‹ Recherches bibliquesChapitre 49 sur 84 · Lire ainsi au lieu de x\'g · texte numérisé non relu

Lire ainsi au lieu de x\'g

miné la construction du temple et Zacbarie, à l'exemple des autres prophètes, affirme le règne de Yahwé et la glorification d'Israël; il n'ajoute rien au sujet de Zorobabel dont la mission principale avait pris fin. Sa disparition quelque temps après reste encore une énigme pour l'histoire.

P. 31 7-321 (§ 1 38). € La direction religieuse de la communauté dans le temps antérieur à Ëzra. Le travail à la loi et aux prophètes. La prophétie. » J'ai depuis longtemps considéré Ézéchiel comme le premier rabbin, puisqu'il tire du Pentateuque et des écrits prophétiques presque tous ses exposés^ parénétiques qu'il commente à la façon des aggadistes. Donc, M. Stade a parfaitement raison de donner aux prophètes du retour le titre de scribes érudits (Schriftgelehrten) ou Sophc" rim (onsio)' ^^^^ ^^^^^ Q^^ '^ conjectures les plus arbitraires s'y glissent sans crier gare. La fantaisie de l'École crée alors un monde invisible de remanieurs de l'ancienne littérature, tandis que les vrais traits des Sopherim consistent dans la conservation méticuleuse de la lettre, malgré les libertés extrêmes qu'ils prennent dans l'interprétation, liberté qui va souvent jusqu'à faire dire au texte le contraire de qu'il veut dire. Jésus n'a pas manqué d'user de.cetle méthode, tout en inculquant le respect le plus complet pour la petite lettre ycd et même pour Vwpex des lettres (Matthieu, v, 1 8). Au premier aspect déjà, l'admission de remaniements textuels systématiques sort de l'ordinaire et nous met^sur nos gardes Nos réserves s'accentuent par des raisons d'analogie historique fondées sur l'expérience. Les codes fondamentaux des peuples d'Orient : le Livre des Morts, le Chou-King, le Véda et l'Avesta, l'Évangile et le Coran, se placent au début de la tournure religieuse dont ils sont l'expression et sont ensuite l'objet de soins extrêmement scrupuleux pour les mettre à l'abri de toute atteinte matérielle, sauf naturellement les variantes et les corruptions de certains passages émanant de scribes contemporains ou postérieurs. Le Pentateuque est traité tout autrement Non seulement aucune parcelle de son contenu n'est située au début du yahwéisme, mais on nous donne même comme chose assurée que toute une horde de pieux fraudeurs se mit avec un

acharnement sans égal à envelopper le texte reçu de longues pièces neuves, dMnsérer subrepticement des morceaux de leur cru, et, qui plus est, de transformer presque toute l'ancienne littérature d'après de prétendus besoins religieux de la communauté postexilique. Autant que j'ai pu examiner ces thèses dans mes Recherches bibliques, je les ai trouvées mal fondées de toute façon. Énigma tique me paraît cette sentenceci : c Le penser théologique des écrivains deutéronomiques est caractérisé par ce fait qu'ils ne laissent pas demeurer Yahwéà Sion, mais y placent son nom > {Dos theologische Denken der Deuteronomischen Schriftsteller aber wird dadurch charakte-risiert, dass sie Jahve nickt aufZion wohnen lassen^ sondera dorthin seinen Namen versetzen). Cette découverte stupéfiante repose malheureusement sur un point de départ inexact : Si la mise ou l'appel du nom marque souvent l'idée de simple possession ou droit de propriété, le terme Qjy, c nom, » désigne en

langage relevé l'entité ou la personnalité divine, figure respectueuse équivalant aux pronoms et aux mots qui les remplacent. Ainsi, ^DBD '»ny3B^3 (Jérémie, xliv, 26) = '«nyattfa >3> a range qui vous guidera ne pardonnera pas vos péchés, parce que je demeure en lui; » I3ip3 '«Dttf (Exode, xxiii, 21) = 1I3"lp3 (pw) "^JX* ^" constate le même usage en assyrien ; le récit de la création débute par ces mots-ci : enuma élis la nabû éamamUy éaplié amâtum suma la zakrat, ce lorsqu'en haut le ciel ne fut pas désigné, et en bas la terre de nom ne fut pas mentionnée, > c'est-à-dire lorsque le ciel et la terre ne furent pas des entités, n'existèrent pas*. Deutéronome, xii, 5, DKf IDtt^ r\H Dlîîfb ^^^ expliqué par ^j^cySi « à sa demeure, » expression identique k^'^ ^jy riX QB^'*? (ibid., 11) : U'^^b ou u\ff WSi r\H ÏDJlh ^^^^^* moins respectueux, «^nX UWb 0^ inX pttf*? serait choquant et irrévérencieux. Trouver, dans ces passages et dans d'autres passages analogues, la notion que Yahwé n'habite pas à Sion et celle que le nom a quelque

1. La dernière ombre d'un doute disparait devant la glose donnée en guise de commentaire : éuma zakâruy « mention de nom » = zukkurtum et ahaztu, « existence, » D. H. W., p. 255 a.

chose de mystique, n'est-ce pas donner libre cours à Timagi* nation ?

P. 321-389. fc Le développement de la communauté jusqu'à la réforme d'Ëzra. i>

(1) oc La possession du temple, d'une loi écrite et de l'espérance messianique, règle le développement religieux. Il s'agit tout d'abord de s'arranger avec le fait {sich mit der thatsaehe abzufinden) que l'achèvement du temple n'apporta pas Taccomplissement des espérances enthousiastes des prophètes. Ceux qui avaient des tendances prophétique!^ {die prophetiêch Gerichteten) les attendaient de l'avenir, tandis que les prêtres et les laïques paraissent plutôt {scheinen vielfach) avoir pris ce qui a été donné par Yahwé {dos von Jahve Geschenkte) comme l'accomplissement des anciennes prophéties. Gela les détournera des espérances messianiques. C'est ainsi que la construction du temple rassure (sa beruhigt der Tempelbau). Seulement à présent (jetzt nur) peut naître le sentiment (kann dos Gefuhl aufkommen) qu'on possède de nouveau le pays des ancêtres. On se réjouit du temple, on ne le visite pas seulement pour sacrifier, mais aussi pour y prier et pour y entendre les enseignements des prêtres et des prophètes, y^

Quelques observations sont indispensables. Parmi les trois possessions énumérées, une seule est a nouvelle, » ou plus exactement € reprise, > savoir celle du temple. Des deux autres, la possession d'une loi écrite renfermant des catégories très diverses : celles mentionnées par Osée, vm, i 2, le Deutéronome, les parties J et E du Pentateuque, sont, d'après l'École ellemême, antérieures à la captivité; pour ce qui concerne les espérances prétendues c messianiques^ » mais en réalité A nationales-monothéistes, % elles remplissent de nombreuses pages dans les écrits des prophètes antérieurs, et ce n'est pas leur faute si le parti pris de l'École les a arrachées de leur milieu naturel en les déclarant « interpolations postexiliques ». Si l'on ajoute ce fait historique que les rapatriés, aussitôt arrivés, eurent soin de réoccuper leurs anciennes villes sur toute l'étendue de la Judée (Ezra, ii, 21-35; Néhémie, vn, 25-38; xi, 25-36), on voit tout de suite qu'on est en présence de la restauration d'une nation^ et nullement d'une communauté relir

gieusâ telle dont on nous bombarde dans cette division de Pouvrage que nous analysons. Les tendances nationalistes remportaient tellement sur les spéculations théologiques que Jérusalem eut, pour premiers habitants, les chefs seuky et qu'on dut déterminer par le sort un neuvième de la population rurale à s'établir à Jérusalem, malgré Tennui et les désavantages que ce transfert leur attirait. Aussi furent-ils complimentés par le reste du peuple qui savait apprécier ce sacrifice (Néhémie, XI, 4-2). Parmi ces généreux (Q^SIjnD) figurent des prêtres, des lévites de tout rang et des descendants d'anciens serfis ou oiiNêtinim (ibid., xi, 10-23). Ce sont des faits qui frappent déjà au premier aspect les lecteurs de bon sens; si TÉcole ne les a pas remarqués, c'est qu'elle a été égarée par l'emploi du mot c communauté > dans la littérature pseudo-épigraphique et dans l'Évangile, où, par suite des persiâcutions religieuses, la classe des Pharisiens fit dominer uniquement l'intérêt religieux, et laissa à Tarrière-plan les intérêts nationaux matériels comme apanages de l'époque messianique. Choisissons un exemple qui marque entre cent autres la distance parcourue par les Sopherlm dans la période grecque : c'est la manière dont le jeûne y fut envisagé. D'une part, le prophète Zacharie, fidèle à l'esprit de Jérémie et d'Isaïe II, abolit, sans le moindre scrupule, les jeûnes introduits pendant la captivité et permit même de les transformer en jours de fête (Zacharie, viu, 19); d'autre part, le plus ancien document produit par Tesprit pharisien, subséquemment à l'installation des Macchabées, est le registre des jours de jeûnes de l'époque et appelé pour cette raison c rouleau des jeûnes > (n^jyn rhsû)- Telle est également la plus ordinaire manifestation de piété propre à Daniel (Daniel, x, 2-3), aux pharisiens et aux disciples de Jean-Baptiste (Matthieu, ix, 1&; xi, 18). Le jeûne est naturellement hors cadre à l'égard du Fils de Dieu en personne, mais ses disciples furent dûment prévenus qu'ils auront à jeûner lorsque le Fiancé^ c'est-à-dire Jésus, leur sera enlevé (ibid.^ IX, 15). Dans le christianisme naissant, le jeûne est même devenu un moyen efficace d'exorcisme, car Jésus enseigne spécialement qu'une certaine catégorie de démons ne se chasse que par la prière et le jeûne (ibid.^ xvm, 20). Une aussi crasse

matérialisation de la contrition religieuse nous place aux antipodes de la dernière époque prophétique, qui est déjà celle de la décadence et du mysticisme naissant. Après cette digression nécessaire, on voit combien on a tort d'appliquer, sans triage préalable, les conceptions évangéliques et même pharisiennes à répoque prophétique. Les idées telles que c messianisme > et « communauté, > exprimées par rPl^Dn niD^ ^^ bi^ltt^ nD33» furent aussi inconnues alors que les mots qui les expriment. Le culte fut restitué d'après les anciennes ordonnances du Pentateuque, sans le moindre égard aux innovations d*Ézéchiel, et personne ne se soucia de la question abstruse si les prévisions prophétiques se sont accomplies à la lettre. Déjà, au temps d'Ézéchiel, le peuple savait que les hyperboles poétiques abondent dans les prédictions des prophètes (Ézéchiel, XII, 22). La restauration procéda d'une manière plus pratique qu'on ne le croit; le paysan intéressé ne tarda pas à tricher avec le temple en apportant à l'autel des animaux rapines, estropiés ou malades, et méprisait les prêtres qui prévariquaient la justice des pauvres en faveur des riches et des puissants. Nous voyons poindre alors cette haine entre la classe agricole (dite ""Am-hààre^ (yiHTi DJ^) ^^ '^ lettrés syndiqués nommés Habêrim (a^TaPl) ^^ a disciples des sages, » ou Talmîdé Hakâmîm (a'^Q^n ^Tobn) Q^î * persisté jusqu'à la fin de la période talmudique.

P. 325-327 (5). On nous dit sérieusement que c'est seulement après l'exil que Yahwé fut conçu comme dieu universel (VlXrr bs VSIH) ^ '^^ nègres le disent pourtant de leurs déités primitives, sans avoir passé par la captivité de fiabylone. Mais à quoi bon récriminer! L'ukase de l'École voudrait môme voir dans l'épithète de a dieu du ciel, > qu'on donnait alors à Yahwé, une application à l'usage religieux du peuple dominant (les Perses), ce Auramazda est aussi le créateur du ciel, de la terre et de l'homme, il est vrai, sans pouvoir déposséder les dieux cultuels (Mithra, Anahita). > Quand il s'agit des Perses, le savant critique ne pose même pas la question de savoir si l'universalité sage et puissante d'Auramazdâ est simplement la copie du dieu créateur babylonien Marduk. Il laisse même lire entre les lignes que des tendances à dêpom-

der les déités cultuelles Mithra et Ânahita ont existé, quoique sans résultat final, dans le parsisme. Une partialité aussi évidente paraît inexplicable si Ton ne considère pas que les devins modernes regardent Yahwé comme le génie d'une montagne du désert, savoir le Sinaï. Pour qu'un dieu -montagne, symbole de stérilité physique et intellectuelle, ait pu s'élever au rang d'un dieu céleste, symbole de fertilité et de lumière physique et intellectuelle, il a fallu un grand nombre de transformations théologiques pour lesquelles l'espace de mille ans n*est pas trop surfait. Un dieu né pierre a de la peine à s'attacher des ailes. Voilà le mot de l'énigme, mot surtout caractéristique du milieu auquel cette théologie de l'Ancien Testament est destinée.

P. 326-327. Énumération détaillée des symboles constitutifs des huit visions de Zacharie, symboles qui seraient empruntés à des sources babyloniennes. Mais cette afQrmation est foncièrement inexacte, malgré l'opinion de Gunkel qui sert d'autorité. Il faut se garder de prendre à la lettre des figures aussi flottantes que celles qui ornent des rêves. Le cavalier monté sur un cheval bai et suivi d'autres chevaux (Zacharie, I, 8) représente un simple postillon perse, accompagné de chevaux d'échange. La représentation des attaques hostiles sous l'image de cornes {ibid.^ u, 3-4) et de la mensuration de Jérusalem (n, 5-7) est empruntée h Êzéchiel^ Ni la conception de Satan, ni celle de la lampe à sept branches n'existent en Babylonie. L'olivier est un produit de la Palestine ; les montagnes d'airain {die ehemen Berge) ^ d'entre lesquelles sortent les chars de guerre, sont indiquées Deutéronome, viii, 9; ces chars portent la guerre aux quatre régions du monde et sont surtout implacables pour le nord (v. 8), c'est-à-dire pour la Babylonie ; le myrte croît dans les eaux des bas terrains en Palestine (Néhémie, viii, 15). Le mirage le plus égayant se fait jour à propos des c sept yeux de Yahwé qui parcourent la terre entière » (^33 D^ÛDIIWD HOn m»T '•J'^j; rhH nySttf Vlî<n» iv> ^^)y "°^ grave erreur mythologique se joint ici à une erreur exégétique non moins grave : en premier lieu, les

i. Ézéchiel, xxxiv, 21 ; XL, 5, pasêim.

génies dits Anunnaki et Igigi dans la mythologie babylonienne sont respeotivement au nombre de neuf et de huit 9 ensemble dix-sept, et ne peuvent avoir servi de modèle à la série unique de sept yeux. En second lieu, le mot « yeux de Yahwé ib (ilW "^yV)» fl"^ ^ tourné la tête des mythomanes, signifie simplement les « explorateurs » de Yahwé, c'est-à-dire ses messagers ou anges chargés d'inspecter minutieusement ce qui se passe dans la société hmnaine, afin de lui en faire un rapport exact et détaillé (Job, i, 7), fonction qui n'a rien de commun avec celles des divinités babyloniennes que je viens de citer. Quand on veut légiférer dans la mythologie des Sémites, il est impardonnable qu'on Ignore plus ou moins délibérément qu'en sémitiquej r>v/j < œil, > a le sens de « observateur, explorateur, inspecteur, » car il faut avoir une imagination bien échauffée pour attribuer à l'influence babylonienne ce fait des lexiques arabe et éthiopien. Rien que l'existence en hébreu du participe py (^erî,! Samuel, xvui, 9), c épiant, j> aurait dû les

mettre sur la piste. Et c'est ^ de pareilles légèretés qu'on bat capital pour introduire le mysticisme euphratéen dans la dernière phase du prophétisme biblique! Enfin, l'attraction babylonisante sur les nouveaux mythographes a entièrement défiguré les visions du chapitre v : Dans une phrase précédente, Zacharie voit en vision, devant le grand prêtre Josué, une pierre surveillée par sept gardes ; Yahwé y appose une gravure ; le mot qu'il y a gravé n'est pas spécifié, mais un lecteur d'Exode, xxvin, 9-12, où le premier grand prêtre Âaron reçoit deux pierres précieuses gravées, offrant les noms des douze tribus d'Israël, pour les porter en commémoration {tr&H)

devant Yahwé, comprend aussitôt que la pierre unique (pj< nnx) ^^^ ^ '* disposition du pontife de la restauration purement judéenne porte gravé le nom de /uda seul, figurant le petit reste de la nation. Cette gravure, faite par Yahwé même, scelle sa réconciliation parfaite avec le pays et la nation, ce que le prophète exprime en toutes lettres par la phrase immédiate ^nK DV3 N%nn V^NH \yp nx ^ne^V « j'effacerai les péchés de cette terre en un seul jour ]». Or, les visions du cha-

pitre Y développent la même idée par d'autres images. Une immense rouleau volant déverse la malédiction sur celui qui voudrait s'approprier une partie des objets précieux (lampe d'or, oliviers, symboles des deux puissances politique et sacerdotale du nouvel État) ou qui forfait au serment prêté à ce sujet, en un mot contre tout concurrent et réfractaire à Taccord conclu entre Zorobabel et Josué. La seconde vision dépeint, par un groupe d'images, le départ de 1' « iniquité » (nVlÇ^in) ^® '* Judée« La Rié% symbolisée par un récipient contenant la mesure d'une épha (nfi'ïK)? naturellement d'une « éphâ inique

ou fausse » (j;ij^-| np*»^)» ^^ opposition à T c épha juste »

(pTV DB^X» Ézéchiel, l, 7; Lévitique, xix, 36), sort pour

s'orienter (lire na'^V POur qj^v); la mauvaise fée elle-même est

assise dedans, mais on l'enferme dans l'épbaen bouchant l'orifîce de la mesure avec une grosse jnasse de plomb, et deux autres génies féminins ailés — le sexe féminin est nécessité par le sexe de la prisonnière — la transportent en Babylonie, où elle aura désormais sa demeure fixe.

L^insistance incroyable qu'on met à faire entrer dans la théologie du prophète Zacharie les illusions regrettables de Gunkel m'a obligé à expliquer avec plus d'amplitude lès traits principaux de ces visions ; pour les points moins importants, il suffira de relire ce que j'en ai dit plus haut.

P. 327^88 (6). La conception du c Satan » accusateur public au tribunal céleste dans l'histoire de Job a*t*elle progressé chez Zacharie? J'en doute beaucoup. La scène de l'accusation de Josué (m, 1-2) est probablement un reflet littéraire de celle de Job. En accusant Josué de fautes commises, le démon inexorable espérait recevoir l'ordre de le frapper, maisYahwé, en humeur de proclamer une amnistie générale pour toutes les défections (m, 9), Fen réprimande durement ; le réquisitoire en lui-même était un procédé régulier de la justice et ne put déplaire à Yahwé {dass er Joaua verklagt stimmt augenscheinlieh nieht mit Jahves Intentionen). En plein mysticisme, on nous jette inopinément la phrase suivante : <k La figure reçoit soQ coloris particulier chex Zacharie, en ce fait qu'elle person-

nifie la mauvaise conscience d'Israël sur son ancien péché, for- Dfiant empêchenoent à la tournure messianique. Cela explique que Satan s*est aussi développé plus tard en ennemi du judaïsme > (Ihr eigentûmliches Kolorit gewinnt die Gestalt bd Sacharja dadurchy dass sich in ihr dos bôse Gewissen I^aek ilber seine alte^ die messianische wendung verhindemde Schuld personifiziert. Dos erklârt^ dass sich Satan spàier auch zum Judenfeind entwickelt). Après les nombreux précédents analogues, cette hantise du messianisme à tort et à travers se joint ici à la création d'un type allégorique qui ferait honneur à Philon. Même dans le livre d'Hénoch, Satan est considéré comme rinstigateur des anges déchus; est-ce en qualité de personnification de la mauvaise conscience d'Israël? Satan dresse ses accusations particulièrement contre Israël parce qu'il tend à le priver de l'affection spéciale de Dieu; il est pour lui un adversaire redoutable, mais on ne lui décerne pas le titre d'ennemi, parce qne le judaïsme entend servir Dieu et nullement combattre Satan qui est, en somme, un fonctionnaire subalterne. C'est dans le christianisme seul que Satan est monté au pinacle en qualité de prince de ce monde et d'ennemi du royaume céleste. Après avoir cherché à dominer le Fils de Dieu (Matthieu, iv), il rugit comme un lion et tourne autour des fidèles, cherchant quiil pourra dévorer (I Pierre, v,8). P. 328-329 (7). La littérature des Psaumes est-elle uniquement due à l'impulsion du retour de l'exil ? L'École critique l'affirme avec la profonde conviction propre aux devins homériques. Respectons la foi des autres, mais cherchons des raisons pour fortifier la nôtre qui a pour seul guide l'expérienne de l'histoire, et comme l'histoire nous montre que les Assyro- Babyloniens étaient, depuis une longue série de siècles avant la destruction du temple de Jérusalem, en possession d'une riche littérature de ce genre, nous concluons que les autres peuples sémitiques étaient bien capables d'en composer, également pour les besoins religieux de chaque fidèle, en cas de maladie et de vicissitudes d'une part, de l'autre, en cas d'événements heureux de la vie. De plus, étant donné qtf un groupe de six psaumes hébreux ne peut s'appliquer qu'à des cas individuels et antérieurs à l'exil, savoir psaumes u, xxi, xlv, lx, lxxh,

ex, je conclus qu'à côté de ces psaumes certainement anciens, notre collection peut en comprendre d'autres encore des mêmes époques, et là s'arrête mon savoir. Il est vrai que la sentence magique c la communauté parle t> sait messianiser jusqu^à la nile de Tyr qui, parée de tous ses atours, se tient coquettement dans l'attente que son seigneur et maître, vaincu par le coup de foudre, l'amène dans l'intérieur embaumé du harem. (Psaume xlv, 10-16). J'admire ces daréanim de l'aggada ^ moderne, mais je maintiens mon opinion bourgeoise.

P. 329-330 (§ 140). L'adjonction d'étrangers à la communauté. Sa laïcisation.

Sur la base d'une divination infaillible, les critiques affirment d'emblée que les Judéens rapatriés trouvèrent en Palestine un reste de Tancienne population, mais dans un état de misère tel qu'Aggée et Zacharie n'en parlent point. Celui qui ne possède pas ce don précieux pensera, au contraire, que les prophètes devaient avoir précisément pour mission de consoler ces pauvres frères restés si longtemps séparés et agonisants sur les ruines de la terre sainte. Même Isaïe II garde le silence sur ce reste de la nation : c'est aux ruines de Jérusalem que la prochaine arrivée de Yahwé à la tête de ses fidèles est annoncée, et aucunement à des frères abandonnés. La chose est facile à comprendre. Des capitales entièrement dépeuplées après une grande catastrophe ne manquent pas dans rhistoire ancienne : Ninive et Babylone en sont les exemples les plus remarquables, et Jérusalem a partagé leur sort. La population rurale clairsemée émigra vraisemblablement dans la Samarie et dans la Galilée, où elle était plus protégée contre l'incursion des nomades et des peuples voisins. Tout à fait imaginaire est l'invasion des Calébites à Bethléem pendant l'exil, comme si Caleb n'était pas une ancienne branche de la tribu de Juda ! On nous affirme aussi que les exotiques Calébites n'ontpastardé à se joindre aux Judéens. Naturellement de véritables -)3j ^y^ ("^" j^^îfs) sont aussi accourus de divers

côtés pour profiter de la fortune qui semblait sourire aux Juifs, mais on leur refusa l'admission dans la bourgeoisie (Néhéraie, IX, 2). Enfin, tout ce qui suit sur les sentiments religieux et

politiques, si divergents entre les rapatriés et les Juifs restés en Judée, manque de tout fondement historique. Dans Isale, xv, 6, le texte, fort corrompu d^ailleurs, se rapporte aux prêtres honnêtes qui étaient hats et exclus de la corporation présidée par des chefs hypocrites, mais foncièrement iniques et intéressés (Malachîe, n, 1-<0). Le verset précité d'Isaïe doit être la î

123' 13012^ (pour *»qb;) |i;ûb osnîû uyiii\tf uynn nox

W2^ am D3nn»it^3 INTI (P^^^ "«T31) HIiT. « ^^s frères ennemis qui vous excluent, disent : Yahwé est honoré à cause de notre nom (=de nous); (mais) ils vefront votre joie, pendant qu'eux seront dans la honte ; » Tantithèse répond à celle de Lxv, 1 3 : ijj^^n DnXI IPIDfe^' '^"l^p Hin» « voici, mes serviteurs se réjouiront et eux seront dans la hontes. Quand on échafaude toute une histoire sur un verset, il faut au moins le comprendre! Sur les autres passages, voyez nos remarques plus bas & propos du prétendu Isaïe III.

P. 332: Le livre de Malachie. Le savant théologien trouve dans ce t pamphlet » {^das Pamphlet) la résurrection de l'attente du jugement {dos Wiederaufleben der GerichUerwartung). « Résurrection » n^est visiblement pas le terme adéquat d'une conception courante chez les prophètes de l*exil, et dont Texîl lui-même qui venait à peine de cesser fut une manifestation éclatante. Mais, où y discerne-t-on donc un vestige de regrets relativement à des espérances non accomplies {die noch unerfullten Hoffnungen) ? Malachie débute au contraire par démontrer l'amour de Yahwé pour Israël en constatant le fait historique qu*Israêl fut Tobjet d'une restauration, tandis quel'Idumée est vouée à une désolation éternelle (1, 1-5), fait qui fournit en même temps la preuve que le gouvernement de Yahwé s'étend au delà des limites de la Palestine. Évidemment, la génération présente avait tout à fait oublié les images enthousiastes par lesquelles Isafe II — un Isaïe III n'existe pas — a célébré la puissance de Yahwé et î'avenîr d'Israël. Au milieu d'une série d'années de disette, elle fournît à contre- cœur les sacrifices du temple, au point que les prêtres, obligés d*accepler les bêtes volées ou étriquées pour en faire leur misérable pitance^ s'attirèrent le mépris des sacrifiâto.

Le désordre régnait également dans Tadministration de la justice, où tout fut empreint de vénalité ; dans ^organisation de ia famille» où les femmes étrangères prenaient la place des femmes juives; enfin, dans la tournure d'esprit de plusieurs libres penseurs qui niaient l'intervention d'une justice divine (i, 6-11). Quand on tient compte de la situation amenée par les circonstances locales, on trouve que n'in^orte quel prophète antérieur aurait agi comme Malachie. L'École y voit cependant une démarcation notable :

c L'écart temporel {der zeitliche Abstand) des anciens prophètes se montre (trittzu Tage) dans l'importance que le livre attribue aux prêtres en les traitant avant le peuple (c'est pourtant naturel, puisqu'ils sont la cause de toute la décadence !), et en leur octroyant le titre honorifique niK3V mîT nsbo» ^^» 7, ainsi que dans l'importance qui accorde à la livraison correcte des prestations et des sacrifices (und der richtigen Leistung von Abgaben und Opfem). > Or, le titre de "IK^û vise le prêtre tel qu*il devait être, le prêtre idéal, et cela n'est pas pluô anormal que l'épithète ^^xiV ^' ^DXbû appliquée à Israël dans Isaïe, XLiî, 19. Quant à la prétendue importance des sacrifices en eux-mêmes, il n'en est pas trace dans le livre ; aufcun prophète n'a prononcé aussi clairement que Malachie l'idée que, dans les conditions actuelles, on ferait mieux de fermer le temple et de laisser s'éteindre le feu de l'autel (v. 10); mais que puisqu'on ne veut pas aller à cette extrémité, la simple décence commanderait déjà de ne pas avilir l'autel par des victimes défectueuses ou malades qu'on n'oserait pas apporter en don au gouverneur (i, 8). Malachie ajoute que Yahwé peut d'autant plusse passer des vils sacrifices du temple de Jérusalem que, sur toute 1 étendue de la terre, les païens glorifient son nom et lui apportent les sacrifices et les oblations les plus recherchés et les plus purs (i, 11), naturellement sans le savoir, puisqu'il n*eliste pas d'autre dieu en dehors de Yahwé. On cherche en vain un seul mot sur la pénétration des laïques {die Durehstechung der Laien) dans le culte. Le verset m, 5, traite de magie et de vices moraux qui sont communs à tous les siècles de l'histoire humaine et blâmés par tous les pro* phètes.

Pour ce qui concerne, l'expression ^^^;^ IT^lSi ^^^^ '^ verrons au paragraphe 145. L'épouse légitime est qualifiée € compagne et alliée de l'époux » (nn'»"!^ rWH) in"Dn> ï'» 14), de manière que Yahwé même est le témoin accusateur si répoux contrevient à la promesse de fidélité (n'»"}^) f*î^® ^ sa conjointe (-jiiya nttfX p31 ^y^2 T»yn mn^ >D)» a<^te qui, stigmatisé de trahison (pi^ nmjS nnx "IK^X)' ^®''*'^ alliance, réciproquement et solennellement consentie, est réduite au fait banal que Yahwé était témoin du mariage (bei deren Ehelichung Jahve Zeuge war). Mais plus étonnante est encore la correction de nn3n "JN^D» * que les hommes pieux attendent avec impatience o (a^^^sn DHN "IB^N> ^^^^ ^)» ^" n^l3n ^^D fl"^ ^s^ impossible en hébreu ; l'analogie invoquée de ^^3^^ ibo (Psaumes, xxiv, 7-10) ne signifie rien, parce que ^^3^^ équivaut en ce cas à ^;a^3^> tandis que nna ^^ permet point pareille substitution. Non moins inimaginable est d'entendre par a roi de l'Alliance » la désignation de Yahwé « se montrant comme roi de la communauté (!) dans le jugement messianique » (! als Bezeichnung dessich als Kônig der Gemeinde im messianischen Gericht erweismden Jahves). Ceux que le mysticisme ne séduit pas n'ont aucune difficulté à établir l'état civil de ce t messager de l'alliance, > car il est nominalement désigné dans les deux derniers versets du petit livre : m, 23-24. L'ancienne légende racontait que le prophète Élie, dont les actes miraculeux furent inspirés par son zèle extraordinaire pour l'alliance de Yahwé avec Israël, était monté vivant au ciel (il Rois, ii) et continuait même ensuite à effrayer les impies (II Chroniques, xxi, 1 2-1 5) ; voilà le messager, annonce Malachie, que Yahwé enverra bientôt pour mettre fin à la désorganisation des familles troublées par l'intrusion des femmes étrangères. Dans ces familles, il régnait des disputes continuelles entre les parents et leurs enfants. Élie y rétablira la paix et la concorde ^y ^^y^ dh) D'^JS bv m3K 3^ 3^OT1 Dm3K)- Lorsque la paix sera rétablie dans les familles, tant laïques que sacerdotales (m, 2-3), viendra le grand jour du jugement sur les diverses catégories des pécheurs, et alors on verra la différence entre les justes et les impies; les superbes

seront voués à la destruction et au dernier avilissement ; les fidèles jouiront d'une pleine satisfaction (m, 17-21). Telle est ridée dominante et claire du chapitre m. L'École n'y a vu que des ombres chinoises; elle va même jusqu'à octroyer l'excision des versets relatifs à l'envoi du prophète Élie : c Le groupe m, 23-24, ne peut pas venir de l'auteur du livre, car celui-ci ne sait rien des disputes familiales et tient pour inévitable le jugement qu'Élie doit détourner (!) Outre cela, il contredit m, 1 ! » {Der Abschnitt m, 23 f. kann nicht vom Verfasser des Bûches herruhr en, da dieser von Familienzwistigkeiten nichts weiss und dos Gericht fur unabwendbar hait, das Elias Ver^ mittelung abwenden soll. Zudem xviderspricht et iii, 1).

Tout commentaire est désormais inutile.

P. 335-337 (§ 142) Ezra et le second retour (Rûckwanderung).

La seconde migration des exiles en Palestine, sous la conduite du prêtre-scribe 'Ezra, est prise par l'école grafienne pour pivot de sa théorie relative à l'origine postexilique du code sacerdotal ou P, lequel aurait été fabriqué eh grande partie par Ezra lui-même. Ce thème a été traité par moi dès 1883 dans un article intitulé ce Esdras et le code sacerdotal > {Mélanges de critique et d'histoirCy p, 94-113). La conclusion de cette étude décidément négative a été formulée comme il suit : c Le prêtre et scribe Esdras n'est en aucun rapport avec la promulgation du code sacerdotal et encore moins avec la rédaction finale du Pentateuque. t> Je ne vois pas que les indices réunis par M. Stade soient suffisants à modifier cette sentence. Selon les grafiens, Ezra apporta en Palestine une thora particulière à lui et inconnue auparavant, et ce fait surprenant, ils le trouvent formellement annoncé dans la lettre d'Artaxercès, Ezra, vu, 14, où le grand roi charge Ezra de s'enquérir de l'état de la Judée et de Jérusalem en fait de la loi de Dieu qu'il a dans sa main Ht»3 i*i nnbx ms)- ^ ^^^^^ interprétation superficielle, il y a malheureusement un double inconvénient : d'abord, il est absurde d'admettre qu'Ezra ait fait part au roi perse qu'il vient de fabriquer une loi nouvelle et que le roi se soit intéressé à en appuyer l'exercice par son autorité en Judée contre la législation antérieure. Puis, il est

évident que -n«»3 ^ est une expression figurée sigoifianl seulement : c Que tu possèdes (en qualité de scribe), > saos impliquer le moins du monde la notion que cette loi différait en quoique ce soit de celle qui est en usage en Palestine. Je suis peiné de devoir insister sur un égarement aussi regrettable. Le roi se tait absolument sur la loi dans la suite de sa lettre, et au verset 25 il emploie la locution -r^ij ^^ "in^K nûDTO» c suivant la sagesse de ton Dieu que tu possèdes, i où •pan ne peut avoir le sens épaissement matérialiste de a que tu portes dans ta main ». La cour de Suse chargea Ezra, natu* rcllement sur sa demande, de réorganiser le culte à Jérusalem, qui était tombé en marasme par suite des dissensions régnantes entre prêtres et laïques, conformément à sa connaissance de la loi reconnue par le peuple juif, et nullement par une loi récente. Elle pensa avec raison que l'obéissance à la loi divine impliqw aussi l'obéissance aux lois politiques émanées du gouvernement, et que cette fidélité se manifestera par les sacrifices et les prières qui seront faits dans le temple pour la vie de la famille royale. La proposition : c Grâce à un acte administratif du roi perse Artaxercès qui ordonne l'introduction d'un code appartenant à Ezra (dem Esra gehôrenden)^ éerU par Esra dans un sens à déterminer encore (in noeh %u émit* telndem Sinne von Esra geschriebenen GesetzbueheSy anodnet), la communauté juive appelée à la vie par un acte gouvernemental de Cyrus reçoit une forme solide, i manque de toute base et ne peut entrer en ligne de compte en ce qui concerne Torigine^du code sacerdotal. Non seulement Ezra n'a pas été un réformateur dans le vrai sens du mot, il ignora même l'existence de mariages mixtes chez les Judéens; ce sont certains chefs qui la lui ont apprise. Par suite de celte iiouvelle, il fut tellement attristé qu'il déchira ses vêtements, s'arracha les cheveux, jeûna jusqu'au soir et refusa dédire une parole aux fidèles zélés (Tini KT) Q^^ 8*étaient assemblés autour de lui. Fait important, les allusions qu'il fait dans sa prière à deux passages des prophètes (q^x^^jh yHX/) qui défendent ces mariages (Ezra, ix, 11), l'un résume Lévitique, XVIII, 24-30, l'autre, Deut., vii, 3 et xxni, 4-6; or, ces passages sont connus des chefs judéens comme émanés de

laTbom (Ezra, x, 30). N'est-ce pas une preuve mathématiqua que le Lévitique et Iq Deutéronome formaient alors un bloc inséparable et revêtu d'une autorité suprême ? Du reste, l'influence d'Ëzra n'a abouti qu'à dresser une li^te de cent treize pères de famille qui épousèrent des femmes étrangères, maiç non pas au renvoi d^ ces femmes. Désappointé par cet échec, Ezra s'éclipsa, ne «l'occupa plus des affaires de la commu-» nauté et se consacra à sa seule vocation de scribe, c'est<*à^dire de docteur de la loi. On n'a pas besoin de chercher une autre cause pour cette disparition sut;)ite. Les critiques supposent qu'Ëzra, en contravention au rescrît royal, avait essayé de fortifier Jérusalem, et que, par suite des délations des peuples voisins, Jérusalem fut brûlée par le gouverneur perse, et Ezra obligé de prendre sa retraite. Ce sont des spéculations peu vraisemblables et parfaitement inutiles : Ezra n'aurait pas été quitte à si bon marché de sa Contravention , et la démolition d'une partie des murs de Jérusalem avec Tincendie des portes qui ressort de Néhémie, i, peut avoir eu lieu bien avant Tarri' vée d'Ezra et avoir été dirigée contre une réparation faite lentement par la municipalité et que les gouverneurs antérieurs avaient laissée s'accomplir sans s'y opposer.

Ajoutons que' le prétendu auteur du code sacerdotal et réformateur non moins fictif des alliances internationales fait le muet sur les espérances messianiques. Loin de consoler son auditoire zélé avec l'arrivée prochaine du salut sous la forme d'un ^at^2;^ur puissant et vertueux, il s'estime heureux du résultat du rapatriement qui a procuré à la nation la res^ tauration religieuse et une certaine autonomie intérieure (Ezra, VII, 8-0).

P, 337-339 (§ 143, 1-3) Trito-Isaïe et analogue {und Verwandtes).

La lacune béante laissée par Ezra dans la théorie du messia^ nisme à jets continus, désoriente les pieux critiques; ils cherchent donc à la combler par un remplaçant digne de lui. Avec la bonne volonté, on finit toujours par trouver dans la masse peu compacte des sermons prophétiques. En séparant les chapitres lvi-lxvi d'Isaïe II, on a fabriqué un nouveau prophète contemporain d'Ezra et dénommé Isaïe Ul ou Trito-

qui a, prétend-on, les poches pleines du messianisme si ssaire au salut de la théorie. Isaïe III arrive donc comme météore pour vaticiner non sur la Jérusalem actuelle, mars la Jérusalem de l'avenir messianique. Pour nous faire îr la pilule, on la dore : oc La foi triomphe en lui sur la ; réalité. Les murs ne sont pas encore reconstruits (lviii,

Lxn, 6 suiv.), les voisins surprennent et attaquent la munauté, ils projettent de se construire un temple à eux I, h suiv.); la question de l'admission des étrangers 5 les esprits (lvi, 5, 7). L'auteur appartient aux mêmes les que Malachie, il montre le courant légal et prophétique >sé à Tadmission des étrangers favorisée par des prêtres îs notables. » {Der Glaube triumphiert in ihm ûber den rigen Augenschem. Die Mauern sind noch nicht wieder- Ht 58, 12, 62, 6 /*., die Nachbam iiberfallen und pliin-

die Gemeinde, sie planen sich einen eigenen Tempel zu î/iten 66, 1 /jf., die Fr âge der Zulassung der Fremden jt die Gemûter 56, 5, 7. Ber Verfasser gehôrt denselben sen wie Malachi ariy er bezeugt die gesetzliche und proische Gegenstrômung gegen die von Priestern undNotabeln instigte Zulassung der Fremden). Quand on lit les écrits ents sans idée préconçue, on souscrit difficilement à la ription précédente :

. Isaïe, LViii, 12, de même que le verset 13-14 qui end XL, 3, s'adresse sans le moindre doute au groupe des aiers émigrants conduits par Zorobabel : c Si, au lieu de er, tu pratiques la charité envers les besogneux et les oppri- , Yahwé te conduira et te rassasiera de délices et tu rever- 5 comme un jardin arrosé par une source intarissable 0); alors seront reconstruites par toi Hqq ij;n) les ennes ruines (q'^'-^j; m3in)» ^^ relèveras les fondations nombreuses générations (passées), de manière qu'on pellera a feripeur de brèche » (y^gj "nj)> restaurateur •outes pour inaugurer le repeuplement (ni^'^nj 33112/û /'p). Le dernier doute disparaît par la répétition de la le phrase dans lxi, 4, adressée aux captifs qui soupirent 5S la liberté, à ceux qui sont en deuil pour la perte de I (1 -3), La situation et la pensée répondent à celles d'Isaïe H

et ne peuvent absolument être placées à l'époque d'Ezra.

2. Isaïe, LXii, 6, met dans la bouche de Yahwé cette information : ce Sur tes murs, ô Jérusalem, j'ai mis des (anges) gardiens qui ne cessent de supplier jour et nuit (pour qu'ils soient reconstruits), et le poète ajoute : c 0 vous qui rappelez Yahwé, ne vous taisez pas et ne lui donnez point de cesse jusqu'à ce qu'il ait refait de Jérusalem un objet de gloire dans le monde, » tandis que, dans l'état actuel, on l'appelle abandonnée (nSIÎJ^) ^^ son territoire <c désert» (nDDlî^)» épithètes caractéristiques de répoque de l'exil, mais nullement de celle d'Ezra.

3. Je ne conçois pas comment on a pu songer un seul instant quMsaïe, lxvi, 1-4, suppose que les affiliés étrangers avaient projeté de construire un temple rival de celui de Jérusalem. Après la construction de ce dernier temple, la phrase solennelle : oc Ainsi dit Yahwd : liO ciel est mon trône et la terre est l'escabeau de mes pieds, quelle maison pouvez-vous me construire et quel est le lieu de mon repos ? > , devient insipide. Sa place adéquate est au contraire à l'époque de Zorobabel. Plusieurs vieillards qui connaissaient la magnificence du temple salomonien s'affligeaient de Voir l'édifice chétif qui venait de le remplacer (Ezra, m, 12-13). C'est à ces âmes meurtries qu'Isaïe II adresse sa sublime proposition exprimant l'idée que Yahwé n'a dans aucune construction humaine, même la plus magnifique, une demeure digne de lui, mais que, tout en ayant sa demeure fixe dans les cieux, il regarde avec plaisir le pauvre et l'affligé qui lui est scrupuleusement attaché (verset 2)\

En dehors de cette bévue interprétative, il y a le témoignage historique, car la dissension eut pour point de départ le refus de Zorobabel d'admettre la participation des étrangers à la reconstruction du temple (Ezra, iv). Les Samaritains euxmêmes hésitaient donc longtemps à construire un sanctuaire fixe pour leur culte, à plus forte raison le parti adversaire d'Ezraet de Néhémie, qui s'était rallié à des familles judéennes, n'a pu songer à construire un temple rival de celui qui était consacré par la loi et la tradition séculaire.

i . Le passage suivant (3-4) se rapporte aux judéens mi-paîens dont il est question au chapitre précédent.

Réauitat : les chapitres lvi-lxyi appartiennent à Isale II ; un Isaie III contemporain d'Ezra n'a jamais existé.

Quant aux opinions messianiques du prétendu Isaïe III, voici ce que nous lisons :

< Dans la question de l'admission d'étrangers, il prend une position plus motivée que le Deutéronome, xxiii, 5Î-9, et que les hommes pieux qui se sont plaints à Ezra. Cela est déjà la condition de l'espérance messianique. Le najjn'^ra qui sert

Yahwé et tient le sabbat, c'est-à-dire qui observe la loi, doit être reçu aussi bien que les eunuques qui font cela (i,vi, 3). De Lv, 1-12 et lvi, 4, nous voyons que ceux qui partageaient les tendances prophétiques espéraient précisément Tadjonctlon de l'ancienne population israélite. Concevable, puisque l'espérance messianique compte même sur l'adjonction des païens > {In der Frage der Zulassung Fremder nimmt er eine mildere Stellung als dos Deuteronomium (23, 2-9) und die sich bei Esra beschwerenden Frommen. Dos bedingt ja sehon die messianische Hoffnung. Der ^"^^T^^^^-t ^^ Jahve dient und

den Sabbat hait, d. h. der dos Gesetz befolgty solle wie die Eunuchendie dies tun, aufgenommen werden 56, 3, Ans 65, 1-1Î, 66, 4, sehen wir, dass gerads prophetisch gerichtete auf den Anschluas der altisraelitisçhen Bevôlkerung hofften, Begreiflich, da die messianische Hoffnung ja sogar mit dem Anschluss der Heiden rechnet^)

Quand on rectifie l'anachronisme produit par la création d'un Trito-Isaïe inventé pour les besoins du système, les chosei apparaissent sous un aspect différent. Durant l'époque de l'exil, les q^b^v concentraient tous leurs efforts mx soins de la conservation nationale. Vers la fin de cette période, Isale II, encourageant les patriotes saisis de nostalgie, au moyen de prédictions d'un avenir splendide pour la patrie restaurée, y mêla ce trait brillant, savoir Tadjonction des étrangers au culte de Yahwé, prédit par les anciens prophètes {Michéet iv; Isale II). A ce propos, il ne s'était jamais levé la moindre opposition dans le milieu israélite. La situation changeait d'aspect en ce qui concerne les colonies étrangères de Samarie et les peuples voisins, ennemis jaloux des rapatriés (min^ ^IV

p0^33l)^ chez lesquels le culte vouéà Yahwé commedieu dupays n'excluait pas le culte d'autres dieux (II Rois, xvii, 24-41 )• Ces colons polythéistes et même descendants de peuples rejetés temporairement ou à tout jamais du sein de la communauté (Deutéronome, xxiii, 4-9), ne pouvaient naturellement être favorablement accueillis par Ezra ni par aucun autre contem** poraîn. Il n'y avait pas une question à débattre, mais des mesures à prendre pour mettre fin aux infractions dont quelques chefs et une centaine de bourgeois se sont rendus cou-p» pables. L'École, selon son habitude, a transformé cette cir-r constance exceptionnelle en principe général et créé une question qui était résolue depuis le temps des anciens prophètes; et par surcroît, elle y fait arbitrairement entrer le dogme du messianisme y dont il n'y a aucune trace avant le temps des Macchabées. Enfin, je regrette d'avoir besoin de le dire, le "155rPÎ5« s^ exalté par Isaïe II, représente des païens extrapalestiniens sincèrement convertis au judaïsme. Ces fidèles serviteurs de Yahwé, remarquez les expressions nsnMblimtt^ onnjrb lS rwrh mrP UW nx» antipodes des colons presque païens de la Samarie, formeront partie intégrante du peuple juif (Isaïe, lvi, 3), sans avoir besoin de renoncer à leur nationalité, car le temple de Jérusalem est un lieu de prière pour tous les peuples (u^^^n bDb Hlp^ nbfin n2 '^IV'D, 0> verset 7), Quant à la mention de l'eunuque, qui cadre fort peu dans ce milieu, Isaïe II y a été entraîné par Texcluslon édictée Deutéronome, xxiii, 2, contre les castrés dont le mariage provoque infailliblement la prostitution de la femme. Isaïe II mitigé la douleur de cet infortuné, comparable à un arbre sec (j^7 yw i3j()f ^^ l'informant que sa piété sera enregistrée dans les archives du temple (v. 5), mais il ne lui est jamais venu à l'idée de modifier la prescription légale du Deutéronome. Par suite de l'abolition de Tidée de la patrie et de la famille par Jésus, les restrictions nationalistes qui excluaient une catégorie de peuples tombèrent d'elles-mêmes, et l'eunuque devint le modèle idéal du vrai chrétien (Matthieu, XIX, 12).

Nous n'acceptons pas davantage l'explication d'Isaïe, lvi,

9-LVii, 13, comme se dirigeant contre les étrangers et leurs nobles fauteurs dans la communauté {^as sich gegen die Fremden und ihren vornehmen Gônner sich wendet). Ce parti adversaire d'Ezra et Néhémie a eu, parmi ses partisans, des prophètes salariés (Néhémie, vi, 10-13), mais non de^ (( gardes » ou « vigies » : Sôphîm (^a'^, Isaïe, lvi, 1 0), dont la

fonction disparut avec le retour de la captivité. Avec la meilleure volonté du monde, on ne situera pas la plainte relative à l'indifférence générale à la mort des justes (lvii, 1 -2), dans le cercle mi-païen, d'ailleurs assez restreint, des amis des Samaritains. Un coup d'ceil jeté sur le chapitre lxv montre qu'il s'agit d'une partie d'exilés ijui avaient conservé des pratiques païennes et étaient portés à se fondre dans la population dominante au lieu de vouloir retourner dans la terre sainte (vjjj; ^iSnp in nX D'^riDtt/n mn^ v. 1 1),cc qui ne convient aucunement aux colons étrangers de la Samarie qui demandaient au contraire à être reçus dans la bourgeoisie juive, quoique dans un but intéressé. M. Stade résume ainsi qu'il suit le verset 1 3 : € Mais les étrangers disparaîtront et les fidèles resteront en possession du temple et du pays {Aber die Fremden werdent untergehen und die Gesetzestrenen im Besitz von Tempel und land bleiben). Je donnerai ma dernière obole à celui qui sera capable de prouver que la motivation : c parce que je vous ai appelés et vous ne m'avez pas répondu » (m^ Dn^ay Nbl "^nX^lp v. 12) peut se rapporter à des étrangers hostiles qui n'ont même pas le nom de juifs !

P. 339-342. Néhémie. L'introduction du code de lois d'Ezra (?)

c Néhémie est un laïque craignant Dieu{gottesfurchtig)jn\SLni de toute son âme dans la foi, les souvenirs et les espérances de son peuple, aussi dévoué que prudent et tenace dans la poursuite de ses projets ; il est vrai qu'il est aussi un type de celte piété juive qui voudrait régler avec Dieu un compte exact de leurs œuvres pieuses (freilich auch ein Typus jener jûdischen Frommigkeity die mit Gott iiber ihre frommen Werke genau abrechnen môchte). Ce venenum in eaudu étant une des plus douces effluves de la chanté chrétienne^ glisse

sans aucun effet par-dessus le corps réfractaire du pharisien malin qui met en balance les vices caractéristiques de part et d*autre, ou pour parler plus clairement : la sainte ostentation qui fait le propre de sa secte en face de la sainte médisance qui est inséparable de la secte adversaire, car il ne tarde pas à s'apercevoir que les plateaux restent en parfait équilibre. Pour le philanthrope et l'historien, le poids moral relatif de ces deux vices se manifeste d'une manière lumineuse dès qu'on les transporte sur le domaine de la pratique, et alors il désire ardemment que les deux sectes fassent échange de leurs vices réciproques : une sainte médisance juive serait seulement ridicule et ne ferait mal à personne, tandis que, si Vostentation faisait le fond de la piété chrétienne, on pourrait lire dans les journaux religieux quotidiens, écrites et signées par certains moralistes pratiques modernes, des remarques comme la suivante : « 0 saint Fils de Dieu, sauveur du monde, souviens-toi pour mon bien des œuvres que j'ai accomplies dans le dernier progrome : cinq juifs tués de ma main; deux juives déshonorées, puis laissées le ventre ouvert ; trois enfants écrasés contre le pavé ou jetés par la fenêtre; six maisons incendiées et une dizaine de boutiques pillées. y> Une seule de ces confessions sincères de la part de n'importe quel affilié à la bande noire aurait plus fait, pour relever le sentiment de la fraternité humaine, que toutes les belles phrases de l'amour du prochain qu'on jette à tous les vents depuis presque deux mille ans et qui ont en réalité le sens contraire à ce qu'elles semblent proclamer* !

P. 340 (2). On nous parle de nouveau des plans d'Ezra, bien endormis depuis treize ans; c'est la construction des murs de Jérusalem qui aurait fourni l'occasion de ce réveil. Le rapport entre ces deux faits reste le mystère des dieux, car l'École n'en a pas trouvé la clé. Elle n'essaiemêmepasd'expliquer la retenue trop modeste d'Ezra dans la grande assemblée convoquée par Néhémie. On a été obligé de l'inviter à apporter le livre de la loi de Moïse que Yahwé ordonna à Israël (xiîj^b IIDX^I

nx mn> mv i^n niy» mm "isd nx x^an^ "laion

bxIttT»' ^^^h 1). Un zélateur d'un nouveau code ayant subi 1. Voyez plus haut nos remarques aux paragraphes 100 et 117.

une contrainte depuis treize ans, aurait agi plus virilement et se serait invité lui-même. En sa qualité de prêtre, il a donné une lecture publique de la loi, du matin jusqu'à midi, avec la lenteur nécessitée par le besoin de faire expliquer chaque passage au peuple qui ne comprenait presque plus l'iiébreu (Néhémie, xm, 43). Le récit biblique ne dit pas un mot de plus, mais l'École, toujours illuminée par la grâce, affirme qu'il a lu sa propre compilation, savoir le code sacerdotal, et si vous osez émettre le moindre doute, malheur à vous, vous êtes eo ipso classé parmi les obscurants et les fanatiques, et on vous reçoit avec un regard de suprême dédain. L*histoire ne peut qu*enregistrer cette regrettable fatuité de l'exégèse en vogue ; l'engouement actuel finira cependant par faire place à une exégëse plus généreuse, et Topposition exprimée ici ne ne sera pas tout à fait perdue. En tout cas, rien ne nous empêche de croire que ladite lecture ait été puisée dans toutes les parties du Pentateuque tel que nous l'avons aujourd'hui, et spécialement dans les péricopes qui ont pour objet la morale et l'amour de Dieu, qui abondent dans le Pentateuque. L'assemblée eut lieu le premier du septième mois, qui était déjà alors le commencement de l'année religieuse (naiyn ^m^ Ézéchlel, xl, 1), jour de fête sanctifié par Nombres, xxix, \ ; c'est pourquoi défense fut faite de pleurer et de s'affliger par suite de la lecture, pour se faire pardonner leurs fréquentes transgressions des commandements de Dieu (Néhémie, viii, 9-12). Le lendemain, les chefs de toutes les clasêes du peuple se réunirent pour se faire expliquer par Efcra les paroles de la loi afin de les mettre en pratique; ils y trouvèrent le commandement d'habiter sous des tentes pen* dant la fête de pèlerinage du septième mois (^nHll yîlî ^y*3iyri» Néhémie, viii, 13), ce que le peuple s'empressa d'accomplir conformément aux prescriptions de Lévitique, xxm, 39-43. Les mémoires de Néhémie ajoutent que le rite des tentes n'a pas été célébré depuis le temps de josué, fils de Nun, c'est-à*dire depuis l'invasion du Chanaan qui suivit l'habitation sous des tentes dans le désert, habitation qu'elle est destinée à commémorer (iWd^m, 43). La correction de j^ijj^ ]^yï2 6^ îV^K^y adoptée par M. Stade, ne repose que sur le

défiir de prolonger le souvenir effectif de là prétendue réforme de Josias, laquelle, en réalité, a déjà didparu à l'intronisation de Manassé.

P. 342 (2). Les soi-disants nouveaux préceptes du code d'Ezra feront traités plus bas. Mais il semble nécessaire d^éclairer la conscience du lecteur au sujet des affirmations accumulées dans l'alinéa 3 que je reproduis intégralement :

«( Depuis la réforme de Josias, Israël possédait, à côté de la Thora orale des prêtres et des prophètes, une Thora écrite. L'andenne manière de parler survécut à Texil (Lamentations, u, 9; Âggée» ii, 11; Malachie, ii, H suiv.)» Mais, depuis l'introduction du code d'Ezra, on entend par m^n ^^ code écrite bien qu'on sache qu'il s'agit des Thoras prophétiques orales et on dit, pour -jgf g rn)T\ "IBD ^^ expressions analogues, tout court rninn "IBD et encore plus brièvement niinn (Néhémie, vui, 14; x, 35-37). Grâce à cela, il a été donné l'autre conséquence qu'on attachait en dernier lieu à nnwn» ^* ^^^^ ceptîon d'un livre écrit. » {Sait der Refofm Josias halte Israël neben de mundlichen Thorah der Priester und der Prùphetêh eine schriftliche. Der alte Sprachgebrauch ûberlebt dos Exil. Kl. 2, 9. Hg. 2. W.MaU 2, 7 ff. Seit der Einfùkrung des Getzbuches Esras âber denkt man, wiewohl mân noch weiss, dass es sich eigentlich um tnûndliche prophetische Thota handelt Nh 10, 30 Esr. 9, 1 1 bei nnn ^^ d.as geschriebene Gesetzbuch und sagt fur -nj^ niin IBD ^^^ verwandte Attsdrûcke kurz minil "lÊD ^^^^ ^^^^ *^^^^minn iVé 8, 1 4, 1 0, 35-37. Ëben damit war nothwendig als weitere Folge gegeben, dass man schliesslich mit niinn ^^ Begrif eines von Mose geschriebenes Bûches verband).

L'examen des témoignages puisés dans les prophètes préexiliques et discutés plus haut au cours de cette étudd, nous a livré à ce propos des résultats absolument opposés que nous résumerons ci^^près :

1 . Josias s'est borné à épurer^ à rejeter du culte yahwéique les rit^ pAlens qui s'étaient mêlés dans la religion populaire et célébrés jusque dans l'intérieur du temple, réforme qui n'a duré qu^un petit nombre d'années.

^. Cette A réforme > resta pureiûent «térieure et n'affeota

en quoi que ce soit le texte de la loi écrite qui se trouvait entre les mains des sopherim ou scribes.

3. Amos et Osée mentionnent déjà l'existence d'un ancien code rédigé portant le nom de min (Amos, n, 4 : ^}^ p-fm

rpm; Osée yy^Q in-iin bvv vm, 1 ; ^n-nn ^21 ib nnsx^

vin, 12) et contenant une grande diversité d'ordonnances.

4. Le fait que l'enseignement de la loi a été confié aui prêtres, et non pas aux prophètes, montre également qu'on ne s'est pas adressé à l'inspiration individuelle, trait caractéristique de la prophétie, mais à un texte écrit et tenu pour une ancienne révélation servant de forme autorisée. L'enseignement restait néanmoins en grande partie oral ; de là remploi très fréquent du mot min dans un sens général, sans déterminer la manière dont il est fait.

0. Les coutumes populaires étaient tenues en abomination par la Thora de Yahwé ; celle-ci ne peut donc pas être attribuée au pur instinct populaire. Le pc^^-ji -jm ®st l'antipode du

6. La longue domination de l'influence babylonienne en Syrie enlève toute étrangeté à la supposition que les peuples de la Syrie, surtout les Phéniciens, n'ont pas tardé à se pourvoir du code religieux et juridique adapté à leurs besoins particuliers. Il n'y a aucune raison qui puisse faire croire que Moïse, six siècles après Hammurabi, ne soit l'initiateur d'un code de même nature en Israël, d'autant plus que les livres sacrés de toutes les nations connues remontent à l'aube de leur civilisation respective.

P. 343 (§ 145). Le livre d'Ezra, le code sacerdotal (=F -fP'*). L'importance religieuse historique de P^.

P. 143, (i, 1-2). L'exposé pivote ici sur la question de savoir si le livre apporté par Ezra répond exactement à l'ensemble du code sacerdotal ou P, qui fîgure actuellement dans le Pentateuque. L'École appuie pour la négative et nous donne des indications sur les conceptions et termes techniques qu'elle attribue au travail des Sopherim postérieurs, qui auraient joint au livre d'Ezra, P^, tout un matériel massif côté P, qu'ils auraient compilé avec le code de la communauté de Jéru-

salem et adapté aux besoins religieux et cultuels, ce Alors, il est donné la possibilité que le livre d'Ezra n'ait pas seulement subi des additions, mais aussi des retranchements, et ait contenu plus que nous ne lisons maintenant dans P {Damit aber ist die moglichkeit gegeben, dass Estas Buch nicht nur Zusâtze, sondern auch Streichungen erfahren hat, mehr enthielt als virjetztin P lesen). »

Comme on voit, la divination joue un rôle considérable dans cette alchimie potentielle. Pour ceux qui sont trop myopes pour apercevoir la moindre connexion entre la venue d'Ezra et l'apparition du code sacerdotal, ils le sont encore davantage à l'égard des superfines divisions d'origine qu'on leur applique sous forme d'étiquette à lettres minuscules. Nous croyons cependant utile d'apprécier à leur juste valeur les faits qu'on invoque à l'appui de la dissection en cause.

\. On admet que le mot niVV» ^"' désigne le huitième

jour de la fête des tabernacles (Néhémie, viii, 1 8), est une création postérieure à l'époque d'Ezra. Je le crois peu fondé, car l'association de ;jn et niVJ^ figure déjà dans Amos, v, 21 , où ces termes comprennent les sacrifices particuliers à ces jours de fête. Cette circonstance montre que les archives de Néhémie ne copient pas servilement Lévitique xxni, 39, qui emploie Tépithète pnatt^ au lieu de niVJ^? ^^^^ '^ seul but d'établir un parallèle entre le huitième jour et le premier jour de la fête, lequel est également un pn3l2^ (^* 39). Cette dernière raison n'étant pas applicable au passage de Néhémie, le terme consacré XTfi^ ^^^ naturellement maintenu.

2. M. Stade écrit : a D'autre part, du fait que la communauté n'a pas célébré un jour de pardon dans le sens de Lévitique, XVI et xxjii, 26 ss., mais à sa place, au 24, un jour de pénitence et de prière, qui en présente un degré préliminaire (Vorstufè), il s'ensuit que le livre d'Ezra ne comprenait même pas tous les éléments que nous lisons maintenant dans Lévitique, xxni, et encore moins le livre P tout entier (geschweige den ganzen P). > Je crains que la prémisse ne soit moins sûre qu'il le croit, et il faut regretter qu'il ait néghgé la mesure de prudence qui déconseille de conclure e silentio^ d^autant plus

ce cas, le motif se présente à la première réflexion, i pardon n'étant pas une fête de pèlerinage mais t un sabbat renforcé déjeune (Lévitique, xxiii, 27rrateur en a supprimé la mention aussi bien que

célébration régulière du sabbat et de la néoménie, as cru nécessaire de relever particulièrement. li ion plus un seul mot de la célébration de la Pâque itecôte par les rapatriés depuis Zorobabel jusqu'à 'Ezraet de Néhémie inclusivement, et pourtant on Biit grandement si on en concluait que ces fêtes ne nt pas alors dans le Pentateuque. Mais il y a mieux : ertain de la célébration du jour du pardon selon le

prescrit dans Lévitique, xviii, se trouve dans la ournitures du culte pour lesquelles toute la nation tribuer un tiers de sicle chaque année. L'énuméient les offrandes suivantes : les pains de présen- IJ^DH Dnb)' l^oblation du Tamid ou sacrifice quotiin ^h^y)y l'holocauste du Tamid (Tonn nbi^)» '^s les sabbats (mn3tî^n)> des mois (o^iynnn)» des snob)' des sacrifices saints (n^iz^np^), les sacriichés pour servir d'expiation à Israël (mXûrlbl

IBdV)- ^^> ces derniers sacrifices périodiques de klDn)i dans le but de procurer l'expiation de la ;raêl, consistent uniquement dans le taureau et le 1 doit offrir le jour du Pardon (a^i '^^ TJ^BH 1B suivant Lévitique, xvi; l'un et l'autre de ces sacriappelés nXûni l^ taureau nXDnn 13 (^'- 6, 1 1), Klûnn TVtt^ (^* ^' 9» '^0» ^^ '^ cérémonie tout , formellement désignée comme ayant pour but d'Israël de tous ses péchés une fois par an (iB^^

< D3;b Dnxion bso bxiB^^ *»» by» v. 34). ii

le voir combien le passage précité de l'énumération e se superpose à celui du Lévitique, et la preuve non seulement que la célébration du jour du Pardon déjà dans le Lévitique, mais que la cérémonie a été nt célébrée à la date hahituelle et fixée depuis longle prophète Ëzéchiel y fait allusion dans Êzéchiel, nyï ttf i&d6iJi^)j comme il résulte de la version des

Septante ev r^i (iwi tù ièio^t^j qui constitue un effort de rendre intelligible la leçon anna ^i?3B^ *" '^®" ^^ l^HPia nj^Stt^S que porte le texte massorétique. Ces leçons viennent de part et d'autre de Taltération de la graphie primitive : ^VStî^

jintn ^D(=^"lt£^3)» littéralement ce au septième, au dixième du mois >= au 1 0 du septième mois, correspondant au ^r^3Ern iSnnb IWJ^D ^^ Lévitique, xxiii, 27, et pluô strictement encore au i2^nnb "IWJ^S 'J^^2l2^n ttnn3 ^® Lévitique, xvi, 29. M. Stade reconnaît lui-même que « le jour de Tan et le jour du pardon remontent à d'anciennes coutumes {Gebrauche^ lisez t prescriptions ») et sont déjà pris en considération par Ézéchiel {von Ezechiel beriicksichtigt)^ Éz., XL, \ et XLv, 18-20, f mais il suit TÉcole en affirmant que tout ce qui concerne le calendrier des fêtes est postérieur à Ezra {jedoch erst nach Esra in den offiziellen Fest^ kalender aufgenommen). Ce que nous venons d'exposer réduit à néant ces sortes de vaticinations qui se laissent guider par une exégèse superficielle et dogmatique.

Nous est-il au moins donné d'admettre les deux autres affirmations relatives au travail des Sopherim (2). Hélas, non. D'une part, nous avouons ne rien voir pourquoi la conception de la nDDtt^ ^® '^ septième année montre un stade préliminaire du P actuel (die Auffassung von der f^]Q}^^ des 7. Jahres weist auf ein Vorstadium des jetzigen P), la phrase ly^jT T bS Nlî^l n^J^'^niî^ n2'^r\ nX (Néhémie, X, 32), compilée de Lév., xxiii, 10-11 et de Deut., xv, 1-3, n'avait nullement besoin d'énumérer les autres lois agraires spécialisées dans Lév., XXV ; c'est de nouveau la conclusion e silentio qui a déjà été démentie parles faits. Plus sérieuse serait la remarque à propos du sacrifice de bois qui fait défaut dans P {Aber eine Bestimmung iiber den a^VJ^H D"]p ^^* ^ j^^^^ nichtmehr). Par malheur, elle repose sur une erreur d'interprétation. Néhémie, x, 35, est adnsi conçu : « Nous avons jeté les sorts au sujet du don en bois, D^vj^n (21pb» ("ous) prêtres, lévites et peuple, pour apporter à la mai.^on de notre Dieu n^^^ iy>nbî<> au nom de chaque clan : lynSX n^sb» ^ ^®^ époques

déterminées an par an, pour le faire brûler sur l'autel de notre Dieu, comme c*est écrit dans la loi, nifina 3m33; ^^

référence à la loi, loin de se rapporter au a>vj^n I21p ^" commencement du verset, se rapporte au verbe voisin ^m)^ « pour le faire brûler, » c'est-à-dire pour alimenter le feu qui doit continuellement brûler sur Tautel, conformément au précepte Lévitique, vi, 3, et surtout l'expression pleine ^731

-Ip33 -ip33 D"»Vr fHDn mb^ (= mn by) q«e Néhémie résume brièvement par le verbe 173'^. L'École s'apercevra-

t-elle finalement de l'inanité de son exégèse préconçue ?

P. 343-348. Caractéristique de l'écrit sacerdotal dans lequel; ainsi qu'il a été indiqué plus haut, les critiques récents distinguent trois éléments différents : P'* visant les prêtres, P^ visant les profanes, et P* supplément ultérieur, éléments amalgamés enfin dans P, le code sacerdotal du Pentateuque que nous possédons. On sait déjà ce que j'en pense, mais je me mets au point de vue de M. Stade pour faire quelques réflexions sur certaiues opinions que je ne partage pas dans la masse des observations de bon aloi qui constituent cette excellente caractéristique. Je les séparerai en alinéas pour en faciliter la compréhension à des lecteurs non spécialistes en théologie :

1 . a Par le fait qu'il admet une quadruple révélation religieuse (Adam, Noé, Abraham, Moïse), P^ est en contact avec une pensée babylonienne. » La chose est non seulement « secondaire > {nebensàchlich)^ comme le dit avec raison M. Stade, le fond même ne peut se comparer : chez les Babyloniens, la légende admet sept dieux poissons sortant de l'Océan (demeure du dieux sage Ea (= iamuy iawu q>), pour enseigner

la sagesse religieuse et profane aux hommes antérieurement au déluge. Elle est née par le besoin de présenter la destruction de rhumanité comme la suite de sa désobéissance à l'enseignement divin. D'après la Genèse, 11, l, que P^ n*a pas pu ignorer, la désobéissance date dès le premier homme, et la révélation à Noé est d'un caractère purement social sans couleur religieuse, parce qu'elle concerne l'humanité tout entière. Les idées religieuses proprement dites se rattachent

exclusivement aux révélations attribuées à Abraham et à Moïse. Nous sommes donc loin, bien loin de la conception babylonienne.

2. P^ se préoccupe particulièrement de chronologie et d'histoire, il est donc injuste de lui demander des remarques abstraites sur Tamour de Dieu ou sur les qualités bienveillantes de la Divinité; encore moins peut-on lui reprocher un abaissement moral relativement aux écrits antérieurs. Il passe rapidement sur les patriarches jusqu'à Abraham parce qu'il n'avait pas de traditions à ce sujet, et de l'histoire d'Abraham même, il s'arrête sur l'origine de la circoncision, sur Tachât de la Makpêla, la première possession de territoire, de l'institution de la Pâque et la construction de la tente de convention sur lesquelles les autres écrits n'ont fourni que des notions fort insuffisantes, il se plaît dans les descriptions techniques. Il ne manque cependant pas d'encadrer la matière religieuse dans ses descriptions à l'occasion qu'il lui convient.

3. Yahwé, comme nom propre du dieu d'Israël, P^ le remplace d'ordinaire par le nom commun Élohim(Q>n^j<) c Dieu » dans les récits antérieurs à Abraham ; pendant la période des patriarches, il introduit éventuellement la désignation ^^^ ^j^, a dieu tout-puissant, > pour insister sur son pouvoir d'accomplir les promesses qu'il leur a données dans l'intérêt de leurs descendants jusqu'à l'avenir le plus éloigné. Cette désignation du degré suprême de la puissance fait place au nom solennel de Yahwé, qui exprime au surplus l'idée d'attachement et de profonde affection à l'égard de ses adorateurs, en première ligne naturellement à l'égard d*Israël (Exode, m, 13-15). L'emploi de Q^nbx ^^^^^ toujours facultatif et ne peut pas être pris pour marque certaine d'auteur; on trouve même plusieurs psaumes doubles dont les uns emploient partout le mot Élohîm, les autres, le mot Yahwé. Chez les prophètes, ces noms divins sont mêlés l'un à l'autre sans la moindre différence, circonstance qui prouve l'antiquité du texte élohiste ou P^ du Pentateuque, car on ne nous fera pas croire que le prêtre Ezra ou quelqu'un de ses confrères ait inventé une légende qui refuse aux patriarches la connaissance du nom

de Yahwé ; cela est déjà assez peu vraisemblable de la part d'un auteur ancien.

4. Je ne m'explique pas bien la divergence de sens que le savant critique relève dans l'emploi du mot n^-13 par P^, rattaché aux verbes mj et Q^pn dans les récits de l'alliance conclue successivement avec Noé et avec Abraham. Cette alliance, qui a été gracieusement accordée d'abord à l'humanité, ensuite au patriarche hébreu, ne comporte pas l'emploi du verbe m^, signifiant le passage des deux alliés entre les deux moitiés d'un animal coupé en deux. Dans les deux cas, Dieu impose à l'allié humain l'accomplissement d'un commandement : au genre humain en général, il impose la défense de s'entretuer et de se servir du sang comme objet d'alimentation, et donne de son côté l'arc-en-ciel en signe d'alliance (Genèse, ix, 1-17); à Abraham, il impose le rite de la circoncision, qui devient le signe d'alliance éternelle entre Dieu et la race abrahamide (Genèse, xvii); dans cette circonstance, un signe extérieur de la part de Dieu eût été aussi inconvenable qu'inutile, surtout de la part d'un dieu qui avait déjà prouvé sa toute- puissance par la naissance d'Isaac.

5. On ne peut que s'étonner en lisant cette phrase-ci : « Il a pour trait caractéristique qu'il regarde Israël non comme un peuple, mais comme la communauté cultuelle de Yahwé,

c'est nnvn, plus complet ^irm^ mj;» bir\^^ ^33 mjr» ^^

consiste en douze tribus laïques et de la tribu cultuelle de Lévi » {Es characterisiert ihn dass er Israël nicht als ein Volk sondern als die Kultusgemeinde Jahtes ansieht^ es ist mj^H» vollstândig ^xiiy^ mj^» bX"ll2^^ ^33 mï?» ^^d besteht aus zwôlf weltlichen St'âmmen und dem geistUchen Stamm Levi). Le fait matériel est exact et archî-connu ; ce qu'on a oublié, c'est qu'en l'envisageant dans le sens de l'explication donnée, on a fourni une preuve mathématique que P^ ne saurait être une œuvre postexilique et encore moins de l'écoled'Ezra.Eneffet, dans les livres d'Ezra et de Nchémie, on trouve plus de quarante fois le mot q^, « peuple, > seul ou avec ^k"IB/>» ^^ P*^

une seule fois l'expression Ti'^'yT] ou ^xittT» mj?» ^33 mj^ VniB^- La conclusion aboutit à la si>lution opposée, c'est-à-

dire à Torigine anté-exilique du document. A celte erreur de conclusion se joint une erreur linguistique non moins grave, c'est que [^"^py € tribu, > et nnV 9 ^ communauté, f sont incompatibles l'un avec Tautre : une expression telle que >iû3tt^ mj^n ^^ bnpn '^\ù2'fi/ ^''^^^ ^^ barbarisme mal venu en hébreu, et j'ajoute sans hésitation et en n'importe quelle autre langue, à moins que chaque tribu ait sa religion particulière.

6. La combinaison de npg avec les niVO ^^ supporte aucun rapprochement avec la signification de l'arc-en-ciel et la circoncision; nnSH bj^ npSI (Exode, xii, 23) ne peut

signifier a Dieu passera avec ménagement » (sehonendjy mais Yahwé 8^ arrêtera à l'entrée de la maison (des Israélites, marquée du sang de Tagneau pascal pour empêcher Tange exterminateur d'y entrer). L'arc-en-ciel et la circoncision ne contrarient aucun démon malfaisant.

7. Au sujet du soin que prend P^ de régler le lieu du culte, la tente de convention et ses arrangements, le centre futur de l'Israël errant, on lit la remarque suivante : « Seulement dans lin exil dépourvu de culte, on pouvait arriver à l'idée qu'il faut d'abord se soucier d'un lieu du culte; avant 621, on souffrait de la multitude des lieux du culte. Pour P^ qui se trouve à l'arrière du Deutéronome et d'Ezéchiel, il va de soi qu'on ne peut sacrifier que dans un seul lieu, et la lutte pour cela est oubliée {und der Kampf hierum vergessen). > Il me semble au contraire naturel , dès le moment qu'on n'est pas décidé de s'installer dans le désert, de penser à se pourvoir d'un sanctuaire portatif, qui puisse être dressé aux stations prolongées aussi bien durant la migration que pendant la conquête du pays, où les éventualités de la guerre peuvent exiger le transfert du sanctuaire central. Pendant cette époque troublée, les lieux de culte locaux, les bamoth transmis des anciens habilanls ont été employés par la masse populaire pour le culte yahwéiquo, mais il ne tarda pas à dégénérer en crasse paganisme mêlé d'éléments hébrali(|ues primordiaux et d'éléments chananéens locaux. Avec la construction du temple de Jérusalem, devenue possible grâce à la conquête assurée du

pays, commença la lutte acharnée des prophètes contre le culte des bamoth, mais ce culte local, même dans sa forme la plus pure, n'était que toléré par le législateur, et l'idéal demeura le sanctuaire central et unique, comme emblème vivant de Tunité de la nation. P^ est l'interprète de cet idéal, mais il n'a rien eu h oublier.

8. Croie qui veut que le scribe faible et indolent, Ezra, ait créé les données concernant l'installation d'Aaron et de ses enfants dans le sacerdoce, suivie de celle des lévites, la révolte de Coré, le châtiment des révoltés, et le fleurissement du bâton d'Aaron qui a mis fin aux murmures du peuple, ainsi que la mort d'Aaron sur le Hor et l'acte de Phinéas, etc., etc. Je ne sache qu'au temps d'Ezra, ou même au temps d'Amos, le droit exclusif de la classe sacerdotale de fonctionner dans le temple fut jamais un objet de constestation de la part des laïques, car enfin les légendes inventées exprès ont toujours leur point de départ dans l'actualité; or, cette base indispensable se trouve uniquement avant la destruction du royaume d'Israël, où des laïques furent admis aux fonctions sacerdotales; en Judée, une pareille infraction n'est pas même relatée durant le règne de Manassé, où le yahwéisme fut presque supprimé. Un point vraiment admirable est la découverte par l'École du procédé qui a rendu P^ capable de donner à l'histoire du Pentateuque les deux amoureux transpercés par le zélateur Phinéas, petit-fils d'Aaron. Le mot de l'énigme est d'une simplicité extraordinaire : P^ ayant appris que la plupart du peuple, séduits par les filles de Moab, s'attachèrent au culte de Baal Phégor (Osée, ix, 1 0), il réduisit la masse des séduits et des séductrices en deux unités : l'Israélite Zimri (Zambri) et la païenne Cosbi. Le cas contraire, la généralisation d'un fait particulier, paraît beaucoup plus probable, mais comment contester l'affirmation de devins qui possèdent le don d'entendre pousser l'herbe? Malheureusement pour eux, Zimri était fils deSalu, le chef de la tribu peu considérable de Siméon, et Cosbi la fille de Sur, le chef des Midianites; la femme n'était donc pas moabite. Ezra aurait ainsi, d'une part, créé quatre personnes fictives : Zimri, Salu, Cosbi, Sur, et, d'autre part, il se serait trompé d'adresse en faisant son héroïne d'une JlftWianite,

■ tandis que, par la mention du culte de Baal-Pe*ôr, son autorité, le

■ prophète Osée la caractérise comme Moabite. Exemple instruc- I tif démontrant à quels excès peut mener une théorie préconçue.

9. Sur la division du territoire (Nombres, xxxiv), on nous affirme que tout souvenir des circonstances réelles était éteint [Jede EnHnnerung an die wirkligen Vorghnge ist dabei erloschen)^ que P^ se représente le pays comme débarrassé des aborigènes {von den Ureinwohnem ges'àubert) et le distribue dai^s une dimension dans laquelle Israël ne l'a jamais possédé, et, dans cette répartition, il dépend des espérances messianiques d'Ézéchiel {ist er von Ezechiels messianiche Hoffnungen abh'ângig). » Comme d'habitude, on vad'étonnement en étonnement. Jusqu'à présent, je croyais le pieux fraudeur P^ très malin, puisqu'il a su inventer tant d'histoires et d'événements dont personne n'a soufflé mot avant lui. J'apprends maintenant qu'il a été assez crétin, non seulement pour ignorer l'état actuel de la Palestine et de la Syrie, mais pour imaginer que, conformément à la vision m^^mmçw^ d'Ézéchiel, ces pays, y compris la Phénicie et la Philistide, formaient une plaine vide d'habitants païens, de sorte que les limites de la Palestine vers le nord pouvaient être reculées jusqu'à la proximité deHamath. Il est môme si étourdi, 'qu'il attribue à Moïse l'idée insensée de faire visiter ces limites messianiques par douze explorateurs, puis de mettre dans leur bouche, en contradiction avec Ezéchiel, un rapport constatant l'existence de villes fortifiées d'Amorrhéens occupant les montagnes, et d'une population d'énormes géants. Il me sera permis d'abréger la liste des absurdités que l'École se plaît à mettre à la charge du pauvre P^ .

10. Enfin, le système veut que le messianisme soit partout, on le pousse donc d'entrer là où il n'est pas. Le texte (Genèse, ix, 4) défend aux Noachides de manger le sang ; la sainteté du Sabbat est proclamée dès la création. Les esprits terre à terre y voient des symboles d'idées religieuses utiles à l'ordre et au bien de la vie sociale en tous temps; les philoniens modernes y mettent une intention se rapportant à l'avenir le plus lointain, aux temps messianiques ; P^ aurait, par ces observances ordonnées à l'humanité, fourni aux païens le moyen de participer aux biens religieux d'Israël ; puis, enthousiasmés par cette

découverte exégétique fort promettante (voyez plus bas), ils se félicitent d'avoir prouvé que P^ est venu derrière Ézéchiel et qu'il a transporté au début de l'histoire humaine Tidéal de l'Israël messianique ! Depuis sa naissance, Toxégèse chrétienne a toujours interprété l'écrasement du serpent par h semence &ht (Genèse, m, 15) comme une allusion à la venue miraculeuse de Jésus et à son triomphe sur Satan. M. Stade a ouvertement rompu avec cette interprétation millénaire, mais est-ce que son interprétation de Genèse, ix, n'est pas du même genre? 11. Accumulation finale d'assertions insuffisamment appuyées : Aarou serait une figure, au lieu des pnV ^33 ^'^^' chiel (die Figur Aurons statt der pnV "^33 Ezechieû) ! il faut donc admettre que P^' a dormi debout quand Aaron a façonné le veau d'or et reçu ensuite une dure réprimande de la part de Moise (Exode, xxxii, 1-25), car les Sadokites sont décrits par Ézéchiel comme n'ayant jamais dévié du monothéisme rigoureux (Ézéchiel, xliv, 15). Cette faiblesse momentanée d' Aaron étant également signalée par Deutéronome, ix, 12-21, la substitution précitée se montre comme une fantaisie sans consistance. Mais comment peut-on ajouter : « En cela comme dans l'absence de la figure du X'^Ê^i» '^ théorie suit les évé-

nements > (Hierin wie in dem Fehlen der Figur des ^vjji

folgi die Théorie den Ereignissen.) L'argumentation marque une belle avance sur Aristote : d'abord, on décrète que Lévitique, IV, 22-26, qui' mentionne le x^^fj, a été interpolé après Ezra, puis on tire de cette absence la preuve qu'au temps de P^^, le chef de la communauté était un fonctionnaire perse (An der Spitze der Gemeinde steht ein fremder Beamter)^ sans penser que la fonction du Nâsî religieux a existé à côté du chef civil dans les communautés juives jusqu'au moyen âge. J'ai prouvé plus haut l'antiquité de l'institution du pontificat chez les Hébreux ; inutile d'y revenir en ce lieu.

P. 348-351 • Trois alinéas consacrés à démontrer le caractère tardif, et par conséquent plus avancé de P^, relativement aux autres parties du Pentateuque. Nous suivrons pas à pas le savant critique dans les divisions qu'il a adoptées et avecla ferme volonté de ne rien repousser sans fournir des raisons

bien motivées. J'ai une faible foi dans les décrets d'autorité et aucune autre considération n'y saura rien changer.

I (P. 349-3o0). Détails concernant le procédé historique : \) € Si ce (procédé plus avancé) se laisse observer aussitôt dans Genèse, i, 1-2, 4 a, la cause en revient déjà au mythe polythéiste, car il réfléchit plus fortement sur la succession des procédés conformes à la nature. Du chaos procède la lumière, puis le firmament qui barre l'océan céleste. Ferre et eau se séparent, la terre produit les plantes. Les étoiles prennent existence, eau et air produisent leurs créatures, la terre le règne animal. Parce que l'un prend naissance de l'autre, la péricope portait primitivement la suscription QijOE^n n'nb^D rhu

V^KmV qu'un rédacteur plaça à la suite deii, 4 a, après avoir été peut-être déjà précédé par Q>n*?î< DX133- » {Wenn frei-

lich gleich Gen., i, 1-2 a, dies beobachten l'àssty so ist daran êchan zum Teil der zu Grunde liegende polytheistische Mythus Schuld, da er stàrker aufeine naturgemdsse Reihenfolge der V or gang e reflektiert, Aus dem Chaos triit das licht hervor, dann die Himmelsfeste, die den himmlischen Ozean absperrt. Erde und Wasser trennen sichj die Erde lasst die Pflanzen hervorgehen. Die Gestirne enstehen^ Wasser und Luft bringen ihre Geschôpfe hervor, darauf die Erde das Tierreich. Weil 80 eins ans dem andern entsteht^ trug der Abschnitt ursprûnglich die Ueherschrift yixm D^Dtt^H nnblH îlbX' ^^^ ^^^ ^» nachdem vielleicht vorher schon Q^nbx DX133 hinzugefûgt worden isty nach 2, 4 a versetzte.)

L^idée de voir, dans le récit du premier chapitre de la Genèse, A= P^, une transformation monothéiste d'un ancien mythe polythéiste et môme d'un mythe babylonien, passé chez les Phéniciens avec des modifications locales et vraisemblablement fixé par écrit longtemps avant l'institution de la royauté en Israël, a toujours été soutenue par moi dans mes Recherches bibliques. Pour la qualification comme t issu d'un mythe polythéiste, »je suis donc d'accord avec M. Stade. Nous différons au contraire sur la date du document A, qui est, à mon avis, inséparable du récit J qui le suit Genèse, ii, 4-iii, car ce récit, pris à part, se tait absolument sur la création du ciel et de la terre,

ainsi que sur celle.de la lumière, des eaux, des corps célestes, des animaux aquatiques et des reptiles. Cette série d'êtres, trop importante pour passer inaperçue dans la cosmogonie des peuples les plus primitifs du monde, ne manque dans / que parce que l'origine en a été consignée par A. La chose crève les yeux : i*" par l'ordonnance Q^nVx mrP> Propre aux chapitres II et m, qui ne peut signifier que « Yahwé, > qui porte le nom général Élohim dans le récit précédent. Un interpolateur postérieur aurait mis Élohim avant Yahwé, ainsi ,«T^*p Q^i^x» ce Élohim qui est Yahwé, » afin d'établir artificiellement l'unité des trois chapitres, c'est-à-dire du récit tout entier; 2*" par rénumération de la terre avant le ciel (c^DttTI Vix) immédiatement après, ordre de mots qui, si l'on fait abstraction de I, 1-8, conduit à l'idée absurde que, selon J, la terre a été créée avant le ciel; 3** par l'emploi du terme D"1D"Sd (v. 5), indiquant avec une clarté éblouissante que la plupart des jeunes arbres (fr^tî^) et des herbes (^tjfy) existaient déjà sur terre; c'est un fait inexorable de syntaxe. Si le narrateur voulait dire ce aucun arbre et aucune herbe n'existaient, » il aurait dû écrire simplement, en omettant le mot rnîîfn» Q^^ ^^" signe un terrain labouré ou au moins labourable, q-|û PPUTI nDÏ^ DID Zltî^i^l V")ÎO iTHS ^ 'es arbres n'existaient pas encore sur terre et Therbe n'avait pas encore poussé; » 4* parallèlement à la mention de rntî^n» se place celle de ^D^^{^»

désignant principalement la terre productive, et ce terme, visiblement employé pour expliquer d'avance le nom de l'homme, mx» d^"'' '^ création de la ^D^î< est racontée au verset 7,

événement qui a été prévu par A, car il ne motive l'attribution de ce nom au primat, ni i, 26-27, ni v, 1-2; 5* la mention de la pluie (t^ûH) suppose l'existence des eaux supérieures, d'après A (i, 6-8), eaux supposées aussi par Ézéchiel qui les imagine dans l'état d'une extrême congélation (py3

î<m3n nipn) et formant la substance du firmament (V^j5i,

Ézéchiel, i, 22) fait qui n'a pas été spécifié dans Genèse, i, C-7 ; elle l'aurait été, sans aucun doute, si A dépendait de la description d'Ézéchiel, comme on l'affirme dans le système que

nous combattons; 6** ia construction yyç ^^{iç (Genèse, u, 16, 17; m, 1, 22) ne se comprend que comme un résumé elliptique de nbDXb — nS 13 IWH yvn ih 29) ; 7* Texclamation 2'lûi<V0^> ^^) forme évidemment antithèse à la qualification générale de ia création par ^ji^p ^^^ (i, 31); 8^ d'autre

part, un parallélisme bien évident se fait jour entre la nomination d'Adam par le dieu créateur (v, 2, et supposé i, 26, et ii, 7) et la nomination ultérieure des animaux par Adam (ii, 29- 30). L'espace m'empêche d'ajouter d'autres indices qui ne manquent pas d'un certain poids pour la question présente; mais ce qui précède suffit amplement pour l'admission d'une antiquité au moins égale entre A et J.

2. En dehors du problème chronologique, il y a encore une conjecture de remaniement de texte que je regarde comme purement arbitraire. En partant de la supposition que, d'après A, les objets du Cosmos se produisent successivement les uns les autres, on affirme que la souscription ii, i a, se trouvait primitivement comme suscription en tête du chapitre i. A cela il y a plusieurs objections. D'abord, ce titre ferait double emploi avec I, 1 ; ensuite, le procédé d'évolution n'est ni complet, ni graduel, comme on le croit : la lumière et le firmament ne sortent pas du chaos, mais sont créés par Tordre divin ; pareil casse constate à propos des luminaires, où, au lieu du verbe Xyin» l'auteur emploie \«t» (3, 6, 14), circonstance qui milite en faveur de l'idée d'une creatio ex nihilo; celle de la puissance divine primordiale couvant sur la matière chaotique {die von der gôttlichen Urkraft bebruteten chaotische 3Iaterie), quoi qu'on dise, ne se trouve pas dans nsmo D\lbî^ mil D^DH "^JS bv (^' ^) î ^^^^^ phrase signifie simplement : € et un vent d'Elohim (= un vent fort; cf. mrpnn» Osée, xm, 15) planait, s'agitait (Deutéronomc, xxxii. 11) sur la surface des eaux, > dans le but d'en apaiser les flots (cf. Genèse, vm, 1).

3. Tout aussi mal fondé se montre à la réflexion le prétendu mythe polythéiste qu'on croit trouver dans le prélude à la création de l'homme : € Faisons l'homme (non « des hommes, » if^n^é^A^n) à notre image, selon notre ressemblance, d avec le commentaire : < Par cela, un dieu parle à d'autres dieux,

rhomme est créé à l'image des dieux (q^v? • image, statue;» ^J^î|D^^» * semblable à nous >), affaiblit le massif anthropomorphisme » (Damit redet ein Gott andere Gôtter an^ der Mensch istnach der Gestalt der Gôtter (q^v ^^ Bild, Statuer geschaffen (!|3nî^D^^♦ • "^^ ahnlich ») schxç'àcht den mcMi-

ven Anthropomorphismus ab). Ne soyons donc pas étonnés de Taveu que le commentateur se voit obligé de faire immédiatement : « Combien il faut mettre sur le compte de P'de la teneur de ce récit qui montre clairement des aspects très différents, et trahit par la forme aussi que des mains différentes y ont pris part, cela peut à peine être démêlé > (Wievielvondm Inhalte dieser Erzâhlung, die deutlich sehr verschiedene Vorstellungen neben einander aufweist, und auch durch die F or m verrU, dass an ihr verschiedene Hande beteiligt wareti, ist kaum auszumachen). Cette difficulté a été créée par la féconde imagination de TÉcole qui ne rêve que plaies et bosses et se complaît à manier les ciseaux dépeceurs, ne fût-ce qu'en esprit, avec l'acharnement d'un vivisecteur, lors même que le verset victime ne présente aucun indice morbide. Quand on laisse de côté les rêves qui séparent violemment i de u-m et d'autres groupes intrinsèques, on trouve d'abord que le contenu de i, 26, a son pendant naturel dans m, SS2, où, au lieu du singulier ^JOD» * l'homme est comme moiy » se trouve le pluriel îi^qo ^^N^' ^ l'homme est comme quelqu'un d'entre nous, » expre.-sion qui concorde elle-même avec la proposition II, o : yy\ 2^]ù ^i^n^ n'^nbxD Dn^'^m» « ^^ vous serez comme des Élohim qui connaissent le bien et le mal >. N'est-ce pas se la:isser entraîner par une haute fantaisie quand on veut nous faire croire qu'un auteur, qui partout ailleurs emploie comme un singulier le mot Q^n^x ^^ec les verbes

j(-i;a (six fois), lojç (neuf fois), nxi ¥^^ ^is), '»?nnn {^^^

fois), x"1p (quatre fois), pj^y (cinq fois), ^pj (deux fois), "1"13 (trois fois), pj'^^ (une fois), p^Bf (deux fois), iyTp(une fois), en tout quarante et une fois, s'oubliera au seul verset 26 ù faire comprendre, par l'emploi du pluriel dans la phrase UmonD 1J0bï3 mX nE^yi' q^^ Yahwé, le Dieu proclamé unique par les prophètes, siège au milieu d'une société de dieux

pareils à lui? Même si tout son récit était calqué suç un modèle polythéiste, qui l'aurait empêché décrire en conformité avec son

procédé ordinaire : ^n10^^ ^O^V? mN HK^J^X» ®" accord

avec le to'^î^ du verset suivant? Évidemment, l'École n'a pu

se débarrasser de l'exégèse patristique qui, depuis dix-neuf siècles, se sert de ce verset pour prouver que Moïse croyait au dogme de la trinité; l'École moderne a remplacé Moïse par Ezra ou P^, et la trinité chrétienne par le polythéisme; le fond reste le même et tout aussi absurde qu'auparavant. On complique ensuite la chose en déclarant laniDlD ^"® addition postérieure, dans le but d'adoucir le sens cru de ljp^V3» comme si ce scribe susceptible n'avait pas toute la latitude d'écrire ^niD*l3 ^^'? ^' ^^ supprimer purement et simplement le mot choquant î)3p^V3 '^ ^^^ correction de plus ou de moins ne si-

ginfie pas grand' chose dans les remaniements en masse admis par rÉcole. Du reste, si, par une considération quelconque, la conservation de l'anthropomorphisme a*7>f parut nécessaii'e aux yeux dudit scribe, celui-ci n'avait qu'à écrire n•^D^3 •Up'^pï et io^5f moin» comme il a écrit U'^rh^ niona au

chapitre v, 1 . Comparez l'emploi surabondant de niDT dans la description d'ÉzéchieK En résumé, l'École a fait du bruit pour rien. Yahwé n'étant pas un farouche solitaire, il est censé entouré d'entités célestes formant ses serviteurs et ses messagers à qui il communique ses projets, parce qu'ils sont souvent chargés d'exécuter ses ordres dans le gouvernenient du monde. Le verset i, 25, nlet, pour la première lois, ces êtres célestes en rapport avec le genre humain qui constitue l'espèce la plus proc()edela leur par sa forme particulière et sa supériorité sur les animaux; c'est pour cette raison que A emploie le nombre pluriel dans le verbe ntt^yj, les suffixes de ijniDlD 13Dbï)î ^^ de leur pendant ^yoj^ IflîO 1^^^» ^^i» nécessité rédactionnelle qui prépare I élaboration de récits où les Ëlohim entrent en scène dans les affaires humaines (m, 24 ; v, ai ; vi, 2-4; XI, 7; XVIII ; xix; xx, 3, etc.). Si l'auteur s'était servi dansi, %iy du singulier rwyx et ^niDlD ^D^VS» Tintervention des

D^nbî< ^^^^ ^^^ événements serait restée une énigme insoluble. Ce lien établi, l'unité des documents séparés par l'École démolit la base de tout son système.

4. Ibidem. Considération bien légère. Un récit qui fait se produire le cosmos d'un chaos, nous dit-on, n'a naturellement pas de place pour la division de journées de travail et contredit les œuvres des premiers jours. On conclut donc que la conception primitive, se bornant à admettre que la création fut accomplie en un cycle de sept jours, a été modifiée plus tard dans un but religieux, savoir la célébration du sabbat. J'ai repoussé plus haut l'admission d'une évolution régulière du chaos dans la conception de A; quant à la division en six jours ouvrables, elle est garantie par le fait que les œuvres des trois derniers jours réalisent, en toute plénitude, les œuvres respectives mais de nature préparatoire des trois premiers jours. Ainsi : la lumière (premier jour) prélude aux luminaires (quatrième jour) ; les eaux (deuxième jour), aux animaux qui vivent dans les eaux (cinquième jour); les végétaux (troisième jour), aux animaux terrestres et l'homme qui vivent de végétaux (sixième jour). Devant ce fait matériel, toutes les spéculations des devins exégétiques s'en vont en fumée.

5. Ibidem. Cette fois, il s'agit d'un comble messianique : a En tout cas, ce ne fut pas P^, mais un R(édacteur), qui, au moyen de fT^tî^xia, etc. (i, 1), mit la création en antithèse

avec la clôture du processus universel commençant par le temps messianique, Q^Jû^n nnnXZl» ^^ insista par cela encore plus fortement en même temps sur l'indépendance primordiale d'Élohîm » {Jedenfalls aber war es nicht P*, sondeim einR dei' durch )jd n^tt^{<13 ^^^ Schôpfung in Gegensatz setzte zu

dem mit der messianischen Zeit (q^o^h n^inXZl) beginnen* den Abschluss des Weltprozesses und hierdurch zugleich die Vranf^ngliche Selbststëndigkeit Elohims noch sVàrker betonte). Il est bien de mon devoir de dire à des théologiens éminents qu'une pareille explication ne se distingue guère des homélies rabbiniques analogues qui proviennent des époques décadentes du judaïsme.

Imaginons une interprétation midracbique ainsi conçue :

îQ^pj; '"I iDH x^^an HTQ D\nbx :x'r\yb "h nob n^^ira n^wir\2 «DIT p lenitt^ ny ht pidb by '^mi^Dv: •^d^ Vd -[BTii ^r^2^ ^nn nn\n pxm n>3 a^ron nîn obirn ht

0J1 nonn mxD n»bn

ce A quoi sert le mot n^iîf}(i3? Nous lisons dans une baralta : R. Aqiba dit : oc Ce verset m'a toujours mis en peine jusqu'au moment où il a été expliqué par Ben Zoma. > Au commencement (n^tt^{<"D)> ^'^^t ce monde-ci, au sujet duquel il est écrit : c La terre était vide et informe et remplie de ténèbres, etc. Mais aux temps du Messie, le monde sera toute lumière, car il est écrit : Il arrivera à la fin des jours, etc. Maison de Jacob, marchons ensemble dans ta lumière de Dieu; ailleurs, il est dit : La lumière de la lune sera comme la lumière du soleil, etc. » Or cette homélie (anm) de ma confection, dont personne ne contestera la façon talmudique, ressemble, sauf Taccoutrement rabbinique, comme deux gouttes d'eau à Tinterprétation de la haute critique. Gela a toujours été ainsi : On a adopté ta méthode pharisienne, mais on est tombé à bras raccourcis sur les pharisiens (Matthieu, xxiii, 1-3).

P. 350. Contre Tadmission du chaos comme placé en face d'Élohim d'après P^, il a été dit plus haut tout le nécessaire. Nous n'avons pas trouvé non plus dans la description du déluge de cet auteur de traits éthiques supérieurs à celui de J. Tout à fait arbitraire me parait la proposition qui affirme que P^ a rayé la distinction des animaux purs et des animaux impurs et même le sacrifice de Noé, parce que, d'après lui, ces rites n'existaient en Israël que depuis Moïse {Femer ist die VfUerscheidung rainer und unreiner Tiere und das Opfer Noahs gestrichen warden : erst von Moses an hat das nach P^ Israël tesessen). P^ a dû être un double idiot pour ignorer que les Babyloniens, comme les autres peuples voisins, tenaient certaines classes d'animaux pour culiuellement impurs, c'està-dire inaptes à monter à Tautel, et pour imaginer de plus que l'ancienne humanité ne connaissait point le rite du sacrifice ! Et, en admettant même qu'il fût aussi ignorant, comment

uraiMl osé 8e mettre en flagrante contradiotion aveo J îenèse, vni, 20-21 ) qui avait depuis longtemps acquit Tautoté d*un livre saqré ? Et comment fera-t*«on disparaître la upéfaction de voir un auteur sacerdotal effacer de son récit i mention du sacrifice d'action de grâces par Noé sauvé du éluge, mention que i* auteur prophétique, foncièrement mal isposé envers les sacrifices, avait admise dans le sien ? Enfin, y a une circonstance d'ordre onomastique qui aurait dû lire réfléchir l'insoucieux P^, Le nom de Nâai^^ ni» donné

ar J au patriarche, se base uniquement sur le sacrifice à odeur agréable nfi^an n^"l <I"® celui-ci offrit en sortant de

arche (Genèse, viii, 20-21), Un narrateur qui remanie la léende sacrée de son peuple sans la moindre gêne aurait-il béaité changer le nom du patriarche, afin d'écarter l'indice qui trahit i supercherie? Il y a, je le reconnais, un contingent sauveur : est d^admettre que P^ ne savait pas sa langue maternelle ; ai École prend cette piste, je ne la suivrai pas.

Sur les prétendus remaniements du récit relatif au culte de a*al Pe^ôr, voyez plus hautt lbid$m. Une fois dans cette voie )mmode, la course aux hypothèses n'a plus d'obstacle;

ce Encore plus clairement, le caractère secondaire propre I récit de P^ en face de celui de JE. Paroe que P^ tient )mpte des exigences religieuses et éthiques da la prédication rophétique, il doit rayer tout ce qui prête aux réoits de la vie idividuelle, force et couleur, et tient notre intérêt en éveil. e noyau des légendes tombe et il en reste un extrait incolore* 'ancienne légende raconte Thistoire des pères qui, parce qu'ils indaient les anciens sanctuaires, y avaient reçu la promease de . terre et reflété dans leur faire et agir la particularité nationale . l'histoire nationale. P^ est obligé de les faire séjourner dani s lieux où, d'après JE, ils avaient fondé des sanctuairea, lais ils ne doivent faire des sacrifices ni constituer le culte lus les arbres verts et sur les collines, décriés par les projetés. Comme métèques, ils errent dans Ghanaan, y^ mUD (Genèse, xvii, 8; xviii, i; xxxvi, 7; xlyii, 9), oage de l'Israël exilé. La raison pourquoi ils s^ournent plus ngtemps dans certains lieux, on ne la aaiiit que par JE. »

(liockdêutUcher tritt in dêr Vàtersage heraus^ doêê die Erz&h^ lung des P^ gegenuber der de JE aekundaren Charakter hat Weil P^ den religiôsen und ethiêchen Forderungen der prophe^ tischen Predigt Rechnung tr'àgtn muss er allée streiohen. was den Erzahlungen individuelles Leben^ Kraft und Farbe ver^ leiht und unser Interesse weckt, Der Kern der Sagen fàllt, und es bleibt ein farbloser Extrakt. Die alte Sage eftàkU nach, § 28, von den Vàtem, weil sie die alten Heilig-^ tûmer grûnden^ dort die Landverheissung empfangen und in ihrem Tun und Treiben die nationale Eigenart und die nationale Geschichte widerspiegeln. P^ ist gezwungen sie an den Orten weilen zu lassen^ wo sie nach JE HeiligtUmer gegrûndet haben^ aber sie dûrfen nicht opfem und nicht von den Propheten verpônten KuU unter den grunen Baumen und auf den Hàgeln stiflen. Als Beisassen ziehen sie in Kanaan^ der y^^ Drr^TUÇ u'^her Genesis, 17, 8; 28, 4; 36, 7; 47, 9, ein

Abbild des exilierten Israël Wesshalb sie an bestimmten Orten l&nger verweilen^ begreift man nur aus JE.)

Il faut s'entendre : personne n'ayant imaginé que P^ eût rédigé ses récits en entière indépendance de JE, le point litigieux pivote sur la question de savoir si JE ont connu P^ : TËcole soutient la négative, et moi Taffirmative, thèse en faveur de laquelle j'ai donné des preuves abondantes dans mes Reeherehes bibliques et au cours de ces antinomies. Je réserve donc la qualiflcation a secondaire » pour P^ jusqu'au moment où mes preuves seront scientifiquement réfutées. Pour le reste, je ne vois guère la nécessité de gratifier P*' d'un scalpel de Peaux-Rouges prêt à écorcher toutes les phrases de ses prédécesseurs qui vont à rencontre des « exigences religieuses et éthiques de la prédication prophétique» dont il tient compte avec un zèle d'apôtre. Qu'il est curieux, ce disciple des prophètes qui fait si cavalièrement bon marché de la sentence hautement religieuse et morale de BB ou Livre de i* Alliance : prTin IpB^ "ISIÇ (Exode, xxiii, 7), € Éloigne-to du mensonge ! > Cette religiosité singulière fait qu'il doit rayer (fnuss er ailes streichen) tout ce qui attire notre intérêt dans la vie des patriarches ! On verra tantôt en quoi se concentre

rintérêt si accentué par i*École. Mais il parait que le menteur fieffé nommé P^ a encore été assez gentil de nous laisser la plus grande partie des beaux récits de ses devanciers; qu'aurions-nous fait, si, par un cpup de religiosité sublime, il Tavait supprimée toute entière ? Témoignons-lui notre gratitude. Passons aux faits, car là réside le côté faible du système qui repose sur de simples malentendus. On n*a pas réfléchi qu^UQ étranger peut bien dresser une ou plusieurs pierres brutes en guise de stèle {nm$êbâ, n^^) ^^ d'autel (naîD)» ^^ S^î^e

d'action de grâces envers sa divinité particulière, maisquMI n'a pas le droit d'y faire des sacrifices sans la permission du propriétaire du terrain et de Tadministration du district^ permission qui n'a naturellement pu être obtenue qu'à la condi* tion d'offrir en même temps au dieu local. Voilà la vraie raison pour laquelle tous les trois auteurs présumés de la biographie des patriarches, P^ aussi bien que J et E, gardent le silence sur leurs sacrifices. Des inconnus introduisant subrepticement le culte d'un dieu étranger aux dépens du dieu du clocher, cela aurait fait un beau scandale dans la société chananéenne de la fin du troisième millénaire avant l'ère vulgaire ; près de deux mille ans plus tard, et dans la Grèce, à l'apogée de la civilisation, le philosophe Socrate, inculpé de propager le culte de dieux étrangers, a été condamné à boire la ciguë, et son juge Anytos était un honnête homme ! En raison de cet état irréductible, Israël ne sacrifie ni en Egypte, ni durant sa marche dans le désert, ni dans les territoires conquis sur les Amorrhéens au delà du Jourdain, territoires qui ne font pas partie du domaine promis particulièrement à Israël, et en Palestine même un culte sacrificiel légal n'a eu lieu que lorsque l'acquisition perpétuelle du téménos fut matériellement assurée et religieusement confirmée par une théophanie. Abraham érige des autels, mais ne sacrifie qu'une seule fois sur le Moria par l'ordre formel d'Élohîm (Genèse, xxii); à défaut d'un ordre formel, Isaac ne sacrifie point sur l'autel construit par lui à Bersabée (Genèse, xxvi, 25 ; Jacob lui-même, qui fut propriétaire de terrains palestiniens, se borne à la construction de stèles et d'autels (Genèse, xxviii, 18; xxxiii, 20; xxxv, 7, 1 i), et ne fait de sacrifice dans son domicile fixe de Bersabée

qu'une fois avant son départ pour l'Egypte, et alors encore dans le but d'obtenir un oracle au sujet du voyage qui l'effrayait à son âge avancé (xlvi, 1-4). Moïse, enfin, construit un autel à Raphidim (Exode, xvii, 15), mais réserve les sacrifices pour l'autel au Sinal (iWdem, xviii, 1'2; xxiv, 4-8),- que Toracle avait dès l'abord désigné comme lieu de culte initial {ibidem^ III, 12). Quand on détourne trop souvent les yeux de voir ce qu'il y a autour de soi, on risque d'attraper la berlue; quelque chose de pareil est arrivé aux coryphées de l'École, quand ils demandent pourquoi les narrateurs se taisent sur les arbres verts et les majestueuses collines où les patriarches ont dû offrir des sacrifices, et tout de suite ils accusent l'infortuné P^ d'avoir sciemment altéré et mutilé les récits antérieurs, sans considérer que ces beaux sites étaient depuis longtemps le siège de cultes locaux et de rassemblements que les Abrahamides se gardaient bien d'approcher. Les nomades s'infiltrant en nombre faible dans un pays de culture n'aiment pas faire de bruit; ils évitent les centres importants et passent presque inaperçus, jusqu'à ce qu'ils trouvent une place au sujet de laquelle ils entrevoient peu de contestiations éventuelles; les patriarches n'ont pu agir autrement. Chanaan a été pour eux un pays de séjour fortuit, de migrations librement entreprises; y voir l'image de l'exil, c'est caresser un mirage fantaisiste : Israël a été tout d'abord -|j) en Chanaan et en

Egypte, et chacun de ces pays a été pour lui une D^-fl;;o yiiH^

car pour exprimer cet état errant, on emploie le verbe -)jj; en

Babylonie, Israël a formé une masse de captifs, nb^il' ^^ '®

pays qui les retenait a été désigné par ni^B^ y-|{< (Néhémie, III, 36) ou D'^Iltt^ ym (Jérémie, xxx, 1 0 ; xlvi, il) ou i^ç^n

(Ezra, in, 8); plus tard par ij^nibj niV"IX-

Ibidem. Suite de la caractéristique de P^ dans l'histoire des patriarches :

(K Du manquement de Jacob, de la lâche mise à prix de l'épouse par Abraham et Isaac, de la dispute d'Abraham avec Lot, des filles de Lot, de la querelle de Laban et de Jacob, de la jalousie entre Lia et Rachel^ de la fraude de Rébecca et de

Jacob envers Isaao, de Juda et de Tamâr, de Sîchem et de Dina; de tout cela, nous ne sommes pas renseignés par lui d*an seul mot. Isaac et Ismaël enterrent d'accord leur père (Genèse, XXV, 9); le bédouin Israaêl, peint d'après la vie, cet onagre humain, dont le poing est contre tout et qui est aux trousses de ses frères (Genèse, xvi, 12), nous est présenté comme s*il était un pieux juif quelconque. Jacob ne s'en va pas à Tétranger devant la colère de son frère trompé, mais pour ne pas avoir besoin de conclure un mariage mixte. Les patriarches sont devenus des juifs pieux, dont la conduite n'a rien de choquant » {Von Israels Verstossung^ von Abrahams und Isaaks feiger Preisgabe der Ehefrau, von Abrahams ZMPtst mit Lot, von Lots Tôchtemy von Labans und Jakobs Streit, von Leas und Rackets Eifersucht, von dem Betruge Isaaks und Esaus durch Rebekka und Jakob, von Juda^und Tamar, von Sichem und Dina erfahren wir kein Wort. Isaak und Ismael begraben eintr&chtig ihten Vater Gn.y 85, 9 : Dernaeh dem Leben gezeichnete Beduine Ismael, der Wildesel von einem Menscheny dessen Faust wider Jedermann ist^ und der seinen Brûdem auf den Nacken sitzt Gn., 16, 13, wird uns vorgestellt, als sei er ein beliebiger frommer Jude. Jakob geht ntcht aus Furcht vor dem Zom des betrogenen Bruders ins Ausland, sondera damit er keine Mischehe zu schliessen braueht. Die Patriarchen sind fromme Juden geworden, deren Wandel keinen Anstoss darbietet).

Il y a, dans cette série, des traits négatifs et des traits positifs; notre examen commencera par la première catégorie, qui est combinée pour accuser P«' d'avoir, par une fraude pieuse, passé sous silence les défauts des patriarches. Le beau zèle pour l'intégrité historique est certainement fort louable; malheureusement, les Élie modernes sont-ils bien sûrs de ne pas se tromper sur l'adresse du vrai coupable, si coupable il y a? Comment savent-ils que ce n'est pas le rédacteur final de la Genèse qui a retranché les données de P^, parce qu'il les a trouvées identiques à celles de JE, et par conséquent faisant double emploi avec les leurs? Un juge d'instruction devant lequel se présenterait une accusation de ce genre, aura soin de s'informer si l'acte supposé altéré est de l'écriture de l'accusé,

et s'il ne l'est pas, 11 déclarera Taccuâatlon irrecevable. Nous pouvons imiter ce brave juge d'instruction, et nous invitons les ardents théologiens à établir l'identité de l'accusé. Jusque-là, le procès de tendance qu'ils fom à P^ me semble peut convenir à leur équité naturelle.

Pour ce qui concerne les actes blâmables des patriarches, dont on nous présente de nouveau le chapelet connu et discuté au court de nos antibomies, nous avons déjà fait remarquer que l'esprit du mosalsme se refbse à admettre des héros impeccables pouvant servir de type absolu à l'humanité. Les poètesxiui ont chanté ou raconté la vie des patriarches se sont bien gardé de ne point marquer en passant des tares inséparables de la nature humaine. <k Plutôt l'idolâtrie que l'anthropoifttrie! % Telle était la devise de l'instinct hébreu pétri d'égalité. Les vices attribués aux patriarches sont ceux qui se font Jour dans bien des familles. Pas d'exemple d'assassinat accompli par avarice, ni de rapt de femmes. L'acte particulier à Abraham, tout repréhensible qu'il est^ ne mérite cependant pas le stigmate de ce lâche mise à prix de Tépouse > (feige Preiêgabe der Ekefrau)* On a oublié que le mariage se dissolvait chez les anciens Sémites par le libre consentement des deux conjoints; la lettre de divorce est une innovation du code mosaïque» L'entente entre Abraham et Sara de se proclamer frère et sœur équivalait à un divorce suspensif, et de telle façon il ne peut plus être question de prostitution de la part de Sara, môme si elle eût été épousée par Pharaon ou Abimélek. Enfln, on oublie volontairement qu'en sa qualité de prophète (Genèsie, xx, 7)4 Abraham savait d'avance que les sévices de Yahwé obligeront les ravisseurs à restituer l'épouse résignée à g^ douloureux sacrifice pour sauver la vie de, son époux.. Cette déplaisante histoire reste ainsi à longue distance de la doctrine de saint Augustin, si je ne tne trompe, qui permet à l'épouse chrétienne de racheter, par un adultère, l'époux menacé de mort. Bref, récart répété d'Abraham consistait dans le manque d'une confiance entière en Dieu, doublé d'une avidité de richesses. Isaac montre une fois le même manque de confiancei mais il est moins intéressé et la phrase malencontreuse i"n3^3 ^V 3û^^ ÎJ*0^ ^^ ^^^^ P^^ ^^ ^^ bouche.

Le narrateur a d'ailleurs eu soin d'amender ensuite le caractère d'Abraham. Un point d'honneur a fait de lui l'homme le plus désintéressé de ses contemporains (Genèse, xiv, 2 1 -24) et une vision ultérieure a suffi pour le rendre tout à fait confiant en Yahwé; et cette amélioration morale fut particulièrement appréciée par la divinité (n2Bfm »Tim pDSm np*lV lb' fi^ï^fese, XV, 6). En somme, si la conduite des patriarches ou de leurs familliers révèle des faiblesses morales passagères, celles-ci sont, en tout cas, peu contagieuses en face des déclarations faites par le héros de l'Ëvangile. Au sujet de Tadultère et du gain illicite, on lit ceci : ce Je vous dis en vérité, les femmes prostituées et les publicains vous devanceront (ô mécréants!) dans le royaume de Dieu (Matthieu, xxi, 31). » L'intérêt personnel est même recommandé dans la parabole de l'économe fourbe qui diminue sciemment les sommes dues à son mattre par les clients, afin d'acquérir l'amitié de ceux-ci : <( Et le mattre loua cet économe infidèle de ce qu'il avait agi prudemment; car les enfants du siècle sont plus prudents dans la conduite que ne le sont les enfants de la lumière. Et moi je vous dis : Employez les richesses d'iniquité k vous faire des amis, afin que, lorsque vous viendrez à manquer, ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels' » (Luc, xvi, H-9); l'emploi de la ruse a aussi sa légitimation absolue : « Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups : soyez donc rusés (non « prudents >!) comme des serpents (cf. Genèse, m, V) et simples comme des colombes » (Matthieu, x, 16), et saint Paul a largement usé de ce moyen (Actes des Apôtres, XXIII, 7; XIV, 9-21 ). La laideur morale, comme l'infirmité corporelle, comporte divers degrés; nous laissons aux lecteurs le

1. L'agissement de Jacob aux dépens de Laban (Genèse, xxx, 31-42) a pour cause, le narrateur a soin de Tindiquer, les changements injustes du salaire, joints à d'autres charges imposées inéquitablement par le maitre (t6tdem, xkxî, 6, 15, 38-42); dans la parabole, Téconome falsifie les factures et vole, par prévision de récompense de la part des clients, à un maître qui l'a honoré de toute sa confiance et contre lequel il n^a aucun grief à produire.

2. Le serpent était le plus rusé des animaux (9pcvi|AUTaToc, callidior, liatiger).

soin de décider à quel degré de l'échelle doit être placée cette laideur morale louée et formulée en principe religieux.

Pour comble de caprice, on blâme P^ d'avoir fait participer le nomade turbulent Ismaêl à Tenterrement d'Abraham, tandis qu'on ne trouve rien d'invraisemblable à la participation de l'homme d'épée Ésaû à l'enterrement d'Isaac (Genèse, XXXVI, 29), mais où l'École a-t-elle trouvé que, d'après ce narrateur, Jacob s'en alla à H&r&n dans le seul but de ne pas devoir épouser une femme du pays? Isaac était assez riche pour envoyer chercher des filles de ses parents pour les marier avec ses fils, comme l'avait fait pour lui son père Abraham, mais cette expédition fut empêchée d'abord par la décision prise par Ésaû d'épouser des femmesindigènes, contrairement à la volonté de ses parents (Genèse, xxvi, 34-35 ; xxvn, 46) ; ensuite, par l'impossibilité d'exposer Jacob aux premières fureurs d'Ésaû. La prévision du danger que courait son fils préféré primait naturellement chez Rébecca, qui était la cause de l'animosité d'Ésaii (Genèse, xxvii, 41-45); Isaac, qui préférait Ésau, mais qui avait également connaissance de son mauvais dessein à l'égard de Jacob, se borna à recommander à celui-ci d'épouser une des filles de Laban et ne lui parla pas du danger qui le menaçait (Genèse, xvm). J et P^ sont en accord parfait, et il faut être singulièrement disposé pour insinuer à P^ l'intention machiavélique de faire des patriarches de bons juifs postexiliques. J'ai déjà signalé plus haut que le prophète Osée a connaissance de la fuite de Jacob à Paddan Aram (Osée, xn, 1 3, où j^^ =

lis)-

P. 350 (2). Sur la construction du sanctuaire portable dans le désert, il a déjà été discuté plus haut. Quoi qu'on dise, il n'y a, dans sa construction, rien qui rappelle particulièrement le temple de Salomon ou celui d'Ézéchiel. Le nDlâ' ^^ voile qui

sépare entre le saint et le saint des saints, rappelle plutôt le parakku assyro-babylonien, qui désigne, en style religieux, l'appartement des dieux, le naos. Le sanctuaire a naturellement sa place au milieu du camp, étant le bien commun de la nation. Chez Ézéchiel, le temple nouveau, pas plus que l'ancien, ne se trouve pas au milieu d'Israël, car il forme barrière

mtre les sept tfibud da nord et lei cinq du sud (Ëîéchiel, xvm). Quelques observations rapides sur le reste. L'autel, construit de planches plaquées de ouivre, n'a servi qu'une fois lors de rioauguration (Lévitique, viii-x), et alors, il a été rempli de terre jusqu*aux bords en conformité avec Eiode, XX, 84. Le foyer du milieu n'a pu Tendommager, surtout si on a doublé les plaques métalliques autour des bords ^ Ce n'est donc pas une Image de fantaisie {ein Phantasiêgebildê). La fantasmagorie domine au contraire l'affirmation que la mbS ^^ 1^ couvercle d'or de l'arche portant des chérubins

du même métal, entre lesquels Yahwé se manifestait» était un surrogat de ^ancienne destination de l'arche même, et nous rejetons comme purement arbitraire la déclaration : c A la place du fétiche-arche a été mis, conformément à la conception de dieu propre à P^, le trône de Dieu » {An die Stella des Fetiach-Kastens^ iat, der Gotteevoi'stellung des P^ entspreehendf der Gottesthran getreten). Enfin, on ne peut soutenir qlie la nifaS rappelle le y>p-| porté par le chérubin d*Ëzé-

chiel^ I, S3, qu'après avoir fait confusion entre un parquet et Un plafond; ches Ézéohiel, les animaut portent le baldaquin, P^ aurait^il donc fait porter les animaux par le baldaquin ?

Ibidem (3). Nous avons examiné plus haut la question relative à la division de la tribu de Lévi en prôtres aaronides et en lévites ou fonctionnaires subalternes du templci Cette tribu n'ayant pas reçu sa part du sol palestinien après la conquête, la loi Ta indemnisée par des privilèges cultuels : les prêtres vivront des sacrifices, les lévites recevront la dime de tous les produits, sous obligation d'en donner la dixième partie aux Aaronides; l'ordonnance est ancienne, bien que souvent inexécutée par suite de la longue prédominance des cuites étrangers. J'ai repoussé plus haut ta prétention que les termes HÛ^Ift» d^TPiaa» n^B^K"! ^' ^165^9 ^^^^^ P^r^u leur ancien sens dans le code attribué à Ëtra.

P. 851-353 (§U6, 1*8). La signification religieuse hietôriqué de V acceptation obligatoire par la communauté du code d'Ezra.

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