P. 146. La théorie magique a une allure encore plus dégagée dans le domaine des signes extérieurs du yah wéisme. c L'Israélite ades marques (niK> rtl2t^ cultuelles, c'est-à-dire incisions ou
tatouages {Einschnitte oder Tatowierungen) qui indiquent son appartenance à la religion et au peuple de Yahwé. Comme ces marques le montrent comme propriété de son Dieu et comme étant sous sa protection, elles ont, en même temps, une signification protectrice et faite pour repousser les démons
i . Cette thèse a été émise avec beaucoup d'insistance par Maimontde, mais les preuves qu*il a tirées de V Agriculture nabatéenne n'ont aucune valeur, cet ouvrage étant un factum apocryphe.
et les hommes hostiles (sohabensiezugleiehachûtTiendejfemd liche damonen undMenschenabwàhrende Bedeutung) et prennent la place des amulettes {und vertreten die Stelle van Amuletten). » A cette catégorie sont attribués : T le signe de Qaïn cité au paragraphe 17; t^ les incisions ou tatouages coutumiersen Israël sur la main et au coin du front entre le nez et les paupières, d'après Isale, xuv, 5 et xiii, 9-16; Exode, XIV, 9-16; majoiD» Comme hommes de Yahwé, les prophètes semblent avoir tout particulièrement porté ces signes (( Rois, xx, 35 et suivants). Dans le judaïsme, ils ont perdu leur caractère païen et ils ont été transformés en phi* lactères de la tête et de la main. »
Examinons la valeur de ces allégations :
1) Exode, xm, 8-9, on lit : < Tu diras à ton fils en ce jour (de pâque: je célèbre cette fête) pour ce que Yahwé a fait pour moi lorsque je suis sorti d'Egypte. Que (ce rite) soit pour toi un signe sur la main H^i ^^ nixb) ^* "'^ fronteau (niSEME)) entre tes yeux, afin que la loi de Yahwé soit dans ta bouche, parce que Yahwé, par lalsrce de sa main, nous a fait sortir d'Egypte. > Au passage qui suit immédiatement, il s'agit de la consécration de tout mâle à Yahwé, L'auteur ajoute : f Si ton fils te demande un jour pourquoi cela ? (j-jXt HD)» ^" '^^ ^^^^ • Yahwé, par la force de sa main, nous a fait sortir d'Egypte, de la maison d'esclaves; lorsque Pharaon refusa obstinément à ne pas nous lâcher, Yahwé tua tout premier -né dans le pays d'Egypte, premier-né d'hommes et premier-né d'animaux; c*est pourquoi je sacrifie à Yahwé la première portée mâle de mes bestiaux, et je rachète tout premier-né de mes fils. Que cela soit pour toi un signe sur la main et un fronteau entre tes yeux, car par la force de sa main, Yahwé t'a fait sortir d'Egypte. » L'objet du j^)^ et du yyiQ\ est d'expliquer une fois le rite de la pâque, une autre fois le rite de la consécration des premiers-nés, mais nullement l'appartenance à Yahwé, car, dans ce cas, l'appartenance aurait cessé après le rachat. Du reste, la relation de fils et père entre Israël et Yahwé rend inutile et même absurde tout signe extérieur d'appartenance, lequel n'est même pas souvent usité à propos des esclaves. De plus, il est évident que le législateur, s'il avait eu l'intentiga
d'ordonner à chaque Israélite de porter deux tatouages sur la main et deux autres au front pour commémorer deux rites différents, aurait eu soin de déterminer la nature de chaque couple de ces marques. L'idée du tatouage est donc absolu- ' ment fantaisiste et il ne s'agit que de bandeaux inscrits de ces lois, et que l'on pouvait attacher à la m^u'n et au front, conformément à l'expression formelle nnw DmB^pl du Deuléronome, xi, 18. Suspecter cet auteur d'avoir transformé tacitement une coutume nationale, acceptée soi-disant par les prophète:^, me semble également aussi arbitraire que hasardé.
3) Moins consistante est encore la citation, d'ailleurs assez molle, de I Rois, xx, 35-43, à l'appui des incisions prophé» tiques. On n'y aperçoit pas la moindre ombre d'incisions ni de tatouages. Le récit anecdotique, d'une limpidité parfaite, reçoit des entorses incroyables. Achab, qui s'était emparé de la personne du roi d'Aram, son ennemi mortel, le relâcha en se fiant à ses promesses de soumission. Un prophète apprend cet acte insensé, et, pour morigéner le roi, invente un petit drame où il consent à recevoir des horions pour l'amour do l'art.
Premier tableau : Le prophète enjoint à un de ses collègues, au nom de Yahwé, de le frapper sous menace d'être dévoré par un lion, s'il refuse de le faire. Le collègue refuse, et, quelque temps après, est dévoré par un lion.
Deuxième tableau : Le prophète invite un autre homme dans le même but; Thomme le frappe et lui fait quelques* blessures.
Troisième tableau : Le prophète voilé arrête le roi au pa^ sage en lui adressant une plainte ainsi formulée : Un tel me remit un individu à garder avec cette condition que, si je le laissais échapper, je perdrais ma liberté ou je lui donnerais un talent d'argent (3.000 sicles) en guise de rançon. Pendant que je m'occupais par-ci par-là, l'individu disparut ; dis à rhomme de ne pas me réduire en esclavage. Le roi répondit : Il fera bien, tu t'es condamné toi-même.
Quatrième tab\eau : Le prophète retire son voile, se fait coimattre au roi çt lui dit à brûle-pourpoint ; a Voici ce que
t Yahwé : Puisque tu as relâché rhorame dont je voulais perte (•»oin tt^X)' ^* personne remplacera sa personne et n peuple son peuple. y>
Après un siècle d'études orientales sérieuses, la High Criml School aboutit à appuyer lourdement sur ce piquant itit drame tragi-comique, afin de convaincre le prophé* ime d'observances relatives au culte des morts! Son flair est vraiment pas heureux.
Nous ne savons ce que vient faire ici Zacharie, xiii, i-6, crivant comment disparaîtront les faux prophètes inspirés I pensées idolâtriques (nXDtOn HM n«1 D'^XOjn nx) quî isaient une concurrence dangereuse aux prophètes de ihwé (mrp DBD rron IpW)- "® risqueront d'être trans- Tcés par leurs propres parents et seront durement frappés irtout. Quand on demandera à l'un d'eux d'où viennent les Bssures qui se voient sur sa poitrine (p2 n^NH niDDH HD «T»), il répondra : Je les ai reçues chez mes meilleurs amis SîlKD n^S ^n^2n llt^x)- ï' f^^' ^^^ confiance bien robuste lur annoncer la possibilité de substituer la leçon n^3>n p3 T bj^l .^ celle de -|>«i^ p;^' ^^ d'acquérir ainsi la preuve que la arque de Yahwé sur le front et sur la main s'est très longtemps nservée {Falls Sach. 13, 6/wr w^ p;^ ^^ emeniieren ist :
1^ bi^l T*3^)^ p3 ^^' **^^ ^*^ Jahvemarke auf Stim und ind sehr lange erhalten.) La transformation supposée de la îzuza (nîlîD) juive a tout autant de valeur. Je serais cuîux de connaître les sentiments du savant auteur stir la croix rétienne qui, même dessinée en l'air par un mouvement de main, chasse infailliblement Pappa Satanas et son innomable cortège de diables et de diablotins. P. 146-147. Ainsi que le prouve la parenté des mots mn» lancé», jnn, ccbeau-père», avec l'assyrien J-wtnw, ccouteau», l'arabe ^Xik, «circoncire», la circoncision se pratiquait jadis ant le mariage et marquait l'alliance contractée par le jeune imme avec la famille de son épouse, impliquant le devoir de protéger et même de verser son sang pour elle. C'est pour-
quoi — la coutume existe encore en Arabie — Popération est pratiquée par le jeune homme lui-même quelque temps avant le mariage. Cet acte viril le marque, en même temps, comme guerrier au service de la tribu. Chez les populations qui ont pour le mariage d'autres signes d'alliance, les enfants sont circoncis en bas âge, à titre de futurs guerriers, et, en tout cas, il est honteux de s'allier matrimonialeraent à un incirconcis (Genèse, xxxiv, 14). Là-dessus, à de menues nuances près, je suis d'accord avec l'exposé du savant auteur, qui a malheureusement oublié que la qualité de guerrier, impartie à l'enfant opéré, est la clé de l'importance exceptionnelle assignée à la circoncision dans le rituel mosaïque. Par cela chaque enfant est consacré guerrier de Yahwé, destiné à. défendre sa cause même au risque de sa propre vie, et à former ainsi partie intégrante de son armée (mn^ niîOîf ' ^mXDV» Exode, vu, 3 ; xiT, 41), qui est collectivement à la fois son peuple et son fils premier-né (ibidem, m, 10; iv, 22, passim). Sur d'autres points, mes sentiments diffèrent. Dans Ézéchiel, XXVIII, 10; XXXI, 18; xxxii, 18-30, ^^7 est celui qui a subi
une mort ignominieuse, sans honneur; cf l'assyrien arallu^ € pays des morts ». La notion que «le SiV ne vient pas chez
ces gens dans le Séol » (Daher kommt der ^^^^ im Toienreich nicht zu seine Leute) est Topposé de ce que disent lesdits passages d'Ezéchiel. Les Sémites du nord étaient incirconcis (Jérémie, ix, 25), et celles parmi les tribus arabes qui pratiquaient la circoncision n'y attribuaient aucune signification religieuse. Pour les Abrahamides, elle se présente comme une institution nouvelle, comme signe d'alliance avec Yahwé, entrant en valeur huit jours après la naissance. Le récit Exode, ly, 24-26, a été expliqué plus haut ; il ne prouve aucunement que l'opération a déjà, avant l'exil, été considérée con\me un signe pro* lecteur au sens magique. On écartait les incirconcis, non du culte de Yahwé, mais de l'entrée du temple; la réprimande d'Ezéchiel vise des abus (cf. Acles, xxxi, 27-3 i) et non une coutume licite. Sur les rapports de la circoncision avec l'Egypte, le nécessaire a été dit plus haut.
P. 148. On a à s'armer d'une singulière placidité en
t)ré8ence d'assertions aussi divinatoires que celles«ci : « Le camp n3HD» où Yahwé est présent, est saint; celui qui est impur de pollution nocturne doit le quitter et la défécation ne doit pas y avoir lieu, parce que des démons peuvent y assister {da hierbei leicht D&monen assistiren). On devait nous dire pourquoi Yahwé ne les chasse pas comme des bêtes malfaisantes, au lieu de renvoyer ses guerriers hors du camp où ils risquent d'être tués par les ennemis aux aguets. 8'il n*a pas le pouvoir de le faire, son titre de c Dieu de la guerre » est une ridicule vantardise. Il y a plus; la loi deutéronomique (xx, 1*8), par un idéal d'humanité et de pitié qu'elle poursuit par ailleurs, exempte du service actif pendant la première année celui qui est en voie de s installer dans sa maison nouvellement bâtie, de vendanger sa vigne nouvellement plantée, ou d'épouser une femme. La crainte d'affaiblir ainsi les forces nationales est écartée par l'annonce que Yahwé commande en personne l'armée israélite, tandis que le privilège accordé est justifié par Je motif très moral, d'une part, que cet homme peut mourir dans la guerre, sans avoir pu jouir de son bien gagné avec peine; de Tautre, que le nouveau marié doit donner du bonheur complet à sa femme au moins la première année du mariage (ibiderriy xxiv, 5). Le mysticisme y trouve autre chose : « Des guerriers qui, d'après la croyance antémosalque, sont placés sous rinfluence de certains démons ou leur sont obligés (le marieur avant le mariage, celui qui plante une vigne avant que celle-ci ne devienne profane), ou qui sont ensorcelés (le lâche), sont exclus de Texpédition, puisqu'ils périssent d'ailleurs ou attireraient des influences nuisibles sur leurs camarades (Kn^^^r die nach vonnosaischein Glauben unter dem Einflusse bestimmter Ddunonen stehen oder ihnen verpflichtet sind {der Hochzeiter vor der Hochzeit; wereinen Weinberg pflanzt bevor dieser prof an wirdt) oder van ihnen bezaubert sind {der Feige) werden vom Kriegszug augeschlossen^ da aie sonst umkommem oder schâdliche Einflûsse auf ihre Kamaraden herabziehen wiirden.) Je répète ce que j'ai dit plus haut, toute cette démonomanie maladive, tendant à paganiser le mosalsme, respire tes bas-fonds des possessions évangéliques qui ont infesté les études bibliques mo-
^ Us -
derneSy et il nous faut un Hercule pour nettoyer ces écuries d'Augiapt
P. \ 50-4 54 . a Sur ce degré de la religion, l'invocation du nom (de la divinité) et la prière montrent quelque peu de la violence qu'on exerce dans la magie par des mots et des actes sur les êtres surhumains. Israël pense de la prière suppliante {vont Bittgehet) comme les païens. Elle ne se borne pas à un : « Nofi comme je le veux, mais comme tu le veux »; ce n'est pas, avant tout, l'expression de l'humilité ni le témoignage de la résigna^ tion à la volonté de Dieu et de la confiance en sa direction, mais une insistance impétueuse et un désir de satisfaire des souhaits humains. Certaine prière israélite ne pourrait se tenir devant l'exhortation de Matthieu, vi, 7. »
Chant dithyrambique à la gloire de la prière chrétienne. Cest beau; cependant, au point.de vue historique, il faudra déchanter :
1) Le record de la brièveté dans les prières est certes la prière de Moïse en faveur de Miryam, frappée de la lèpre : n^ K^ «Bl X3N (P^"»* N3""bX' Nombres, xii, 1 3), « Je te prie, (ô Dieu,) guéris-la ! ». Élie, en présence du corps inanimé du fils de son hôtesse , agite trois fois la tête (^^^3^i^^ P^ur ^^bn^^) ^^ signe de profonde affliction, et, invoquant Yahwé, dit : c 0 Yahwé, mon Dieu, fais revenir (ou fais que revienne, yuj^ ou aiyn) ** vie (iPDj) de cet enfant dans son intérieur ! ». Et c'est tout ; de plus, il se garde bien de parler de son acte. Jésus se fait d'abord accepter comme Fils de Dieu, puis, tout en versant des larmes et se montrant profondément ému aux lamentations des sceurs de Latare, ainsi que de tous les assistants, il n'oubbe pas de poser de nouveau la même condition; enûo^, après avoir levé les yeux au ciel, s'écrie : c Mon Père, je te rends grâce de ce que tu m'as exaucé; je savais que tu m'écoutes toujours, mais je dis ceci pour ce peuple qui m'environne, afin qu'ils croient que c'est toi qui m'as envoyé. ]> Ayant dit ces mots, il cria d'une voix forte : c Lazare, sors dehors! » (Jean, u, 1*43). Pour rendre la vie à la fille du chef de la synagogue, Jésus, malgré le scepticisme du père, se passe même de toute prière, prend la main de Tenfant, et lui crie simpter
ment : c Enfant» lève-toi! > (Luc, viii, 49-54). Pour un Fils de Dieu, la méthode de fatigare deosest hors cadre, et quelques paroles de-politesse au Vieux, de tennpsà autre, suffisent parfaitement à sauver lés convenances. Autrement, on est maître chez soi. Si Ton peut voir en cela l'expression de Thumilité, alors ce terme signifie tout autre chose que ce que tout le^ monde y trouve.
8) Quant à la résignation à la volonté de Dieu, la scène la plus touchante est relatée dans Matthieu, xvi, 36-44. En apparence, Jésus, profondément affligé de devoir mourir si jeune, prie éperdument de Ten exempter, puis il s'y résigne : t Mon Père, s'il est possible, fais que ce calice s'éloigne de moi ; néanmoins, qu'il en soit, non comme je le veux , mais comme tu le veux . » Il répète cette prière quatre fois consécutivement, précisément en conformité avec la méthode fatigare deos, qui est, du reste, commune à tous les épanchements du çœuv humain. Mais l'historien moderne n'y admire que l'art du narrateur, réussissant à nous émouvoir, car, en réalité, Jésus eût été infiniment plus affligé, si la mort n'avait pas scellé sa mission et rendu impossible sa réapparition dans la gloire pour inaugurer son règne universel. Une pareille résignation, stimulée par l'amour-propre, ne coûte et ne vaut pas bien cher.
3) L'habitude de s'enfermer chez soi pour prier est ancienne en Israël (Il Rois, iv, 33; Daniel, vi. H); l'injonction Matthieu, vi, 6, se dirige contre t les hypocrites qui affectent de prier en se tenant debout dans les synagogues et aux coins des rues pour êtres vus des hommes ». Il y a des hypocrites dans toutes les religions. Donc, que veulent dire les mots énigmatîques : « Mainte prière israélite ne pourrait se soutenir devant l'exhortation Matthieu, vi, 7?» {itanches israelitische Gebet wûrde vor der Mahnung Matth., 6, 7, nicht bestanden haben).
4) Les qualités précitées semblent même tout à fait absentes dans la prière théosophique Jean, xvii : Au lieu d'être brève, elle occupe vingt-six versets bien remplis; au lieu d'humilité, un sentiment d'égalité intime avec le saint Père, affirmé à satiété au milieu d'encensements de convention ; au lieu de résignation et de conflance, il est rappelé que, la mission achevée,
renvoyé tient à relrouver la gloire dont il jouissait avant que le monde fût (4-5). La faveur n'est, d'ailleurs, nullement demandée pour tout le monde, mais uniquement pour les apôtres (à l'exclusion de Judas) et pour ceux qu'ils ramèneront h la foi j[9, 12, 20). Jésus veut même que ces fidèles soient près de lui, afin qu'ils puissent voir sa gloire (24). Enfin, les redites s'accumulent au point de fatiguer les dieux les plus patients et les plus débonnaires.
5) Les premiers groupes chrétiens, détachés de tous les liens de la vie familiale et sociale, n'avaient que quatre besoins, dont un seul matériel : le pain quotidien; les trois autres spirituels : assister à la panhousie du Messie-Dieu (= règne du ciel), obtenir en attendant le pardon des péchés et échapper aux instigations de Satan. L'Oraison dominicale (Matthieu, vi) en fournit l'expression adéquate. Elle n'est et ne peut être longue. L'Israélite, ayant des attaches à la vie réelle, accablé de calamités dans le présent, jetant un regard sur un passé de tonalités changeantes et soupirant après un avenir glorieux dans ce monde, a beaucoup de choses à demander à son Dieu. Exaspéré, il cherche un soulagement dans la description de ses souffrances, s'exalte par les détails navrants, devient impétueux, agité, bondissant, s'accuse de péchés qu'il n'a peutêtre pas commis, revient à ses souffrances, et la prière s\illonge. Le martyr chrétien, ne regrettant rien de ce monde, dit en souriant : c Seigneur Jésus, reçois mon âme! »; le martyr juif, regretlant tout, soupire : « Sauve-moi, Élohîm, car je suis à
bout! » (BfB3 njr D^D 1X3 >D D'^nbx ^i^^inn) et continue. 3) Mentionnons, pour la forme, la saillie que, d'après Osée, VII, 14 (^^^^jjn^pour^-mjn^, Septante), les incisions n'auraient pas été partout étrangères au culte de Yahwé. C'est possible; on ne peut pas empêcher le monde de se mutiler et même de se couper le cou, mais était-ce un acte licite? Du reste, la leçon correcte doit être mun^, « se lamentent » (cf. Jérémie, xxxi, 18). On soupçonne même que le jeûne de quarante jours observé par Moïse sur le Sinaï, n'avait pas primitivement pour but de renforcer sa prière pour le peuple, en provoquant la compassion de Dieu, selon Deutéronome, ix, 1 8. Veut-on dire que c'était pour aider Yahwé, le dieu de cette
intagne, à faire fuir une troupe de démons qui lui disputaient domaine?
P. 1 53. On croit rêver en entendant que, dans Q'^nbx nbSp ip (Deutéronome,xxi,23),Ia malédiction de Dieu s'est subsjée au spectre frappeur du mort. Est-ce que le sang versé ne e pas vengeance? (Genèse, iv, 1 0). A quoi donc sert la resction ^i^n? On sait, d'ailleurs, que Fusage de priver évenîllement de sépulture existait dans l'antiquité, et pourtant rsonne n'eut peur du revenant (I Samuel, xvii, 4i; I Rois, ir, 13; II Rois, ix, 10, passim). C'est l'exposition prolongée supplicié qui éveille la colère divine et parlant la raaléîtion du pays qui produit de si grands criminels, et la terre est contaminée (Lévitique, xviii, 25-28).
P. 154. L'ueage, très ancien, voulant que le délégué mette main sous la hanche de celui qui le délègue avant de prêter 'ment d'accomplir la mission dont il est chargé, constitue e promesse symbolique de consacrer à l'exécution de sa mande autant d'énergie (figurée par la main, •]>) qu'y met-
lient tous ses enfants; car, selon la conception sémitique, les nches sont le siège de la virilité (Genèse, xlvi, 26; Exode, 5; Juges, viii, 30). Cet usage a disparu de bonne heure. S'il Lit un rite religieux, comme on le suppose, il aurait laissé des ices aux époques postérieures. L'eau consacrée et spécialoînt préparée par le prêtre, que doit boire la femme soupnnée d'adultère par son mari pour affirmer son innoceDce ombres, v, 12-31), remplace les ordalies par l'eau qui uent légales en Babylonie (Code d'Hammurabi) et subsistent encore au moyen âge en Europe. C'est l'inverse d'un Ite fétichiste voué à la déité des eaux. Sur l'origine de Timrtance du nombre sept incarné dans le verbe y^jjfj, « jurer, ire serment», voir Recherches bibliques^ lli, p. 855; elle contient aucune idée religieuse et encore moins une idée ant rapport avec le culte des astres. 11 serait absolument fantai- ;te d'y voir une ombre de vestige d'uue influence babylonienne. Ibidem. Les magiciens cachent soigneusement les noms des ités par lesquelles ils opèrent les prodiges, par crainte de la ncurrence; les religions expansives recommandent, au con-
traire, de jurer par ces noraç, afin de les propager parmi ceux qui ne les connaissent pas. Le mosaïsme fait la même recom'*mandation (Deutéronome, vi, 13; x, 20), mais défend rigoureusement de remployer pour faire un faux serment ou seulement dans des propos inutiles (Exode, xx, 7, xil^b "^Ipwh^ « faussement >, et p^-|^, t inutilement »); la critique moderne y ajoute l'allusion à Tabus du nom de Yahwé dans les conjurations magiques (Zauberei), mais la magie est déjà eHemême défendue sous peine de mort. Dans le christianisme, la marche a été tout autre : le serment est radicalement défendu, mais les adjuration}^ magiques au nom de Jésus, non seulement sont vues avec plaisir (Marc, ix, 38-39), elles constituent même le privilège caractéristique des croyants, privilège qui consiste à chasser les démons, à parler les langues étrangères sans avoir besoin d'un maître, à se laisser mordre par des serpents venimeux et à boire du poison sans en ressentir Taction nuisible, et, finalement, à guérir n'importe quels malades par la seule imposition de la main (xvi, 15-18). Devant de si infaillibles improvisateurs de miracles à jet continu, les fidèles du vieux Yahwé, Moïse en tête, font, il faut l'avouer, une bien triste figure.
P. 156-157. Sur l'origine et la signification des sacrifices de Tancienne époque, M. Stade pose des préliminaires qui sont annoncés dans les deux premières propositions du paragraphe 79, dont la première moitié seule nous paraît acceptable; la seconde moitié contient, au contraire, selon nous, des éléments assez sujets à caution :
€ Le culte sacrificiel de Tancien Israël est un phénomène trè« compliqué et produit par diverses idées et coutumes, maiSf en aucune façon, ne peut être tiré d'une pensée fœida" mentale. 11 réunit du vieux et du neuf, du yahwéistique et du non yahwéistique {Der Opferkult des alten Israels ist eine sehr kompliziertej aus verachiedenen Vorstellungen und Lebensgewohnheiten erwachsene^ keineswegs aus einem Grundgedanken ableitbare Erscheinung, Er vereint Altes und Neues, Jahvislisehes und Nicht jahvistisches) . ]o
La partie non soulignée du passage précédent consigne des
faits bien connus et s'applique à toutes les religions du monde : Conaparé à l'extrême complication du rituel sacrificiel grec, égyptien, babylonien, chinois ou indien, pour ne parler que de ceux dont nous avons des renseignements suffisants, le rituel d'Israël paraît d'une simplicité étonnante. Il est également vrai que, dans ces rites, des éléments nouveaux se juxtaposent plus ou moins ostensiblement aux anciens, mais la distinction de ces ijléments en n.tionaux et étrangers ne peut scientifiquement être faite que sur l'autorité de preuves historiques. Or, en ce qui concerne les anciens sacrifices des indigènes de la Palestine, nous avons précisément la bonne fortune de posséder un document d'une authenticité absolue dans la fameuse table sacrificielle, dite do Marseille, bien qu'il s'agisse seulement du tarif des sommes et des prébendes dues aux prêtres sacrificateurs. La terminologie relative aux sacrifices diversement cotés est d'une abondance telle qu'elle laisse bien en arrière la série correspondante du Lévilique, et cependant, en dehors des mois sémitiques généraux pi^j et o'^itf, elle diffère complètement de la nomenclature hébraïque, même au sujet des animaux domestiques aptes à monter sur l'autel; on y voit figurer les cervidés, les antilopes et des oiseaux qui sont exclus du rituel biblique. On y trouve également des libations de lait qui sont inconnues des Hébreux, tandis que les libations de
vin et de vin de dattes (héb. -Qijf) en sont absentes. Soyons
bref : l'histoire à la main, nous sommes autorisé à penser que l'admission d'emblée d'un rapport, quel qu'il soit, entre les rituels sacrificiels des Chananéo-Phéniciens et celui du monothéisme mosaïque, est injustifiable en l'état actuel de nos connaissances, et qu'elle découle seulement de cette tendance, inconsciente chez la plupart des théologiens chrétiens, à diminuer Toiiginalité de l'ancien rituel expiatoire, afin de mieux faire ressortir la nouveauté de la conception du sacrifice dans le système paulinien. La science n'a rien à voir dans cet entraînement regrettable. Que le passage de la vie nomade à Tagriculture ait apporté de considérables modifications dans le culte d'Israël, cela va sans dire, mais de là à une dépendance réelle du culte monothéiste à l'égard de celui des indi-
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gènes, la distance est trop grande pour qu'on puisse la franchir d'un bond.
P. ^57. Insistons de nouveau sur Tinexactilude de la pen* sécqucle Sang ait été regarde comme faisant partie de l'alimcnlation de Yahwc {als Speisung Jahves). L'aspersion du sang sur les côtés extérieurs de Tyutel symbolise la remise à Yahwé de l'esprit de la victime et l'alliance rétablie entre lui et le pécheur, tandis que la bonne odeur de. la chair grillée, parfois renforcée par le parfum desépices, représente le repas commun qui consacre ce pacte réciproque. Dans les époques grossières, on a pu imaginer une nutrition réelle de la divinité, sentiment qui s'est inconsciemment conservé dans les désignations du sacrifice par p^-i^^ îlifH Dnb (Lévilique, m, 1 1), en abrégé c^n^X DnV '^^*^ '*^ yahwéisme s'est bien gardé de faire emploi de pi^;»p Qnb» H^^ répugnait à sa haute concoplion spi rit ua liste du vrai Dieu. C'est donc bien entendu: on détourne le vrai génie monothéiste en supposant que le culte, et surtout le culte propitiatoire (der silhnende Kult), repose sur la croyance que l'immolation de la victime et l'épanchement du sang sur l'autel ou sur la pierre sacrée (!) apaisent le dieu [den Goit besà,nftigi) eL amènent le sacrifiant à un contact secret avec la vie de Dieu {den Opferendem in geheimnisvolle Beruhrang mit gôUliclicm Leben bringt). Involontairement, le savant criti(|i;e a été entraîné par la conc- ption vraiment mystique de I Corinthiens, m, 10- 17 (en opposition directe avec Jérémic, vu, 4; vi, 15), principe digne de tous points du gnosticisme et de la cabale.
l\ 157-158, Nous avons déjà discuté la signification de l'imposition de la main par le sacrifiant sur la tête de la victime. M. Stade examine toutes les hypothèses émises à ce sujet. Il admet l'idée que cet attouchement réalise le lien entre l'homme et l'animal, tandis que le versement {Aufschiitten) du sang sur la pierre (l'autel), considérée comme le corps ou la demeure du dieu, relie l'animal à ladéité. Celte interprétation a été écartée plus haut. Reste l'idée de transmission de l'énergie (-]i) du sacrifiant, par conséquent celle de remplacement : Un poème assyrien l'énonce expressément : « Le petit agneau a été donné pour l'homme, la tète de l'agneau pour la tête de l'homme.
la poitrine de l'agneau pour la poitrine de l'homme, etc . » Le reinplacement de Thomme par Tanimal sacrifié est donc une idée sémitique. La restriction de cette faculté entre hommes seuls, attribuée aux Hébreux, ne se justifie guère. L'idée du remplacement vient, d'ailleurs, de l'époque des fables, où les animaux pensent et agissent absolument comme l'homme et parfois même d'une manière supérieure à l'homme. Le dernier doute est dissipé par la variation des victimes, selon l'état social du sacrifiant. Le grand prêtre et la communauté apportent un jeune taureau ; le chef, un bouc; le simple particulier, une chèvre ou une brebis; l'homme d'un modeste avoir, gfjjj, mot du genre féminin, est symboliquement représenté par une bête femelle n3W ^® l'espèce ca-
prine (c^ty nTj^ty) ^" ^^^i*^® (1^33 = nt^SS) î '^ pauvre offre deux oiseaux ou un peu de farine sans huile ni encens. La qualité inférieure du sacrifice ne suffit plus dans le cas de transgressions plus graves frappées d'amende (Lévitique, iv-v, 13), atS^K» qui exigent un animal du sexe masculin, un bélier
(Vx'» ^yn^bo'e d'audace et d'agression. Enfin, dans le sacrifice de paix (n^o^iy), qui n'a pas de but propitiatoire, le sexe de la victime est indifférent (tWd., m). L'intention est symbolique et elle révèle le même caractère dans l'imposition de la main et dans l'aspersion du sang ; les sympathies magiques n'y ont aucun rôle à jouer.
P. 1 59. ce La consuma tion par le feu des parties du sacrifice consacrées à Yahwé est un raffinement de la coutume sacrificielle, qui n'a été peut-être acceptée qu'après l'immigration en Chanaan, puisque le culte des anciens Arabes ne la connaît pas. Le don est transformé dans un élat tel, qu'il peut être assimilé par l'Élohîm qui consiste en p|îj-|. Il est faux d'en
trouver le motif dans l'idée qu'on a cherché les dieux dans le ciel (Es ist falsch dass man die GôUer im Himmel gesueht habe). » .Les investigations. historiques semblent nous conduire à d'autres points de vue après avoir écarté l'immixtion indue des mœurs arabes modernes, dont l'éclectisme neutralise le témoignage. Le témoignage le plus formel et, en même temps, le plus instructif sur le sujet qui nous occupe, est la descrip-
tion si concise du sacrifice d'Atrahasls, le Noé babylonien, après sa sortie de l'arche : oc Je fis sortir tout aux quatre vents; j'offris un sacrifice; je fis une libation sur le sommet de la montagne; je plaçai sept et sept adagaru; au-dessous, j'accumulai des cannes, du bois de cèdre et de cyprfts. Les dieux respirèrent l'odeur. Les dieux respirèrent la bonne odeur. Les dieuz, tels que des mouches, s'assemblèrent sur le maître du sacrifice. > Ce passage, rédigé au moins pendant le troisième millénaire avant Jésus-Christ, contient ce triple renseignement : IMes offrandes étaient consumées par le feu et non bouillies; ï® les dieux agréent la bonne odeur (nin^î n^l) émanant des chairs grillées, désignée spé-
cialement ifâp, mbp = ^^- î^?^^w> qutrinnu; 3° les dieux
accourent comme des mouches et se posent au-dessus du sacrifiant; ils viennent d'en haut, du ciel, par cette raison inéluctable que toutes les grandes divinités du panthéon babylonien ont leur domicile fixe au cieU D'une pierre trois coups dans le marais des spéculations arbitraires.
Ibidem. Le sujet est trop tentant de faire un raid vigoureux dans le domaine de la comparaison religieuse, et naturellement c'est le judaïsme qui reçoit une dure semonce :
a Les conceptions israélites (du sacrifice) ne surpassent pas le niveau des conceptions païennes (cf. Genèse, viii, 21 et suivants). Israël entend (meint) pratiquer un usage humain, commun, pratiqué depuis longtemps. Son sacrifice ne se distingue de celui des autres peuples que par l'objet auquel il s'adresse, non relativement à Torigine, Tintention, le caractère et le matériel. Les autres peuples offrent à d'autres dieux ; Israël offre à Yahwé. La conception que les dons dirigent la volonté des dieux est répandue partout dans l'ancien monde et est. encore conservée rudimentairement dans le christianisme. Le sacrifice d'Jsraêl s'adresse k un être puissant incalculable et redoutable dans sa colère, dont on fait bien d'acquérir la faveur par des dons (Israels Opfer gilt einem unberechenbareriy in seinem Zorne schrecklichen Maclitiveseny dessen liuld man wohltutj aich durch Gaben zu erwerben), et non à un dieu qui fait lever son soleil sur les justes et les injustes {7iicht einem
Gottây der seine Sonne ûber Gerechte und Ungei^echte scheinen làsst). r>
Voyons ce que valent ces assertions, d'autant plus graves qu'elles sont énoncées avec la sérénité d'un théorème.
r Je prends d'abord note d'un lapsus matériel quia entraîné d'autres inexactitudes. L'ofl'randede Noé (Genèse, viii, 21 et suivants), loin d'être un sacrifice païen, a été faite en l'honneur de Yahwé. Aussi est-ce Yahwé qui, en ayant respiré la suavité, en tient compte, non seulement au genre humain tout entier, mais aussi à tous les autres êtres vivants, en promettant solennellement qu'il ne les fera plus jamais périr par les eaux du déluge. Et si le narrateur eût eu connaissance du sacrifice analogue d'Atrahasis, il l'eût infailliblement regardé comme une altération due au génie païen, car, selon lui, le culte sacrificiel yahwéiste remonte au début de la culture humaine (iv, 3-4). Bref, pour le mosaïste, le rite du sacrifice n'est pas une révélation, mais un besoin religieux instinctif et primordial, auquel la loi et les prophètes sont chargés d'assigner d'étroites limites pour prévenir les excès (Dcutéronome, XII, 29-31). Là se trouve l'innovation.
2® Le besoin du don étant indéracinable, le sacrifice matériel n'a pu être aboli que par un petit cercle d'exaltés pauvres qui n'avaient rien à donner.Tcl était le groupe environnant Jésus qui vivait d'aumônes, allait pieds nus et était à peine vêtu. Dans rimpossibililé d'apporter au temple le sacrifice de péché prescrit par la loi, l'idée, selon l'Évangile, vint à Jésus de se sacrifier luimême une fois pour toutes, afin de sauver les siens des peines éternelles qui les attendent dans l'autre monde. Daniel, ix, 20, prédit que le Messie doit mourir d'une mort violente (m3î»
n^tt^D)> i' sera le Messie ; Isaïe, un, annonce que le Messie tor-
turé, mort et enterré, revivra pour être glorifié dans l'univers entier, il sera à la peine et ressuscitera pour obtenir la gloire suprême. Enfin, étant donné que le Messie est appelé a mon fils )) dans le psaume ii, il sera Fils de Dieu, au sens propre du mot, et réalisera, par sa mort, le salut de tous les croyants, au moyen de la foi seule. On voit qu'au fond, ni le sacrifice mosaïque, ni le sacrifice chrétien, ne sont des révélations ad-
venlices; Le premier, d'ordre psychique, est, sauf variations circoDstancielles, commun au genre humain. Le second, dû à un mépris du monde et appuyé sur une exégèse matérialiste qui dépasse celle des rabbins, aboutit inconsciemment à un lotétisme anthropomorphique.
3) Pour le mosaïsine de toutes les époques, Yahwé est un juge juste, réprimant partout l'iniquité persistante, Particuliers et nations éprouvent également Peffet des châtiments qu'il leur inllige lorsqu'il est irrité contre eux, à cause de leurs méfaits. C'est sa ligne de conduite dans la direction des événements historiques des peuples qui produisent la perte ou l'abaissement des uns, l'élévation et la glorification des autres. Le genre humain étant plus facilement séduit par le mal que par le bien (Genèse, viii, 21), Yahwé a plus souvent l'occasion de sévir que de récompenser. Sa bonté essentielle le rend patient, indulgent même et magnanime dans l'atténuation des peines autant que possible, mais le principe delà justice suit son cours en cas de rébellion permanente (Exode, xx, 5-G). Naturellement ce? actes de bienveillance innée restent cachés aux yeux des profanes qui ne voient que les effets terrifiants de sa colère. Le christianisme a toujours été frappé de myopie à cet égard. Fermant les yeux sur l'histoire du monde et reléguant l'action justicière de la colère divine, réduite d'ailleurs contre le seul crime d'incrédulité, aux peines de l'autre monde, il ne reconnaît au Yahwé biblique que des traits de colère et de violence, à l'opposé du dieu soi-disant chrétien qui € fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants et fait pleuvoir sur les justes et les injustes » (Matthieu, v, 3'>). Certes, sans être originale (Genèse, i, 11-18; Psaumes, civ, passim)^ l'image est d'une grande beauté; mais l'historien a le devoir de pousser l'enquôle plus au fond, et alors on trouvera :
1*Cue les actes des hommes, fussent-ils hommes-dieux, concordent rarement avec les beaux principes qu'ils énoncent. Celte sentence si douce n'empêche pas Jéous de se montrer sans pitié à l'égard des malheureux Galiléens torturés par Pilate, ainsi que pour les dix-huit hommes écrasés sous les décombres de la tour de Siloé, hommes qui n'étaient pas
plus coupables que les autres; il ajoute même : c (Je vous déclare que,) si vous ne faites pas pénitence (= c h vous ne croyez pas en moi »), vous périrez de la même sorte > (Luc, XIII, 1-5). Donc Jésus, ni plus ni moins que les hommes ordinaires, a conclu de l'effet à la cause : ces gens ont péri de mauvaise mort, donc ils étaient coupables. C'est précisément le défaut que le savant critique blâme chez l'Israélite;
î* Il est regrettable qu'on ne puisse pas s'entendre sur un pt)int accessible aux intelligences les moins douées. Je veux parler des peines répressives des péchés. La théorie israélîle et la théorie chrétienne ne suivent pas la même voie, c'est certain, mais il sera difficile de décerner la palme de la douceur à la seconde, comme elle s'en vante depuis son origine (Matthieu, XI, 28-30). On oublie le proverbe allemand : Aufge^ schoben ist nicht aufgehoben (chose différée n'est pas perdue). Par suite de l'abolition du droit de juger les autres (Matthieu, vu, 1-5), les malfaiteurs mêmes ne sont guère inquiétés dans ce monde, puisqu'il faut qu'on leur cède en tout (sermon sur la montagne); en revanche, les châtiments qui attendent les non baptisés dans les flammes de la géhenne sont effroyables et durent éternellement. Singulière douceur du Père céleste et de son Fils chéri I Le mosaïsme, à l'imitation de Yahwé, quelle que soit la sévérité qu'il déploie dans la punition des coupables sur la terre, ne la fait durer que le court espace de la vie humaine, qui forme un point imperceptible de la vie divine, et leur assure, au moins, le repos après la mort dans le monde souterrain des mânes (D'^XB"))- I^esons les choses. On verra aussitôt que le principe
de la cruauté et de la vengeance implacable domine du côté de la théorie des peines eschatoiogiques créées par la littérature pseudo-épigraphique, à rencontre de l'esprit biblique, théorie acceptée par Jésus dans toute sa rudesse barbare. Choqués de cette disproportion entre les péchés et leur répression enseignée dans certains apocryphes, les pharisiens ont eu soin de l'atténuer en en astreignant la durée à douze mois (^atj^ lî^^^ 3^ DJ\"U3 D^yH^n)- Plusieurs ont même maintenu le principe vraiment biblique et humanitaire que la mort fait
expier les péchés (pj^ npTDD niT^D)- ^^ ^^^ façon, salut et sauveur mystiques s^évanouissent comme un mirage du désert.
4) Ce qui vient d'être dit surprendra peut-être notre savant ami, qui déclare décidément : c L'Israélite ne sait rien, ni d*unesatisfaction,nidece que la mort est la punition du péché. ]> La négation de la satisfaetio vicaria découle de son idée préjudicielle, admettant — contre l'affirmation contraire de tous les auteurs bibliques — l'imperfection de la justice de Yahwé. Le caractère propitiatoire de la mort, étant moins apparent, demande quelques remarques additionnelles. Il y a un point important à signaler : En elle-même, la mort est un événement naturel et inéluctable pour tout homme, malgré sa possession du souffle divin, mais Tingérence justiciëre de Yahwé dirige la durée de la vie en raison des mérites de l'individu. Le pécheur voit ses jours abrégés (mD3 ; cf. Proverbes, x, 26; Job, viii, 23; Ézéchiel, m, 8, passim), dans certains cas, avec des circonstances aggravantes : maladie douloureuse (Il Chroniques, XXI, 1 5), privation de postérité (Jérémie, xxii, 30 ; Lévitique, XX, 20-21, passim). La responsabilité du criminel est exprimée par^ VDl» *^ pluriel qij DiTDT (Ézéchiel, xviii, 13;
Lévitique, xx, 9, passim), expression qui implique la nature intime du péché. De là la faculté d'attribuer la mort naturelle à un péché imperceptible (cf. nD IXDnS WaX» Nombres, xxvii, 3; Job, I, 5; viii, 4). L'expression npbi Wya MH 'Xi (Éaéchiel, xxxni, 6) c il (l'homme tué par surprise) a été enlevé par son péché (mais la sentinel le est responsable de sa mort) d montre que telle était la croyance générale des prophètes. Les historiens des origines sont tellement pénétrés de ce principe, qu'ils accordent une longévité énorme aux patriarches antédiluviens et vont en la diminuant successivement jusqu'à Tépoque de la conquête (Josué vit cent dix ans). On peut môme dire, sans hésitation, que c'est une théorie sémitique générale, puisque la longévité extraordinaire, atteignant des périodes colossales, distingue également les âges patriarcaux chez les Babyloniens. Dans les deux narrations, le patriarche du déluge est particuUèrement favorisé parmi ses successeurs, dont la vie s'abrège do presque la moitié pour Sem, de plus de
la moitié pour les trois suivants, et d'environ deux tiers pour les antres. Noé vit neuf cent cinquante ans, seulement dix-neuf ans de moins que Mélhusalem (Metuèalab) et Atrabasis devient immortel. L'enseignement qui résulte de tous ces phénomènes a donc la double portée que voici : IMa mort, en tant qu'elle affecte la durée de4'existence, est toujours la suite d'un péché ; 2" le péché est une tare intime de la nature humaine qui soulève la colère de Lieu ; 3" par le sacrifice agréable. Dieu cache ou couvre cette tare qui perd l'effet nuisible dont elle menaçait immédiatement le pécheur. La théorie babylonienne va même jusqu'à espérer que le péché se changera en action méritoire : en image c que l'impureté se transformera en pureté ». Celle conception s'explique par le caractère magique du sacrifice babylonien.
P. 172-176.. Sur la Pâque ancienne, mes recherches sont loin de concorder avec les résultats de la critique moderne. Je présenterai brièvement la série des divergences :
P. 174. 1-c verbe |-|Q3 ne signifie pas a passer avec ménage-
ment > {schonênd vorûbergehen)^ mais, au contraire, c s'arrêter » (Exode, XII, 13, 23, 27). Yahwé s'arrête à la porte de l'Israélite pour ne pas y laisser entrer l'ange destructeur (x^^ Uyra bX ÏCh n>rW12T\ irr')- Klie reproche à Israël de s'arrêter sur les dieux seuils des sanctuaires opposés : celui de Yah\vé et celui de Ba^'al. Les prêtres de Bii'^ai, en invoquant ce dieu, s'arrêtèrent plusieurs fois près de l'autel pour l'inviter à y envoyer le feu {ibid,^ 26). Le boiteux, npS» '"^ P^^® P^^ avec ménagement, mais s'arrête à chaque pas, et s'il est « boiteux des deux pieds » (v^jî") ^ntî^' FIDS)' ^' s'arrête pour tout de bon, ne pouvant pas marcher.
Ibidem, Exode, xxxiv, 1 8, offre tout le cycle festival; seulement, verset 21 (célébration du sabbat) doit être placé au début après verset 1 9. La mention de la Pâque engage l'auteur à parler de la loi du rachat des premiers-nés, instituée en souvenir de la mort des preiiiiors-nés d'Egypte {ibid.^ xiii,. 14-15) La Pâcjiie n'est nullemciit séparée des autres fêtes (/ zahlt das Vassah Ex, y 34 noch als besonderes, in den Festzyklus nicht
etngegliedertes, Fest auf)^ comme elle en a Pair au premier aspect. Ainsi, on n'a pas besoin d'altribuer au hasard lacoïncidoncc de deux fêtes à la même date, à la sortie d'Egypte : c La fête qu'Israël prend pour prétexte pour sortir d'Egypte est probablement la Pâque {Passait). Il peut s'y cacher le souvenir que cet événement a coïncidé avec un Passait; > ni d'admettre, sans le moindre motif, que « le pain azyme était le trait caractéristique des deux fêles unifiées plus tard » (Ungesàuertes Brod ist eben fur beide characterisiich. Dièse und die annaherende Gleichzeitigkeit legte spater die Verschmelzung beider nahe.) Souvenir pour souvenir, on aurait mieux fait de rester dans la donnée biblique. Pour justifier l'interprétation superficielle d'Exode, xxxiv, on recourt à d'autres hypothèses non moins aériennes : c T Puisque Deuléronome, xvi, 1-8, dans sa forme actuelle, est postérieur (?) au temps de Josias, Ézéchiel, xlv, 21, est le plus ancien témoignage certain pour la juxtaposition de Passât (Pâque) et de maç^oth (azymes); 2" Deutéronome, xvi, 9, prouve que le deutéronomiste, aussi bien que I et E, a traité l'ancien cycle festival : Pâqne, Penlecôte et Fêle d'automne, sans mélange avec Passai? >, et comme dans ce cas le PassaU manquerait tout à fait dans le Deutéronome, on procède à cette affirmation que 3^ le Passai aurait clé traité avant ce cycle dans le Deutéronome de Josias (Pas • sah wird im Dt, Josias vor âiesem Zyklus abgehandelt gewesensein). Avec des moyens aussi élastiques, on fait tout de tout. Par malheur, la prétendue preuve tirée de Deutéronome, xvi, 9 (2**) est des plus fallacieuses : le point de départ « depuis le jour où on commence à mettre la faucille dans le blé, ^nriD
nD]53 Ktonrii étant, par sa nature, soumis aux fluctuations
du climat et aux qualités des terrains, ne peut servir de date fixe qu'à la condition que la première gerbe coupée, sur toute rétendue du pays, soit offerte au sanctuaire central. Or, cette loi ne se trouve que dans Lévitique, xxiii, faiwsant corps de l'énumération des fêtes cycliques, dont la première, ordonnant l'immolation de l'agneau pascal, appelle cette fêle a fête des azymes, n^^SH jH (^* ^"^)- " Y 3' ^^'^^ certitude que ce chapitre xxiii (pour ne pas généraliser) est antérieur, non seule-
ment àÉzéchiei, mais aussi au deutéronomiste qui en a parlé immédiatement auparavant (Deutéronome, xvi, 1-8).
P. 176. La néoménie (ijnn) ^^ 1® sabbat (n3Ç^) sont
mentionnés ensemble; la néoménie a la première place à cause de son indispensabilité pour la fixation de Tannée agraire, et lessacriPices qu*on y offre sont plus importants que ceux du sabbat (Nombres, xxvm, 9-15), lequel porte^ en revanche, le Utre>de ;£np {DpD* < convocation sainte », que n^ont pas les
néoménies, saufla septième (Exode, xxiii,8i; Nombres, xxix, 1), la seule où le travail soit défendu. Le Deutéronome, supposant la connaissance des livres précédents, s*abstient d*cn parler. Les jours de la néoménie et du sabbat, le peuple désœuvré, par coutume ou par rite religieux, s'adonnait à la joie et se désintéressait des affaires de commerce (Amos, viii, 5). Le D^D^n niît» auquel David feignît d'avoir assisté (1 Samuel, XX, 0), n'était aucunement célébré en Thonneur de la néoménie; en ce cas, on aurait dit q^ih niSλ ^^^^ un banquet que
les fils de Jessée se donnaient mutuellement, un nnfiS^ nST» à Tinstar des fils de Job (Job, i, 6). On apprend de 1 Samuel, XX, 24, que Saûl aimait à avoir près de lui, à table, les gens de son entourage, mais il n'est pas question de sacrifice. Enfin, Osée, II, 1 5, condamne, comme jadis Élie, le culte mixte de yahwéisme et d'idolâtrie qui dominait dans le royaume éphralmite, et parle de toutes les fêtes populaires (nurtn JUn TV^^MD ^31 nnD\t?l) comme des jours de liesse qui vont disparaître (nîsntWD bD '^naa^ni); '' ^^ '"^ ^^ jamais venu à l'idée de considérer la fête de la néoménie et le sabbat comnoe des institutions païennes. Le principe : Quicunqtie ex operibus legis Bunt sub maledicto sunt (Galates, m, 10), qui repose d'ailleurs sur une fausse exégèse de Deutéronome, xxvn, St6, n'était pas encore né.
Chose curieuse, malgré le zèle démolisseur de Paul, te maintien des fêles juives du Sabbat, de la P&que et de la Pentecôte avec la gaieté ancienne parut urgent au christianisme, et, pour ne retirer la malédiction, il a suffi d'en détourner le sens dans un nouveau courant : le sabbat recule au dimanche, qui devient
le jour du Seigneur; la Pâque commémore la résurrection du Fils de Dieu; la Pentecôte, de fête de la transmission de la loiy selon le judaïsme pharisien , est devenue fête de la trans* mission du Saint-Esprit aux croyants. Le paganisme a contribué de son côté à l'augmentation des jours fériés : les fêles de la Naissance (Noël), du Vendredi-Saint, du Saint-Sacrement (Fête-Dieu), de la Sainte- Vierge (Assomption), sans compter les centaines de saints locaux. Devant une telle profusion de ']oie pure du christianisme, la joie licencieuse {die ausgelassene Freulichkeit) des trois fêtes du mosaïsme devient hautement inconvenante.
V. 176-178. Que l'institution du sabbat présume celle de la . semaine, sans égard à la néoménie, cela va sans dire, mais ces deux institutions remontent-elles aux indigènes agriculteurs de la Palestine, qui les auraient transmises aux Israélites, ainsi qu'on nous l'affirme d'emblée ? (Der Sabbat hkngt untrennber mit der Eintelung des Jahres in Wochen (yï|2{î^) 'x,usammen. Er ist
erst im Lande mit dem Ackerbau von den Ureinwohnern angenommen worden). On ne se demande pas comment il se fait que nulle trace ne s'en soit conservée chez les aulres peuples sémitiques, pas même chez les Phéniciens, dont les Chananéens de la Palestine ne se distinguaient que par la situation géographique. Ce silence obstiné emprunte une valeur particulière par Tabsence incontestable de la semaine dans le calendrier babylonien, qui nous est parfaitement connu. Irréfutable, nous dit-on, paraît être le motif allégué pour l'opinion en cause, savoir ce que la coutume {die Sitte) de s'abstenir de tout travail chaque septième jour ne pouvait pas se produire chez des nomades qui n'ont pas de travaux pénibles {die schtvere Arbeit nieht haben)j mais qui sont bien obligés de paître et d'abreuver chaque jour les troupeaux >. En réalité, il se base sur une prémisse fortement contestable, savoir la négation arbitraire de la législation du Sinaï. Quand on Tadmet, conformément à l'unanimité des anciens auteurs, toute obscurité disparatf. Depuis le 15 du premier mois jusqu'au 15 du deuxième mois, où Israël atteignit la station de Sin (Exode, xyi, 1), aucun repos religieux n'est mentionné. Mais, peu après, eut lien une
grave révolte du peuple regrettant l'abondance de viande et de pain dont il se nourrissait en Egypte. Yahwc leur envoya la manne le njalin et les cailles le soir, niais en les prévenantque, le sixième jour, ils trouveront, dans ce qu'ils auront raitiassc, la quantité nécessaire pour se nourrir le lendemain, qui doit être un jour de repos consacré à Yahwé i^i/'lp r\S^ VTOXÎ/
rOîl'h) ^^ P^ï^dant lequel la manne fera défaut. On ne peut motiver cette sainteté du septième jour qu'en rapprochant le récit de la création ((lenèse^ ii, 1 -3) où la sanctification du sabbat est ' bien motivée. Moïse introduisit donc dans la pratique générale, comme jour férié, un jour célébré par les instituteurs accrédités (\oyants ou prophètes) de son peuple. Quoi qu'on pense de rhistoire de la manne, l'institution du sabbat est la base de celle de la semaine et sert d'introduction préparatoire à la consécration d'Israël à Yahwé six semaines plus tard devant le Sinaï. L'indépendance de la semaine à l'égard de la néoménie vient de ce qu'elle a été inaugurée plus de quinze jours après cette phase lunaire. Je ne vois guère pourquoi y^^W ^^ VQX^
feraient Timpression de mots étrangers {den Eindruck eines Fremdwortes tnacht) : y.Qiîf est un nombre collectif, « corn-
posé de sept (jours), p aussi bien que yîi2"1» • composé de quatre côtés, carré; » d'autre part, la contraction pi^gf pour nnïltt/ 6st des plus naturelles, et la racine nDttf» encore introuvable en assyrien, est en pleine exploitation en hébreu.
l\ 178-191. Nous voyons, non sans regret, se répéter, avec une ampleur excessive, l'opinion qui met sur le compte de la rcli- . gion mosaïque les superstitions populaires, même celles qu'elle ne cesse de combattre. Cette confusion serait légitime dans un travail sur les superstitions juives en général, elle étonne et détonne à la fois dans une étude consacrée à l'ancienne époque où le yahwéisme se bornait à un petit cercle d'adeptes. Les coutumes et les croyances qu'un peuple conserve avec ténacité disparaissent facilement chez un petit nombre d'hommes d'élite, devant l'esprit nouveau qui souffle dans la direction ,conlraire. Il est peu équitable de les assimiler aux conservateurs postérieurs et de leur attribuer de graves transactions avec leur
conscience. Au point de vue scientifique, nous ne savons d'eux . que ce que leur code officiel recommande comme une loi de Yahwé, Les théories et les pratiques qu'ils condamnent, ils n'en peuvent être rendus responsables. Nous avons déjà soulevé cette objection plus haut et nous la renouvelons forcément à cette occasion. La facilité avec laquelle Israël s'est assimilé les coutumes étrangères forme le reproche ordinaire des auteurs bibliques ; le préjugé des critiques croit cependant les flairer partout. Ainsi, par exemple, la défense de faire cuire le chevreau dans le lait de sa mère ne me parait viser aucun rite de la magie agraire (Maîmonide et les modernes), mais a sa racine dans la tâche de faire vibrer dans le cœur d'Israël une sorte de sympathie envers les êtres vivants. Toute une série d'ordonnances concourent à ce but : jeter aux chiens la bête déchirée (Exode, XXII, 30), ne pas tuer le même jour le petit et sa mère (Lévi tique, xxii, 28), prendre les petits oiseaux, mais relâcher la mère (Deutéronome, xxii, 6-7), etc. Exode, xxn, 28- 29, il s'agit des premiers-nés du gros et du menu bétail consacré à Yahwé, et, partant, mangé par le propriétaire dans le sanctuaire (Deutéronome, xiv, 23). Pour faire le sacrifice delà jeune bête le huitième jour de sa naissance, on était forcé de l'amener avec sa mère qui la nourrissait de son lait (Exode, xxn, 29) ; c'est à ce propos que prit naissance la défense d'employer le lait de la mère pour faire cuire le petit, représenté par >^;|, qui désigne, en général, le petit du menu bétail. L^'iinniolation du petit en même temps que sa mère ayant pu se présenter à la même occasion, le législateur (Lévitique, XXII, 28) prévoit le cas et défend d'agir ainsi par respect de la maternité, et nullement pour abolir un rite magique inventé par le mysticisme imaginatif.
P. 1 83. Sur la croyance à la vie du èeol, le nécessaire a été dit plus haut. Ajoutons cependant quelques remarques.
Les croyances populaires^ toujours teintes de paganisme, se représentent le double du mort venir, de temps en temps, visiter son tombeau, tout en ayant son domicile fixe au Seol ; c'est pourquoi les magiciens passaient la nuit aux cimetières pour obtenir des oracles au moyen de certains rites (Isaïe, lxv, 4). Mais le passage Jérémie, xxxi, 15, n'y a aucun rapport. J'ai démon-
Iré, depuis plusieurs années, qu'il n*y avait qu'une seule tradition sur le lieu où Rachel fut enterrée, savoir celle qui le place dans le voisinage de Bethléhem (Genèse, xxxv, 19), et nullement trois traditions différentes, comme on l'admet dans le camp des chimistes exégétiques. Dans son imagination poétique, Jérémie voit la bonne aïeule Rachel pleurant et se lamentant à Bama, montagne du territoire de Benjamin où il habitait, sur la captivité de ses enfants issus de Joseph et de licnjamin (Genèse, xxx, 24 ; xxxv, 1 8) ; il n*est pas question de sépulture^ Il y a inconvénient à prendre la moindre expression imagée et de pure impulsion momentanée pour des articles de foi. Tout en sachant quMl a plu à un poète de représenter la voix des mânes comme un gazouillement ou pépiement d'oiseau (Isaïe, VIII, 19; xxix, 4), un narrateur autrement disposé ne se gênera pas pour mettre, dans la bouche de l'ombre de Samuel, d'abord une plainte pour l'avoir délibérément dérangé^ puis une prédication acerbe dans laquelle il lui est reproché d'avoir jadis enfreint l'ordre de l'orateur au nom de Yahwé, qui lui prédit sa mort imminente (I Samuel, xxviii, 15-19). Par contre, Qohelet affirme que les hôtes du èeol sont dépourvus de tout savoir (ix, 10). De ces contradictions, il résulte que, sur ce chapitre, chacun raisonnait à sa manière, à défaut de tout dogme religieux, et que toute tâche de le fixer doit infailliblement échouer.
P. 1 84. Posons un point d'interrogation. L'espérance de base religieuse dans une vie éternelle qu'on attribue au christianisme {religiôs begrundete^ christliche Hêffnung auf ein ewiges Leben) n'est-elle pas purement et simplement empruntée au pharisaïsme? Je ne pense pas que beaucoup d hommes sérieux aient applaudi à un certain éditeur qui, pour augmenter, par un temps d'antisémitisme, la vente du Psautier réimprimé par lui, a trouvé bon de changer le titre « Psaumes de David » en « Hymnes chrétiennes ».
P. 1 87.Un nouvel exempled'acribiedogmatiqueestfourni par le renvoi à Jérémie, xvi, 7, où l'on croit découvrir la notion qu'on boit avec le mort la coupe de consolation et qu'on brise avec lui
le pain de deuil qui contamine par cette raison {Bei ihm trinkt mon naeh Jer., 16, 7, mit dem Toten den Trostbecher und hrieht mit ihm dos Trauerbrod, welches daher verunreinigt). C'est bien exact en ce qui concerne les croyances païennes, mais le verset précité de Jérémie ne fait pas la moindre allusion à la participation du mort au repas. D'abord, la leçon ify)
no by toas^ b^X bV nn^ îIDIÇ^ d^^t ^tre corrigée en j^^l np^ ton^^ b5« b? Ut)^ IDIBV « On ne brisera pas de pain cbex un homme en deuil pour le consoler du mort; » dans la phrase suivante, Qn^2< ^ rapporte à ^J^Hf en idée ly'jatei ou bien on doit le corriger en mw» parallèle à
)ff\^. En aucun cas, il n*a jamais existé, ni dans ce verset, ni dans le reste de la Bible, une allusion quelconque à la croyance mystique précitée.
Ce passage nous enseigne également que le vin qu'on dcnnait à boire à l'homme en deuil est formellement qualifié de coupe de consolation pour son père ou pour sa mère (j^jSi
»K bri T^3X b]r D^Dinan DID nnW Iplîr»)» c'est-à-dire pour la mort de son père ou de sa mère, ce qui exclut toute, intention d'y associer le mort. On ne doit donc pas considérer ce repas funèbre, que les amis apportent (^diôi, pB^) à Taffligé en guise de condoléance et de sympathie, comme un repas de sacrifice terminant les solennités de l'enterrement {Ein Opfermahl ist der Schmaus^ mit dem die BestattungsfeierUcfUen enden). L'impureté de ces aliments de condoléance vient de ce qu'ils entrent dans la maison contaminée par le corps du mort et non par son âme. Dans les vues mystiques que nous combattons, l'intervention des amis ne trouve aucune explication, le savant critique l'avoue lui-même {Was die Uebersendung von Speisen in dos Trauerhausïl Sam., m, 25, bedeutet ist nicht klar). Elle est, au contraire, d'une clarté parfaite dès qu'on y voit la tendance à éviter toute tentation de la part des parents de faire une offrande au mort. Cette coutume s'est conservée jusqu'à nos Jours chez les Isra^tes d'Orienl. Sur les incisions et l'arrachage des cheveux et de la barbe en signe de deuil, le nécessaire a été dit plus
haut. Le déchirage des vêtements et la mise de sac (= étoffe grossière) et de cendre avait lieu à tout événement douloureux : défaite (Josué, vn, 6), révolution (II Rois, 11, 14), grave soupçon (Genèse, xliv, 13), blasphème (Matthieu, XXVI, 65), et tant d'autres cas analogues. En signe de repentir et de soumission, le roi de Ninive se revêt de sac et de poussière (Jonas, m, 6; cf. Job, ii, 12); a-t-il cherché la poussière de tombeau (Grabesstaub), que l'École serait bien aise de trouver dans les cérémonies funèbres isr délites?
Enfin, les chefs d'Aram se revêtent de sacs et mettent des cordes sur leur tête pour obtenir la liberté de leur roi enfermé dans la forteresse d'Aphec (1 Rois, u, 31-32) : les cordes signifient clairement que les porteurs désirent être prisonni(;rs à la place de leur roi. Voilà le principe du vicariat dans toute sa simplicité populaire et l'impossibilité de penser à un transfert du rite funèbre aux autres cas de malheur (UnglUcksfkllejj comme on nous l'affirme si lestement.
M. Stade admet avec raison, contre Lennan et Smith, (|ue la famille israélite repose sur le patriarcat, mais j'ignore comment il peut mettre en connexion la loi du lévirat avec le culte des ancêtres (Ahnenkult) ; le frère, éventuellement cadet, est-il un ancêtre? Les sources historiques ne parlent que de la perpétuation du nom du défunt sur son domaine (Genèse, xxxvni, 8-9; Nombres, xxvu, 4, 7; Ruth, iv, 10).
P. 1 88. Les habitants actuels de la Palestine n'ajoutent rien de particulier au sujet de la croyance aux esprits du paganisme israélite qui a trouvé, malgré le monothéisme, ses derniers pendants dans les pseudo-épigraphes et le Talmud. Dans le christianisme, elle est même devenue la base unique des miracles qui sont destinés à prouver la théorie mystique de la rédemption, au moyen d'une victime théandrique. La croyance aux esprits, commune à tout le genre humain, a été classée dans l'idolâtrie par le mosaïsme et défendue sous peine de mort; mais, jusqu'à l'exil de Babylone, le culte des esprits ou démons, profondément enraciné dans la superstition populaire, a été ouvertement pratiqué à Jérusalem. Des génies champêtres, que l'on imaginait sous forme de boucs, d'où leur
nom Di"pvt2f, jouissaient d'une grande faveur auprès des habitants de lacampagne (Lévitique, xvii, 7), mais nous n'avons pas de trace certaine de leur culte dans les villes, car la correction de c^iVE^n ntoa (" ^^^^» xxm, 8) en rVÏÛ2
D^"iyî£^» tout en semblant appuyée par la phrase annonçant (fixe (n Jéroboam a installé des prêtres pour les bamoth, les seMrîm et les veaux qu'il a fait faire » (niD2^ D^JHÎD lb ^DJ^'>^ 7Wy HffU Q'»b:îi;bT On^fc^^V ÏI Chroniques, xi, 14), ne saurait être admise. Dans ce dernier passage, la mention des a^"pyt£f entre ntoa ^^D'^bjy» fl"* ^^^^ ^^^ objets faits par la main d'homme (II Rois, xxiii, i 5), présente une difficulté irrécusable. Une seule solution s'impose : c'est de lire tamJfxSv
€ aux asêrîmj ou simulacres d'Astarté » (cf. mtt^X It^J^^I» II Rois, XVII, 16 ; xxi, 3 ; niltt^K Zy% "' Chroniques, xxxiii, 3, passim). Toutes les vraisemblances témoignent de même en faveur de la lecture nnE^xn niDS P^"^ D^J^B^n mD3 > l'histoire ne doit tenir compte que des éléments qui sont d'une certitude absolue.
P. 188-189. Laissons de côté la conjecture selon laquelle Azazel serait le démon de Tardeur estivale {der Dàmon dei' Sommerhitze). Pas beaucoup plus fondée est la supposition (pie c le bouc qu'on lui envoie dans le désert (le jour du grand pardon) aurait été primitivement imaginé comme la personnification du démon > {Der Bock den man ihm in die Wiiste schickty scheint ursprUnglich als Personnification des Damons gedacht gewesenzu sein). En logique impartiale, l'autre bouc, celui qui est offert à Yahwé, doit aussi avoir été la personnification de ce dernier dieu. Nous connaissons déjà Yahwé-veau, Yahwé-serpent, Yahwé-Sinaï, Yahwé-bâlon, Yahwé-pierre, Yahwé-coffre, Y'ahwé-homme, avec transfiguration en eucharistie. Si on y ajoute le Yahwé-bouc découvert, malgré elle, par le critique mythophile, on arrive à un premier fonds d'entités yahwéiques que les collectionneurs s'arracheront entre eux avec d'autant plus d'avidité, que la collection promet d'être aussi abondante que variée. Je ne puis déjà pas résister à la
tentation d'y contribuer instantanément par deux spécimens inédits : Yahwé-lion (j}<i2f^ mXD» Osée, xi, !0) et Yahwéours (^^ i^^ 21H 2% Laiîientations, m, 10; cf. Osée, xm,
8); d'autres suivront à l'occasion.
Ibidem. A la différence de ta^^nsn bl? ttTfl' ^^^ ^' dique visiblement la consultation des morts dans les rêves produits par suite de dormition dans le cimetière (Isaïe, Lxv, 4), la combinaison (d)^3V1>1 (n"'l)3X ^
rapporte à la nécromancie conjuratoire systématique. L'ordre des mots est immuable et comporte l'abréviation en ^^jj ou n^X (n'oiX)> niais ijy-]"» ou ta^avii ne figure jamais seul. A en
juger par l'expression 31x2 "î^ '»DDp 0 Samuel, xxvin, 8), a Fais pour moi une opération magique avec le ^^ et fais-moi remonter (du âeol) celui que je t^ désignerai, d et étant donné de plus que 2^^ & 1^ ^^ns matériel de c outre d (Job, xxxii, 19), il ressort assez clairement que, comme terme ma* gique, y\^ désigne primitivement un instrument dont les nécromanciens se servaient dans leurs opérations. Par méto- . nymie, ce mot désigne également l'opération (1 Uois, xxi, 6, ^iyTI SIX rWy)> ^^* ^^ chroniques, xxxiii, 6), l'opérateur (I Samuel, xxviii, 3, 9; 1 Rois, xxiii, 24) et l'esprit consulté (Isale, XXIX, 4; Lévitique, xx, 27). Cet exposé semble donc conduire à la présomption que 'ijy'ii était de même, au sens
propre, le nom d'un instrument connexe au y\^^ mais d'un ordre secondaire et inefficace sans lautre. La tentative d'y voir, sur la foi de Tétymologie seule (j^i^)» un antique esprit chthoniquc, est, en tout cas, prématurée.
P. 189-191. Exposé détaillé des cultes étrangers, sorcellerie, amulettes et talismans discutés plus haut. Nos remarques précédentes suffisent à éclaircir la situation. Nous regrettons de rencontrer ici de nouveau la confusion de miracles attribués à Moïse avec les opérations magiques des thaumaturges égyptiens, en passant sous silence les miracles évangéliques. inutile également de revenir sur les inexactitudes ou exagérations en ce qui concerne les bâtons de Moïseet d'Aaron^ les nTîTV» ®tc.
P. 191-204» Cette section, consacrée à l'idée du rapport
Gopgle
entre Israël et Yahwé et celle relative au péché et à l'absolution, contient naturellement bien des redites d'opinions et d'affirraations qu'il serait superflu de remettre sur le tapis après ce qui en a été dit dans diverses remarques au cours de cet examen. Dans les observations ci-après, nous nous bornerons aux choses essentielles, en indiquant les passages principaux dans lesquels elles ont été traitées.
P. 191-192. Une des plu» grandes découvertes faites par la critique moderne, dans l'ancienne religion d'Israël, consiste dans les affirmations que l'auteur résume dans la proposition suivante :
c Dans la religion d'Israël, il ne s^agit pas d'un rapport de l'israélite individuel, et encore moins de l'homme à dieu, mais d'un rapport du peuple d'Israël à Yahwé. « Yahwé, dieu d*Israél, » a pour verso « Israël, peuple de Yahwé >. L'entité religieuse est le peuple, non l'individu, qui se joint par la nais* sance au peuple et par là dans la communauté religieuse. {Religiôse Grosse ist dos Volk und nicht der einzelne^ der in dos Volk und damit in die Kultusgemeinschaft hineingeboren wird)y seulement par cela, et parce qu'il habite dans le pays {und durch sein ^ohnen im Lande), il acquiert une relation avec Yahwé {ein VerMltniss %u Jahve gewinnt). L'idée de l'élection d'Israël dans la haute antiquité (in der Ur%eit) appartient déjà au temps antéprophétique, comme le prouve la polémique d'Amos(iii, 2; ix, 7). C'est un théologuménon qui s'est formé dans les cercles des prêtres lors de la fusion des lé-gendes locales en légendes nationales. >
Quelques considérations suffiront à démontrer le pur arbitraire de cette accumulation d'assertions insoutenables. Commençons par le seul fait reconnu comme pré-prophétique : l'élection d'Israël. J'en suis doublement étonné. A sa place, en suivant strictement la méthode chirurgicale de l'École, j'aurais déclaré, avec une belle sérénité, qu'Amos, m, 2, forme une interpolation postérieure, et bien fort serait celui qui pourrait prouver le contraire, d'autant moins que la phrase
a'»-»» p«D ^n^byjl 6xitt^ nx) revient ix, 7, dans une série de peuples exotiques d'où l'idée d'élection est entièrement exclue : Yahwé a retiré les Araméens de Qir et les Philistins de
Caphlor, mais il ne les a pas élus pour cela. Donc, aurais-je conclu, l'élection d'Israël est un Ihéologuménon sacerdotal né quelque temps après Amos. La logique exige de la conséquence et de la fermeté dans le procédé, et n'aime pas les concessions calculées.
. Mon second étonnement est d'ordre historique. Moab est^ selon les écrivains bibliques, le peuple de KemoS (c^to^ qj; ; Nombres, xxi, 29, passim)^ le roi Mêsa' appelle la Moabitidc <c pays de Kemoâ > (rRfitta 2^3 C^aKH*»)» ^t l'analogie rend très vraisemblable que Milkom, Qos, Dagon et Hadad, étaient aussi respectivement considérés comme les dieux des peuples et des pays d'Ammon, Édom, Philistide, Aram, Tyr, Sidon. Yahwé d'Israël cadre parfaitement dans la compagnie des divinités voisines qui doivent avoir le même naturel que lui. De Kemoè, on sait pertinemment qu'il est coléreux et très vindicatif, puisque, à la prise de la ville de Nebo, Mêâa* lui voua les habitants israélites qui furent immolés en son honneur, au nombre de sept mille hommes, femmes et enfants. Si on a le même poids et la même mesure pour tous, il en résulterait cette conséquence absurde et démentie par l'histoire que tous ces peuples étaient de parfaits monolâtres dans leurs pays res-> pectifs. Pour Moab en particulier, rien que la composition tt^DD inE^y suffit à la démentir. Mais il y a un exemple encore plus tangible : Assur est le dieu du peuple et du pays qui incorporent son nom, et cependant les Assyriens professaient un polythéisme des plus riches et pratiquaient des rites tout à fait indépendants du sol natif, aussi bien chez eux que dans les pays étrangers. Ainsi, l'histoire confirme : i* que l'idée de l'élection, loin de former un théologuménon inspiré par la fusion des cultes locaux en culte national, est, au contraire, un concept coéval avec la formation môme de la nation, et vivant à côté de cultes séparés et individuels, lesquels remontent naturellement à l'état rudimentaire de l'animisme; 2* qu'une monolâtrie nationale est de pure fantaisie, sans la moindre base historique. Après ces préliminaires, il paraîtra superflu d'apprécier le système hypercritique qui voit, dans le monothéisme d'Israël, une religion qui n'intéresse les individus que comme membres de la nation. Dans la logique commune, les
arbres font la forêt; la logique supeffine trouve que c'est la forêt qui fait les arbres. C'est peut-être vrai dans la planète de Candide. i
Ibidem, a Elle (la relation entre Yahwé et Israël) n'a joué aucune espèce de rôle dans le temps ancien. On la croit plutôt conditionnée par la possession du pays, qui, selon J, a été promise aux patriarches, pendant que, selon E, Israël y a été conduit du Sinaï, à titre de châtiment {Sie hat in der alten Zeit keinerlei Rolle gespielt. Vielmehr denkt man es sich bedingt durch den Besitz des Landes^ dos nach J den Vàtem ver- Ifeissen war, w'àhrend nach E Israël vielmehr dorthin %ur Strafe vom Sinai gefuhrt wurde). »
Répétition d'inexactitudes appréciées plus haut; en ce lieu, j'y ajoute deux points d'interrogation : .
1 • Comment peut-on affirmer que ladite relation n'a pas joué de rôle dans Tancien temps, quand on est d'opinion qu'il n'existe aucun monument littéraire en dehors du chant de Débora?
2* Au temps de Débora, non seulement la vie séparée des tribus battait son plein, mais la possession du pays était bien loin de s'accomplir. Depuis vingt ans, Israël subissait une oppression effrayante sous la férule d'un roi chananéen (Juges, IV, 2-3), et, cependant, la synthèse c peuple de Yahwé, > pour la totalité d'Israël, apparaît déjà complètement fixée comme un trait national (Juges, v, 3, 5, il); n'est-ce pas lantipode du système prôné ?
3* Pense-t-on sérieusement que l'auteur E a été assez insensé pour imaginer qu'Israël quitta TÉgypte pour s'installer définitivement dans le désert aride du Sinaï, seulement pour les beaux yeux du génie de cette montagne ? Un peuple, si petit qu'il soit, cherche d'abord à s'emparer de campagnes fertiles; les génies aux beaux yeux se présentent d'eux-mêmes et n'attendent pas qu'on les cherche.
4* Le passage d'où il résulterait que, selon E, la possession de la Palestine était plutôt un châtiment qu'un don gracieux de la part d'Élohîm, n'a pas été indiqué; voudrait-on avoir la complaisance de combler cette lacune?
Si je ne me trompe, ce dernier éiioncé fait partie de la
classe des divinations cdbme celles-ci : a Même la relation avec Yahwé, fondée sur la sortie d'Egypte, n'a pas été vivement sentie (lehhaft bewust) par l'ancien Israël t> et € La piété naïve suppose que Yahwé a été de tout temps le dieu des ancêtres > (Naive Frômmigkeit setzt voraus des Yahwé van ieher der Gott der Vorfahren gewesen sei.) Ces choses-là, ne peuvent les savoir que ceux qui ont été gratifiés de la révélation que Yahwé était primitivement le numen du mont Sinaï. EntrQ, autres contradictions aux données générales de la tradition biblique, on nous apprend que, c tout en étant le conducteur et le protecteur d'Israël qui le sert, il ne s'ensuit pas que. ce doit être toujours ainsi ; Israël ne pouvait avoir une telle prétention, car l'agissement du puissant et saint Yahwé ne se règle pas d'après des principes humains. La croyance à une concordance exacte entre la conduite d'Israël et son sort n'était pas encore possible. C'est plutôt l'affaire de Yahwé à quel point il s'intéresse à Israël > (Doch fliesst daraus fur Israël nicht der Anspruch dass dos immer geschehen musse. Niclit nur ist Vorbedingung dafur ein rechtes Verhalten IsraelSy sondent es ist nicht einmal notwendig die Folge davon Denn dus Walten des mkchtigen und heiligen Jahve regelt sich nicht nach menschlichen Grundz^tzen (§§ 35, 36). Der Glaube an eine genaue Konkordanz zwischen Israels Verhalten zu Jahve und seinen Schicksalen war nach §§ 33-37 noch nicht môglich. Es ist vtelmehr Jahves Sache, intvieweit er sich Israels annimmt,) Ces superbes révélations, qui vont à rencontre de toutes les expériences historiques, sont capables de soulever un toile général en haut et en bas. Du ciel, Yahwé tonnera furieusement : Qui a donc pénétré dans mon cabinet de travail pour surprendre mes secrets (lO]^ ^o mrr niDD» Jérémle, xxrii, 18). Sur terre, Israël se battra la poitrine d'avoir fait une affaire aussi mauvaise et surtout d'avoir été la dupe d'un numen désertique aussi rusé que capricieux, qu'il a tiré de l'oubli et doté du plus haut titre de souveraineté. Le génie de l'histoire seul, attiré par le vacarme, rira comme un fou, en disant à son confrère le génie de la psychologie ethnique : « Voilà à quoi vous aboutissez, si vous voulez faire de la science sans me consulter ! ?
P. 193. L*antithèse « Israël et les païens, > nous dit-on, manquait tout à fait à l'ancien temps, malgré l'idée de Téleclion k laquelle s*attachèrent plus tard les prophètes Amos et Osée. On a perdu de vue que, selon Tesprit du monothéisme de tous les temps, le polythéisme des non-israélites n'est pas un acte blâmable, et qu'il vaujb infiniment plus que les fluctuations religieuses d'Israël (Osée, ix, 1; Jérémie, ii, 10-11; Ézéchiel, v, 5-7). Pour exprimer la différence ethnique, on disait D^oyrn bx"lî2^^ ^" D^^IJin» ^ Israël et les autres peuples ou nations, d'où l'expression moderne « >i j » , qui ne contient en soi aucune pensée de mépris. La qualité païenne est encore indiquée de très bonne heure au moyen du mot^-)y
(pi. d^Vtv), « incirconcis » (Exode, xii, 48; I Samuel, xvii,
26, 36; Juges, xiv, 3; xv, 18; I Samuel, xiv, 6; xxxi, 4; II Samuel, i, 20), mot qui suppose .par antithèse, non seulement ridée d'élection, mais aussi celle de l'alliance avec Yahwé. Dans la bouche des parents de Samson, qui trouvent répréhensible qu'il épouse une Philistine, les mots Q^^iyn n^S
ne peuvent pas signifier a filles de lâches ou de méprisés, » mais a filles d'idolâtres; » c'est aussi le cas de II Samuel, i, 20, et des autres passages précités. Avant la constitution des lois alimentaires (sous le règne de Salomon), l'Israélite usait de la même cuisine que les autres; on vient de voir que, pour le mariage, on était plus scrupuleux. En pays étranger, l'abandon du culte paternel n'était jamais imposé par le vainqueur, et si la nourriture sur la terre impure (non consacrée à Yahwé) était entachée d'impureté (Amos, vu, 17; Osée, ix, 3-4), cela ne constituait aucun péché en soi, lequel n'est commis que lorsqu'on entre en cet état dans le temple de Yahwé. J'ai donc peine à comprendre comment le savant critique en a pu tirer la conclusion suivante : oc Israël ne se tient donc pas pour un peuple qui se distinguerait spécifiquement d'autrui par la possession d'une révélation historique et par une loi donnée par Dieu, ou il a l'avantage sur lui, par suite du prix propre de sa connaissance de dieu ou à cause de l'espèce de son culte » {Israël Ivàilt sich also nicht fur ein Volkj dos von andem durch den Besit% einer geschichtlichen Offenbarung und einer von
Gott gegebenen Gesetzes spezi^sch verschieden w'àre oder iti' folge des eigentûmUchen Wertes seiner Gotteserkenntniss und wegen der Art seiner Gottesverehrung vor diesen etwas voraus hatte.) La relation de Yahwé avec les autres dieux a déjà été traitée; c'est le rapport du réel au zéro.
Ibidem. Au sujet de la disposition religieuse {die religiôse Stimmung)j nous avons la suite de la série négative, car, pour peu qu'on soit mal disposé envers quelqu'un, il est infiniment plus facile de lui dénier des qualités que de lui en attribuer. Donc, ce dans l'ancien Israël, la disposition des individus singuliers n'est pas essentiellement différente l'un de l'autre et se rattache indissolublement au sentiment national. Il n'y a pas encore de sentiment individuel développé. Le bonheur ou le malheur d'Israël domine la disposition, les sorts individuels viennent après. Israël est-il dans le bonheur, la disposition religieuse du particulier n'est pas troublée, alors même que son sort individuel laisse à désirer. La prospérité de la nation aide à supporter » {dos Gedeihen des Volkes hilft dos tragen).
Rien n'est plus vrai que ce tracé du caractère israélite, mais, au lieu d'y voir la manifestation d'un profond et ardent patriotisme qui ferme les yeux sur son propre état précaire pour se réjouir du bonheur de la nation, sentiment noble au premier chef et sans parallèle dans l'histoire de ranti.|uité, le savant critique n'en envisage que le petit côté du manque de développement de l'individualité. N'est-ce pas la répercussion de cette idée saugrenue, aujourd'hui aplatie après un lustre de célébrité, qui regardait le monothéisme, prétendu sémitique général, comme ayant sa source dans Pincapacité des Sémites de concevoir les nuances religieuses du polythéisme? A présent, c'est le patriotisme biblique qui est vilipendé, sous prétexte qu'il vient d'une immaturité de sentiments individuels ! Si le particulier israélite se montrait intéressé au point de placer en seconde ligne l'intérêt national, on l'aurait dépeint comme une âme vile, sordidement égoïste et tout à fait incapable de concevoir Tabnégation de son propre intérêt pour le bien général. Or, il faut le dire sans ambages, autrement l'histoire ne serait qu'un roman à ficelles. La prévention moderne contre tout ce qui touche l'Ancien Testament découle unique-
ment du désir de forger une médaille dont le recto porterait : Mettre l'Évangile au niveau de la critique moderne, et le verso : Mettre la critique moderne au niveau de l'Évangile. Suivant la tendance du recto, on élimine audacieusement tous les éléments mystiques qui forment la substance et Tunique raison de son triomphe incomparable sur le paganisme gréco-romain, et on n'en laisse subsister qu'un petit nombre de logia, dont on cache la provenance juive. Conformément au verso, on élève jusqu'aux nues l'abolition, d'ailleurs fictive, des opéra operanda de l'Ancien Testament, et la non moins fictive plus grande liberté individuelle qui en fut le résultat, comparativement à la conception biblique.
Ibidem, a La disposition religieuse atteint son apogée dans la guerre {Die religiôse Stimmung erreicht ihren Hôhepunkt im Kriege.) Lisez « dans la victoire » (im Siège). Juges et Deutéronome, xxxin, 29 (où il faut lire -|^jj[> *" 1*^" de-jg^jj^), ont pour objet la victoire gagnée avec le secours de Yahwé, non de la guerre en elle-même : le Djihâd et la croisade religieuse sont inconnus de l'Ancien Testament.
Ibidem. Quoi qu'on dise, la conception du a hasard » {des Zufalles) existe dans le mosaïsme (I Samuel, vi, 9 ; Ecclésiaste, III, 19, passim; Ruth, ii, 3), bien que la piété l'attribue souvent à Yahwé ; dans l'Évangile, même le nombre des cheveux de la tête est prédestiné (Matthieu, x, 29).
P. 195. IRois, XVII, 20, attesterait que la proximité d'un homme affecté de la colère de Dieu porte malheur(Da55di^iVâ^ eines von Gottes Zorn betroffenen Lngluck bringt). Élie, envoyé par Yahwé auprès de la veuve pour ne pas mourir de faim, était, au contraire, dans les meilleurs termes avec Yahwé. L'erreur repose sur les mots niV"in ••• DJlÎ ^"^ ^^^nifient : c Veux-tu aussi apporter le malheur sur cette veuve qui me nourrit malgré son extrême pauvreté? » Le langage énergique du prophète vient précisément de ce qu'un tel acte lui paraît illégal ; c'est l'inverse de ce que les critiques supposent au sujet de la justice divine, laquelle aurait été conçu comme le prcKJuit d'un simple caprice.
Ibidem, c Dans le fait que l'homme subordonne sa volonté
à une volonté supérieure se montre le grand écart {der weite Abêtand) de ïa conception chrétienne : ce n'est pas l'amour du bon Dieu qui détermine à faire le bien, mais la crainte du puissant (nicht die Liebe zum guten Gott treibt dazu^ dos GuU zu tun^ sondem die Furcht vor dem machtigen). »
Sans le préjugé séculaire qui empêche toute réflexion, aucun cerveau humain ne trouvera incompatible la réunion dans la pensée d'un croyant quelconque de la puissance et de la bonté divine qu'il adore, qualité qui, se répercute dans son propre cœur sous la double forme de respect (= c crainte t dans la terminologie hébraïque) et de vive gratitude (= « amour » dans la même terminologie). Pour le sens de t être reconnaissant », propre au vevbe 3nX' Q^^ signifie ordinairement a aimer, » voir Psaumes, cxvi, 1 ; Proverbes, ix, 8. Abraham est devenu un c aimant Yahwé » (^anx DfTQK'î
Isaïe, XLi, 8), non par un coup de foudre comme il arrive souvent dans l'amour matériel, mais par suite d'un vif sentiment de gratitude pour les bienfaits reçus ou promis. D'autre part, si Yahwé finit par aimer les ancêtres d'Israël et par s'attacher à eux avec une intensité telle que toute leur postérité en profite, c'est parce qu'il a trouvé en eux le plus grand empressement à obéir à ses ordres (Genèse, xviii, <9; xxvi, 5). Le dernier passage jette un jour éclatant sur tout le procédé du narrateur yahwciste ou J, qui est profondément réfléchi et strictement exécuté. J'ai relevé plus haut la circonstance remarquable que l'alliance conclue par Élohim avec le genre humain, après le déluge, s'est constituée sur deux commandements: l'un, d'ordre juridique, ordonne de mettre à mort le meurtrier de son semblable; l'autre, d'ordre cultuel, de ne pas manger le sang de l'animal égorgé. Si Ton y ajoute le sacrifice de Noé que cet auteur (P) n'a pu ignorer, nous avons là un premier groupe d'institutions religieuses qui sont expriniées en hébreu par niiïD» nYlin? D^^pn ^^ D^fâÔBfD- 0^» l'histoire d'Abraham, qui, sauf le chapitre xx, découle d'une source yahwéiste, ne fait mention que de constructions d'autels (Genèse, xii, 8-9 ; xm, 1 8) ; P (?), de son côté, ne mentionne que le comaiandement de la circoncision comme condition
d'alliance, et un seul sacrifice {ibid. , xxii, \ 3); et cependant J affîrmey non seulement qu'Abraham avait accompli à la pei'fection les observances, les commandements, les statuts et les lois de Yahwé (TbB^.l >blp3 Dm3« ^DB^ "IB^K 2p^ '»nhim "^n^n '»rtïD •^n-lDBto), mais aussi que sa piété avait soin de recommander à ses enfants et à toute sa famille l'observance de la voie (== la religion) de Yahwé, se résumant dans l'exercice de la justice et du droit (-){jfj{ Î^dS
ni&vj? mrp jr\^ npcfi. vmii in'»3 nxi V33 nx nw
ÛÔtttol nplV^- "^^^ ^^"^ auteurs s'accordent donc à admettre que l'amitié intime et réciproque ayant produit l'alliance entre Abraham et Yahwé repose sur une base de faits qui ont leur précédent dans la haute antiquité et n'ont rien de fortuit, ni de capricieux.
P. 196. « Et, en effet, le dieu du peuple est aussi devenu le protecteur de toutes les ordonnances et coutumes (Deutéronome, xx, \ et suivants; xxiv, 19 et suivants), qui auraient été auparavant sous la protection spéciale de certains démons, dieux de clans et de familles. Le sentiment de la dépendance, à regard du dieu du peuple, maintient aussi ce qui s'était formé au temps antéyahwéiste sous l'influence de pensées religieuses plus anciennes {Und zwar ist der Volksgott Schiitzer auch der Ordnungen und Sitten geworden Dt, 20, 1 ff. 24, 19 ff., die frûher unter dem speziellen Schutze bestimmter Dhnwnen, Geschlechts- und Familiengôtter gestanden haben werden. Dos Gefilhl der Abhàngigkeit vont Volksgott hait auch denjenigen Teil der Sitte aufrecht, der sich in der vorjahuistischen Zeit unter dem Einflusse altérer religiôser Gedanken gebildet hatte). ï>
Deux propositions qui nous lancent subitement, non pas seulement dans l'époque antéprophétique, mais dans l'époque bleue de l'anté-yahwéisme. L'une et l'autre se résument dans cette formule : c Yahwé a pris sous sa protection les coutumes qui auraient été {gestanden haben werde) protégées par des démons populaires. La teinte légèrement hésitante de la première forme se résout en un positivisme décidé dans la
seconde. Par sa teneur, la formule a, si je ne me trompe, l'air d'un jalon jeté en passant pour marquer d'avance la thèse qu'on se propose de démontrer plus lard. Car, autant que je vois, les prescriptions deutéronomiques citées ne sentent nullent le soufre démoniaque de l'époque crépusculaire, mais rentrent dans le cadre particulier de ce code yahwéique :
1) Deutéronome, xxi, 1-9, si Ton fait abstraction des opéralions chirurgicales qui font l'orgueil de l'École, est le complément naturel du principe posé Nombres, xxxv, 33 : a La terre n'obtient le pardon du sang répandu que par le sang de celui qui a versé le sang de son semblable » (-)B3^ j<^ V"tf<^1
topt? ma DKOna -ISE^-lBfXmb)» car, ajoule l'auteur, € le meurire contamine la terre > (yixn nX KDDO J<bl)- Partant de ce principe, le deutéronomiste offre le moyen d'opérer la propitiation de la terre (== du terrain où on vient de trouver un homme assassiné, ^Sn)- ^^ ^^efs de la ville la
plus proche du cadavre égorgent par la nuque une génisse sur une nappe d'eau permanente, puis les prêlres et les chefs se lavent les mains en affirmant leur ignorance du crime commis et en demandant le pardon de Yahwé, vengeur de l'innocent. Il faut avoir un parti pris bien robuste et un don de divination surhumain pour y trouver un reste de démonisme antiquissisme et d'origine indéterminable.
2) Je m'explique encore moins ce que vient faire ici le passage Deutéronome, xxiv, 1 9-22, qui ordonne d'abandonner à l'affilié étranger (-|jj), à l'orphelin et à la veuve, la gerbe oubliée dans le
champ, ainsi que les fruits restés par hasard sur les ceps de vigne après la vendange, et sur les oliviers après la cueillette. Nous sommes bien loin du démonisme hauteur, mais sur la voie de cette charité incomparable qui caractérise, d'une manière si éminente, la législation du Pentateuque et tout particulièrement du Deutéronome pour tout ce qui concerne l'intérêt des pauvres. Les huit versets précédents poursuivent le même but : Ne pas aller chercher le gage d'un emprunteur, mais attendre qu'il l'apporte lui-même (iitd., iO-M); rendre au pauvre la couverture engagée avant la tombée de la nuit
(v. 12-13); payer quotidiennement ie journalier indigène ou étranger, afin qu'il puisse faire un repas avant de se coucher (v. 14-15); irresponsabilité des membres de la famille du crime d'un des leurs (principe encore admis dans le Code Haminurabi ; v. 1 6) ; rendre justice à l'étranger et défense de prendre comme gage le vêtement d'une veuve (v. 17). En conclusion est donné le motif : <ic Souviens-toi que tu as été asclave en Egypte et que Yahwé t'en a délivré! » Ce sont des procédés auxquels la . morale évangélique, uniquement préoccupée de glorifier son héros, au détriment de la vie mon-» diaifî qui n'existe pas pour elle, n'a pensé un seul instant. I/École semble ne pouvoir s'en consoler; de là la nécessité de les attribuer à je ne sais quelle origine extra-hébraïque. Ce n'estplus la science, mais le pluspur arbitraire. Veut-on voir clair dans l'état de choses que l'École a embrouillé d'une manière si inconsidérée? qu'on lise avec attention le passage suivant de TÉvangile (Il Jean, 9-11) : < Si quelqu'un vient vers vous et ne fait pas profession de cette doctrine (de la divinité du Christ), ne le recevez pas dans votre maison et ne le saluez point, car celui qui le salue participe à ses mauvaises actions. » Le non-chrétien, fût-il aussi juste et aussi pauvre que Job, est identifié avec un malfaiteur de la pire espèce qu'on ne doit pas recevoir chez soi, ni même saluer dans la rue. Je ne sache pas que, depuis les deux millénaires que le christianisme existe^ il soit venu à l'idée d'un Israélite de fermer sa porte à un homme d'une autre religion, ou de ne le saluer cordialement dans la rue qu'après avoir obtenu sa profession de foi monothéiste.
3) Dernier pendant du démonisme :
[ Ibidem, SS. <k Les impulsions à l'agissement moral (Die
* Antriebe %um sittlichen Handeln) ne sont pas inessentiellement i arrêtées (werden nicht unwesentlich gehemmt) par des rudi- I ments des anciens états religieux. Une fois qu'on est habitué à
ramener les passions violentes, les impulsions à des actes bi- ' larres {zu auffalenden Taten)^ bons ou mauvais, à fincorpo-
ration d'un esprit (nî|-|), conçu indépendamment ou combiné
; avec Yahwé, ou à une incitation de Yahwé^ un sentiment
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élevé {ein gesteigertes Gefuhl) de responsabilité morale ne peut se développer. L'homme se sent alors trop comme une balle de jeu {als Spielball) de puissances élohimiques (elohimischer Gewalten). »
H y aura, je crois, peu de lecteurs qui ne seront pas frappés de la commodité du système que nous examinons. Quand les coutumesd'Israël décèlent un idéal de charité et d'humanité d* une élévation telle que l'antiquité n'en a jamais conçu de pareil, on fait venir ces coutumes des Gbananéens pré-Israélites, en langage abstrait, des états religieux antérieurs au yahwéisme. Par contre, en cas de besoin, ces mêmes rudiments des religions antérieures sont représentés comme des entraves au développement de la responsabilité morale de l'Israélite. La partialité est criante et tout aussi criante est la futilité de l'argument des nln^l qu'on allègue pour l'appuyer. A ce compte, si l'on met de côté l'emploi irrésistible de deux poids et de deux mesures, le christianisme qui, en dehors des anciennes ruIjLOth élohimiques, admet encore toute une armée de démons sataniques instigateurs et fauteurs du mal, aussi bien matériel que mo* rai, ne devrait plus posséder que dans une dose minime la faculté de s'élever à une conception morale qui dépasse l'état rudimentaire« Jouet constant de puissances sinistres, dont la méchanceté naturelle va jusqu'à se déguiser en moine, pour employer la pittoresque image populaire, le chrétien serait, d'après le raisonnement des critiques, tout à fait incapable, déprimé qu'il est déjà par la terreur des peines éternelles dans l'autre monde, d'avoir la moindre liberté d'action. L'arme qu'on dirige contre le judaïsme se tourne donc, en réalité, contre le christianisme ; l'abus du parti pris a de ces surprises désagréables.
Ibidem {l\00 y p. 196-197). Exposé circonstanciel de l'idéal éthique et des devoirs envers Dieu et le prochain, 11 débute par la divination négative si souvent mise en scène : « L'ancien Israël ne sait pas encore qu'une loi divine règle la conduite morale de l'homme. La coutume dit ce que Yahwé ordonne. G* est pourquoi tout ce qui est coutume, c'est-à-dire tradition , est regardé comme moral et bon. » A cette dernière sentence, on peut opposer les coutumes patriarcales de dissimuler le mariage (Genèse, xii,1 0-
20; xx; xxvi, 7) et le mariage de deux sœurs {ibid.f xxix, 22-30), qui ne se répètent plus aux époques du mosaïsme, et Dieu sait combien d'autres coutumes immorales ont disparu par l'influence de cette religion. Nous ne voulons non plus revenir à tous les détails que nous avons réfutés au cours de nos observations antérieures. Signalons cependant quelques points au hasard. Le savant auteur trouve que la conduite d'Abraham et de Sara, à l'égard de leur serve Hagar (Genèse, xvi, 6 ; xix, 8), blesse notre sentiment moral {verlet%t unser sittliches Empfinden). Je m'empresse d'y souscrire, mais il ne faut pas faire de grands efforts pour apprendre comment les esclaves ont été traités par des chrétiens pieux pendant des siècles, et le sont encore après leur affranchissement. Comme preuve que « celui qui suit la coutume héritée des pères vit de la vie morale (Sttt- Uch lebty tuer die von den V'àtem ererbte Sitte befolgt)^ » on cite II Samuel, xx, 18 et suivants^ qui parlent de la fidélité de la ville d'Abel à David I De même, la sentence contraire : a Immoral est tout ce qu^on ne fait pas en Israël {UnsittUck ist allés tuas man in Israël oc nieht tut^)^ est appuyé par Genèse , XX, 9, où les mots rf\uy^ j^^j ^jj^jj D'^Èf^D sont prononcés par
Abimelec, roi de Gerar, en Philistide, et par Genèse, xxix, 2G, où Laban l'araméen, étant parvenu par une ruse à se défaire de sa fille aînée passablement laide, invoque, à son excuse, l'usage local de ne pas marier la fille cadette avant sa sœur aînée ! On est tenté de croire que la confusion de la coutume avec la morale attribuée aux Hébreux a été inspirée au savant critique par l'allemand sittlich, oc moral, y> qui vient de Sitte, c coutumes (même cas en grec, en latin et en français); mais la philologie européenne n'a rien à faire dans l'histoire religieuse de TAncien Testament. Jamais un auteur biblique ne fait appel aux coutumes populaires comme à des institutions divines quand il s'agit de principes reUgieux ou moraux. Les termes V«lty> '»]?n. 'fe^ '^p'IT (o« "]T|)j 'tî^^ min. etc., sont inouïs en hébreu. On dit exclusivement r\W ^On> mïT^ OIT^ mrr mW> tandis que le ny,*} n-)T, c la coutume populaire »
{Volksitte)^ comporte toujours l'idée de quelque chose de méprisable, d'abject (Isaïe, viii, 11 ; Osée, rv, 9; Jérémie,
VI, 26; VII, 3; xxm, 12; Ézéchiel, xx, iZ^passim). C'est le contraire de la théorie amalgamante que les pieux critiques cherchent à nous inculquer pour les besoins de leur cause.
P. 197-198. La pièce substantielle de ce paragraphe consiste dans le soi-disant c Décalogue plus âgé ou aine y> {fier altère Dekalog). Le lecteur français, peu initié à la critique superflue, demandera, étonné, dans quelles fouilles ce document précieux à été découvert. Je suis donc obligé de lui donner le renseignement qui l'éclairera tout à fait. Le Décalogue, connu de tout le monde (Exode, xx; Deutéronome, v), composé en grande partie de prescriptions morales, formait le plus gros écueil menaçant de faire chavirer le léger esquif de la critique piétiste qui tient absolument à réduire le mosaïsme à un système de pures coutumes cultuelles, sans le moindre élément de moralité. Pour arriver à cette fin, et étant donné que le prophète Osée (viii* siècle av. J.-C, iv, 2) fait déjà allusion à des lois éthiques qui viennent directement du Décalogue connu (d'après les critiques ce d'un Décalogue contenant des préceptes moraux »), on s'était mis en tête de découvrir dans le Pentateuque une série de dix lois cultuelles qu'on proclama être antérieures. Les fouilles, dans cette matière peu cohérente, ont été faites par trois pionniers que nous désignerons par les initiales W, M et S, et les découvertes n'ont pas tardé à récompenser leurs peines, car chacun d'eux a retiré de l'oubli millénaire un décalogue particulier entièrement indépendant des autres. Nous avons donc maintenant la bonne fortune de posséder trois nouveaux décalogues antiques et un décalogue relativement jeune, qui peut venir de celui que le prophète Osée avait sous les yeux. Je ne saurais dire pourquoi M* Stade accorde si peu de place aux documents M et S, mais, puisqu'il en est ainsi, je dirai quelques mots sur le document W, qui a ses préférences. Ce document consiste dans Exode, xxxiv, 14-2G, ainsi résumé : 1) N'adore pas d'autre dieu (v. 14); 2) Ne te fais pas des images de métal fondu (v. 1 7) ; 3) Tu observeras la fête des maççoth (v. 1 8) ; 4) Tout premier-né est à moi(v. 19); 5) Six jours tu travailleras et au septième tu te reposeras (v. 21); 6) La fête des semaines tu célébreras (v. 22 a) ; 7) Tu célébreras la fête de la récolte à la fin de Tan-
née (v. 221 b); 8) Trois fois l'année tes mâles paraîtront devant la face de Yahwé (v. 33; les critiques : « verront la face de Yah wé ») ; 9) Tu n'égorgeraspas, ayant du pain levé, l'agneau (nî£f
pour Q*!|) de mon offrande (pascale; v. 25 a); 10) L'offrande
de la pâque ne doit pas rester jusqu'au matin (v. 25^); 11)Tu apporteras à la maison de ton Dieu les prémisses des fruits précoces de la terre (v. 26 a); 1 2) Tu ne cuiras pas l'agneau dans le lait de sa mère (v. 26 b). > Voilà douze paroles (di-|3^) d'un fond purement cultuel; le mal est qu'il y en a
deux de trop. On se débarrasse de cette pléthore en retranchant soit les numéros 5 et 8 (Wellhausen), soit les numéros 4 et 8 (Stade). Mais, pour se former une opinion raisonnée, il faut attendre d'abord que ces deux savants arrivent à s'entendre, ensuite que leurs efforts réunis réussissent à prouver la non-valeur des décalogues M et S, car vraiment quatre décalogues à la fois, sans compter celui que nous connaissons, sont capables de donner une forte indigestion à l'estomac le plus valeureux.
P, 198-200. Ces pages (3) sont consacrées à la conception des devoirs envers le prochain. L'amour de la famille et du peuple, la politesse et l'hospitalité à l'égard de l'étranger, les ménagements à observer même envers l'ennemi, les soins recommandés en faveur des pauvres et des abandonnés sont dûment relevés, bien que les aumônes agraires soient, sans la moindre ombre de raison, attribuées aux Chananéens. Mais si la loi, je me trompe, la coutume est, en somme, sortie indemne de l'enquête, l'Israélite, par contre^ n'a pas échappé à des écorchures saignantes : ce L'Israélite étant, selon la manière bédouine, dur envers soi comme envers les autres et cupide par-dessus le marché, cela (le commandement) était nécessaire » (Da der Israelit nach Beduinenartj wie gegen sich, so gegen andere hart und dazu habgierig ist, so tvar dos nôthig)l C'est, depuis deux mille ans, le fruit ordinaire de la . charité chrétienne, selon laquelle tout Juif est un Judas qui vend son Dieu et maître pour trente deniers. N'insistons pas; mais, au nom de la science, nous demandons si les créateurs de ces lois ou coutumes charitables n'étaient pas des Israélites.
Sont-elles tombées du ciel, par un hasard inexplicable, jusle au milieu d'une horde hébraïque anthropophobe, dans une chute d'aérolithes préhistorique qui n'a pas affecté les campements des autres bédouins?
Le revers de la médaille est naturellement tracé en noir foncé. Partant d'une fausse prémisse qui confond l'acte individuel avec la coutume générale, et considérant la moindre anecdote ou hyperbole poétique comme un dogme aussi immuable qu'une parole d'évangile, les faiblesses et les erreurs de certains personnages bibliques sont enflées sous la plume des critiques et transformées en mœurs israéliies générales, sous prétexte que le narrateur ne les désapprouve pas. On oublie qu'il n'écrit pas une vie de moines, mais un récit épique de grands chefs, rempli d'alternatives tantôt piquantes et anecdotiques, tantôt pieuses et miraculeuses. Jamais un auteur juif n'a considéré les ancêtres d'Israël comme des types de vertu parfaite. Moïse et les prophètes sont eux-mêmes compris dans la catégorie des faillibles. Yahwé, seul^ est infaillible, parce qu'il exerce la justice suprême, souvent incompréhensible pour l'intelligence humaine. La conception de la vertu incarnée livrant un type moral qu'on doit imiter en tout, est purement chrétienne. Jésus constitue ce type ou modèle suprême dont les apôtres et les ermites sont les reproductions plus ou moins ressemblantes; le judaïsme ignore cette anthropolâtrie ; il n'y a qu'à constater le fait. On s'apitoie sur l'humiliation d'Abimelec, on s'indigne de l'ordre reçu de Yahwé d'enlever aux Égyptiens des vêtements et des vases d'or et d'argent, mais on trouve très comme il faut qu'Abimelec (et avant lui Pharaon) ait enlevé la sœur d'un étranger pour en faire sa concubine, ou que les Égyptiens aient réduit à un dur esclavage une nation qui était venue chez eux sur l'invitation d'un de leurs rois. Il me semble que le troubadour qui a tourné les rapts l'oyaux au profit d'Abraham et de sa belle compagne et que l'habile conteur qui, grâce aux effets précieux des Égyptiens, a princièrement habillé les esclaves des deux sexes pour qu'ils puissent se présenter magnifiquement devant leur Dieu à la scène grandiose du Sinaï, il me semble qu'ils ont fait preuve de plus d'équité et de goût que les critiques piétistes,
Je les entends dire : Dans l'Évangile, ces choses-là ne seraient pas possibles. J*y souscris des deux mains, puisque l'idée de la beauté et celle de la mise décente lui font absolument défaut. On y cherchera en vain les mots € beau, belle, » si fréquents dans la Bible, et, d'autre part, les vêtements recommandés aux fidèles parfaits (Matthieu, x, 9-H) restent ^ bien en arrière de l'accoutrement des bédouins. Mais y a-t-îl au moins la pensée de l'humanité (der Gedanke der Humanitàt) qu'on refuse à l'ancien Israël? Ma myopie ne l'y découvre pas : ni Jésus, ni les apôtres n'ont jamais donné une obole aux pauvres, ni exercé une hospitalité désintéressée, et le récit relatif au miracle d'avoir nourri plusieurs milliers d'hommes avec quelques pains et quelques poissons, se borne à ceux qui l'avaient accompagné depuis plusieurs jours sans manger {ibid., xv, 32-38), et le sentiment de l'humanité désintéressée n'y est pour rien. Et tandis qu'Abraham intervient par pure humanité en faveur de Sodome (Genèse, xvni, 23-33), Jésus demande le salut pour ses croyants seulement et en exclut formellement tout le reste du genre, humain (Jean, xvii, 9) : € C'est pour eux (les apôtres et les croyants) que je prie, je ne prie point pour tout le inonde^ mais pour ceux que lu m'as donnés, parce qu'ils sont à toi. Tout ce qui est à moi est à toi, et tout ce qui est à toi est à moi.,. Je ne prie pas pour eux seulement, mais encore pour ceux qui doivent croire en moi par leur parole (Jean, xvii, 9-10, 20). i La prière de Moïse a d'autres vibrations. Yahwé lui ayant offert de remplacer par sa postérité la nation indigne retombée en idolâtrie après l'alliance contractée au Sinal, Moïse sollicite la clémence de Dieu pour tous les pécheurs, en rappelant, d'une part, la satisfaction que leur destruction donnerait à leurs anciens oppresseurs, de l'autre, les promesses faites jadis à leurs ancêtres Abraham, Isaac et Jacob (Exode, xxxii, 9-14). Le lecteur trouvera sans peine de quel côté on sent les battements d'un cœur compatissant et humanitaire. Quand on a de tels égards pour les criminels mêmes, la compassion pour les bêtes*
1 . Un reflet puissant de cette compassion s'étend môme aux arbres fruitiers dans les environs d'une ville assiégée. Quelle que soit la durée ^ du siège, Tarmée peut se nourrir de leurs fruits, mais ne peut pas leg
vient de soi et ne forme pas une singularité qui étonne l'École (Doch ist der alte Israelit tierfreundlich ; Exode, xx, 1 0 ; xxiii, 5, 11 et suivants; Deutéronome, xrv, 21 ; xxii, 4 et suivants; XXV, 4). C'est déjà heureux qu'on n'attribue pas ce bon naturel à l'influence chananéenne, corarae on le fait d'ordinaire; mais, par cette concession, l'École fait inconsciemment un tort immense au vrai fondateur du christianisme. En effet, saint Paul, pensant que le bien-être des animaux est audessous de la dignité de Dieu, découvre, dans Deutéronome, XXV, 4, le privilège octroyé aux apôtres de vivre aux dépensde leurs affiliés : « Car il est écrit dans la loi de Moïse : Vous ne tiendrez pas la bouche liée au bœuf qui foule les grains. Dieu se met-il en peine de ce qui regarde les bœufs? Et n'est-ce pas plutôt pour nous-mêmes qu'il a fait cette ordonnance?... Celui qui laboure doit labourer avec espérance (de participer aux fruits de la terre) ; et aussi celui qui bat le grain doit le faire avec espérance d'y avoir part. Si donc nous avons semé parmi vous des (biens) spirituels, est-ce une grande chose que nous recueillions (un peu) de vos (biens) temporels?... Ainsi le Seigneur a aussi ordonné à ceux qui annoncent l'évangile de vivre de l'évangile » (l Corinthiens, ix, 9-11, 14). C'est la justification de ce privilège accordé par Jésus aux prédicateurs de la Bonne-Nouvelle (Matthieu, x, 10-15). L'idéal des pharisiens se conforme au contraire au logion d'Hillel : a Ne faites pas de (l'enseignement de) la loi un moyen de gagner votre
vie > (na -jnnb nnp nic^irn xbi)*-
Enfin, avec une parfaite méconnaissance des coutumes martiales universelles à l'ancienne époque, on caractérise l'Israélite comme vindicatif, brutal, cruel et sans pitié {rachgierigy roh, grausamy erbannungslos). Les flots de sang innocent versé par
couper, sous prétexte de nuire à Tennemi ; « L*arbre des champs, ajoute le législateur, est-il (dans l'état d') un homme qui peut se réfugier devant toi dans la ville assiégée? » (iljfoa "paSD Vch HTOH yv OWn ^3» Deutéronome, xx, 19). Aucun peuple moderne n'a encore earegislré celte loi dans son code martial.
i. Mot à mot : « N'en faites pas une hache à couper; » la figure est empruntée au métier du bûcheron. Sur le désintéressement absolu des rabbins, voyez plus haut.
le christianisme persécuteur depuis qu'il a cessé d'être persécuté, ces exterminations religieuses commises contre les juifs encore de nos jours, avec une sauvagerie de cannibales qui trouvent un plaisir extrême à prolonger l'agonie de leurs victimes, viennent, selon les pieux critiques, dû fond tolérant^ doux^ charitable et miséricordieux de ses dispositions. L'arbre se reconnaît par ses fruits (Matthieu, vn, 15-20; Luc, vi, 44) et l'histoire jugera.
Mais voilà une énumération incisive concernant les relations sexuelles et les jouissances de la vie. J'en ai relevé plus haut les nombreuses inexactitudes; il sera cependant utile d'y attacher quelques remarques, en séparant les détails de la philippique :
1} « Un mot pour pudicité ou chasteté (Keuschheit) manque, donc aussi la conception. »
Remarque. En prenant à la lettre cette identification arbitraire, on arriverait à la conclusion absurde que les Allemands et les Français ignorent la chasteté, puisque les mots Keusch^ chaste, et même le latin castus, signifient au propre € pur > *.
2) « La relation des sexes est appréciée selon qu'elle est permise par le droit privé ou est sans suites fâcheuses au point de vue du culte. »
Remarque : Le droit privé n'a pas empêché, chez plusieurs peuples, l'institution de la polyandrie, et les unions incestueuses n'ont jamais eu de suites fâcheuses au point de vue cultuel, non seulement chez les Égyptiens, les Perses et les Grecs, naais aussi chez les Hébreux de l'époque patriarcale.
3) a Adultère et prostitution contaminent la terre, parce qulls se produisent dans les cultes chananéens comme actes cultuels. j>
Remarquée. En bonne logique, il faudrait conclure qu'avant la conquête de la Palestine sur les Chananéens, l'adultère et la prostitution étaient choses permises en Israël. Est-ce sérieux? Sur l'expression méconnue € contaminer la terre, » voyez plus haut.
1. Dans le Talmud, « chasteté » se dit TW^Xf'f le mot peut ôtre très ancien.
4) <r Le commerce extra-nuptial dé l'homme avec des femmes non mariées et non fiancées n'est pas choquant (ist unanstôssig). »
Remarque. Généralisation peu justifiée de deux anecdotes uniques dans la Bible, et toutes deux se sont produites en rupture de ban dans des milieux non israélites. Samson entrant à Gaza pour taquiner les Philistins, ennemis de son peuple, se loge dans une auberge tenue par une femme de mœurs légères (par suite d'ordres policiers, les hôtels étaient confiés à des demimondaines. Code d'Hammurabi ; Juges, xvi, 1 ; cf. Josué, n, 1). Dans Genèse, xxxviii, c'est la bru chananéenne, admise dans la famille contre la défense expresse d'Abraham (xxiy, 3) qui joue ce tour à son beau-père Juda, pour se venger de ce qu'il avait tardé à la marier avec son troisième fils, après la mort des deux aînés qui l'avaient successivement épousée. Cette anecdote a naturellement pour but de justifier la défense d'Abraham, décelant une modique estime pour la vertu des femmes chananéennes. Le plus joli, c'est que les Chananéens de l'endroit ne la connaissaient pas et se défendaient même d'avoir parmi eux une femme vivant de la prostitution (^^ T]\ihp nT3 nn^n)- N'^t-î' P^ permis de s'étonner que des savants éminents aient pu s'égarer au point de dogmatiser ces anecdotes humoristiques pour en tirer une théorie sur les mœurs nationales d'Israël avant la prédication des prophètes canoniques?
5) <r La séduction d'une fille de maison (einer Haustochter) non mariée est un délit contre la propriété (ein Eigentumsvergehen). »
Remarque. Étrangement inexact : la loi oblige le séducteur à réhabiliter sa dupe par un mariage indissoluble ; ce n'est qu'au cas où le père de la jeune fille ne voudrait pas consentir à ce mariage que la réhabilitation se fait au moyen d'une indemnité payée au père parle séducteur*. Le cas d'un enlèvement n'est pas prévu; aujourd'hui même il arrive rarement.
6) c( Le sentiment moral de la femme reste peu développé par suite de la polygamie. »