TENTATIVES ANTÉRIEURES
Nachtîgall est le premier qui ait entrepris de démontrer l'incohérence de certaines parties du livre de Jonas. 11 distingue comme sources très anciennes :
1 . La prière que le prophète composa lui-même après avoir passé le péril.
2. L'apologue poétique d'un sage judéen vivant dans l'exil, qui se dirige contre les zélateurs particularistes de son peuple.
3. L'introduction prosaïque (i et ii, 1-2, 11) qu'un rédacteur, afin de relier les deux pièces précédentes, absolument indépendantes l'une de l'autre, a inventée, en tramant de la mention de Tarsis dans iv, 2, le voyage à Tarsis, et de riû3D
^)HSf (^'9 ^)' l'épisode avec le poisson.
M. Schmidt fait la remarque suivante :
€ Cette séparation procède d'une fausse appréciation de la coupure entre la première mission et la deuxième, et a pour but principal d'écarter c les difficultés qui mettent au désespoir l'exégète qui s'efforce de défendre la vérité historique de chaque point » . De là, la défaveur de l'auteur contre le chapitre 1 . Les difficultés qu'il éprouve, savoir que les marins font une prière à Yahwé avant la cessation de la tempête, que ces étrangers savent que Jonas fuit devant Yahwé et lui demandent tout de même qui il est et d'où il est venu, ces difficultés, sa séparation des sources ne peut les écarter. »
Sur ce point, je suis complètement d'accord avec M. Schmidt. Notons seulement que le dépècement du livre de Jonas remonte presque à la naissance de la critique biblique.
Dans une brève remarque, un peu plus tard, Kleincîrt émit sans démonstration, pour la première fois, l'hypothèse (|ue, dans les chapitres m et iv, nous avons manifestement devant nous deux récits qui, Tun en traits courts, l'autre avec des
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détails plus précis, racontent essentiellement la même chose, voire partiellement concordants par des paroles et fondus intimement ensemble (premier récit : chapitre m, 1-5, 10; iy, 1- 5; deuxième récit : m, 1-4, 6-10; iv, 1-3, 6-11).
Le même avis (que, dans le livre de Jonas, des narrations parallèles ont été fondues ensemble), nous le trouvons aussi chez W. Bôhme. Cet auteur distingue « le narrateur principal A, rélaborateur d'une partie de la môme matière B, le compléteur C et le rédacteur R. Je passe la distribution détaillée.
M. Schmidt fait justice de cette hypothèse compliquée, mais admet avec elle le caractère interpolé de m, 6-9, et de i, 5 J et suivants, et arrive à la conclusion que Bôhme a, en partie, exactement désigné les passages que la critique littéraire doit méditer, mais qu'il s'est barré la voie qui mène à la solution du problème littéraire par l'admission de récits parallèles enchevêtrés ensemble.
Kohler a suivi une piste différente dans son travail : <t The original form of theBook of Jonah >. Il admet de nombreuses excisions et d'autres remaniements. Outre le psaume ii, 2- 1 0, il condamne comme interpolations : m, 6-8 a; i, 5 ft et 6 ; I, 13-14, et dans iv, 5, la préparation de la hutte. Schmidt souscrit à ces mutilations; il soutient seulement que ces additions n'ont pas remplacé des passages originaux; ainsi, au passage de l'enclave du chapitre m, il aurait été dit que Jonas a aussi prêché à Ninive le deuxième et le troisième jour de son entrée, bien que cela aille sans dire et que la présence du prophète à l'est de la ville l'implique déjà.
D'autres gloses sont, selon Kohler : i, 5 ft et 6, placé parle rédacteur au lieu du verset 13; i, 10, a de même remplacé verset 16. Déplus, m, 9 et 10 a, et, d'accord avec Bôhme, IV, I -4. Au chapitre ii, il ne laisse (à cause de j^jj^j ii, 2) que les versets 1 et 1 1 , et complète après i, 2, la teneur de la prédication de Jonas : a Encore trois (d'après les Septante) jours et Ninive sera détruite, )> et, de même, après m, 2. Enfin, Kohler attribue le mot nj^blH (ï^'' ') ^ ^" scribe qui a changé le mot suivant n'ib^S ^" nvVin ^^^^^ • 6. c And Jonah greatly rejoiced because of the plant. 8. But at Ihe dawn
of the morning Jahveh ordered a hot wind and it smote the castoral-plant and it withered. >
Le nouvel essai de critique littéraire de Hugo Winckler ressemble, sous plusieurs points de vues, à celle de Kohler :
« Le verset 13 du chapitre i se trouvait primitivement derrière verset 4.
€ Encore plus insensé est verset 10 derrière 9. On a trouvé {ermittelt) Jonas au moyen du sort, et sur la question qui il était, il déclare : Je suis un Hébreu et un adorateur de Yahwé, etc.; alors ils furent saisis de crainte et dirent ; Qu'astu fait, etc. Pourquoi maintenant seulement la crainte? Ici également il y a un déplacement, qui a eu pour conséquence toutes sortes de lacunes qui ont été comblées par des ce ils disent » . Verset 1 0 se trouvait originalement derrière 7.
€ Il est clair qu'un « puis il sortit devant la ville pour attendre » (iv, 5) n'a pu se trouver que là où il pouvait encore attendre quelque chose, et c'est après qu'il eut prononcé sa prophétie; donc, après m, 4. Ces déplacements affectent les versets sautés d'abord par les scribes, puis ajoutés sur la marge.
a Un pareil oubli sans complément se constate dans IV, 8, qui portait primitivement : Alors Yahwé ordonna à un vent de l'est (et il démolit la hutte), de sorte que le soleil donna fortement sur la tête de Jonas > (Da beordnete Jahve einen Ostwind {und der Riss die Hutte wm), so dass die Sonne Jona aufs haupt stach). y>
Les objections de M. Schmidt sont très incisives ;
a D'après cette vue, le scribe aurait sauté quatre fois un verset au chapitre iv et trois fois le vers aurait été inséré dans une fausse place. Winckler a donc besoin de sept fautes pour motiver son opinion. Une telle supposition n'est certainement pas facile à admettre. Quant à la démolition de la hutte, Jonas* s'en serait plaint, si elle avait eut lieu, et Dieu n'aurait pu dire, comme au sujet du qiqayon, que c'était un objet acquis sans travail. >
Je pense cependant avec Winckler que la grande joie de Jonas, au sujet du qiqayon, a été causée aussi bien par l'augmentation de l'ombre que par l'agréable apparence de sa ver-
deur; un sentiment pour la beauté des plantes n'a jamais manqué à l'homme (Genèse, n, 6; m, 6)