Exode, XXII, 15-16; Deutéronome, xxill
Remarque. C'est exact, mais la défense de la polygamie dans le christianisme est d'un ordre purement religieux et nullement moral (Matthieu, v, 31 -32 ; xix, 1-12). Cela est si vrai, que le mariage en soi est représenté comme une concession forcée : l'idéal est le célibat, car alors l'homme et la femme peuvent se consacrer entièrement au Seigneur (Jésus-Christ. I Corinthiens, vii, 2540)*.
7) oc L'ébriété n'est pas honteuse {Die Trunkenheit iat nicht schimplich. Genèse, ix, 21 et suivants; xliii, 3i; 1 Samuel, 1, 13; II Samuel, xi, 13.) »
Remarque. Retirons d'abord II Samuel, xi, 13, où David enivre de propos délibéré le fidèle Urias, dans le but de l'empêcher d'aller voir sa femme, et Genèse, xliii, 34, où Joseph, travesti en Égyptien, boit jusqu'à l'ébriété avec ses frères qui ne le reconnaissent point. Que Joseph, enchanté de revoir son frère cadet Benjamin et de recevoir de bonnes nouvelles de son vieux père, ait absorbé plus que la mesure ordinaire de la boisson chère à Bacchus et en ait fait absorber à ses frères dans la même quantité, qui peut lui en faire un sujet de blâme sérieux? Un pareil cas est si rare, que personne, sauf les blftmeurs de bonne volonté, n'y fera attention ; on ne conclura même pas que les Égyptiens fêtaient trop souvent la dive bouteille. Les deux autres exemples prouvent le contraire de ce qu'on veut en tirer. Noé, ivre, se découvre d'une façon indé* cenle (Genèse, ix, 21 et suivants) et l'on sait combien la nudité est outrageuse en Orient, et tout particulièrement chez les Hébreux. Quant à Anne (I Samuel, i, 13), qui a été seulement soupçonnée d'avoir trop bu, sa réponse au grand prêtre Héli : « Ne considère pas ta servante comme une fille de Belia^'al (mauvaise et débauchée), i montre clairement que l'ivresse était mal vue et qu'elle mettait son auteur au rang de la lie du peuple.
8) « Par contre, le fait que le suicide d'un héros qui succombe est tenu pour louable, s'explique selon § 91 , A. 2. »
Remarque. J'y trouve trois citations à l'appui de la pensée
i . La polygamie est extrêmement rare chez les Juifs d*Orient et se borne au cas de stérilité du mariage ; les Falachas d'Abyssinie sont strictement monogames, tandis que les chrétiens ne le sont pas.
que le motif de Taction réside dans la croyance selon laquelle rhomnie descend au èeol dans l'état du corps et dans le vêtement où il se trouvait au moraent.de la mort. Par malheur, ce motif mystique est subrepticement introduit à la place du motif fourni par les narrateurs eux-mêmes et qui est d'un caractère purement humain. Juges, ix, 54, peut servir de type adéquat. Le guerrier Abimelec, ayant eu la tête écrasée par une meule jetée par une femme, dit à son porte-arme : « Dégaine ton épée et achève-moi, afin qu'on ne dise pas de moi : Une femme l'a tué ; i et cette sentence fut littéralement exécutée par le garçon. Nettement, le mobile de la mort est ici la fierté du guerrier et aucunement le désir de rentrer intact au èeol, puisqu'il est déjà irrémédiablement mutilé. I Samuel, XXXI, de même, Saûl, défaillant sous les traits des archers, dit à son porte-arme : « Dégaine ton épée et transperce-moi, afin que ces incirconcis ne me tuent pas après s^être moqués de moi ; lo et voyant que le serviteur refusait de mettre la main sur lui, il se jeta sur son épée et mourut. Enfin, II Samuel, XVII, 23, Achitophel se suicide de dépit, parce qu'on n'a pas suivi son conseil. Qu'est-ce que tout cela a à voir avec la croyance relative au èeol? Cette explication a évidemment pour but de refuser au guerrier Israélite le sentiment de fierté et de stoïcisme devant la mort qu'on accorde aux guerriers des autres peuples. Avilir l'Israélite dans toutes ses manifestations semble être le mot d'ordre de l'École.
P. 200-204. Ces pages se composent de quatre paragraphes : 101-104 ayant pour titres respectifs : 1^ Le péché ; 2** La faute (die Schuld); 3" Les peines des péchés {die Sundenstrafen); i^ La rémission de la faute. Le pardon. L'expiation. L'ensemble constitue l'amplification des hypothèses soutenues dans les parties antérieures de l'ouvrage et contestées, avec preuves à l'appui, au courant de ces antinomies. II serait oiseux de prolonger le débat par des redites point par point. Je crois plus utile de terminer cette partie en résumant les principaux défauts de méthode qui entraînent, selon moi, la caducité de la plupart des résultats proclamés.
1 ) La prétention d'édifier un système d'histoire relîgie jse sur des conjectures exégétiques impliquant des Iransfornia-
lions et des mutilations de texte, dont les unes sont certainement fausses, les autres trop contestables pour qu'on puisse y insister.
2) La prétention, non moins exorbitante, de se fier au sentiment personnel au point de se croire en état de deviner ce que l'ancien Israélite possédait en fait de culte et de croyance, et surtout ce qu'il ne pouvait pas posséder en ces matières, tout en admettant qu'il ne subsiste pas de document religieux de cette époque dans les écrits bibliques dont nous disposons.
3) L'affirmation, purement arbitraire, que le récit de la Genèse, ii-iii, relatif à l'origine de l'homme et du péché, tout aussi bien que la prière d'Abraham pour les Sodomites, sont d'une provenance étrangère qu'on ne se donne même pas la peine de déterminer et de constater ailleurs par un commencement de preuve.
4) La généralisation effrénée qui pétrifie l'action ou la parole la plus insignifiante de n'importe quel particulier mentionné dans la Bible, en dogme cultuel ou théologique courant d'Israël tout entier.
5) La hantise d'une démonomanie maladive qui flaire dans les constitutions nationales d'Israël, dont le caractère rationaliste frappe les yeux les plus myopes, des arrière-pensées mystiques des plus vieilles époques de Tanimisme.
6) Le contre-sens de comparer directement l'israélilisme anté-prophélîque, créé d'instincts et de besoins nationaux qui nous resteront cachés à tout jamais, avec le christianisme, produit de l'anthropolâtrie gréco-romaine, introduite par une exégèse mystique et pseudo-épigraphique dans le judaïsme de cette époque tardive. Le yahwéisme des prophètes et encore moins le yahwéisme anté-prophétique n'y ont rien à voir. Entre un végétal naturel, poussé et épanoui par la sève du sol natal, et un végétal fabriqué en faïence ou en une autre matière inorganique, quelque minutieux que soient l'imitation et l'éclat du coloris qui surpasse parfois celui de la plante modèle, aucune comparaison scientifique ne saurait être établie. Il faut en laisser le choix au goût des preneurs. Pour le fond, et même pour certains détails cultuels qui lui sont propres, le christianisme ne peut, à ce que je pense, être raisonnablement mis en
parallélisme qu'avec le système bouddhiste, dans lequel les conceptions de THomme-Dieu, et celle de la négation du monde réel, la renonciation à tout droit individuel, l'attente d'une transfiguration mystique proportionnée au degré de la foi dans le fondateur de la religion, sont les seules conditions du salut. Ces deux systèmes ont pour suprême idéal commun la vie isolée des anachorètes dirigée vers la contemplation mystique ; leur comparaison est très légitime, et les nuances qui les différencient sont d'un haut intérêt pour l'histoire des religions.
Le Livre de Jonas.
Ce petit livre n'a pas la physionomie des autres écrits prophétiques au milieu desquels il a. été encadré. Il ne contient aucune prédication, ni discours à l'adresse des contemporains; il consiste en un récit concernant un épisode de la vie d'un prophète du nom de Jonas, fils d'Amittaï (^riDK p ruv)» ^^ Q"* n'a ostensiblement rien de commun avec le prophète de môme nom et de même filiation qui a vécu et prêché dans le royaume d'Israël au temps de Jéroboam II (II Rois, xiv, 25). Cependant, outre cette homonymie si parfaite et, à ce que je vois, unique dans l'onomastique des anciens Hébreux, il y a, entre ces deux personnages, un trait commun dans l'antithèse même. Jonas P' prêche,' de bonne volonté, en Ëphraïm, et échoue dans sa mission parce que le peuple refuse de l'écouter, résultat négatif qui devait lui causer un grand chagrin. Jonas II prêche, dans un pays étranger, à Ninive, la capitale de l'Assyrie, absolument malgré lui, et réussit parfaitement dans sa mission; les Ninivites, depuis le roi jusqu'au dernier des citoyens, l'écoutent avec le plus religieux recueillement, montrant le plus grand empressement à s'amender et à s'humilier devant Dieu, et pourtant c'est lui qui se consume d'un dépit profond qui lui attire la réprobation de la divinité. A bien peser les circonstances, une parenté de conception ne peut être méconnue entre les deux phénomènes littéraires. Il semble
permis d'en conclure que l'auteur de notre livre a Iransfornaé Tancien type dans un sens partiellement opposé, mais concordant au fond, afin de créer un personnage incorporant les défauts les plus nuisibles du caractère prophétique, le fanatisme et Tamour-propre. Le chambardement radical du monde, tel que le prophète Sophonie l'avait annoncé, n'était certainement pas du goût de toute la corporation. Plusieurs étaient probablement d'avis qu'il n'est pas juste de traiter si rigoureusement les nations étrangères sans exhortation préalable, et, de plus, que le prophète n'a pas le droit de dépasser son rôle de moniteur pour désirer l'accomplissement littéral de ses menaces, de cramte qu'on ne le tienne pour un faux prophète* L'auteur de notre récit a donné un corps à ces sentiments. Son héros porte le nom de son modèle et agit de façon que les vices susindiqués éclatent d'eux-mêmes, aussi bien par des actions insensées que par la répression divine qui suit immédiatement. L'histoire est magistralement racontée. Quoi que disent les démolisseurs spécialistes^ tout le récit forme une unité de pensée et de langage ; il ne donne môme pas lieu à la plus légère transposition, et le texte ne laisse presque rien à désirer. Voici les divisions de ce drame humoristique :
Premier tableau. Le prophète Jona ben Amittaï, mécontent de voir que ses menaces ne reçoivent jamais Taccomplissement annoncé, projette d'abandonner son métier qu'il a pris en dégoût. Mais, juste au moment décisif, il reçoit de Yahwé la mission d'aller annoncer à Ninive que Dieu s'occupe de ses péchés, dans le but de lui infliger bientôt le châtiment qu'elle mérite. Extrêmement contrarié, il conçoit l'idée folle de se sauver à l'autre bout du monde, descend à Jaffa et s'embarque dans un navire en partance pour Tarsis, pays situé à Textréme ouest de la Méditerranée. Sur mer, Yahwé lui prépare des calamités bien autrement graves. Par son ordre^ un ouragan agite furieusement la mer, au point de mettre en morceaux le navire. Les marins tremblants invoquent leurs dieux particuliers, tandis que Jonas descend au fond de la cale, s'y blottit et finit par s'endormir. Cet acte, dicté par le dépit, était aussi déraisonnable que le premier, car, ce qu'il avait de mieux à (iaire, c'était d'imiter les autres en adressant des prières à
Yahwé qui, seul, pouvait les sauver de la situation dangereuse où ils se trouvaient. Son assoupissement ne dura pas longtemps. Il fut rudement réveillé par le capitaine du navire qui rinvila à prier, lui aussi, son dieu pour le salut de tous. Confus, mais encore dépité, le prophète, aussitôt le capitaine parti, n'a garde de s*humilier par une prière imposée par un étranger ; le silence que le narrateur observe là-dessus atteste que c'était bien son idée. L'apostrophe du capitaine à l'adresse de Jonas fut une première alerte, mais peu après ce dernier est obligé de reparaître malgré lui sur la scène par suite d'un fait nouveau. Les marins, ayant jeté le sort pour savoir lequel, parmi les embarqués, était la cause de la icmpêle, le sort indiqua Jonas. Le voilà entouré de l'équipage qui lui demande rudement quel métier il faisait, — sousentendu s'il n'est pas un criminel de droit commun, un voleur, un assassin ou un traître transfuge, — d'où il venait et quel était son pays natal. Alors Jonas fut bien obligé d'avouer sa nationalité, sa religion et sa fuite, d'autant plus insensée que Yahwé, son dieu, est l'auteur de la mer comme du continent, de manière qu'il ne pouvait lui échapper nulle part. Cet aveu fit une grande impression sur les marins qui étaient désormais sûrs de périr si le rebelle restait dans le navire. Foncièrement religieux et humanitaires à la fois, les marins, loin de le lapider comme un sinistre impie, — aujourd'hui même la populace l'aurait lynché sans hésitation aucune, — lui demandent conseil pour savoir comment il faut agir avec lui pour faire cesser la tempête qui continuait à faire rage. Jonas répond encore malgré lui : oc Eh bien, jetez-moi à la mer et le calme reviendra, car je reconnais que je suis seul la cause du péril »; le malheureux égaré espérait trouver le repos dans une mort instantanée et presque sans souffrances. De leur côté, les marins hésitent à accomplir immédiatement la triste sentence, et ce n'est qu'après avoir fait leur possible pour aborder la terre sans réussir et après avoir demandé pardon à Yahwé du meurtre auquel il les amène par sa volonté souveraine, qu'ils jel( rcnt Jonas à la mer qui se calma aussitôt. Ils sont maintenant si convaincus de la toute-puissance de Yahwé qu'ils lui offrent des sacrifices et lui font des vœux pour l'avenir.
Cette scène ne dure que quelques heures tout au plus, le navire est encore près de Jaffa.
Deuxième tableau. Jonas^ tombé au fond de la mer, est happé par un gros poisson, si gros, qu'au lieu d'étouffer, il trouve dans les entrailles de la bête de l'espace suffisant pour se mouvoir et respirer avec toute l'aisance imaginable. Jonas sait maintenant qu'une mort lente et terrible commencerait pour lui avec la première action de la puissance digestive de l'estomac bestial, que son corps se fondrait graduellement en une matière gélatineuse et sordide qui serait repoussée sous forme d'immondice. A un tel moment de détressse suprême, Torgueil humain est anéanti, et il s'accroche à la seule planche de salut qui lui reste, fin vocation du Dieu national qu'il avait tant irrité par sa conduite insensée et boudeuse. Mais, d'autre part, une réflexion lui dit que Yahwé agit envers lui avec la même bonté et la même magnanimité qu'envers les autres coupables, puisque, loin de le faire périr comme il le méritait, il lui a encore conservé la vie d'une façon miraculeuse. Alors les écailles lui tombèrent des yeux. H comprit que Yahwé avait amené le gros poisson dans lequel il était si commodément logé, dans l'intention expresse de lui ouvrir la porte de salut qu'il préparait pour lui. Aussitôt il fut si convaincu de la proximité de sa délivrance que la substance de sa prière porte tout le caractère d'un hymne d'action de grâces pour le secours obtenu et le salut déjà accompli. Il y a même la promesse , d'apporter diverses offrandes au temple (de Jérusalem). Yahwé accueillit avec plaisir cette action de grâces du prophète repenti et confiant, mais, pour faire UD exemple, il ne le délivra qu'après trois jours et trois nuits d'emprisonnement. Ce délai écoulé, il ordonna au poisson de le rejeter sur le littoral de Jaffa, près duquel il se trouvait. Revenu sain et sauf sur la terre ferme, Jonas n'a certainement pas manqué de faire des dévotions au temple de Jérusalem et d'y apporter les offrandes promises. Une mention spéciale de cet acte n'était pas nécessaire.
Troisième tableau. Yahwé tient toutefois à être obéi; il redonne, par conséquent, à Jonas l'ordre d'aller prêcher à Ninive les mêmes paroles qu'il venait de lui communiquer il y a quelques jours. Le prophète obéit cette fois, se rend à Ninive, ville
si énorme qu'on mettait trois jours pour la parcourir d'un bout à l'autre. Jonas en parcourut un tiers en proclamant partout que Ninive n 'avait qu'un délai de quarante jours pour faire pénitence ; ce délai passé, la ville serait détruite de fond en comble ; cela leur fut annoncé au nom d'Élohîm. Contrairement à ce que Jonas s'imaginait, les Ninivites du quartier parcouru ajoutèrent foi à rÉIohîm du prophète étranger, sans même s'informer d'abord de quel pays ils étaient et comment ils se nommaient. Conscients de leur culpabilité, ils proclamèrent un jeûne public et se vêtirent de sacs qui sont les vêtements de deuil. Le roi de Ninive, ayant eu connaissance de l'événement, descendit de son trône, se couvrit d'un sac et s'assît par terre sur la cendre. Puis, il publia un ordre officiel qui enjoignit à tous les habitants de Ninive de jeûner rigoureusement, hommes et bêtes domestiques couverts de sacs, de faire des prières ferventes et de changer leur mauvaise conduite, afin qu'Élohîm, en raison de leur repentir sincère, ait pitié d'eux et ne les détruise pas. Voyant cela, Élohîm eut en effet pitié d'eux et ne les détruisit point après que les quarante jours se furent écoulés, mais il n'en dit rien au prophète.
Quatrième tableau. Jonas, mal guéri de ses défauts, est de nouveau très mécontent. Les quarante jours passèrent et Ninive resta debout. Son égoïsme en reçut une blessure cuisante. Que dira le monde, que diront les Ninivites quelques années plus tard, lorsque leur repentir momentané sera oublié? On dira que le célèbre prophète, Jona ben Amittaï, venu exprès de Judée pour annoncer la destruction imminente de la capitale assyrienne, s'est couvert de ridicule, puisque sa prédiction ne s'est pas réalisée. Furieux de se voir traité en faux prophète, il adresse une prière à Yahwé dans laquelle, après avoir motivé sa fuite de tantôt par la présomption que Dieu est trop bon pour accomplir ses menaces à la lettre et que son dérangement était, par conséquent, inutile, il demande la grâce de pouvoir mourir, sans ajouter formellement que c'est afin d'échapper à la honte. Yahwé lui laissa impassiblement exhaler sa rage égoïste et ne fit pas de réponse. Jonas, pensant que Yahwé, pour préserver son prophète, se déciderait finalement à faire périr les anciens coupables dont le repentir momen-
tané De saurait entrer en ligne de compte, quitta la ville ei se construisit une hutte à quelque distance de là pour attendre l'arrivée de la catastrophe. La hutte (n3D) ^^ compose de
quatre perches enfoncées dans le sol, reliées par des cordes Tune à Tautre et couvertes de branchages sous lesquels on trouve un peu d*ombre. Ce n^était pas une demeure, mais un léger abri qui n'empêchait pas entièrement les rayons du soleil d'entrer par les interstices des branches. L'égoîsme dominait tellement le prophète^ qu'il se lança dans celle vie misérable dans Tespoir de voir s*accomplir ses vœux inhumains. Jonas méritait une leçon et Yahwé la lui a donnée. Il fit pousser, près de la cabane, une plante grimpante, feuillue (ricin, qiqayon), qui monta au-dessus de la tête de Jonas, lui fournissant une vue agréable et une ombre fraîche, ce dont Jonas fut extrêmement content. Hélas ! le lendemain matin, Yahwé fit piquer le qiqayon par un ver et la plante se sécha. Pour comble de malheur, Dieu fit souffler un vent très chaud qui disloqua le branchage de la cabane, de sorte que Jonas, frappé directement par les rayons du soleil, se trouva si mal qu'il souhaitait être mort. Yahwé lui dit : Tu regrettes donc bien la disparition du qiqayon? Jonas répondit : Oui, je le regrette jusqu'à désirer la mort. Alors Yahwé répliqua : Tu as pitié du qiqayon éphémère que tu n'as même pas planté et tu trouves juste que je sois sans pitié envers la grande ville de Ninive, qui contient plus de douze myriades de petits êtres humains qui ne savent pas encore distinguer entre la main droite et la main gauche, et, par surcroît, un nombre incalculable d'animaux domestiques qui ne sont pas responsables des péchés des hommes? Ici finit le petit drame. 11 faut présumer que Jonas s'est assagi après cette leçon magistrale.