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—«tout culte rituel étant un grave péché — et en a encore largement dépassé la mesure durant le second temple et même jusqu'à nos jours, f Israël idéal est nécessairement représenté uniquement par les apôtres de la Banne Nouvelle^ ayant à leur tète le Fik de VEammey abstraction faite de son origine divine. Le rejet du peuple juif existant et le transfèrement du titre d'Israël aux adorateurs àxiiauveur crucifié, tels sont les deux principes fondamentaux qui inspirent tous lea récits et toutes les prédications contenus dans l'Évangile. (Voir surtout Matthieu, viiiJ1-12; xxi, 42-43; xxn, 1-14; xxv, 31- 46; I Romains, x-xi; II Corinthiens, vi, 14-18; Galates, miv; I Jean, ii-v, passim.) En nous servant d'une image évangélique, l'interprétation ci-dessus se résume en la pensée suivante : l'ombre épaisse et funeste est morte et bien morte; ce qui surgit du tombeau, c'est la lumière latente que cette ombre renfermait, savoir, le christianisme. Or, l'histoire, qui ne vit pas d'abstraction de quintessence, atteste que l'ombre prétendue morte n'a jamais péri, mais qu'elle persista à enté* nébrer la grande et salutaire lumière qui a jailli cinq siècles après sa résurrection. Il faut donc renoncer à l'exégèse mystique qui méconnaît l'esprit des prophètes^ Israël, élu dès le début pour devenir la bénédiction des païens par sa vertu et sa religion monothéiste (Genèse, xii, 2; xvni, 17-19; xvi, 4; xxvni, 13; Exode, rv, 22-23 ; ix, 5*6, passim), s'est montré très souvent rebelle et et infidèle à sa haute mission, et Yahwé l'a châtié en lui infligeant diverses infirmités qui le rendaient répugnant à la vue de^ autres peuples, à tel point que ceux-ci, qui sont incomparablement plus coupables, voyant en lui un condamné et un rebut de l'humanité, croyaient bien faire de le torturer de toute manière, bien qu'il ne leur eût jamais fait le moindre tort; et quand, à bout de forces, il descendit au tombeau (= partit en exil), on a placé sa sépulture au milieu de malfaiteurs de la pire espèce ; mais c'était là la dernière épreuve qui lui fut imposée d'une façon exceptionnelle, précisément dans le but de le rendre digne d'accomplir sa haute mission après avoir expié ses péchés. Couché inerte dans le tombeau (= périssant dans l'exil), Yahwé lui rendit la santé (lire^jj^^pj pour ^^Hj
Isaïe, Lm, 10), c'est-à-dire, il se sentit renaître à l'espoir de regagner son existence nationale et sa patrie perdues. Une consiste plus qu'en un petit reste inPime, mais une fois qu'il aura apporté un sacrifice de culpabilité (t^j^bj UWH D'»î2fn DK» *^*' dm), il s'accroîtra rapidement et sans interruption (j;-n nXl^ D'>D'» "1^"IX'')> ^^ deviendra apte à remplir avec plein succès la haute mission qui lui avait été confiée par la bienveillance particulière de Yahwé fnbv^ n^^ mrp ysm)- L'Israel ressuscité est, en termes réalistes, le petit reste qui retournera en Palestine, amendé et purifié par les souffrances de l'exil, pour recommencer une existence nationale glorieuse entre toutes; l'apport de sacrifices scellera symboliquement la réconciliation entre Dieu et son peuple à tout jamais. Les rapatriés ont si bien compris la pensée d'Isaïe It, qu'en arrivant à Jérusalem ils eurent soin de reconstruire l'autel et d'y offrir, au nom de la nation entière, des holocaustes, afin de compléter la propitiation désirée (Ezra, III, 2-3). Plus tard, lors de leur séparation des femmes étrangères, chacun des repentis apporta un asam (sacrifice de culpabilité) particulier (Ezra, x, 1 8), conformément à la prescription de Lévitique, v, 17-19,
P. 308-31 1 (§1 34). (c Le règne messianique, selon Isale II. » Lisez € le règne de Yahwé, » car le messie du retour est le païen Cyrus et non le prince davidique, dont il n'est même pas fait une mention directe lv, 3, bien que l'authenticité de i^on D^JDNJn 111 ^^^^ indubitable, la continuité de la dynastie de David étant l'espérance commune des prophètes. Le titre de roi ne sera porté que par Yahwé seul, lequel sera alors le dieu reconnu et adoré par tous les peuples du monde, sans cesser pourtant de former des états différents sous la suzeraineté spirituelle d'Israël. L'histoire prendra une forme plus heureuse pour l'humanité, mais continuera sa marche naturelle. Sur les hyperboles poétiques, il a été remarqué plus haut.
P. 311. « Troisième chapitre. La fondation de la communauté juive (§ 135). Le retour {die Ruckwanderung) sous Cyrus. > Notons quelques points historiques. En bon politicien, Cyrus, après s'être emparé de la fiabylonie sans grands efforts, en profitant des déchirements intestins, permit aux Judéens de retourner en Palestine ; la même permission était probablement
aussi donnée aux exilés des autres peuples de la Syrie. Cette mesure générale de clémence inaugurait sagement le nouvel empire et ne venait pas d'un sentiment de reconnaissance envers Yahwé et les autres divinités populaires, mais avait pour but de s'attacher ces peuples vassaux en vue d'une prochaine expédition contre l'Egypte, dont la possession formait le desideratum millénaire de la politique des empires assyrien et babylonien. Syncrétiste en religion, comme beaucoup d'autres monarques éclairés, il se donna conmie mandataire de Yahwé devant les Juifs, de Marduk à Babyione et de fia^'al en Phénicie. Les vases sacrés de l'ancien temple de Jérusalem ont été remis par son ordre à Seébazar (i^tî^tt^ = Sos-ab-u^ur^ « èamaà protège le père ») nommé satrape de la Judée. L'identification de éeèbazzar avec Senazzar (t^j^je^ = Sin-u?§ur, « Sin protège >), fils de Joîachin (Kosteret Meyer), se heurte à l'expression « ce Sesbazzar » (-îji l^atî^, Ezra, v, 16), impliquant
que c'était un fonctionnaire peu connu auparavant. L'édit de Cyrus ordonna encore de livrer aux Juifs des pierres de fondation et d'assise pour le temple à construire (ibidem), et Sesbazzar a fait cette livraison (}<»ttfi< 2rP' ^> ^ 6)> i^^aîs, contrai-
rement à l'opinion des critiques, il n'a pas fait do fondation. Le sanctuaire provisoire a été changé ensuite en édifice solide par Zorobabel, qui le fonda avec les matériaux mis à sa disposition.
P. 312-313 (g 136). Le rétablissement du culte. L'institution de la fonction pontificale {Die Entstehung des hohenpriesterlichen Amts). Le savant auteur aurait dû dire un mot en ce lieu pour motiver la cessation totale des sacrifices à Jérusalem après la destruction du temple. L'ancienne capitale devint un monceau de ruines, mais tout le reste de la Palestine avait conservé une partie de ses habitants, spécialement les moins fortunés qui vivaient de viticulture (Il Rois, xxv, 12); quelque pauvres qu'ils fussent, rien ne les empêchait de continuer d'apporter leurs offrandes sous forme de libations on en nature sur les ruines du temple, au moins à des époques espacées. Des prêtres ayant fonctionné sur les Bamot ne manquaient certainement pas parmi eux, puisque Ézéchiel a trouvé
nécessaire de les exclure du service sacrificiel dans son projet du culte de l'avenir (Ézéchiel, xuv, 9-1 6). Outre ces Judéens, ie culte de Jérusalem aurait pu être continué par de pieux Israélites de Tancien royaume d'Ëphraïm, à Tinstar de Tincident rapporté Jérémie, xli, 5. Un autel ou seulement un tertre de modiques dimensions eût suffi à donner satisfaction à la dévotion de cette classe de prolétaires, mais la cessation soudaine et complète du culte est tellement contraire à la nature juive qu'elle n'a qu'une seule explication, à savoir que, par suite de l'exil récent impliquant le départ de Yahwé, la conviction s'est implantée que la Palestine, comme sol et habitants, se trouvait en état d'impureté légale qui ne pouvait disparaître qu'au retour de la captivité, sous la conduite du dieu national. Mais cette conviction, résultat d'une longue pénétration des lois de sainteté de Lévitique, xvn-xxvi, en atteste indubitablement l'origine, palestinienne et bien antérieure à Ézéchiel. C'est l'effondrement de toutes les affirmations arbitraires de l'École moderne, qui voit dans la conception de la sainteté morale — et les lois précitées du Lévitique la formulent au plus haut degré — un produit de l'exil.
On a vu plus haut que la réforme annoncée par Ézéchiel n'était pas destinée à entrer en exercice immédiatement après le retour ; Tordre obligé était celui du Lévitique qui prescrit l'institution d'un grand prêtre. Josué, petit-fils du dernier pontif anté-exilique, ne semble pas avoir été sans quelques tares réelles ou imputées (Zacharie, m), mais il réussit à se réhabiliter et à revêtir cette haute dignité. Il est inutile de supposer qu'il l'obtint en accordant aux prêtres non sadocites le droit de fonctionner dans le temple (Stade). L'institution du pontificat se constate en Phénicie et à Carthage (njriD 3l) ^^ semble être commune à tous les peuples sémitiques.
P. 314-317 (§ 137, 1). La construction du temple et l'espérance messianique, Haggaï (Aggée) et Zacharie.
c Le temple reste sans être construit {bleibt ungebaut), parce qu'on est renseigné par la détresse du temps qu'Israël est encore sous la colère de Dieu (Aggée, i, 2). » Nous avouons avoir peu de goût pour les explications purement théologiques» Le retard venait simplement de ce que les paysans, pouvant à
peine se nourrir pendant plusieurs années de sécheresse, craignaient d'être chargés des contributions que la construction d'un édifice aussi considérable ne manquerait pas de leur
imposer (tm^rh mrp nn nj^ xa nv' «b^ *'W^-* ï» *)• "^
ont cédé devant l'assurance du prophète que la reconstruction du temple ramènera Tabondance dans les produits et les bénéfices dans le commerce {ibid.j 4-11). Dans le sermon d'Âggée, il n'y a pas un mot de la colère divine persistant sans aucune raison alléguable et contraire d'ailleurs à l'action rédemptrice qu'il venait d'accomplir. Yahwé est blessé de voir des hommes pressés de sefixer dans un domicile commode (n^aiôo DSTID^) et le laisser, pour ainsi dire, sans abri au milieu des ruines : reconstruire le temple, c'est lui faire honneur (m53î<V ^' 8).
Le commentaire : « Alors apparaîtra le temps messianique » {dann bricht die messianische Zeit an) est un Midras tiré par les cheveux et d'autant plus déplacé que, même après la reconstruction, Aggée se borne à prédire les futures richesses du temple en or et en argent (antH ^Vl ^DDH ^b» ^> 8), richesses que lui apporteront les autres peuples convertis au yahwéisme, par suite d'ébranlements physiques et politiques (cf. Ézéchiel, xxxvm-xxxix), d'où Zorobabel sortira sauf et sain. Aggée semble avoir appliqué la scène du Gog d'Ézéchiel à la dynastie de Darius, dont il attendait la chute prochaine. Tout cela ne ressemble guère à un messianisme personnel.
P. 31 5-31 6 (2). Sur l'accusation du pontife Josué, nous avons déjà parlé plus haut; elle n'avait aucun caractère politique. Le prophète Zacharie emprunte à Jérémie, xxiii, 5, et xxxiii, 1 5, l'épithète p^-]^ npV> c pousse ou rejeton juste » (c'est-à-dire fi et non coupable comme ses ancêtres »), et l'applique à Zorobabel, mais, de même qu'Aggée, il ne lui donne pas le Utre d'un messie théologique. Les visions de Zacharie sont en partie obscures, probablement par suite de corruption de texte ; je n'y trouve absolument rien de la mythologie babylonienne, telle que nous la connaissons actuellement. Lorsque la prophétie du chapitre viii fut prononcée, Zorobabel avait ter-