‹ Recherches bibliquesChapitre 45 sur 84 · DEUXIÈME SECTION · texte numérisé non relu

DEUXIÈME SECTION

p. 204. Nous sommes maintenant arrivé à la deuxième seo* don de Touvrage qui nous occupe. Le savant auteur envisage la transformation de la religion d'Israël à l'époque de la prophétie {Die Umbildung der Religion Israels im Zeitalter der Prophétie). Le i" chapitre est consacré à l'exposition de l'ac* liviié des prophètes des vin* et vu* siècles avant l'ère vulgaire, pendant lesquels eut lieu l'intervention de deux nouveaux fac* teurs du progrès religieux, savoir la prédication prophétique et les influences assyro-babyloniennes. Il ne viendra à l'idée de personne de contester ces faits confirmés par l'histoire; ce qui dépend de l'appréciation individuelle se borne à la détermination de la nature exacte de ces influences, et l'on sait combien les avis peuvent différer lorsqu'il s'agit d'une matière aussi délicate. Les antinomies ont donc leur raison d'être, et nous tâcherons de les présenter avec toute la netteté comman* dée par l'importance du sujet.

L Aperçu sur la marche du développement (§ i 05, 1 )♦ P. 204-205. ce L'histoire de la vie spirituelle de l'humanité est l'histoire de l'appropriation des idées trouvées par des hommes particuliers, et maintenues très souvent {%umeist) en contradiction avec l'opinion des contemporains, parmi les peu-^ pies et les communautés religieuses, et par l'appropriation du capital spirituel (des geistigen Besitzes) de peuples particuliers par d'autres peuples. Cette règle de développement ressort spécialement claire dans l'histoire des religions, qui sont la base de toute la vie spirituelle de l'humanité. Les deux procédés [beide Varg&nge) se laissent observer dans le développement religieux d'Israël aux viii* et vu* siècles, le temps le plus mouvementé de l'ancien Israël. Dans ce temps^ de nouvelles idées aftluèrent dans le peuple d'Israël et firent sortir sa vieqmtueUe des sentiers depuis longtemps habituels : par la

prédication des prophètes et par la propagande de la culture et du culte assyro-babyloniens. »

Sous la forme dont elle est annoncée, cette règle de développement spirituel de l'humanité peut bien, ce me semble, ne pas atteindre Tabsolu. En dehors du progrès moral effectué par les hommes d'élite de la même nation et sur un fonds national latent, parfois en conflit avec les intérêts extérieurs, l'histoire nous montre constamment que les principaux peuples de l'antiquité, les Chinois, les Égyptiens, les Babyloniens et les Grecs, ne doivent à aucun peuple étranger leur développement moral. Les peuples voisins ont pu faire accepter quelques-unes de leurs divinités avec leurs rites matériels, mais on ne saurait leur attribuer le moindre pouvoir moralisateur. Ce pouvoir ne devient prépondérant que dans le cas de changement de religion, comme cela se constate dans le christianisme et l'islamisme, lesquels, malgré la réticence des zélateurs respectifs, ne vivent que de la morale juive. Si je ne me trompe, le savant auteur a déduit la règle en cause de ce cas particulier, où la rupture avec les instincts natifs s'est produite d'une manière radicale et consciente. Ici, comme partout ailleurs, la généralisation hâtive est mauvaise conseillère, car ce pilier chancelant soutiendra assez faiblement Téchafaudage qui va bientôt s'y accumuler.

P. 205 (2). € Parmi les prophètes s'élèvent, au vra* siècle et dans la seconde moitié du vii*, nombre d'hommes au relief aigu (êcharf ausgepràgt) dépassant de beaucoup le niveau de la prophétie jusqu'alors, avec la revendication d'être envoyés par Yahwé à son peuple pour lui annoncer la destruction imminente (den bevorstehenden Untergang) de son État Ils pensent aux Assyriens... Yahwé même les conduit. Au cas où Israël ne se désisterait pas de sa conduite corrompue et ne satisferait pas les exigences de son Dieu, les Assyriens accompliront sur lui les châtiments de Yahwé. A côté de rûmonciation de la ruine se place ensuite l'appel au repentir et au retour à Yahwé, et les prophètes élèvent de nouveau d'une manière très forte la revendication de guider la vie privée et publique d'Israël. »

Gomme on le voit, la nouvelle prophétie aurait pour misaioD

principale d'annoncer la destruction de TÉtat, tandis que l'appel à ramélioration morale viendrait en seconde ligne et consisterait dans la subordination à la direction prophétique. Une petite difficulté nous arrête. Le texte authentique de Panammou nous apprend que Tiglatpileser non seulement laissait en place les dynastes étrangers qui se soumettaient à sa souveraineté, mais encore qu'il leur accordait de hautes distinctions pour les services rendus. Le remplacement de la dynastie par un gouverneur assyrien, ce qui équivalait à l'annexion du pays à l'empire assyrien, ne se pratiquait qu'en cas de rébellion. Cette ligne politique était également poursuivie par les conquérants babyloniens. Les vassaux, sauf le tribut annuel et le contingent qu'ils avaient à fournir en cas de guerre, jouissaient d'une complète autonomie et portaient le titre de rois. Ces circonstances étant données, l'annonce brutale de la disparition de l'État n'est compréhensible qu'en admettant de la part du prophète la croyance que Yahwé agira sur Tesprit de l'envahisseur, pour qu'il refuse exceptionnellement toute promesse de soumission de la part des gouvernants d'Israël, et ne donnera aucun quartier. Or, une pareille instigation de Yahwé n'est à son tour imaginable qu'à la condition que le peuple persiste dans sa désobéissance aux ordres divins. On voit aussitôt que la prédication morale des prophètes occupe le premier plan, tandis que la menace de destruction ne constitue qu'un moyen d'intimidation disciplinaire. Dans un certain raisonnement, quand un père dit à son bambin : Apprends ta leçon, sinon, j'appellerai le ramoneur qui t'emportera dans son sac; son but principal serait l'appel du ramoneur, et la leçon un pendant bien secondaire. A défaut d'Assyriens et en général d'ennemis extérieurs, les prophètes attachent leurs prédications aux maux physiques : la famine, les sauterelles, la mortalité, etc., sans que la nature essentielle de ces fléaux ait la moindre importance en elle-^même. En un mot, l'idée que l'annonce de la fin de la nationalité d'Israël est le but principal des prophéties des viii' et vu* siècles pré-chrétiens est d'autant plus étrange que ces prophètes ne disent pas ce qui arriverait aux Assyriens au cas où l'amélioration morale demandée serait accomplie. Sous le règne de Sédécias, où la dépravation attei-

gnit la dernière limite, Jérémie conseillait encore la soumission aux Chaldéens, afin de préserver l'État.

Mais quelles sont les idées nouvelles que ces prophètes auraient propagées ? Naturellement une grande partie de celles qu'Israël ignorait auparavant, d'après les affirmations que nous avons repoussées dans les discussions de la section précédente. Toutefois, il nous paraît bon d*en présenter le sommaire qui suit :

<( Leur prédication amena à la religion des idées nouvelles» car elle part :

« 1) D'un jugement tout nouveau de circonstances politiques, sociales, religieuses et morales : elle voit con^uption et péché là où, selon la conception populaire {volkstumliche Auf-fassung)y les choses étaient légitimes {rechtsbeschaffen waren). »

Remarque. Confusion regrettable des coutumes populaires avec la légalité; les dérèglements trop répandus sont souvent tolérés faute de possibilité de les supprimer, mais ne peuvent jamais être regardés comme sanctionnés par les hommes religieux.

2) € Des idées nouvelles sur les exigences de Yahwé : elles sont d'espèce morale et ne s'épuisent pas dans le culte qui allie le peuple et Dieu. »

Remarque. Aucune religion au monde n'épuise les exigences des divinités nationales dans les rites cultuels seuls; les idées morales ne manquent même pas totalement aux peuples les plus sauvages. Israël, même à l'époque des patriarches, avait depuis longtemps dépassé le stage du culte purement maté* rialiste. Ce caractère est d'ailleurs également constaté dans les textes les plus anciens de la Babylonie.

3) a De l'idée inouïe que Yahwé peut, dans sa colère, annuler (aufheben) la relation qui existe entre lui et Israël. Selon l'intelligence populaire, cela signifiait la fin du peuple et de la religion ; c'était mécréant, blasphématoire, antipatriotique. »

Remarque. La possibilité d'attribuer ces idées biscornues aux prophètes des viii* et vu* siècles avant notre ère vient du van* dalisme exégétique de l'École assez audacieuse pour retrancher des écrits prophétiques tous les passages, et ils sont légion,

qui, après les menaces de destruction totale, contiennent des paroles de consolation au petit reste sauvé de la catastrophe, et destiné à recommencer une vie nationale plus morale et plus^ glorieuse que la première. Un tel abaissement de la prophétie, qui se serait vautrée avec plaisir dans le sang de ses compa* triotes, parce qu'ils conservent les pratiques cultuelles qu'ils croient légitimes, ou parce quHIs ignorent les raffinements moraux que le prophète a tir^ de son cerveau surchauffé par Pextase, une telle cruauté de fauve envers ses congénères, dont ^^ le bon instinct se manifeste déjà par la liberté quMIs lui accor-* dent d'exprimer ouvertement ses dures admonestations, je me refuse à l'admettre sur la seule assertion de partisans d^un système qui a pour but avoué de juf^tifier certaines théories du Nouveau Testament. Que TÉvangile fasse fl de Tidéede la patrie et du peuple, voire même de celle de la famille, c'e4 un phénomène qui s'explique par les tendances dissolvant^ de Tépoque romaine, où les juifs de la diaspore cherchaient à obtenir Tindigénat de lempire. Mais violenter abominablement les textes pour transformer les prophètes en précurî<eurs du nihilisme évangélique, c'est une opération illégitime qu'on ne doit pH8 laisser passer sans protestation.

4) a De la conviction que Yahwé interprète à Israël par les prophètes les événements du temps {Dass Jahve Israël dureh die Propheten die Zeitereignisse deutet) •

Remarque. Je n'ai pae réusf4 à comprendre la portée de^ cette proportion; l'explication en sera peut-être donnée plus loin\

6) « Que Yahwé dirige l'histoire dans le but de faire un aiccommodement avec Israël {%um Zwecke etner Auseinder^ êet%ung mit Israël) et se sert à ce sujet des puissances du inonde. »

Remarque. On ne voit guère la nouveauté de cette idée. Elle était déjà rudement mise en pratique par le prophète Élie

i. Aprèë réiexioD. je erois <o sakir la portée. La »ouveauié attribuée a Ut Qoaviciioa que Yahwé réréie aux propbèie» les événemêutM futura (Aïoos, III, 7) a pour but de soutenir 1 origine postérieure de rhisioire patriarcale et spécialement de Genèseï xviii, 17-32; qui renverse tout le système de l'Ecole.

(1 Rois, XIX, 15) et par son disciple Elisée (II Rois, vin, 7-13), et probablement aussi par des prophètes antérieurs qui prétendaient à diriger les relations politiques avec les peuples étrangers. Déjà avant Amos, les prophètes furent obligés de renoncer à la vie politique et s'estimaient heureux de pouvoir intervenir comme conseillers auprès des rois. C'est le seul trait nouveau que je trouve dans l'œuvre des prophètes « écrivains ». J'ignore pourquoi ce fait, bien hié^torique, a été omis dans cette , série, dont les numéros 4 et 5 appartiennent à la discipline de ' la corporation prophétique, mais n'ont aucun rapport avec l'enseignement moral. Le savant théologien semble avoir senti lui-même la modicité extrême de ces innovations, c est pourquoi il revient avec une forte insistance sur le numéro 3, qu'il représente comme la clé de voûte de toute cette époque prophétique. Mais, sur ce point même, la contradiction produite par un doute instinctif se fait valoir dans l'esprit de l'auteur, et effectue tacitement l'effondrement de toute la combinaison. Après avoir exposé que, par l'annonce de la destruction, l'idée de Yahwé se sépare de celle de la nationalité pour entrer dans la voie de transformation en religion universelle, et qu'Israël devait perdre toute confiance en sa propre justice {Rechtschaffenheit) et voir dans la ruine de son État un juste châtiment pour être acquis à la conception prophétique et à son avenir, il ajoute (p^ 206) :

« il est toutefois caractéristique pour ces prophètes qu'ils ne se doutent pas combien leurs idées sont nouvelles et inouïes. Ils les annoncent comme si elles étaient entendues d'ellesmêmes pour leurs auditeurs, et comme si elles étaient depuis longtemps {von jeher her) le contenu de la religion de Yahwé, Ils ne reconnaissent aucune autre conception (kennen keine andere Auffassung an) que la leur, qui leur afflue de la révélation divine. Le fait qu'ils en rencontrent une autre chez le peuple repose, d'après leur opinion, sur l'ignorance d'Israël relativement à Yahwé et sur son apostasie {und seinem Abfall von ihm). La conviction inébranlable avec laquelle ils annoncent leurs idées, malgré la contradiction de leurs contemporains, est le fait psychologiquement le plus remarquable et le plus instructif au sujet de leur prédication. »

Envisageons le problème sous ses deux aspects différents, en donnant le pas au sentiment du peuple. Pour la masse du peuple, foncièrement païenne alors, la destruction de leur indépendance, voire même la disparition de leur nation, étaient toujours possibles lorsque le dieu suprême se trouvait dans un état d'irritation. Transportés dans un pays étranger, leur culte continuait comme auparavant, et aussi longtemps qu'ils tenaient à conserver leur nationalité. Aussi est-il vrai que les menaces terribles des prophètes n'ont jamais soulevé un tumulte populaire. C'est même grâce à la tolérance du peuple que les prophètes ont pu prêcher en toute liberté à l'occasion des grandes assemblées. L'opposition venait toujours de la classe dominante, qui se croyait ou feignait d'être injustement diffamée dans les discours, prophétiques. Ce parti, composé en majorité d'éclecticiens en fait de religion, avaient pour eux nombre de prophètes yahwéistes accommodants, qui trouvaient que tout était comme dans les meilleurs des mondes, à telle enseigne que les voyants des deux côtés s'accusaient mutuellement d'être de faux prophètes. Le peuple se désintéressait de la lutte et écoutait les partis rivaux en se laissant aller au gré des circonstances ou de la disposition individuelle. Pour aucun de ces auditeurs la destruction et l'éradication éventuelle de leur nationationalité ne restaient dans le domaine de l'impossibilité, et il ne s'agissait que de la question de savoir lesquelles des prédictions optimistes ou pessimistes sont vraies ou fausses. Quant aux prophètes de l'époque que nous étudions, et même de toutes les époquesdujudaïsm^, l'extermination totale d'Israël ne se présentait à l'idée d'aucun d'eux ; cela eût équivalu non seulement à une trahison antipatriotique abominable, mais à un blasphème impardonnable contre Yahwé, car la disparition d'un culte qu'on ne peut même pas continuer sur la terre d'exil, équivaut à la déchéance et à l'oubli de son dieu tutétaire. Pour éviter le suicide, le dieu n'a qu'un seul moyen, savoir de transmettre son culte et sa protection à un autre peuple ou à un groupe d'individus singuliers qui peuvent se transformer en collectivités religieuses. Le premier procédé est d'une exécution difficile et sans exemple jusqu'à présent. Le second est, au contraire, très commode et a été pratiqué pendant la for-

mation de toutes les reli^ions^ et aveo un grand éclat dans la fondation du christianisme. Cependant, pour peu qu'il y ait un nouveau venu à côté du dieu transmetteur, celui-ci est réduit à être Tombre du plus jeime. Selon Matthieu, xxii, 43, le royaume de Dieu a été ôté aux Juifs et donné à un autre peuple (religieux =â chrétiens); que s'est-il passé? Le Père eéleêtê^ Yahwé« n'a pas tardé à abdiquer, volontairement à ce qu'on nous dit, et à remettre le gouvernement du monde aux mains du Filé Chéri qui re^çoit tout Tencens du culte l'ar un pressentiment qui fait honneur à leur inieliiçence et à leur piété, les prophètes repoussaient avec acharnement Thybridisation du monothéisme, qui menaçait de réduire Yahwé au rôle d'un l^ouddha contemplant son nombril, et se sont bien gardés d'annoncer le remplacement dMsraâl par un autre peuple; et cette absence de successeur est la n^eilleure preuve qu'ils ont gardé l'espoir de le voir finalement réconcilié avec son Dieu national.

P. Î06-20"''. Excellent exposé des visions prophétiques, qui n'étaient pas de nature à troubler l'intelligence et le sain jugement du voyant, lequel avait souvent à supporter les épreuves lesplusduresdela part de la police, comme par exemple le prophète Jérémie, qui fut battu, incarcéré et enchaîné sans que cela ait nui à son autorité Cette dernière circonstance corrobore notre remarque ci devant sur la tolérance essentielle du peuple. La note suivante semble incomplète: a Aux hommes modernes (lisez : « aux chrétiens ») qui ne connaissent pas d'habitude l'histoire des religions, y compris celle du christianisme, il parait comme un miracle que Dieu se soit servi de pareils extatiques pour conduire la religion d'Isra&l vers le développement du christianisme. Mais, dans la vie de Jésus, les visions sont décisives (Baptême, Tentation) ; de môme dans celle de saint Paul (Damas), qui a été un extatique prononcé (II Cor., xn, 2 sq.). » Il faut y joindre la vision qui révèle la conception divine de Marie (Matthieu, i, 1 8-20), celle où Jésus voit Satan tomber du ciel sur la terre (Luc, x, 18), celle de Marie-Madeleine» le premier témoin de la résurrection du Christ (Marc, xvi> 0). Toutes ces visions profitent k Jésus ou

à ceux qui les rapportent, tandis que les visions des prophètes profitent au peuple et à la morale religieuse.

P. 208. Que lemot ,-]-nn désigne exclusivement renseignement oral, c'est une affirmation qui s'évanouit devant le témoignage contraire d'Osée, viii, 18 Omin ^21 lb DnDX)- *^^°® '^ temps postérieurs, on distingue 2riD3lîf mm ^^ b^21if îDin j^Q. Le mysticisme refleurit dans la supposition suivante : € Que l'inspiration de Yahwé n'est pas une inspiration k écrire, cela a peut-être encore comme raison secondaire, que l'écrire (dos Schreiben) appartient d'origine (von Haus ans) à la sphère d'un autre dieu ou génie. > N'insistons pas. L*Élohîm hébreu sait écrire (Exode, xxxii, 1 6) ; il est vrai que dans la logique de l'École le numen du Sinal devait être illettré.

P. Î09 (4). Répétition de l'affirmation absolument imaginaire que ce l'accommodement {die Auseinandersetzung) des idées prophétiques sur la religion avec les idées populaires (mit den volkstiimlichen Gedanken) s'accomplit dans l'exil ». On nous donne cela comme acompte pour nous préparer au développement qu'on a l'intention de nous présenter plus loin de cette proposition, qui sert de base à des conjectures relatives au code sacerdotal. Nous en parlerons à l'occasion.

P. 209-210 (5). Admission d'emblée d'une énorme influence de la religion assyrienne sur le yahwéisme depuis le règne d'Ézéchias jusqu*à la destruction de Jérusalem. Nous avons déjà montré plus haut que le paganisme prédominant à cette époque n'avait rien de directement assyro-baby Ionien et venait de la Syrie- Phénicie ou de l'Égypie. Les rois de Juda s'appuyaient continuellement sur l'Egypte et furent châtiés cruellement par les Assyro-Babyloniens. Josias paraît être resté entièrement indépendant à la faveur des troubles qui ont mis fin au royaume ninivite, et fut finalement vaincu et tué par Pharaon Necho. Les dévastations exercées si fréquemment en Palestine par les armées assyriennes ne pouvaient, en aucun cas, favoriser le moindre rapprochement spirituel entre les deux peuples. Les riches s'habillaient suivant la mode étrangère, mais le lieu de provenance n'est nulle part indiqué comme étant l'Assyrie; les fines étoffes venaient de Phénicie ou d'Egypte.

P. 210-21 1 (^). La prétendue influence assyrienne retîrée^on m peut plus parler d'une lutte des prophètes contre la nouvelle idolâirie, ni les comparer àdesréformateursdes temps modernes. Les cultes et les coutumes que combattaient les prophètes de cette période étaient tantôt indigènes, tantôt empruntés aux peuples voisins, lesquels n'étaient certahiement pas en état de déterminer les prophètes à mieux approfondir la conception de Yahwé, et à introduire, dans la religion, la notion de la justice de Yahwé, son horreur des fautes morales, son amour fidèle pour son peuple élu. Le mosalsme savait depuis longtemps que Yahwé punit son peuple en sa qualité déjuge tout-puissant, dont le bras se sert des puissances du monde pour ses buts; qu'aucun dieu ne révèle comme lui ses intentions aux prophètes ; qu'il n'est pas comparable aux autres dieux, qui n'ont même pas de réelle existence. Il n'est donc pas permis de dire qu'ils ont transformé l'ancienne monolâtrie en monothéisme, ils ont mieux fait comprendre la valeur secondaire du culte matériel à l'égard de la conduite morale, et, -s'ils ont bien approfondi les idées du péché, ils n'ont jamais imaginé un mode de rédemption (Erlôsung) comme on semble l'insinuer.

P. 21 1-212 (7). La prédication des prophètes, notamment d'Isaîe, détermina Ézéchias à ordonner l'abolition du culte décentralisant des bamoth, réforme qui a duré jusqu'à la mort de ce roi, environ onze ans au bas mot. Mais, comme cette réforme portait de grands préjudices, aussi bien à la corporation de nombreux prêtres provinciaux privés de leur gagnepain, qu'à l'intérêt des villes qui profitaient de Taffluence continue des pèlerins qui venaient régulièrement y faire leurs dévotions, elle fut révoquée par Manassès, fils et successeur d'Ézéchias. Le clergé de province, soutenu par le parti populaire de leur région respective, une fois qu'il s'était assuré du suffrage du roi, emporta facilement cette victoire sur le clergé de Jérusalem, qui était numériquement inférieur. Dans la capitale, une sourde inimitié^ et probablement même des dissensions ouvertes, éloignèrent le roi des partisans du yahwéisme orthodoxe, et il s'ensuivit une rupture formelle entre eux, à tel point que les cultes étrangers reprirent leur expansion de jadis. Manassé rétablit, outre les bamoth^ le culte phénicien du Ba^'al

et de TAâêra, celui des corps célestes, le sacrifice des enfants, les rites magiques, et les introduisit même dans le temple de Yahwé. Toutes les résistances furent brisées et étouffées dans le sang (Il Rois, xxi, 1 -1 6). Cette recrudescence lu paganisme dura pendant tout le règne de Manassé et celui de son fils Amon, et ne prit fin que la dix-huitième année du règne de son petit-fils Josias, enfant de huit ans favorable au parti prophétique, mais n'osant changer plus tôt l'état d'éclectisme religieux qui jouissait de la faveur populaire. Après soixantetreize anriées de prédominance, le paganisme dut s'éclipser momentanément par suite de la réforme introduite par Josias à l'occasion de la découverte du livre de la Loi, faite par le grand prêtre Helcias dans le temple, pendant une réparation. Je parlerai plus bas de cette découverte; ici il suffit de dire que la réforme de Josias, quoique très radicale, fut à son tour abolie, douze ans plus tard, sous le règne de ses successeurs, et le paganisme resta prédominant jusqu'à l'exil.

Cette marche en zigzag de l'état religieux de la dernière période de l'Etat judéen, rapportée dans II Rois, xviii-xxiv, j'ai cru nécessaire de la résumer ici pour mieux faire voir la façon dont les critiques envisagent ces événements, dans l'intérêt de leur classification des documents du Pentateuque. Contrairement à toutes les notions historiques, ils représentent la réforme antipaïenne de Josias comme un mouvement né des instincts du peuple : c Sous Manassé, l'influence étrangère atteint son maximum. Là où des éléments étrangers influent dans une nationalité non encore affaissée, il se produit une réaction nationale robuste. Israël se tourne, lui aussi, avec un nouvel amour vers -les biens nationaux y> (Unter Manassé erreicht der fremde Einfluss den Hôhepunkt. Wo Fremdes in ein noch nieht etitkrâftetes Volkstum einstrômt und es umzugestalten beginnt^ entsteht eine krhftige nationale Reaktion. So wendet sich auch Israël den bedrohten nationalen Gûtem mit neuer Liebe %u). Et l'exposition de cet accord presque parfait des idées prophétiques avec les idées nationales occupe le reste de l'alinéa, et se présente sous divers aspects comme le mobile de la composition des parties les plus anciennes du Pentateuque. On se demande avec stupéfaction comment, malgré

es influences païennes de toutes parts, les innovations religieuses de prédications qui n'ont duré que douze ans ont pu ransforraer à ce point la conscience d'Israël; puis comment ;es a biens nationaux > (nationale Giiter) ont pu être si prompement abandonnés durant le long règne de Manassé, pour Itre, après un regain éphémère d'autres douze ans, perdus léfinitivement nonobstant les inlassables prédications de Jéré* nie. Tout au contraire, la corruption morale n'a fait que s'ac- Toître jusqu'à la crise finale; chaque ligne des écrits contem« )oroins en parle avec indignation, et c'est dans cette génération )erverse, destinée à l'anéantissement, que les critiques placent e changement des idées populaires! Ils ne veulent pas voir que es spéculations religieuses étaient exclusivement une affaire les classes élevées, à laquelle la masse du peuple n'a collaboré m rien, sauf au cas où ses intérêts matériels en étaient iffectés.

Non moins étonnante est la prétention que des livres fabrijués clandestinement et frauduleusement au moment des luttes nêmes, auraient été acceptés par les adversaires comme œuvres ie Moïse et comme des inspirations de Yahwé, sans la moindre jrotestatiorj de la part des prophètes, à cause de la grande mportance qui y est attribuée aux rites cultuels. Enfin, comnent expliquer qiie, si cette conciliation de toutes les classes ie la nation dans la voie prophétique était vraie, les prophètes férémie d'Anatholh, Urie de Qiryath-Yéarim et la prophétesse Bulda ont pu persister à annoncer la destruction totale de la na* ion, sans seulement exprimer leur satisfaction du progrès religieux accompli? Pourquoi ne prêchent-ils pas la nécessité de sé- [)arerdu yahwéisme courant les scories païennes qui s'y étaient amalgamées? Non, ils condamnent tout en bloc, et, à l'instar le leurs prédécesseurs, ils ne voient d'autre moyen d'amélioration que l'exil. D'autre part, croit-on sérieusement que le contact avec les Babyloniens constituait un facteur de moralité? L'exil n'aeuàsonavoir que Tavantaged'éloigner Israël, pendant quelques générations, des cultes et des coutumes dissolues les Syro-Phéniciens qui alimentaient là corruption; ce divorce accompli, l'état moral du peuple, grâce à la prédication prophétique, ne tarda pas à s'améliorer, et pour un certain temps

le noyau des rapatriés méritait réellement le titre de a peuple saint >. Au lieu d'hypothèses de parli pris, on fera mieux de consulter renseignement de l'histoire.

P. 212-214 (§ 106, 1-3). Nous avons traité plus haut le thème des espérances messianiques. Le savant auteur y revient avec plus de détail, mais aussi avec la reprise de Terreur qui fait du nirp DV d'Amos, v, 18-19, un objet d*e«pérance d'Israël, tandis que le souhait de voir arriver ce jour est manifesté ironiquement par les impies qui ne croient pas aux menaces du prophète Dans Isaïe II, il s'agit également, non pas d'un secours apporté à Israël contre ses ennemis, mais d'un jour de vengeance contre les Israélites infidèles et adonnés aux cultes idolâtriques. M. Stade ne croit pas que les passages cités dans PÉvangile commes preuves de la messianité de THomme-Ûieu soient réellement messianiques; on lui aurait été encore plus reconnaissant s'il avait complété tout haut sa pensée en ajoutant que la pieuse institution des missions chrétiennes ne fait que répandre des erreurs exégétiques qui ont déjà coûté trop cher au monde et spécialement aux congénères de Jésus, qui se sont toujours refusé à les accepter.

P. 214-215. L'erreur de regarder les prophètes seulement comme des prédiseurs d avenir est répandue dans l'Église; le savant auteur remarque avec raison que, selon la conception même des prophètes, la prédiction est toujours annoncée à une condition qui dépend de circonstances éthiques dont Yahwé seul est juge. A défaut de ces circonstances, si la prédiction ne s'accomplit pas, elle n'est pas de Yahwé.

P. 21 5-21 6 (§ 1 08). Le rapport de la prophétie avec le christianisme et le judaïsme. Tout en admettant que le prophétisme a préparé la voie à ces deux développements, \1. Stade repousse la cofn|>araison directe du christianisme aVec le prophétisme : € Le christianisme signifie la fin d'un développement suggéré par les prophètes, dont les intermédiaires (= les éléments du judaïsme contemporain) ne doivent pas être mis de côté. ?i Nous avons déjà eu l'occasion de faire remarquer que cette règle n'a pas été très sévèrement observée par l'auteur. Quant à la littérature apocryphe et pseudo-épigraphique i|ui forme TeaBence de l'Évangile, elle a été passée sous silence.

P. 216-217. Exposé de l'état des livres prophétiques que la critique moderne « considère comme authentique, refait ou ajouté phis tard. Naturell^^ment tout ce qui ne convient pas au cadre tracéd'avanceestimpîtoyablementrejetécommeune interpolation sans valeur. Nous avons constamment révoqué en doute la légitimité de ce procédé et nous maintenons ce sentiment.

Notons cependant qu'il est inexact de trouver, dans les prétendues additions^ les espérances messianiques qui manquaient dans Toriginal; on y trouve exclusivement des idées sur le règne de Yahwé dans le monde, règne indissoluble de Texistence d'Israël ; le messianisme personnel n'a pu naître avant la disparition du dernier rejeton authentique de la famille de David.

P. 217 (§ 110, 1-6). Amos ne prophétisa pas dans le temple de Bétbel {im Tempel zu Bethel)y mais à Béthel contre le temple païen construit par Jéroboam I*". Si Yahwc y entra une fois par exception, c'était pour le démolir (Amos, ix, 1). Élie annonça formellement la destruction totale d'Israël, sauf le nombre infime de sept mille yahwéistes (II Rois, xix, 18), tandis qu'Amos admettait un nombre de sauvés beaucoup plus considérable (Amos, ix, 8-9), n'en déplaise aux critiques qui retranchent arbitrairement ces versets. Enfin, Amos rappelle l'histoire du début de la nationalité d'Israël, non d'après la légende orale {Vàtersage)^ mais d'après le récit écrit du Pentateuque. Au sujet des innovations atiribuoes à ce prophète, ressentiel a été discuté plus haut. Des espérances messianiques, il n'y a aucune trace; les critiques le reconnaissent bien malgré eux; ils se consolent en tâchant de capter pour le moins le nirP DV> ^^*^ ^'^^^ ^^ résultat d'une précipitation regrettable.

P. 220-221 (1 ). Osée. Le point caractéristique de ce prophète consisterait dans la description qu'il fait des accidents fâcheux qui ont assombri temporairement sa vie familiale sur Tordre formel de Yahwé, ordre jusqu'alors inouï et psychologiquement impossible, mêmedans les religionsdes sauvages les pi us abrutis. Yahwé ordonne au prophète, nous dit-on, d'épouser une femme prédestinée à lui être infidèle et à le rendre père d'enfants qui ne sont pas à lui, puis de leur donner successivenoent

des noms symbolisant la rupture de Yahwé avec Israël. Après la naissance du troisième enfant, le prophète en a toutefois assez de continuer un ménage aussi déshonorant et il se sépare de sa femme infidèle. Mal lui en prend ; un nouvel ordre de Yahwé lui enjoint d'aimer de nouveau l'infidèle et de changer les noms flétrissants des enfants en noms sympathiques et glorieux. Depuis dix-huit siècles, juifs et chrétiens admettent unanimement la réalité du mariage et débitent des horreurs sur la conduite de la pécheresse qui porte le nom de Gomer, fille de Diblaïm, sans se formaliser trop de Tordre peu mjral de Yahwé. L'effet du symbolisme vaut* bien un scandale de famille, surtout lorsque les intéressés s'arrangent à l'amiable. L'honneur d^Osée restait intact, puisqu'il n'a fait qu'exécuter un ordre divin. Les critiques de haute envolée ont trouvé le moyen de le salir. Osée aurait purement et simplement inventé Tordre de Yahwé après la naissance du troisième bâtard quand il s'aperçut de la vérité, et ce mensonge sacrilège n'avait, après une courte séparation, que le but de reprendre l'infidèle qu'il aimait malgré tout. Voici l'exposé euphépiique de cette malpropre affaire :

« Gomer est vierge, puisqu'elle est l'emblème d'Israël aimé par Yahwé dans le temps primitif; elle ne se montre comme prostituée que par sa conduite dans le mariage, et c'est aussi dans le mariage qu'Osée arrive à avoir des enfants de prostitution... Et comme tous les sorts, surtout ceux qui sont extraordinaires, sont fixés par Yahwé, le prophète explique ce mariage par un dessein plus éle/é de Yahwé qui, au moyen de sa triste vie de famille, lui a fait parvenir une révélation par rapport au pays et au peuple d'Israël. >

Qu'en beaux termes ces choses-là sont dites !

L'exclamation a Gomer est vierge ! > est d'un bon élan; on peut cependant douter que le prophète ait pu deviner que son malheur n'a pas précédé son entrée dans la chambre nuptiale. C'est donc Yahwé qui lui a révélé ce secret consolant pour mettre du baume sur ses blessures ! Quel dommage qu'Osée, au lieu de signaler Tinnocence initiale de Gomer, l'appelle tout de suite « fenune de prostitution » (D'^Jlit niî^K); cela n'in-

dique-t-il pas qu'à ses yeux elle symbolise uniquement l'israêl contemporain ?

J'admire aussi c le plus élevé dessein » {die hôhere Absickt) de Yahwé, » qui, dansTiniérêt d'un symbole que des centaines de mariages mal venus pouvaient représenter (Jérémie, ni, 20, passim)^ incite une femme honnête à des actes d'immoralité qui ne sont tolérés dans aucune religion du monde. Mais mon admiration devient frénétique devant la crânerie — d'autres diront la ruse effrontée — du prophète de travestir son déshonneur domestique en ordre divin, afin de pouvoir, après une brève colère simulée, reprendre l'épouse indigne, et, ce qui dépasse l'imagination, de changer des enfants nés d'adultère en enfants légitimes dont Yahwé se glorifie dans le monde. Le trompé a dû rire dans sa barbe en voyant la foule de ses congénères et de ses successeurs accepter béatement ses gàsconnades comme paroles de Dieu. Il a cependant négligé de compléter son vaudeville par un dernier tableau : il aurait dû, en conclusion logique, montrer au public les amants de sa femme en s'exclamant : « Voilà, ô Israël, les dieux étrangers que tu as adorés au dépit de ton dieu national, Yahwé ! » Et le public, bête comme un jars, les aurait portés en triomphe, comme des Q^g^np saintement inspirés! Pour

Tamour de l'art, il faut regretter cette négligence.

A défaut du public contemporain qui n'en avait pas pour son argent, comme on dit en langage de théâtre, la High Critical School a lieu d'être entièrement satisfaite. Au moyen de sa découverte du mobile de la prophétie d'Osée, elle est devenue capable ce d'avoir une vue qui pénètre finalement dans U genèse psychologi(|ue de la prophétie, savoir qu'elle est née d'un contenu bien déterminé » {Da s&he{=8ieht)man einmal hinein in die psychologische Genesis der Prophetiey dass sie geboren wird ans einem gan% bestimmten InhuU. W. S. V., V, p. 105.) La prophétie née du besoin de laverie linge sale delà famille! L'idée est, sans conteste, ce que la théologie partie de l'Évangile, — selon la parole d*or de M. Stade, — a trouvé de plus original. Alors je m'explique parfaitement le rôle exceptionnel dévolu aux femmes de mauvaises mœurs daos ia

Baissancede la nouvelle foi (Matthieu, xxi, 31). Les femmei; vertueuses, fi donc ! c'est trop banal : il faut des femmes qui ont beaucoup péché puis beaucoup aimé ! (Luc, vii, 47); et c'est ainsi que la mésaventure providentielle d'Osée a été Toitabre augurale de la perfection évangélique.

Je passe le reste de l'exposé qui se tient strictement au ré* dt d'Osée, i, 3-9; iv, 1-3. Conclusion : « Gomer de vient ainsi Temblème de Tisraël qui se convertit à Yahwé dans l'exil et attend le retour en Chanaan i> {So vird Gomer %um Vorbild deê êich im Exil %u Jahwe bekehrenden und auf die Zurilekfuhrung nach Kanaan wartenden Israël.) Pas un mot sur le sort des enfants qui sont glorieusement réhabilités selon Osée, u, 3! Bah, qu'à cela ne tienne ! le chapitre ii, ainsi que les versets in, 4-5 sont déclarés interpolation et remaniement postérieurs, et toutes les difficultés disparaissent comme par enchantement. Le procédé est aussi simple que sûr.

En réalité, l'exégèse est victime d'une illusion ancienne que les critiques, pour des motifs préjudiciels, ont enlaidie jusqu'à la caricature. Le mariage est réel, la qualification (c femme de prostitution et enfants de prostitution » (nb'*1 D'^ilJt HIW D^3T3î) ^st seule symbolique. Quand Jean-Baptiste appelle les sectaires pharisiens et sadducéens c enfants de vipères, ]» quand Jésus emprunte à Osée, m, 1 , le stigmate c génération perverse et adultère, » ont-ils pensé sérieusement à l'origine bestiale des candidats au baptême, ou à l'adultère matériel de tous les couples mariés qui écoutaient leurs prédications? Évidemment non. Ils se sont simplement servis de boutions figu-* rées et populaires qu'il serait folie de prendre au pied de la lettre. Osée a agi de même : Gomer, sa femme bien-aimée, par cela seul qu'elle appartient à une génération d'adultère, c'est-à-dire d'apostasie à l'égard de Yahwé, devient le symbole d'une épouse adultère, et les enfants qu'il a d'elle, celui d'enfants d'adultère. Son premier fils, Izreël, symbolise la chute de la dynastie de Jéhu, souillée du sang répandu dans la plaine d'izreël; de ses deux autres enfants, la fille, qui reçoit' le nom fatidique Lo-rufiama^ c celle dont personne n'a pitié, » représente les femmes d'Israël adonnées au luxe et aux cultes ptfens; le garçon, Lo-*amml,^cc non mon peuple, » symbolise

les hommes d'Israël rejetés par Yahwé. Après la séparation et répreuve symboliques imposées à Gomer, la réconciliation non moins symbolique des époux figurant Yahwé et Israël amène natut'ellement la transformation des noms flétrissants des enfants en noms glorieux : Rup^ama, c celle dont Yahwé a eu pitié, » et ^Ammiy c mon peuple ». Il n'y a ni feu, ni fumée; tout se passe comme dans les mariages bourgeois, mais avec une dose de poésie en plus. Les symboles de ce mariage sont le produit de la haute conception religieuse de la foi yahwéiste et n'ont pas poussé sur le fumier de l'adultère de la femme ni sur la supercherie d'un mari trompé et content.

L'évanouissement du roman scabreux de Gomer entraîne à sa suite les prétendues innovations théologiques qu'on attribue à Osée, dans l'intérêt du système, comme le pas le plus avancé vers le monothéisme, l'isolation d'Israël de la masse des païens (Israël et les païens), l'appréciation défavorable du culte d'Israël, la considération des veaux d'or comme des idoles {Baals)j l'antipathie contre la royauté, etc. Tout cela s'en va en fumée.

P. 224-225 (1-2). On a de la peine à découvrir dans Osée le moindre vestige d'une idée messianique. Il espère le retour d'Éphralm à la dynastie davidique qui durera sans interruption, bien qu'une partie de Juda soit aussi traînée en exil (r, 7; n, 2). L'avenir de la nation, unifiée de nouveau, sera très heureux : abondance extraordinaire, paix étemelle, relations d'amour mutuel entre Yahwé et Israël (ii, 18-25; xrv, 5-9), mais la personne du roi importe peu. Le -j^-jî q'^*» d'Amos, de caractère néfaste, se réalise dans la période de l'exil et n'a subi aucune modification dans Tesprit d'Osée.

P. 225-229 (§112). Isaïe, pas plus que ses prédécesseurs, ne mérite le titre de c prophète de malheur » {Unglucksprophet). Tout prédicateur convaincu, qui tâche d'améliorer l'état de ses contemporains, est obligé d'affirmer que la continuation du désordre matériel ou moral actuel mènera la nation à la ruine et même è la disparition totale, au cas où elle serait forcée de lutter contre un ennemi puissant. Les prophètes d'Israël ne pouvaient naturellement pas agir autrement; ils se servent des mêmes prévisions sinistres, mais leur patriotisme ardent les empêche de songer qu'Israël puisse être rayé de la liste des

Dations. Selon le tempérament individuel ou selon les circonstances de Tépoque, Tun localise ramélioration dans un noyau peu nombreux qui restera dans le pays même, Taulre fait venir ce noyau amendé de la terre d'exil. Isaïe ayant prêché sous Ézéchias, dont le zèle pour le yahwéisme était au-dessus de tout soupçon, s'arrêta logiquement au premier procédé et borna ses menaces à la dévastation matérielle combinée d'une terrible dépopulation de la province. La capitale restera intacte au milieu des ruines, aOn de servir d'asile aux saints formant le vrai Israël de l'avenir (Isaïe, i, 7-9; iv, 2-6; vi, 12-13). Les autres prophètes ayant à lutter contre des rois polythéistes allèrent jusqu'à la déportation totale des habitants dans la terre étrangère, pour une durée plus ou moins longue, mais jamais d'une manière définitive. Dos prédictions comme celle-ci ; « Le temps va venir que ce ne sera plus sur cette montagne (de Garizim), ni dans Jérusalem que vous adorerez le Père » (Jean, IV, 21) et : € Je vous déclare que le royaume de Dieu vous sera ôté, et qu'il sera donné à un peuple qui en produira les fruits » (Matthieu, xxii, 43), sont l'antipode de l'esprit prophétique. Pour cela, il faut une époque où les juifs de la diaspore se pavanaient d'être nés citoyens romains (Actes, xxn, 28).

Je ne veux pas perdre un mot sur les mutilations arbitraires qu'on fait subir aux pièces les plus authentiques du livre d'Isaîe. Privée de toute base est également la prétention que les asertm et les idoles d'or et d'argent dont il est question Isaïe, h 29, et ii, 18-5JO, étaient des emblèmes de Yahwé très légitimes jusqu'alors. Elle découle du système préconçu qui place la rédaction du Décalogue pendant le règne de Josias.

P. 229-230 (§ 1 1 3). Miellée. Dans mon commentaire sur ce prophète, je crois avoir suffisamment démontré l'intégrité à peu près complète du texte que nous possédons, ainsi que l'inexactitude des conclusions que l'École tire des bribes qu'elle considère comme authentiques. En toute conscience, je n'y trouve pas d'idée nouvelle sur l'avenir d'Israël amendé par les souffrances extrêmes de l'exil. La théorie messianique lui est inconnue. Comme Amos et Osée, Michée espère le rétablissement de l'unité d'Israël avec un seul centre cultuel à Jérusa-

lem, aousTégidô d'un roi de la famille davidique. Il me paraît encore assez probable qu'il a précédé au moins de quelques années les prédications d'Isale qui lui doivent d'importants emprunts et tout spécialement la description de la destinée du temple et du yahwéisme à. devenir le lieu du culte et le foyer du monothéisme universel (Isaïe, ii, 2-4 :^ Michée, rv, 1-4),

P. 231-233 (§ H5). L'intrusion de cultes étrangers. Ce chapitre a une haute importance dans la thèse que nous examinons. Il constitue la plate-forme de l'idée particulière, si je ne me trompe, à M. Stade, d'après laquelle les auteurs i et J? admis jusqu'ici comme antérieurs à Amos seraient plutôt postérieurs à ce prophète. Le savant critique les regarde comme ayant écrit dans le but principal de contrecarrer l'intrusion de cultes nouveaux dus à l'influence assyrienne.

Pesons chaque mot de l'exposition suivante :

« Dans la détresse du temps (In der Not der Zeit), on saisit tous les moyens de gagner le secours des puissances célestes. Les prophètes se plaignent de l'illusion [klagen uhsr den Wahn) de s'assurer de Yahwé par des pratiques cultuelles accumulées et grossies (durch geMufte und gesteigerte Kuk" ûbungen). Comme le malade que le médecin n'aide point cherche du secours auprès des charlatans, Israël se tourne dans ses détresses aussi à d'autres dieux. Des pratiques déchues (verêchollene Praktiken) revivent et des cultes étrangers sont introduits. Et la prédication des prophètes au sujet de la colère de Yahwé aura, malgré eux, favorisé cette disposition. D'Amos, puisque v, 26, n'est pas authentique, on gagne l'innpression que le processus a eu lieu après ce prophète. Isaïe se plaint du culte de TamnHiz. Ce qui avait déjà immigré auparavant, moyennant les cultes chananéens, en fait d'idées et d'usages assyro-babyloniens (cf. § 20, 3 A. 2) aura repris vie et facilité le processus. La supposition que le culte du jj^y

D^DE^i'5» c'est-à-dire du soleil, de la lune et des étoiles, avait

déjà pénétré au vm'' sièdet ne se laisse pas démontrer par Il Rois, xxm, 12. »

Par malheur, oe8 sentences, énoncées d'une manière par trop apodictique, ont grandement besoin d'être démontrées :

\ . La première phrase contient une restriction dont on ne voit guère la raison. Un homme qui se noie s'accroche à une paille, comme dit le proverbe ; un peuple qui agonise se voue à tous les dieux et génies qu'il connaît et non pas seulement aux dieux célestes. L'exemple du malade abandonné par le médecin et qui se laisse traiter par les charlatans, exemple fourni dans une phrase plus loin, le dit en toute clarté; Tinsis-* tance particulière sur les célestes semble destinée à faire accepter l'idée que les divinités adorées jusqu'alors en Palestine^ Yaiïwé inclusivement, non seulement n'avaient rien de corn» mun avec les corps célestes, mais n'étaient même pas logées au ciel d'une manière invisible. Une imagination aussi atrophiée descend au-dessous de la mentalité du Hottentot, qui conçoit son Urezhwa comme un être céleste qui, mécontent de la conduite des hommes, retourne dans sa demeure élevée. L'exception annoncée d'emblée demande au moins un commencement de preuve,

2. En lisant attentivement Isaïe, i, 1 0-1 7, on arrive à la conviction que ce prophète a en vue des gens dont la piété cultuelle est en contradiction avec leur.conduite morale. Avec le culte matériel et exagéré de ces gens, il condamne en même temps les prières qu'ils font pendant leurs actes de dévotion, tout en ayant leurs mains encore souillées d'œuvres iniques (wbD D^DT DD^T)' '*fti®> XXIX, 13-1B, laisse entièrement de côtelés pratiques cultuelles et se borne è condamner les hypocrites religieux qui» en apparence, honorent Yahwé par des paroles respectueuses, mais, étant seuls, sont convaincus que Yahwé ne voit pas leurs turpitudes (i3j;i> ^di ijxT ^d) 5 *'* sont pour lui des athées déguisés. On a vu, au cours de ces remarques, pourquoi TÉcole tient tant à qualifier les pratiques du culte comme un crime religieux.

3. Curieuse est la sentence € que la prédiction des prophètes, au sujet de la colère de Yahwé, aura, malgré eux, favorisé celte disposition >. C'est une reproduction de la sentence radicale de saint Paul : « Je n*ai connu le péché que par la loi; car je n'aurais point connu la concupiscence, si la loi

n'avait dit : Tu n'auras point de mauvais désirs > (Romains, VII, 7.) N'insistons pas.

4. On ne motive pas le retranchement d'Amos, v, 26; il a eu le tort de mentionner le culte des étoiles à Jérusalem jBiu viii^ siècle et on s'en est débarrassé. Le curieux de Tafifaire, c'est que les noms divins cités appartiennent à la Damascëne et nullement à l'Assyrie, comme on l'admet d'habitude. D'autre part, l'authenticité de ce verset a été prouvée dans mon commentaire. ,

5. Le témoignage impartial de II Rois, xxm, 12, au sujet de l'antiquité du culte du soleil, de la lune et des étoiles, en Judée, prime toutes les spéculations théoriques et ne doit être rejeté que preuve à la main. Du reste, ces cultes sont primordiaux chez tous les Sémites, et on ne peut pas parler. de pénétration.

6. Il n'y a pas d'allusion au culte de Tammuz, ni dansisale, I, 28-29, où il s'agit de bosquets sacrés, ni xvii, 1 1 , dont le texte est évidemment très corrompu.

Complétons la série par des remarques rapides sur des points moins saillants.

Mes vues sur les chérubins et les autres objets de Fart décoratif ont été exposées plus haut et je ne crois pas nécessaire d'y revenir.

B^n3n» Amos, IX, 3, est un vrai serpent résidant dans la

,mer, d'après la croyance populaire ; cf. Isaïe, xxvn, 1 , où il est synonyme de y^v;:\ et de rp^iS.

Dinn» qualifié de nnn nifSl» contre-partie de u'^W

bVD • (bénédictions = pluies) des cieux élevés »), désigne les

sources fertilisantes jaillissant du fond de la terre (Deutéronome, viii, 7). Nulle allusion mythique.

în{^ nhy ®^* ^" édifice construit par Ahaz; les autres rois de Juda, Manassé et Ammon, y érigèrent des autels, 'j^ 'y est pour înx n^^î?3 » 0^ P^ut ^ussi faire abstraction du ,t et lire

X V J5" ^" tous cas, l'authenticité de la phrase ne saurait être suspectée. Le toit figurait une petite bama et n'était pas uni-

quement voué au culte stellaire; on y offrait également à Baal et à d'autres dieux (Jérémie, xxii, 29).

Les colons de D'^HBD» ^*"^ que j'ai depuis longtemps identifiée avec a^niD (Ézéchiel, xl, 16), n'étaient pas des Babyloniens de Sipar, mais des Cœlésyriens; leurs dieux, n'^D-nx et ^^SjîTî '^ prouvent d'une manière incontestable. Ces noms sont inconnus dans le panthéon assyro-babylonien ; la consonne y, aussi bien qu'un dieu-r^^» ^^^^ également défaut dans la langue de Babylonie, tandis que cet élément divin (souvent ponctué •nbb> Moloch) apparaît fréquemment chez les Phéniciens. Ilé-

sychius note Hercule-Malichos à Amathonte, en Chypre.'

Résumé : Absence complète d'éléments religieux assyriens dans la recrudescence de l'idolâtrie en Jiudée, après la mort d'Ézéchias et pendant le règne de Manassé.

P. 234 (1). « Les événements de Tan 701 (départ de Sennachérib et conservation de Jérusalem) ont contribué à préparer la centralisation de tout le culte dans le sanctuaire de cette ville (und die Zentralisierung ailes Kultes in ihm vorbereitet. »

Voir plus haut où j'ai montré que cette centralisation a été un fait accompli avant l'invasion de Sennachérib (II Rois, xvm,22). Personne ne peut substituer son propre sentiment aux données de l'histoire pour limiter la réforme d'Ézéchias au culte intérieur du temple. Le verset ibidem, 4, cadre parfaitement entre verset 3 et verset 5 et est rédigé en un excellent hébreu*. Aucune raison n'existe pour y voir une interpolation. Le fait qu'Ézéchias avait ôté les bamoth, les ma^çéboth et les aâéroth au début de son règne, détruit de fond en comble le système si péniblement combiné par la critique moderne. Ne soyons donc pas étonnés d'entendre prononcer le verdict suivant : € Le contenu (du v, 4) est incroyable (!), puisque, manifestement (!), la réforme d'Ézéchias est confondue avec celle de Josias (!); verset 4 b raconte l'affaire de Nebuètan (et

i. L'emploi du passé ^atm» niDI» nnSI» au lieu de -attm,mD'»1. nnOT, exprime la nuance d'une action lente et successive. Cf. Jérémie, xxii, 15-16.

^\OTê?). Il n'est pas vraisemblable que la réforme d'Êzéchias se soit bornée à cette mesure unique (nous pensons tous de la sorte!). Le contenu du verset 4 a refléterait un Tait inexactement transmiê et faussement compris (!) i (Ihr Inhalt ist unglaubwUriig^ da augenscheinlich Hiskias Reform mit der Joêias verwechselt wird. v. 4 b er%à,hlt vom Nechuschtan. Es ist nicht wahscheinlich^ dass Hiskias Heform sich aufeine soldu vereintelte Massnahme beschr&nkt hat. Der Inhalt vonv.kt dUrfle eine ungenau iiberlieferte und falschverstandene Tôt* sache widerspiegeln).

La science ratiflera difflcilement des décrets lancés d'aussi cavalière façon. Inutile d'en dire davantage.

P. 235-846 (§16). a L'époque du syncrétisme. Les règnes de Manassé) d'Âmon et le premier temps de Josiâs. Les influences du culte stellaire et du culte de Moloch sur la religion et le culte de Yahwé. 9 Ce long titre indique suffisamment la teneur de ce paragraphe, un des plus importants de Touvrage. Ce dernier reprend au début (i, 1-2) la description plus détaillée de ces cultes idoifltriques, en grande partie de nature astrale; le soleil, la lune, les étoiles et les constellations en sont Tobjett ainsi que certains emblèmes matériels, comme les chars du Soleil avec leurs chevaux (ufoiyn PtajID)' On les faisait probablement sortir, en théorie, aux quatre saisons de Tannée, où le soleil change déposition; peut-être seulement pendant les fêtes équinoxiales, ou bien encore une seule fois dans Tannée, à Téquinoxe du printemps, premier jour de Tannée, si on suit la leçon nMip des Septante. Rien ne fait supposer qu'il

s'agisse d'un char qui aurait accompagné ses adorateurs dans la guerre, au titre d'un sanctuaire du Soleil , comme c'était Tusage des Perses (to dfpfxa Aïoç ipov; Hérodote, vn, 40); on ne constate rien d'analogue chez les Assyriens. Chez les Israélites même, le savant auteur rappelle Tusage ancien d'amener l'arche de Yahwé dans les expéditions guerrières, mais alors la logique commanderait de regarder Yahwé comme un dieu solaire, au lieu de faire de lui un numen du mont Sinaî. Point curieux : les dieux célestes, venus d'Assyrie sous des formes humaines bien déterminées par leurs physionomies et

lêttrs emblèmes particuliers, auraient perdu, en Judée, leurs corps matériels (!) (der Gestimdienst den wit int allgemeinen bildlos %u denken habên). Quand on constate en Israël des emblèmes païens qui ne reçoivent pas de culte, comme les chérubins, le candélabre à sept lampes, la mer d'airain, etc., on lui refuse la connaissance des mythes qui s*y rattachent; quand, au contraire, le culte en est constaté, on les dépouille des formes artistiques sous lesquelles ils sont représentés depuis des milliers d'années. Israël ne doit-il pas rester irré* médiablement barbare? L'auteur ajoute, en effet, que, par suite de la domination assyrienne, la piété israélite a été obli*gée de se mettre, au moyen du mouvement syncrétique, en harmonie avec la situation du monde qui était inintelligible en partant de la croyance rigoureuse de Yahwé {Die israelitische Frômniigkeit tvird daher dureh die synkretistische Bewegung in Einklang mit der Weltlage gesetzt die vom strengen Jahveglauben ans nicht zu verstehen war.) Ne cherchons pas à demander le pourquoi de cette singulière affirmation : un mystère se soustrait à la raison. Il faut aussi croire qne, pour la masse du peuple, les apports de l'Assyrie ont fait rabaisser Yahwé au degré d'un dieu du pays {wieder zum Landesgott herabgedvûckt). La souveraineté assyrienne ayant englobé alors tous les peuples voisins de la Palestine, le même jeu de bascule religieux à dû se reproduire à plus forte raison chez toutes ces nations, notamment chez la nation minuscule des Ammonites, en ce qui concerne leur dieu Milkom, qui fut toujours attaché à la glèbe ; alors comment expliquer le fait que les Judéens juraient par Milkom (Sophonie, i, B, selon l'exégèse de l'École)? Que pouvaient-ils espérer d'un dieu paralysé dans son coin? Nouveau mystère.

J'allais oublier un point plus curieux encore et d'ordre onomastique : a La résurrection de superstitions primordiales est indiquée par le fait qu'au temps de Josias on rencontre derechef des noms totémiques comme noms d'individus : tg;^,

mbH' 1*1337 • ^ ^®**^ prétendue renaissance consciente du totémîsme, malgré la prédication des prophètes et l'introduction victorieuse du culte de dieux anthropomorphiques de l'Assyrie, est

malheureusement tuée dans son œuf par la circonstance que tous ces noms appartiennent à de pieux adorateurs de Y^bwé : Saphan était le scribe de Josias; Achbor, son confident, et HnUla, prophélesse de Yahwé; et, par surcroît, Ions ces personnages ont concouru à la propagation du livre de la Loi trouvé dans le temple par le grand prêtre Helcias et a la réforme de Josias. De la hauteur où elle est placée, la High Critical School n'a pas vu ces vétilles, et, quand elle daignera y regarder, elle trouvera toujours un distinguo àauveur. P. SS38-:!44 (3). Israël, nous dit-on, reçoit des Assyriens le culte des astres et les mythes qui s'y rattachent. Le parti prophétique qui rejette ce culte s'empare de ses mythes, au moyen desquels il élargit l'idée de Yahwé, lequel devient alors dieu céleste et créateur du monde. Cependant, durant les nombreux siècles que la religion et la civilisation grecques s'épanouissaient en Egypte et commandaient en maîtresses dans l'Asie alors connue, les peuples soumis n'ont accepté ni un dieu grec, ni un mythe grec ; l'influencedes maîtres civilisés s'est bornée, même chez les petites nationalités, à la représentation figurée de quelques-unes deleurs divinitéssousdesformesempruntées aux dieux grecsavec lesquels on les identifiait. Pour Israël, l'encadrement dans l'empire assyrien pendant les vingt-neuf ans du règne d'Ézéchias, interrompu de plusieurs années de rébellion qui ont amené une horrible dévastation du pays, aurait produit une nouvelle révélation religieuse! Ce que le contact millénaire avec FÉgypte et la IMiénicie n'a pu faire, l'irruption, pour ainsi dire éphémère et hostile, des Assyriens, l'aurait accompli de haute main ! En réalité, les Assyriens furent même incapables de modifier, en quoi que ce soit, la religion des captifs transportés en Samarie, lesquels continuaient les cultes de leur pays d'origine (II Rois, XVII, 29-33). Quelque respect que nous inspire la science de nos adversaires, on ne peut admettre une thèse pareille sans renier tous les principes de l'histoire saine et expérimentée. Nous ne croyons pas davantage à la possibilité de caser dans cette courte période, outre les prophètes Isaïe, Michée, Sophonie et Jérémie, la rédaction de tous les recueils légendaires, historiques et législatifs compris dans le Pentateuque. Ce sont des résultats obtenus par un ensemble de faits

historiques que des preuves matérielles peuvent seules nous faire abandonner.

Parmi les détails des prétendus emprunts à l'Assyrie dominante, notons les plu"^ saillants :

Ibidem, p. 238-239. 1) a La mythologie assyrienne racontait non seulement ce qui concerne les destinées des dieux et leurs rapports les uns aux autres, mais savait encore expliquer le monde. j> G'eçt on ne peut plus exact; je demande toutefois la permission d'ajouter : Et comme le narrateur de Genèse, ii, ne dit pas un mot sur la destinée de Yahwé et sur son rapport aux autres Élohlm, il est plus que probable qu'il n'a pas eu \e récit assyrien pour modèle.

2) P. 239. « Un peuple dont le regard dépasse à peine les limites de Chanaan ne s'est naturellement pas posé des problèmes cosmologiques. A présent l'idée qu'il se fait du monde s'élargit. Il apprend maintenant à connaître la terre avec tout ce qu'elle porte et avec les étoiles comme un grand organisme, à concevoir les peuplesde la terre comme formant un ensemble, et met tout cela en rapport avec Yahwé et son gouvernement {sein Walten). Les mythes adoptés alors sont en partie passés dans la représentation yahwéistique de la légende des origines {die Ur$age)y laquelle reçut seulement alors son caractère d'histoire universelle. »

La prémisse est-elle bien exacte? On trouvera difficilement, dans toute l'antiquité, une nation dont la connaissance des pays et des peuples extérieurs ait éié aussi large que celle d'Israël. Les ancêtres viennent du sud de la Babylonie ; le noyau de la nation séjourne pendant des siècles en Egypte, puis traverse l'Arabie Pétrée, s'empare d'une partie de la Pérée, effectue la conquête de là Palestine et rentre en rapport avec tous les royaumes ciseuphratiques, ainsi qu'avec l'Egypte et l'Ethiopie. A l'époque de Salomon, la flotte Israélite trafique avec le royaume de Saba et reçoit la visite de leur reine. Il vit, en outre, en bons termes avec les Tyriens dont les voyages maritimes atteignaient les points extrêmes de l'ouest méditerranéen. Et néanmoins on nous présente l'horizon d'Israël, deux siècles et demi après Salomon, comme sortant à peine des limites de Chanaan ! Et on n'hésite même pas à affirmer que la vue que

vingt siècles de rapports avec le reste du monde n'ont pu élargir, s'est subitement ouverte au spectacle de l'univers et au groupement du genre humain, à la première apparition des percepteurs d'impôts assyriens en Judée ! Évidemment la spéculation et l'histoire sont deux choses très différentes.

Je voudrais encore qu'on m'expliquât Tabsence totale dé Tastrologie, dans le culte des corps célestes du paganisme Israélite. Ce système magique, inséparable de la religion as* syro-babylonîenne, n'eût-il pas dû être adopté par la masse du peuple juif parmi tant d'autres pratiques magiques défendues par le yahwéisme? On peut faire valoir la même raison à propos de l'haruspicine, notamment de Tinspection du foie des victimes, de l'interprétation des naissances bizarres ou tératologie, arts mystiques sur lesquels les Assyro-Babyloniens ont composé de vastes recueils et qui sont absolument ignorés des écrits hébreux antérieurs ou postérieurs au Viii* siècle. Par contre, la nécromancie ou l'évocation des morts, dont la première constatation connue date du règne de Saûl (xi* siècle avant Jésus-Christ j, et sans cesse combattue par la loi et les prophètes sous le vocable de Q^^yn^^ m21X» "'^ J*^^^ aucun rôle dans la magie babylonienne, si elle y a jamais existé Comme une pratique populaire, car jusqu'à présent on n*a découvert aucun texte religieux traitant de ce sujet*.

A Coup sûr, les superstitions populaires sont légion à l'époque en cause, mais il sera difficile d'en signaler une seule qui porte le cachet particulier des croyances assyro^babylonlennes. Même le dieu suprême de l'empire, Assur, n'est l'objet d'aucun culte en Judée.

Passons aux légendes de la Genèse concernant les origines et débutant par celle de la création du monde. J'ai consacré une étude particulière à ce problème dans la Revue sémitique {\ 904, p. 19-30 et 1 18-154), et j'ai examiné successivement les deux dates assignées au récit du y ah wéisle ou J : la date du vin* siècle, soutenue par M. Budde, et celle du vu'' siècle, admise par M. Stade. Dans la première hypothèse, J serait antérieur à

1. La consultation d'Ea-Bani par Gilgameê est un fait aussi isolé que la résurrection d'Istar et se passe dans les milieux des dieux ou des héros divinisés, Jamais dans les milieux iiumains.

Atnos ; danâ la seconde, Il serait de cent ans pluâ jeune^ c^està-dire du vu* siècle; enfin, dans la troisième hypothèse, qui est la noienne, il remonterait à l'époque de Salomon, vers 950, qui a vu la centralisation du culte monothéiste dans le temple de Jérusalem. J'ai montré, et aucun assyriologue n'en a jamais douté, que l'infiltration des mythes babyloniens en Syro-Phénicie et l'assimilation des divinités principales babyloniennes aux divinités autochtones de Touest, furent déjà accomplies de longs siècles avant l'établissement d'Israël en Palestine, ce qui implique naturellement que les récits relatifs à là création du monde et au déluge ont eu tout le temps nécessaire pour se transformer chez chaque peuple de cette région, et prendre partout une couleur nationale. Les dieux créateurs étaient Baal en Phénicie^ Be'êl en Âramée, Milkom en Âmmonitide, Kemog en Moab^ Qos en Idumée et Dagon en Philistide^ et la catastrophe du déluge était également attribuée à leur artion respective. Les variations ne concernaient vraisemblablement que des points secondaires. En occupant le pays, le peuple d'Israël n'avait aucune raison de ne point les accej^ter, et d'autant moins qu'il n'a jamais hésité à adopter lei cultes chananéens. On ne nous fera jamais croire que la partie la plus attrayante de ces cultes, les légendes relatives aux actes et aux aventures des dieux qui en font l'objet et qui sont d'une nature essentiellement populaire, ait été laissée de côté par la masse israélite, contrairement à ce qui arriva dans les autres cultes adoptés comme, par exemple, dans celui de Tammuîs- Adonis, dont les femmes juives pleuraient la mort à des époques déterminées, parce qu'elles connaissaient les légendes afférentes tout aussi bien que les femmes phéniciennes. L'affirmation qu'Israël n'a pu connaître les légendes des dieux babyloniens qu'après Tinstallation des Assyriens, comme puissance souveraine, en Judée, ou seulement au nord de ce pays apt^s la destruction de Samarie par Sargon, en 727, doit être considérée comme contraire à tous les renseignements de l'histoire documentée et comme ne devant sa naissance qu'à des spéculations de classement littéraire qui ne reculent devant aucune violence exégétique et critique imaginable pour arriver à leur but préconçu.

Si l'on veut savoir en quoi la forme assyrisante de la légende diffère de celle des légendes pré-assyriennes, on lira attentivement l'exposé suivant :

« Elle ne raconte plus maintenant {nunmehr nicht mehr) la naissance {die Entstehung) d'Israël, mais du monde des peuples (sondent der Vôlkerwelt), en tant qu'il habite dans l'empire assyrien {im assyrischen Machtbereich) et à ses frontières. Israël est retiré de cette masse (ist aus dieser Masie ausgeschieden) : l'idée de l'élection trouve une nouvelle expression dans cette exposition historique. »

Si j'ai bien compris, les mots « elle ne raconte plus i n'ont de sens que si on regarde les quelques allusions aux anciennes époques d'Israël comme un récit historique régulier. Mais ces rappels rapides, sans cohésion et dénués de toute prétention de nouveauté, peuvent-ils sérieusement recevoir le titre de récits? Dans Amos se trouvent ces allusions-ci : destruction des Amorrhéens, sortie d'Egypte et traversée, durant quarante ans, du désert pour la conquête de la Palestine (ii, 9-10), destruction de Sodome et de Gomorrhe (m, 11), séjour dans le désert pendant quarante ans (v, 2), sortie d'Israël d'Egypte, des Philistins de Caphtor et des Araméens de Qîr (ix, 7); en tout, neuf mentions qui se réduisent à trois événements concernant Israël : sortie d'Egypte (deux fois), séjour dans îe désert (deux fois), occupation de la Palestine (deux fois), et trois événements d'histoire de peuples non israélites. La balance est égale. Si cela peut être appelé faire de l'histoire d'Israël, et encore à l'exclusion des autres peuples, alors il faut reconnaître que la logique varie selon les latiludes.

Osée, de son côté, fait les mentions suivantes : sortie d'Egypte et séjour dans le désert (ii, 17; ix, 10), culte de Baal-Ph^or (Pe'or,iWd^m), destruction d'Adma et de Seboïm(xi, 8), lutte de Jacob avec son frère jumeau avant de naître et sa victoire sur un Élohîm (xii, 4-5), fuite et servage de Jacob en Aram pour pouv*ojr prendre femme (xii, 13), rôle d'un prophète pendant la sortie d'Egypte [ibidem^ 14). Somme toute, deux détails nouveaux sur le temps de l'exode (le culte du dieu moabile et le rôle du prophète), trois légendes afférentes à Jacob et un événement non israélite, ensemble si concis que, sans les récits

du Pentateuque, il serait parfaitement inintelligible, et surtout oi^n'aurait pu savoir que le prophète de Pexode portait le nom de Moïse. Il est superflu de parler de Michée, dont la partie qui a échappé aux ciseaux de la critique radicale ne contient aucun fait d'histoire ancienne. Dans la partie prétendue interpolée, on trouve les mentions suivantes : sortie d'Egypte sous la direction de Moïse, Aaron et Miryam (vi, 4), et immédiatement celle d'un projet (y];>) communiqué par Balac, roi de Moab, à Balaam, fils de Be'or, et suivie d'une réponse de celuici, ainsi qu'à des faits qui s'étaient passés de Sittim à Galgal (vi, 5). Dans les décombres difformes que la critique accorde à Isaïe, on ne constate qu'une allusion à la destruction de Sodome et de Gomorrhe (i, 9). Dans Sophonie (Sephania), enfin, dont le passage gênant, ii, 8-11, est déclaré interpolation par les infaillibles, il n'y a plus aucune allusion de ce genre. Tels sont les faits que tout le monde peut contrôler; tâchons de les classer.

A. Légendes préisraélites.

a) Sortie des Philistins de Caphtor (Amos).

b) Sortie des Araméens de Qîr (Amos).

c) Destruction miraculeuse de Sodome et de Gomorrhe (Amos, Isaïe).

d) Destruction miraculeuse d'Adma et de Çeboïm (Osée).

B. Légendes patriarcales.

a) Rivalité de Jacob avec son frère jumeau étant encore dans le ventre de leur mère (Osée).

b) Victoire remportée par Jacob sur. un Élohîm qui se fit relâcher à force de pleurs et de supplications (Osée).

c) Fuite 'de Jacob en Aram et son servage pour avoir une épouse (Osée),

d) Apparition, à Béthel, de Yahwé à Jacob (Osée).

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