LE VENT
Conte bushman.
€ Le vent était autrefois une personne, il devint un être à plumes et il vola, car il ne pouvait plus marcher comme aupa-
1. Tous lea textes que nous citon^ dans cet appendice sont extraits de l'intéressant recuei} de Contei populaires d'Afrique^ récemment publié par M. René Basset, directeur de rÉcole supérieure des lettres d'Al^r.
ravant ; en effets il vola et il habita dans la montagne. Aussi vola. Il était autrefois une personne, c^est pourquoi il roula une balle; il tirait parce qu'il sentait qu'il était une personui Il devint un être à plumes et alors il vola ; il habita dans ui grotte de la montagne. Il en sort, il vole et il retourne ch( lui. Il y vient pour dormir, s'éveille de bonne heure et on sor il vole loin. Il retourne de nouveau à la maison, parce qu sent qu'il a à chercher de la nourriture. Il mange enco^ encore, encore; il retourne à la maison; de nouveau, il vient pour dormir*. »
L'imagination du Bushman vit dans le monde des méti morphoses illimitées. Animiste par essence, elle voit dans vent une personne qui, ayant été subitement revêtue c plumes, c'est-à-dire d'ailes, fut obligée de voler en l'air a lieu de marcher, et depuis lors, il s'établit d'abord dans montagne, loin des habitations de ses anciens voisins, puis fixa sa demeure dans la grotte de cette montagne pour êti mieux à l'abri; de là, il sort chaque jour pour chercher i nourriture et y retourne pour dormir. C'est la mentalité d( fables où les êtres inanimés parlent et agissent comme l'homn et prennent éventuellement toutes les formes imaginable Fondé sur un animisme nivelant et enfantin, elle précède stage mythologique qui répercute déjà un état social supérieu et elle y laisse des vestiges qui servent de motifs aux poètes aux artistes. Le Vent des bushmen a presque tous les traits d( dieux du vent helléniques, mais il reste isolé sans form( corps d'un système d'ensemble. L'inventeur de TÉole grec soin de nous dire que celui-ci est fils de Jupiter et de nymphe Ménalippe; PÉole bushmen reste en dehors de toi lien de famille et attend encore sa légitimation civile.
Dans la mythologie assyro-babylonienne, Ramman-Adad, dieu de l'atmosphère et du vent, fait partie de la descendant des dieux primordiaux Anou et Bel et est conçu sous forn humaine. Il a sous ses ordres tes génies des quatre vents r^ pondant aux quatre régions du ciel. Ces génies sont des êtn ailés et d'importants messagers des dieux. La locution a l<
i. René Basset, Contes vopulaires étAfHque, p. Î30-Î3r
ailes du vent » (j^y^ ^QS2) atteste la même croyance chez les Hébreux. Adapa, fils d'Anou, perd l'immortalité pour avoir brisé les ailes du vent du sud. Enfin, les morts descendus dans l*Hadès voient se couvrir d'un vêtement de plumes comme les oiseaux d'un vêtement d'ailes (labéuma kima i^^uri ^ttbat kappi) et deviennent ainsi des esprits aériens. C'est du reste déjà le cas de Pâme humaine chez les Égyptiens comme plus tard dans Taggada rabbinique et ailleurs : on l'envisage sous forme d'oiseau.
De ce conte qui nous fournit une vue profonde de Tétat psychologique de l'homme inculte, nous passons à présenter quelques échantillons des légendes nègres relatives aux sujets qui font la préoccupation des premiers chapitres de la Genèse. Une petite genèse, sortie de l'imagination d'un poète hottentot, mérite d'attirer l'attention. Celle dont nous donnons le récit ci-après appartient à la tribu des Ba-Yéyé.