‹ Recherches bibliquesChapitre 44 sur 84 · La façon d'implorer la pitié est identique dans les deux · texte numérisé non relu

La façon d'implorer la pitié est identique dans les deux

récits : Le roi de Ninive, observant un jeûne rîgourei cend de son tr6iie et s'assied sur la cendre pour im| miséricorde divine ; Ulysse, dans le foyer près du feu, de prendre toute nourriture, s'assied sur la cendre ( plorer la pitié de la reine des Phéaciens afin qu'elle retourner dans son pays natal.

7. L'accord est également complet au sujet du c foncièrement bon et honnête des marins phéniciens, l qu'ils ont reçu le prix du passage, ils entourent Jonas les soins possibles. A part la brusque parole du c rinvitant à invoquer son dieu au lieu de dormir, et Tapi des marins lorsque le sort le déclare coupable, ils le avec un respect et une humanité des plus rares, et efforts extraordinaires pour le ramener sain et sai rivage. Les marins du même peuple n'agissent pas m blement à l'égard du héros grec. Laissons Ulysse race même ses souvenirs en débarquant dans son île :

<K Des Phéniciens étaient dans^le port (de Crète), mettre à la voile; je les conjurai de me recevoir, e donnai une partie de ma fortune. Je leur demandai de duire à Pylos ou en Élide, où commandent les Ëpéei des vents impétueux les ont, malgré eux, écartés de rages. Ils n'ont point voulu me tromper. Après av( longtemps, ils ont abordé en ces lieux ; nous avons, a\ de la peine, pénétré dans ce port; épuisés de fatigue rant de faim, nous nous sommes jetés au hasard sur ce J'étais accablé de lassitude, le sommeil me prit. Les Ph ont débarqué ce qui m'appartenait, et l'ont déposé sur l où j'étais couché; sans doute ils sont repartis pour nicie. >

La similitude des détails va à peu près jusqu'à l'idei événements, si l'on fait abstraction de l'ordre qu'ils s

a) Ulysse, d'après son dire, fuit la Crète après avo les dieux (par un assassinat) ; Jonas s'enfuit de Pale irritant Yahwé par un acte de désobéissance.

b) Les deux héros trouvent par hasard dans le port ( niciens prêts à mettre à la voile, dans la direction de nicie dans un cas, de Tarsis dans l'autre.

— isse —

i) Tous deux paient d'avance le prix du voyage; Ulysse est igé de prier les nïarins pour être reçu et paie un prix consiable pour qu'ils le conduisent dans un pays hors de leur te; Jonas paie le prix ordinaire (ttO^) parce qu'il va is leur direction (nnoy)-

l) Battu par la tenïpête, le navire qui porte Ulysse a bien la peine pour pénétrer dans le port; celui qui porte ^onas peut aborder le rivage par suite de la tennpête. ?) Ulysse et Joi^as, accablés de lassitude, sont surpris par ommeil, et à leur réveil, naturel chez Tun et brusque chez itre, ils sont en proie à la douleur.

}ue conclure de tant de similitudes indéniables? D*abord ^, au point de vue technique, le récit du livre de Jonas, tout f)nie le récit précité de l'Odyssée, forme une pièce entière et insoluble, ce qui constitue l'écroulement complet des spéculais hypercritiques dont nous avons démontré le mal fondé plus jt, par des arguments d'un ordre tout différent. C'est surtout )ièce B, avec ses sornettes de marins phéniciens maltraitant r hôte Jonas et le dépouillant de ce qu'il possédait, qui \he platement en poussière devant le témoignage du héros c, qui s'épuise en éloges au sujet de leur urbanité et de r noble désintéressement à débarquer intégralement les lesses d'Ulysse pendant qu'il dormait, au lieu de partir avec is conime ils pouvaient le faire en toute sécurité, ^uis, au point de vue du fond, si la priorité de l'épopée icque est indubitable, il est tout aussi certain que le récit de as ne peut en dériver directement. Même en fixant la comition de l'Ecclésiastique à 180 avant Jésus-Christ, au lieu 280 comme je le pense, l'incorporation officielle du livre Jonas dans le recueil prophétique et la rédaction de l'opuse même doivent remonter, au minimum, au commencement m* siècle avant l'ère vulgaire; or, à cette date, une connaisice littéraire ou seulement orale de l'Odyssée à Jérusalem totalement inimaginable; littéraire, cela va sans dire; le, la forme grecque n'a pu présenter le moindre intérêt ir un écrivain hébreu; par l'intermédiaire des Phéniciens, 3st tout aussi difficile à croire que ce peuple, qui venait tre écrasé et privé de son indépendance par Alexandre, ait

importé un récit épique grec chez les nations voisines et jusque dans la ville sainte de la Judée, pour pénétrer dans le cercle si religieux des prophètes. Il n*y a que deux moyens d'aplanir cette difficulté énorme : admettre l'existence d*un archétype phénicien antique, qui serait la source commune du récit grec et du récit hébreu, ou bien reconnaître que, sous certaines circonstances et en raison de Tétat similaire de la civilisation générale, des peuples de races différentes peuvent produire, de leur propre fonds, des contes qui coïncident dans un grand nombre de détails. Pour l'instant, cette dernière hypothèse fournit la solution la plus vraisemblable de l'énigme.

L'histoire de Jonas n'a reçu aucun développement dans la littérature rabbinique. Tout au plus figure-t-elle dans une litanie synagogale : c Celui qui a exaucé Jonas des intestins du poisson nous exaucera » (««jn r\Sin '^i^DD nzvh TO^lî^ '>D 133îr) ^"^ ^ ^^^ P'"^ favorisée auprès de la secte naissante des chrétiens. La tempête sur la Méditerranée, suivie de la terreur des marins qui aboutit à la glorification de Yahwé, a été rapetissée en une tempête sur le lac de Galilée, et tournée à la gloire de Jésus, encore stagiaire eu divinité à ce moment (Matthieu, Yiii) :

€ SIS. Il entra ensuite dans la barque, accompagné de ses disciples ;

84. et aussitôt il s'éleva sur la mer une si grande tempête, que la barque était couverte de flots, et celui-ci cependant dormait.

25. Alors ses disciples s'approchèrent de lui et l'éveillèrent en lui disant : Seigneur, sauvez-nous, nous périssons.

26. Jésus leur répondit : Pourquoi êtes- vous timides, hommes de peu de foi? Et se levant en même temps, il commanda aux vents et à la mer, et il se fit un grand calme.

27. Alors ceux qui étaient présents furent dans l'admiration, et ils disaient : Quel est celui-ci à qui les vents et la mer obéissent? »

Jonas, comme Ulysse, épuisé de lassitude et de déboires, recourt au sommeil réparateur; Jésus, après avoir pratiqué des guérisons miraculeuses pour lesquelles il n'avait qu'à lever le bras ou à prononcer quelques paroles, est saisi du sommeil

des justes précisément lorsqoe la tempête commence à se déchaîner, évidemment dans le bat ordinaire de réprouver la timidité des hommes sans foi en lui, lesquels se privent ainsi du privilège départi aui croyants de commander à la nature comme il le fait lui-même (Matthieu, xvii, 19). D'ailleurs, la scène de la tempête se dédouble, et, à la seconde occasion, Jésus marche sur les flots en fureur et communique cette faculté à Pierre, qui la perd à Tinstant oh sa foi faiblit (ibidem^ XIV, 23-31).

D*autre part, l'épisode de Jonas, jeté à la mer et délivré après avoir séjourné trois jours et trois nuits dans les intestins du poisson, devint le type de hi fin terrestre du Fils de Dieu : Jésus séjourne trois jours et trois nuits dans le coeur de la terre et ressuscite ensuite {ibidem, xii, 39-40)^ Plustard^ la légende lui fait occuper ses loisirs souterrains à visiter le royaume des morts, pour placer dans les limbes les âmes des hommes vertueux qui ont vécu avant son incarnation, surtout les patriarches et les prophètes de l'ancienne Alliance. Enfin, à l'instar des artistes paTens, qui identifient symboliquement le dieu avec l'objet qu'il porte ou qui l'accompagne, les artistes chrétiens ont représenté Jésus sous la forme d'un poisson, transfiguration produisant l'anagramme connu : IXeTI = 'Iy,<tovç XpKTToç OcoO Tibç Sconip, c Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur >.

1. Jésus mourut vendredi à 3 heures après midi et ressusoita le dimanche matin ; il n'est donc resté dans le cœur de la terre que deux nuits et un jour ; la contradiction est flagrante. La critique moderne recourt probablement (Je ne eonnaîs pas la littérature afférente) à son hypothèse coutumière de deux traditions différentes. Plus originale eut celle de la vieille Didaêcalie, qui divise le Jour de vendredi en trois sections, savoir : le matin Jusqu'à midi et le soir de 3 heures à 6, interrompues par trois heures de ténèbres qui comptent pour une nuit. Cet énorme embarras fait ressortir la grande importance qu'avait l'histoire de Jonas pour le christianisme naissant.

Antinomies d'histoire religieuse. — Le Livre récent de M. Stade.

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