La prophétie s'est éteinte après l'exil, par suite de
stines qui la rendit ridicule et antipathique (Za- 2-6) ; la législation deutéronomique est au conorableau prophétisnoe (Deutéronome, xvm, <5-
n'est jamais entré en conflit avec le mouvement é par le Deutéronome.
lome, XIII, 4, i, 5, 6, a, il s'agit d'un prophète idolâtrie, et n'est nullement antiprophétique, du livre de la réforme sur le culte, imité des bamoth, attestée par un témoin désins, XVIII, 22), est formellement déclarée par Amos, e, tous les trois antérieurs au vu* siècle, i profane de la viande est déjà mentionné Osée,
; avaient un caractère national, même dans le mi-
hraïmite (Il Rois, xii, 32-33).
indes apportées par les rois avaient toujours un
fiction entre prêtres et lévites date de Tépoque
s pour l'État,
ahwéique, en général, entrave les excès des rois,
is été fatale à l'État.
que extérieure et les lois de la guerre ont été
incipes de la justice et de l'humanité, mais nul-
i religieuse dans le sens cultuel.
létie relative à la destruction de Ninive (Nahum,
9), à cause de son iniquité envers les autres
eut pas contenir l'annonce de jugement contre
it moins que ce jugement a déjà été accompli
tme (i, 12-13; ii, 1).
issi injuste que bizarre, d'après laquelle la pro-
la loi aurait causé des ravages sur le jugement
El conduite morale de quelques prophètes (Jéré-
15; XXIX, 21-32), sent de loin la maxime no-
\\x\ : c La loi a ressuscité le péché mort » (Ro-
. Pas de commentaire.
Un mot enfin pour amortir la coup de pied que le piétisme chrétien se croit toujours obligé de lancer à la religion mère. Le proverbe évangélique : c Celui qui tire l'épée meurt par Fépée » n'est qu'une copie peu variée du dicton d'Hillel '^y
"niSDN nSpST» ^^ parce que tu as noyé, on t'a noyé; » ce n'est pas d'ailleurs un des meilleurs qui nous soient parvenus du célèbre chef d'école pharisien. D'autre part, si l'on trouve blâmables les prédictions hostiles des prophètes contre les nations qui menacent l'existence du peuple de Yahwé, comment doit -on qualifier les malédictions prononcées par Jésus contre les particuliers et les villes de sa propre nation pour la seule raison qu'ils n'admettent pas ses prétentions surhumaines ou s'ils se refusent seulement à héberger ses missionnaires?
P. 269-272 (g 122, 1). La ruine de l'État. L'activité de Jérémie après la réforme :
a La conviction provoquée par la réforme de Josias, qu'Israël est juste {rechtsbeschaffen) et caché sous la protection de Yahwé {und unter Jahves Sehut% geborgen %u sein) , reçut un coup dar par la défaite de Megiddo (608) et la mort de Josias. L'espoir que la réforme détournerait le jugement aimoncé et proféré comme menace {angedrohte) par les prophètes n'était-il pas une illusion? Toutefois, il y avait dans le peuple une répiignance générale à accepter le malheur national comcoe mérité (Doch war die Abneigung allgemeiny das nationale Vnglûck ah verdient hinwnehmen) et à l'expliquer par ses propres fautes. Car on avait la conscience d'avoir rempli les devoirs acceptés (Denn man war sick bewusst die ubemommenen Pflichten erfuUt %u haben). La faute devait donc être cherchée ailleurs. On doit tenir compte de cette action de la réforme, si l'on veut comprendre les mouvements spirituels des dernières dizaines d'années avant la ruine de Jérusalem. »
Mes vues sur la nature et l'importance de la prétendue « réforme de Josias » sont si diamétralement opposées, qu'il m'est impossible d'admettre le fond de cet exposé. Josias a épuré le culte public et imposé théoriquement l'obéissance au livre de la loi, mais les instincts idolâtriques du peuple n'en furent pas modifiés; les rites païens s'exerçaient en cachette
sous le toit domestique ou dans les lieux écartés, sans même être molestés par la police qui fermait les yeux, le roi n'ayant édicté aucune pénalité contre les délinquants. Donc, personne n'a été assez dupe pour admettre la perfection religieuse du peuple et pour le considérer comme étant assuré de la protection de Yahwé. Il est plus juste de dire que la mort de Josias a encore renforcé Pidée de l'iniquité générale couverte extérieurement par un voile d'hypocrisie abjecte. A côté de l'idolâtrie dissimulée, la corruption des mœurs fleurissait comme auparavant et même dans la corporation des prophètes, tout comme au temps d'Osée. Après la mort de Josias, les hypocrites jetèrent leur masque, le paganisme redevint dominant, et le syncrétisme religieux trouva des fidèles dans les cellules mêmes du temple. Il n'est pas même certain que l'intérieur du sanctuaire resta h l'abri des souillures, bien qu'il fût surveillé par les prêtres sadocites (Ézéchiel, xliv, 15).
P. 270. « Elj dans le nom Eliâqîm (D^n>*7{<), changé par
Nechao en Jehoiaqîm, peut avoir représenté un nom divin assyrien. En Jehoiaqtm réside une adhésion (Bekenntniss) au dieu national, etc. » Je ne crois pas que Pharaon ait fait office de missionnaire yahwéiste. Le but politique a été atteint par l'acte même du changement, qui rappelle à la fois la souveraineté égyptienne qui Ta imposéet le devoir du vaincu de s'y soumettre. Joiaqîm resta aussi syncrétiste que son frère détrôné.
P. 271. Singulier effort d'attribuer aux prophètes antijérémiques, qui prophétisaient la chute prochaine de la puissance chaldéenne, i*idée baroque d'après laquelle toutes les catastrophes à venir sont autant de garanties de leurs prévisions, car ces injures faites à Yahwé seront suivies de sa glorification (Sie fassen aile weitere Unglucksfulle nur als weitere Beleidigungen Jahves^ denen seine Verherrlichung folgen wird); ils revenaient ainsi en arrière à la conception de la génération dont la conception du jour de Yahwé a été attaquée par Amos. Belle conception du procédé de Yahwé qui, sans le moindre but moral, supporte volontiers des injures prolongées, afin de se venger d*autant plus cruellement ensuite. Du reste, la conception du jour de Yahwé attribuée aux contem-
porains d'Amos, repose sur une fausse interprétation. Voyez plus haut.
Ibidem. La proposition suivante mérite d^étre écrite en flammes arc-en-ciel pour former le nimbe de la sainte piété chrétienne. Il s'agit de prophètes qui ne prêchent pas la pénitence et qui sont qualifiés de cç faux prophètes » par Jérémie :
« Mais la manière de voir chrétienne considérera ceux-ci également comme des instruments de |Dieu. En enlaçant leur nation dans la ruine, ils aident à séparer* la religion du pays de Chanaan {Christliche Betrachtung aber wird auch sie als Werkzeuge Gottes betrachten. Indem sie ihr Volk in den Vntergang verstricken, helfen sie die Religion vom Lande Kanaan zu lôsen). Comme cette séparation a été profitable au Fils et très désastreuse au Pèrey on est autorisé à conclure, en conformité avec le principe juridique : Is fecit cuiprodest^ que la besogne charitable de répandre des flots de sang de myriades du peuple choyé par son Père céleste^ a été accomplie tout ^tière par Jésus. Grftce à cotte conclusion mathématique, je parviens à comprendre le sens profond du fameux logion de Matthieu, x, 34 : < Ne pensez pas que je sois venu pour apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la pafa[, mais Tépée! » L'énoncé a une égale valeur pour le passé et pour l'avenir, étant donnée la nature divine de l'orateur, dont l'impatience de voir commencer le ravissant spectacle préparé est magistralement peinte dans la variante que voici : oc Je suis venu pour jeter le feu dans la terre, et que désiré-je, sinon qu'il s'allume? » (Luc, viii, 49). Doux Jésus!
Ibidem, a II (Jérémie) fait vainement du zèle contre l'infraction à la réforme :k> (Er eifert vergeblich gegen den Bruch der Reform.) La connexion de Jérémie, xi, avec Tacte de Josias me semble des plus problématiques. Dans ce discours, le prophète emploie deux fois l'expression nXîn nnan '»"I3'1»
« lesparolesde cette alliance, » immédiatement déterminée par la phrase explicative c que j'ai commandée à vos ancêtres en les retirant d'Egypte » (3-4, 10). Demême,xxxi, 31-32, annonçant que l'alliance ancienne contractée à la sortie d'Egypte fera place à une nouvelle alliance. Il est impossible de suppose
L moindre allusion à l'acte de l'alliance récente effectuée osias, après avoir pris connaissance de la teneur du livre é dans le temple par le grand prêtre Helcias. Et en effet, [;it de cette scène (II Rois, xxm), attribue cet acte à la té personnelle du roi, inspiré par le grand prêtre en tête cerdoce de Jérusalem, qui semble avoir été alors en froid le parti prophétique. La consultation de Hulda est tout à îcondaire comme moyen de tranquilliser les inquiétudes sias. Les prophètes invités ont assisté à rassemblée, mais lie semble avoir été laissé de côté. On ne le voit nulle ^n relation avec le roi ; il a été probablement écarté de la [^ar Tentourage sacerdotal. Jugeant ^entreprise de Josias isante, parce qu'elle se borna aux rites cultuels, Jérémie lua ses prédications moralistes, et s'il prend de préfé* pour texte le Deutéronome, ce n'est pas parce que son prèsjranditpar la découverte récente d'un ancien exemplaire, pour la simple raison que son langage persuasif convenait ^ux au goût populaire. J'ai aussi peine à croire que le peuple iérait le parti hostile à Jérémie comme le plus pieux ; la î ne s'intéresse point aux luttes théologiques : elle tient à ibitudes cultuelles et laisse l'arène libre aux théoriciens, les prophètes de diverses nuances, la lutte dégénéra filent en politique, même parmi les déportés à Babylone; lie combattit en vain les partisans de l'alliance avec pte et la catastrophe finale a complètement justifié ses sions.
272-274 (2). Jérémie et les espérances messianiques, léa, trop prolixe, n'offre rien de convaincant en faveur 1 foi messianique. Comme les autres prophètes, Jérémie à un heureux avenir d'Israël dans son pays, Juda et lïm réunis sous le gouvernement d'un roi davidique aussi mtque vertueux; mais il n'a aucune idée d'un messia- ) mystique : il reste lucide et patriote. 274-275 (3)» Les quatre-vingts pèlerins qui apportèrent ffrandes pour le nirp nO ®^ ^"î furent traîtreusement )ar Ismaël (Jérémie, xli)) se rendaient-ils aux ruines du le de Jérusalem? La chose est moins sûre qu'on ne l'aflirme» it s'agir d'un petit sanctuaire érigé à la bâte, à Maspha»
pour y former un centre religieux temporaire. Ismaél n'épargna que dix personnes riches qui pouvaient lui être utiles au cas échéant et dont il était sûr qu'ils n'iraient pas grossir les rangs des partisans de Gedaliaet des Babyloniens (ibid.^ 4-8).
P. 275. Deuxième chapitre. Le succès de l'action (die Atts^ wirkung) de la prédication prophétique dans l'exil. § 133. La signification hislorico-religieusede l'exil. Ézécbiel et le Deutérol8ale(1).
Le thème ayant été déjà discuté dans ce qui précède, il suffira de fixer brièvement les différences des deux explications. « L'exil, dit le savant critique, a confirmé la prédiction prophétique sur la ruine d'Israël. » Celé va sans dire pour l'élite du peuple, mais le syncrétisme de la foule y voyait au contraire une punition de la part des divinités populaires, quelque peu négligées par suite de la prédominance de Yahwé (Jérémie, XLTv; Ézéchiel, xjl, 32^ 39). Le roi Méâa'' n'attribue-t-il pas l'occupation d'une partie de ses provinces par Israël à la colère de Kamoè? L'exil n'a pas non plus dissous la connexion de la reUgion avec le pays en généra^ mais uniquement avec les cultes des peuples voisins devenus endémiques en Palestine, car le culte assyro-babylonien ne présentait aucun danger à cause de l'antipathie naturelle entre les vainqueurs et les vaincus (Isale, xlvii, i-7). Au contraire, les prophètes de l'exil font continuellement dépendre l'expansion du yahwéisme du retour dans la patrie. Enfin, nous concevons tout différemment les quatre points qu'on nous présente comme le résultat du développement religieux pendant l'exil :
1) c Acceptation (Uebemahme) par Israël du devoir de satisfaire la volonté de Yahwé sous forme d'une loi statutaire (m Form eûtes statutarisehen Gesetzes)^ dans la direction de la voie tracée par la réforme de Josias. » — Les écrits exiliques ne parlent nulle part de l'acceptation d'une nouvelle loi.
2) « Le développement d'une croyance à une rémunération individuelle et d'une éthique basée sur ce principe. » — Cette croyance est commune à toutes les religions du monde; Ëzéchiel i'a accentuée mamefUanément, afin de contrebalancer ridée de responsabilité des crimes des sieux qui déprimait
i ia moralité du peuple. Ézéchiel même y a bientôt renoncé n'en reste aucune trace dans les écrits ultérieurs.
ce La transformation et l'approfondissement de la croyance >ieu et de ia conception de Dieu-Yahwé; le dieu d'Israël, 3nt dieu universel {wird zum Weltgott). » — Tous les ds dieux du Panthéon sémitique étaient des dieux univer- Isaïe II a insisté sur l'universalité de Yahwé pour la seule •n qu'Israël se trouvant en exil et méprisé des vainqueurs,
foi pouvait être mise en doute ; elle avait donc grandet besoin d'être renforcée.
€ La croyance à une vocation historique particulière aêl. » — Elle existait depuis la naissance du monôme; les prophètes y ont fait fréquemment appel pour ler l'esprit national.
276-277 (2). Rien que l'incessant attachement au temple la patrie perdue détruit la prétendue séparation dans la iosité des exilés de la Palestine. La mère, disaient les îs, attendait éperdue le retour de ses enfants. Au début de , l'idée de l'éclectisme religieux hantait encore quelques i (Ézéchiel, XIV, 2-11), mais cela n'a pas duré. Uneimpora d'idoles populaires faites de bois ou de pierre eut lieu, ce n'étaient pas des images de Yahwé (steineme und mie Yahvebilden mit in Exil genommen) ; la continuation sacrifices d'enfants s'adressait aux < abominations d ibjî *^*^*» x^î 31) et nullement à Yahwé. 277-278 (3). Inutile de répéter pour la vingtième fois que asse populaire ne participe en rien à Télaboration de •ies religieuses ou cultuelles, elle est purement réceptive, ros du peuple ne croyait même pas à la possibilité d*un ir (ibid.y xxxvn). Nous parlons à tort des prophètes de ; Ézéchiel seul, né en Palestine, porte le titre de prophète, a de la peine à le faire accepter (ibid., xxi, 5) ; les autres nés de Dieu jouent le rôle de gardes (n^fii^), dont la von est d'annoncer l'approche de la délivrance. En sa qua- [e prophète et de prêtre, Ézéchiel dressa un plan sacrificie la restauration, mais c'est raisonner en l'air que de prére qu'un code cultuel général de large envergure ait pu
être élaboré dans une situation aussi déprimante sur le fond de traditions orales. Nous y reviendrons plus bas.
P. 278-280 (4). Caractéristique d'Ézéchiel et de son activité. Exacte en grande partie, elle glisse dans l'arbitraire en ce qui concerne l'affirmation qu'Ézéchiel pense au Deutéronome seul, quand il fait allusion aux Q^pn ^^ ^^^ O^DS^D donnés aux ancêtres d'Israël dans le désert. Âmos et Osée connaissent le Pentateuque tout entier, et, de plus, le Deutéronome en dépend foncièrement. Il ne construit pas un pont vers l'apocalyptique, celle-ci est déjà assez développée chez les prophètes antérieurs (Michée, rv, 9-13; Isaïe, xxiv). Il ignore le messianisme mystique, ainsi que les rémunérations eschatologiques ; il n'est pas l'initiateur du judaïsme proprement dit. Moins acceptable est encore l'affirmation qui rattache la conception du monothéisme juif à Deutéro-Isaïe (5).
P. 282 (§ 125, 1). L'observation du repos sabbatique doit son importance à son caractère hautement moral et sympathique à la classe malheureuse des ouvriers et des esclaves; la qualité de signe d'alliance, j-jlX» entre Yahwé et Israël avec plus de raison encore que Taffranchissementdes esclaves après la septième année (Jérémie, xxxiv) qui en est le pendant. Chose remarquable : il s'agit d'une nnD conclue par Tordre du roi Sédécias; de la a réforme » de Josias, il ne reste plus aucune trace. Quant à l'épithète de i^q n^^, c maison de révolte, »
pour 'jjij-I^Ti rr^a» si fréquente chez Ézéchiel, elle semble le résultat d'un jeu de mots péjoratif ^J|{-^i2^> = S^ID' = d^ IID» « être indocile, rebelle; » ■nb = n"to> ^'^^ '^ ^^^ HD-
P. 283-284 (2-3). La conception de la relation de Yahwé et Israël comme une alliance conjugale devance beaucoup l'époque d'Osée, dont le drame allégorique (Osée, i-iv) fut . compris de tout le monde. Ézéchiel construit en toute liberté l'image des deux sœurs élevées en Egypte et épousées plus tard par Yahwé (emblèmes de Juda et de Joseph), et s'étant rendues déjà auparavant coupables d'adultère (= culte des idoles, surtout des dieux égyptiens), ce qui est historiquement très vraisemblable (Ézéchiel, xxm; cf. xx, 5-9); tantôt il re-
présente Jérusalem sous l'image d'une petite fille abandonnée, élevée et épousée par Yahwé, et qui se prostitue néanmoins à d^autres dieux et à d'autres peuples (ibid., xvi). Ces allégories bilieuses sont des inspirations momentanées et ne viennent nullement de l'intention de transporter à la haute antiquité le jugement qu'il a de la période de l'apostasie du vu* siècle et de son temps {indem er auf die gesamte Vergangenheit das Urteil ûbertr^gtj dos er ûber die Période des 1. Jahrhundert und iiber seine Zeit fàllt). Ce manque de dogmatisme lui étant commun avec les autres prophètes, Ézécbiel fait aboutir ses menaces à des prévisions consolantes.
P. 284-385 (4). Attribution mal fondée à Ézéchiel d'un dogmatisme noir foncé. On doit assigner la même valeur à l'affirmation de l'École, qui admet un remaniement radical et déli« béré des traditions historiques des livres des Juges et de Samuel dans un sens deutéronomique ; que les écrivains deutéronomistes agissent d'une manière antihistorique {unhùtorisch verfahren) lorsqu'ils reportent l'unité de l'état d'Israël au temps entre l'immigration et là royauté, et font des anciens héros qui mènent les guerres de Yahwé des juges qui dirigent Israël dans le temps de sa conversation (und aus den aUen Heldenj die Yahves Kriege fûhrten, Richter machen, die dos geeinte Israël in den Perioden seiner Bekehrung leiten). L'unité d'Israël s'est cimentée en Egypte, et les juges sont formellement décrits comme des héros locaux; et l'expression VXTBT» nx ÉDSB^'»V simple synecdoque qui fait emploi du tout pour la partie, ne peut être méconque que par ceux qui cherchent midi à quatorze heures, comme on dit populairement.
P. 285-287 (1-2). Faut-il répéter que la croyance à la rémunération individuelle et presque immédiate des œuvres humaines fait le fond de toutes les religions de l'humanité et que cette croyance n'a pas été inventée par Ézéchiel? La manière large et casuistique — Ézéchiel est déjà aux trois quarts herméneuteet aggadiste! — dont elle est développée dansxiv, 1 3-23; xvui, 33, atteste seulement que le désespoir des exilés avait atteint la limite extrême et^qu'il s'agissait de les consoler à tout prix en leur inculquant la croyance que les fils ne sont pas soli-
daires des fautes commises par leurs ancôtres^ point de vue idéal et juridiquement exact, mais rarement confirmé par Thistoire. Ézéchiel n'hésita ni à se contredire, ni à contredire la théorie du Pentateuque : il était trop tribun pour connaître les contingences de Topportunisme et assez rabbin pour pouvoir, au moyen de distinctions subtiles, concilier les opinions les plus opposées. Quelque temps après, au milieu de circonstances moins sombres, il ne pensait plus à son hérésie momentanée. L'École s'abandonne au simple arbitraire en affirmant que le judaïsme et môme la Loi, Exode, xx, 5; xxxrv, 7; Nombres, XIV, 18; Deutéronome, y, 9, la reflètent; le contraire est vrai ; Ézécbiel a profité du caractère peu dogmatique de la Loi pour insister, selon Toccasion, sur Tune ou l'autre de ces théories. Enfin, les prétendues faiblesses du nouveau (?) principe d'Ézéchiel qui mêle le rituel (sabbat, abstention charnelle pendant les menstrues de la femme, abstention de manger sur les bamot corruptrices) et les suprêmes lois morales de justice et d'humanité, sont dues à la nomoclastie évangélique qui ne peut guère se vanter ni de conséquence, ni d'une grande dose de délicatesse dans les relations sexuelles, précisément dans les périodes en cause. On m'excusera de reproduire ici les instructions répugnantes que l'ancienne Didascalie donne aux fidèles à ce sujet.
P. 290. € Qu'Ézéchiel ne nie pas l'existence d'autres dieux, cela se voit par la réception du mythe de la montagne des dieux, XX, 14, 16, notamment s'il faut lire avec Kraetzschmar bx ^33 P^"^ E^N ''illX** — Voila Ézéchiel travesti en mi-païen pour un ce si » sans le moindre fondement, car le prophète met le roi de Tyr dans un milieu de mythologie phénicienne et nullement monothéiste, et que de plus, la correction proposée ne peut être motivée par aucune raison.
P. 891-392. Tout le passage traitant de l'influence babylonienne sur les visions d'Ézéchiel, empruntée à Gunkel, ne tient pas devant un examen sérieux des passages auxquels on se réfère. Nous avons traité largement ce sujet au courant de ces remarques et dans nos Recherches bibliques, La j-^^n*» ni"l» abrégée en nilH ^^ nn» désigne tantôt le vent matériel, tan-
tôt Tesprit et l'inspiration, alors équivalant à nxbD« ^^ sans le pluriel ninn Q^^ désigne plus tard les démons de certaines catégories. On ne saurait voir dans les sept gardiens invisibles qui détruisent Jérusalem de la vision ix, 1 0, les sept dieux planétaires des Babyloniens, pour la raison péremptoire que les Babyloniens ignorent la conception de sept planètes. Vraiment stupéfiante est la conclusion : a Mais on voit que la conception renforcée {die gesteigerte Auffasêung) de la puissance de Yahwé profite également aux Élohîm évincés par lui (den von ihm veràrMgten Elohim)^ pendant que les anciens objets du culte — les patriarches — ont dû être dégradés en hommes {wàhrend die alten [Kultobjekte {Erzvàter) zu Menschen depotenziert werden mussten). > Partout ailleurs, la prédominance du Christ dans le monde chrétien, et d'Allah dans le monde islamique, a fait presque entièrement disparaître les divinités antérieures; chez les Juifs, on nous affirme, au contraire, que celles-ci ont monté en grade ! En réalité, les auteurs de la dernière période biblique font plutôt intervenir les anges par cette conviction, que l'humanité perverse de leur génération, y compris eux-mêmes, n'est pas digne d'entrer en rapport direct avec Yahwé. C'est la dégénérescence du genre humain qui met en relief l'activité des agents ou anges de Yahwé, lesquels restent de simples serviteurs privés de toute initiative personnelle comme auparavant. Quant à la dernière assertion relative à l'origine des patriarches, on a déjà vu plus haut qu'avec un peu de bonne volonté, Jésus et saint Pierre peuvent être considérés comme incarnations simultanées du Yahwé-pierre du Sinaï!
P. 292-296. L'espérance messianique d'Ézéchiel, sa portée {ihr Umfang) et son caractère. — Ne nous lassons pas de protester encore contre l'habitude devenue nature dans cet ouvrage de consacrer un chapitre particulier à l'idée messianique de chaque prophète dont on analyse l'écrit. Fait-on l'histoire de la dogmatique juive et chrétienne ou bien l'histoire de la théologie de l'Ancien Testament? La dogmatique précitée entend, sous le terme « messie » (n^tîfD)? ^^ homme inconnu, bien que de race davidique, qui apparaît à l'improviste au milieu du
peaple pour le sauver, soit du joug d'une domination gère (conception juive), soit du joug de la domination triée de Satan (conception chrétienne) ; pour les proph Davidide futur ne sauve personne ; il est lui-même u i^UTHy Zacharie, ix, 9), c'est-à-dire un échappé de 1 est connu de tout le monde et appelé à continuer la d de David. Ce roi sera si juste et si sage que tous les pei soumettront à sa domination, aboliront la guerre et re tront le monothéisme. Parler du messianisme des pro c'est parier des tempêtes nées dans des appareils vide L'expression a l'inconvénient d'égarer les lecteurs qui n suffisamment étudié les deux Testaments, s'il est permi ployer cette désignation commune. En un mot, Ézéchi espérances nationales, y compris celles du yahwéisme, connaît pas d'espérances messianiques proprement d personnalité du roi s'efface devant le règne de Yah\^ époque messianique {eine messianische Zeit) n^existe pi sieurs points de l'exposé sont tirés par les cheveux. L'e seur apocalyptique Gog se soucie fort peu de détruire 1 messianique; il inonde la Palestine de ses troupes, par espère trouver facilement un riche butin dans un pa^ mercial et dépourvu de forteresses; le davidide n'es pas mentionné (Ézéchiel, xxxviii-xxxix). Sur cette ex{ apocalyptique, voir Recherches]bibliqueSj p. 834-839.
P. 296-300 (§ 129) : € Plan d'Ézéchiel pour l'or culte et la constitution du peuple dans le règne messianiq Ézéchiel avait assisté, dans sa première vision, au dé Yahwé du temple de Jérusalem (i, x-xi) ; sa dernière v ramène dans le temple futur, destiné à ne plus être abai et dans la nouvelle Jérusalem désormais indestructible à son nouveau nom ,1^2^ mrp» ^ Yahwé est là ». Ce p
pose une transformation radicale de la nature du pays vient une plaine unie, à Texception du mont qui porte le et qui semble avoir perdu le nom de Sion. La Palestine ] en ongueur, du voisinage d'Hamath à Qadé§, et en lar§ Jourdain à la mer Méditerranée; la Pérée n'en fait pi tie, mais la Philistide et la Phénicie sont absorbées. M.
— su —
raison de dire : « CTest seulement si Israël avait habité dans une île, au milieu de la mer ou dans une oasis du désert, que ee plan aurait été praticable sans conflits avec d*autres peuples^, i mais son explication que « ce manque d'égards pour toutes les autres besognes d'une nation se conçoit à cause de la situation de la Gola (= des exilés), qui est une communauté enclavée dans un corps national étranger » (Dos vôllige Absehen von allen andem Aufgaben aines Volkesbegreift sieh ans der Loge der Golay die eine in einen fremden Volkakôrper eingesprengte Gemeinde ist)^ ne suffit pas, Ëzéchiel n'ayant pu perdre de mémoire l'état géographique réel de la Palestine, ni l'établissement de colonies étrangères en Samarie, ni enfin l'existence prospère des Philistins et des Phéniciens sur le littoral de la Méditerranée. S'il l'avait oublié par hasard, les vieillards et les chefs des exilés auxquels il voulut imposer son plan de la restauration civile et cultuelle, lui auraient bien rappelé la folie de son projet. En vérité, nous ne sommes pas en pré' sence d'un plan ou d'un projet à exécuter au retour de la captivité, mais la vision d'un ordre de choses qui aura lieu à la fin des jours, c'est-à-dire dans un avenir lointain, lorsque les circonstances qui le rendront possible seront entièrement accomplies d'une manière miraculeuse par Yahwé. Le point de départ en sera d'abord la disparition des mauvais voisins d'Israël : Ammon, Moab, Édom, Philistide, Tyr, Sidon, Egypte (Ézéchiel, xxv-xxxn). La destruction de l'armée de Gog devant se faire au moyen d'un tremblement de terre qui renversera les montagnes et fera écrouler les murs élevés (xxxvni, 20), aura pour suite Taplanissement complet du sol de la Palestine. La montagne du temple seule restera intacte et sera même considérablement rehaussée pour que le temple puisse être vu de loin. Cette considération nous empêche donc de souscrire au jugement suivant de l'éminent critique : € Par ses idées sur le pays, le peuple du temps messianique, Ézéchiel a créé l'image {die Vorstellung) de la nouvelle Jérusalem et du règne messianique comme un règne de sainteté extérieure {kusserer Heiligkeit) érigé dans la terre sainte, que le judaïsme pré-chrétien a légué au christianisme comme un héritage funeste {die ddi vorschristUehe Judenthum dem Christenlhum als verh&ngnis'
voiles Erbe hinterlassen hat). > Le terme général nisme > prête à l'équivoque en cette occurrence; c'ef mênoe qui a partagé cette croyance : « (Les habi Judée) passeront par le fil de Tépée ; ils seront anne dans toutes les nations ; et Jérusalem sera foulée au les gentils, jusqu'à ce que le temps des nations soit i ce qui implique la foi qu'alors Jérusalem sera re doute qu'il y ait un distinguo qui m'échappe : Yhérit table an judaïsme a été sanctionné par Jésus; nolet faut que l'École piétiste l'accepte !
P. 897, %. « Les qi-|Jj sont reçus en Israël et m
pas par conséquent sa sainteté {Die tai-i^ werde
aufgenommenundstôren daher seine Heiligkeit nich plume du savant critique, la ce sainteté, b lorsqu'i l'Ancien Testament, est une conception puremen ceux qui, appuyés par le Décalogue, n'en séparent œuvres morales, trouvent dans l'admission de q>-|
notion, si commune dans la Bible, que les autres race sont capables de s'élever au même degré de vertu nir les enfants de Dieu, comme les hommes élus d'I Ibidem^ 3. « Par l'importance du culte s'expli qu'il n'y a plus de place pour un roi dans l'org peuple (Ans der Bedeutung des Kultes erklàrt sicl einenKônig im Organismus des Volkes kein Platz i Je partagerais plutôt une opinion tout opposée : l mente la magnificence du culte par des riches de temple et aux prêtres officiants; les munificences de pour le sanctuaire sont notées avec soin par les é( bliques. Un simple chef de communauté manquant revenus ne peut vouer que des contributions bien Aussi le prophète n'impose-t-il à ce chef, en dehors
ou sacrifices supplémentaires à ceux des brebis (q^ij don libre (Yt> nno» Ézéchiel, xlvi, 5, 11) ou
moyens » (y^^ Jl^^I/D "ll^JO^ ibid., 7). Cette derni( sion, qui s'emploie à l'égard des pauvres, caractér modestes ressources du ^"i^Oi- Qu^nd on compare
énorme des sacrifices fournis par les rois de leurs propres biens et qui se chiffrent par des milliers de têtes de bétail de tout genre, on acquiert la conviction que, si ledit plan d'Ézécbiel vise à renforcer l'idée de la sainteté, il vise en même temps àdiminuer l'importance du culte sacrificiel. Bref^ le plan réel d'Ézéchieltendà transformer le roi davidiqueen un prince vertueux, mais sans prestige de richesse et de puissance guerrière, et à réduire le culte sacrificiel à des proportions peu considérables. C'est l'envers d'un règne messianique et d'une inauguration d'un culte sacrificiel exagéré. Aussi est-il que l'institution d'Ézéchiel ignore la fonction importante du grand prêtre; elle lui paraît inutile par suite du nombre exigu des prêtres officiants, pris dans la seule famille deSadoc (Und., xuv, 15). En conformité avec cette ordonnance, les rapatriés de l'époque perse confièrent les fonctions cultuelles aux Sadocites seuls et le prophète Zacharie eut bien de la peine à faire octroyer le titre de grand prêtre au compagnon de Zorobabel, Josué, fils de Jehosadac (Zacharie, m).
P. 300. € A la différence du Deutéronome, dans lequel le culte est d'une façon prédominante un culte de dons, Ézéchiel dirige par régression dans le degré plus élevé du développement, vers des pensées du temps du désert sur le culte et le sacrifice; mais, en tant que culte public, ce culte se transforme pour Ézéchiel en une prestation de la communauté par l'intermédiaire du chef » (/m Unterschiede vom Deuteronomium, in dem der Kult vorwiegend Geschenkkult, lenkt Ezéchiel damit aufhôherer Stufe der Entwickelung zu Gedanken der WUstenzeit ûber Kult und Opfer zurûck. Soweit der Kult ôffentlicher Kult ist, verwandelt er sich aber fur Ezéchiel in eine vom Vorstehei' vermittelte Leistung der Gemeinde). Il est permis de trouver ce retour vers les pensées du temps du désert bien singulier, quand on lit avec attention la description de Tétat religieux de cette époque au chapitre xx, description qui n'est pas seulement un réquisitoire accablant contre la génération d'alors, mais une appréciation pessimiste de la législation ellemême. Ézéchiel, moins encore que les autres, pouvait imaginer la reprise € des lois non bonnes et des ordonnances par lesquelles on n'acquiert pas la vie y) (u^]QQ;tns) D'»D11Û vh D^pn
DHD TIT» xb» ^^' 2^)» fl^'^l ^^^^t âp^'enf^ent blâmées dans le chapitre précité ; on ne se contredit point à un tel degré sans en donner la raison. Si je ne me trompe, le rappel à Tétat religieux du désert, dont il n'y a pas un traître mot dans les chapitres XL-XLvni, est lancé à la bonne fortune par l'auteur, afin de servir de pont au paragraphe suivant dans lequel une partie du Code sacerdotal du Pentateuque est décrétée œuvre exilique, postérieure à Ézéchiel. Nous avons plusieurs fois constaté ce procédé ; nous n'en sommes plus étonné, c'est la conséquence d'une thèse qui exige des traitements exceptionnels pour être défendue.
P. 300 (§ 130). La codification des anciennes coutumes cultuelles. La loi de sainteté (Dos Heiligkeitsgesetz).
Par € loi de sainteté, » l'École critique désigne la péricope Lévitique, xvii-xxvi, dans sa base (in seiner Grundlage), la base de Lévitique i-v, les éléments analogues de Nombres, v, 5-31 ; VI, 1 -21 , et la base ix, 9-15 ; xv, xix. On nomme ces pièces P h qu'on reconnaît, en dehors de son contenu, par cet indice que, comme lieu du culte, n'apparaît pas le *i^*Ttî SlN
du désert, mais le n sanctuaire, » ^^pi^jj . Déjà cet indice est des plus précaires : Lévitique, xvn, où il s'agit d'apport de sacrifices, on lit quatre fois ^^yQ '^nx nnS b^ (*» 5, 6, 9), ItnpDn nns ^^^* ^^ barbarisme intolérable en hébreu; Lévitique, XIX, 30, et XXVI, 2, il y a i^TH ^tt^lpDI» * respectez mon sanctuaire; » Lévitique, xx, 3, nW NDD ÎJ^ob '^VnpD (^f- Nombres, xix, 20, « pour souiller mon sanctuaire; » de même, Lévitique, xxi, 12, ^^n*» i<b^ KP «b Vnpon fO Vrhn tînpD HK» ^ l^ prêtre en deuil ne sortira pas du sanctuaire, afin de ne pas profaner le sanctuaire de son dieu; > dans tous ces cas, l'emploi de Tj^^o bîlH serait impropre; les autres passages n'ont ni ^nio 7tlii^ ^^ ItnpD- Tel est l'état réel, impliquant la contemporanéité et la synonymie absolue des deux désignations. Il faut craindre que les indices intrinsèques auxquels on fait allusion ne soient de la même force.
Je ne crois pas nécessaire d'insister de nouveau sur le fait que la sainteté de Yahwé comportait, dès son origine^ des
idées de haute morale» ainsi que je Tai prouvé plus haut. Par simple curiosité^ je relèrerai un seul point : le commandement € Aime ton semblable comme toi-même d (Lévitique^ xix, 1 8) est restreint par l'École à l'Israélite seul t C'est déjà heureux qu'on ne fasse pas la restriction à propos des commandements contenus dans les versets 11-15 et analogues. Satisfait de ce silence^ je me suis donné Se plaisir de m'informer d'abord sur le sens réel du mot c prochain, j^ ensuite sur le développement que la noUon prétendue insuffisante du Pentateuque a pris dans l'Évangile. Je note ce que j'ai trouvé sans commentaire. Dans le même chapitre, versets 33-3&, il s'agit d'un étranger de race non juive qui s'établit en Palestine. Gomment doit-on le traiter? Le législateur répond : « L'étranger domicilié (-|j) doit
être considéré comme l'indigène parmi vous ("p^;^ qjû niîSD DDFiX lin l^n DDb)> ^* ^^"^ devez l'aimer comme vousmême (niD3 ib nanXl)» ^^^ ^^^^ aussi vous avez été des étrangers dans le pays d'Egypte. » Le savant critique regrettera certainement de ne pas s'être souvenu de ce verset.
Dans les logia et les actes de Jésus» fournis par l'Évangile» on trouve notoirement des exceptions en faveur du héros même (par exemple, intangibilité de la loi, Matthieu, v, 17-19, mais «c Le Fils de l'homme est le Seigneur du Sabbat, > xii, 8). Ce procédé se manifeste également dans le commentaire relatif à l'amour du prochain. Le principe, en apparence nouveau, d'aimer ses ennemis (Matthieu, v, 43-48)^ a sa contre-partie radicale dans le logion x, 37 : < Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n^est pas digne de moi, et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi. > La formule consignée Luc» XIV, %6, est encore bien plus tranchante : < Si quelqu'un vient à moi et ne hait pas son père et sa mère» sa femme et ses enfants, ses frères et ses sœurs» et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple. » De l'amour du prochain pondéré ordonné par le Lévitique, même à l'égard d'un non israélite» il ne reste que l'image oratoire (Matthieu, v» 43- 48) inspirée par le désir caché de discréditer l'ancienne loi, image tirée d'ailleurs d'autres passages bibliques ; mais, en pratique, le principe moral ei humanitaire : c Aimez votre pro-
chaia comme tous^môme » se change en la formule sectaire dif^ fuse, léguée aux disciples sous forme de testament : (c Je vous fais un commandement nouveau qui est que vous vous aimiex les uns les autres^ et que vous vous entr'aimiez comme je vous ai aimés; c'est en cela que tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de Famour les uns pour les autres » (Jean, xin, 34-35). Ce commandement racorni est vraiment nouveau !
P. 302 (§ 131). Deutéro-Isale et son livre. L'emploi impropre du terme c messianisme, > dans le sens phariséo* chrétien se répète d'innombrables fois dans ce chapitre et dans tous les suivants, mais l'abus n'est nulle part aussi tan* gible que dans la prédication d'Isaïe II, prédication qui jette une lumière éclatante sur la doctrine prophétique au sujet de Tamour des étrangers, répandue alors parmi les exilés à l'époque babylonienne. M. Stade écrit : c Si, dans la théologie d'Ézéchiel, nomisme et messianisme, appelés les deux pôles du judaïsme, se trouvent Tun à côté de l'autre, le c grand anonyme, » dont l'écrit est compris dans Isale, xl**lV) est le représentant du messianisme. Écrivant entre la chute de Grésus et l'attaque de Gyrus contre Babylone, il annonce à Israël la fin du temps de sa punition, que le temps du salut {die Heihzeit) est devant la porte, que Yahwé se servira de Gyrus pour la restauration d'I»* raèl, de Jérusalem et du temple; c'est là le thème de ses expositions* Il n'appelle pas à la pénitence, mais il console Israël et l'avertit de se saisir du salut prochain {Er ruft nickl zur Busse Mfiieni trôstet Israël und erfnahnt es dos nahe Heil zu ergrei^ fen^. » Il est à peine nécessaire de répéter que les qualifications c messianisme x» et < temps de salut i> sont absolument hors cadre à propos d'une restauration dont le Messie est un païen de race exotique, et où le salut consiste uniquement à permettre aux exilés de retourner dans leur pays d'origine et de reconstruire le temple détruit par la dynastie qu'il venait de renverser. Isafe II désire que Gyrus et tous les peuples soumis par lui prennent connaissance de sa prédiction dont il était convaincu qu'elle ne tardera pas à s'accomplir, afin qu'ils sachent que Yahwé est le seul Dieu qui gouverne le monde d'après un plan dôterininé, tendant k la propagation du mono-
théisme et à la glorification d'Israël^ son peuple élu; mais le vrai mobile de son apparition est la nostalgie invincible qui s'est emparée de l'élite des exilés pour la patrie perdue depuis deux générations. Disciple de Jérémie et d'Ézéchiel, surtout du premier, il identifie Israël avec Sion-Jérusalem et adresse ses consolations aux deux en même temps, en accordant toutefois ses premiers épancliements à cette dernière qu'il imagine attendre son Dieu et son peuple (Isaïe, xl, 1 -1 2). L'ardent amour de la patrie, cette source électrisante et illuminante à la fois, qui inspire les prophètes pendant les grandes crises de leur nation ^t les rend capables de lutter contre une situation qui parait fatale, est obstinément mis de côté par les pieux interprètes. Israël n'aurait vécu, à les entendre, que de subtilités théologiques ou casuistiques. Ils s'étonnent qu'Isale II n'ap* pelle pas à la pénitence. Belle chose que de s'habiller de sac et de cendre! C'est l'enthousiasme, l'espoir invincible en Dieu qui fait persuader les malheureux et les timides que la longue traversée du désert sera pour eux une agréable promenade dans un paradis terrestre (ibid., xl, 3; xli, 17-20, passim). Encore plus tard, les difficultés de cette traversée ont intimidé beaucoup de personnes qui désiraient retourner çn Palestine (Ezra^ Yiii, 21-22). Mais la conflagration d'un pareil enthousiasme et la vibration d'une pareille espérance dans l'âme de myriades d'hommes montrent à ceux qui veulent voir que l'idée de l'unité toute-puissante de Yahwé et de l'élection d'Israël, son serviteur particulier, était enracinée dans l'esprit des exilés, et ce n'est pas une invention d'Isate II, comme on prétend nous faire croire. Yahwé investit Cyrus de la dignité royale (= Messie ou oint) pour délivrer Israël du joug babylonien et restaurer l'ordre de choses antérieur, lequel avait été interrompu par le roi babylonien Nabuchodonosor, également dans son service ^^sy» Jérémie, xxv, 9; xvn, 5; XLin, 10). Cela
a contribué à redresser les abattus et à faire revivre leur courage. Il n'y a nulle part le plus léger indice que l'anonyme eut de la peine à faire admettre sa prédication du libérateur Cyrus, qui blessait la présomption juive (Besonders die denjû^ dischen Eigendunkel verletzende Predigt vom Befreier Cyrus
lehnt man ab). Évidemment, l*École divinatoire ne voit le juif que bosses et plaies ; le piétisme chrétien semble in rable de cette euphémique charité dont il a fourni ta preuves depuis dix -neuf siècles. Laissons-lui gagner le au moyen de cette noble besogne. L'équité historique parv un résultat tout opposé, sachant que même la légende ts dique met, sans aucune hésitation, l'empereur Anton même rang que Rabbi le Saint (B^inpn Wl)? '® ^^"^^ neur de la Miâna, et cela pour la seule raison qu'il avait les décrets persécuteurs d'Hadrien. Si cet empereur ava la moitié de ce que Cyrus a fait à l'avantage d'une noi restauration d'Israël, il aurait trouvé des milliers d'Isi pour le déclarer l'oint de Dieu et son fidèle serviteur. Gela a rait aujourd'hui même, si un chef de n'importe quelle sance s'avisait d'imiter le rôle de Cyrus. Mettez en imagii le christianisme dans un cas pareil, et l'on verra aussitô même effet peut se produire ; là le principe dit : « Chréti rien. »
La thèse que Deutéro-Isaïe n'a utilisé du Pentateuque q pièces attribuées à / et le Deutéronome n'exige plus de r tion en ce lieu.
P. 304-306. La perception de Deutéro-Isaïe au suj Yahwé {DeuterO'Isaias Vorstellung von Jahve).
Quoi qu'on dise, Isaïe II n'innove absolument rien d) conception prophétique de Yahwé. Pour l'acte de la cré il emploie à côté de 15^ et pj^fj; avec préférence du jfT2 inusité chez / et particulier au narrateur sace (Genèse, i, P.); l'affirmation que ce verbe a été invent Isaïe II est un subterfuge in extremis. Sa cosmogonie n rien ni aux Babyloniens, ni aux Perses. Les figures 3,-pi, -|2-) Dinn» représentent les Égyptiens de l'épisode de 1 Rouge et aucunement Marduk, vainqueur de Tiamat. S fin, les mages modernes ont lu dans les astres que l'action troduire le souffle de la vie (n^î^n nDE^j) ^^ soufflant da
narines (Genèse, 11, 7) est un reflet d'une perception étra {einefremde Vorstellung), ils ne doivent pas oublier qu'I a formulé l'apophtegme ^^ijrj*» D'ïDDPl OnS ninx
— 3fâ —
et a exigé un témoignage indiscutable : ^p^iy^'j Drp*lJ^ ^sn^ (xLin, 9)!
P. 306-308 (§ 133). « Israël, le serviteur de Yahwé. » Le serviteur de Yahwé (nirp 1DJ^)> ^^"' '* gloriricalion universelle sera la suite de celle de son Dieu, est Tobjet de divers passages dans le livre Isale H. Dans Ln, 13-Lni, il est représenté comme un innocent qui, après avoir été en butte à toutes les souffrances, accusé, méprisé et frappé à mort par toutes les puissances du monde, et enterré en compagnie de criminels, Yahwé ressuscitera pour recevoir les hommages de ses tortureurs mêmes, lesquels reconnaîtront, non seulement quMl était innocent des crimes qu'ils lui attribuaient, mais qu'il était la victime expiatoire de leurs propres crimes et quMl a souffert à leur place. L'application de cette figure prétendue messianique à Jésus forme la base du christianisme, sans laquelle tout le système de TÉvangile s^écroule comme un château de cartes. L'exégèse juive, si l'on excepte quelques aggadistes de dernier rang, y a toujours vu la description des vicissitudes d'Israël. De nos jours, l'Ëcole critique suit l'exégèse juive, un peu malgré elle, car certains auteurs y cherchent encore l'intention de fournir une image du héros futur de l'Évangile. Plus sincère et aussi plus éclairé, M. Stade reconnaît sans ambages que ce € serviteur » est bien Israël et garde le silence sur l'intention typique. Mais comment se fait-il que, dans d'autres passages, le ce serviteur » est peint comme un rebelle obstiné, sourd et aveugle à tout avertissement? Quand on part de l'Évangile, ce qui constitue la méthode avouée du savant auteur, l'Israël mauvais et criminel incorrigible est Tlsraêl réel, le peuple juif en chair et en os ; celui-ci n'a jamais cessé de faire de la peine à Yahwé, môme dans les personnes de ses premiers ancêtres; le € serviteur de Yahwé, > l'innocent parfait qui souffre le martyre et la mort pour les péchés du monde, est Vhraël idéal, les prophètes préexiliques, dont les représentants postexiliques seront l'Israël de l'époque messianique destiné à devenir la lumière des païens, afin que le salut de Yahwé parvienne jusqu'aux confins de la terre. Nous pouvons, sans guère nous tromper, compléter la pensée que l'auteur a quelque peu yoîlée. Gomme l'Israël postoxilique a continué ses péchés cultuels