‹ Recherches chimiques sur l'écorce du cail-cedraChapitre 4 sur 10 · IV · texte numérisé non relu

IV

La solution aqueuse de l’extrait alcoolique fut traitée ensuite par de la magnésie caustique; on fit bouillir le tout pendant environ vingt à vingtcinq minutes ; la magnésie forma une laque insoluble avec la matière colorante rouge, et le liquide très-amer qui surnageait prit une teinte jaune caractérisée. Après le refroidissement, le liquide fut filtré, afin de séparer le précipité magnésien des matières solubles. Lavé et séché à l’étuve, ce précipité fut mis ensuite dans un ballon, et traité à deux reprises différentes par de l’alcool bouillant.

L’alcali, s’il existait, avait dû être probablement déplacé par la magnésie et précipité avec la combinaison formée entre la matière colorante et cette même base. Le traitement de l’alcool bouillant subi par la laque magnésienne avait donc pour but de séparer complètement l’alcali présupposé.

En effet, la liqueur fut filtrée bouillante et rapprochée à une douce chaleur ; elle ramenait au bleu le papier rouge de tournesol, et offrait au goût une amertume fort sensible. Abandonnée dans un endroit frais à une évaporation spontanée pour obtenir quelques cristaux, elle se troubla, et laissa déposer au bout de quelque temps des petits flocons blancs légers et d’une apparence soyeuse que je supposai être le principe actif de l’écorce, et qui me parut de nature alcaline.

Ces premières expériences terminées, je pris le liquide aqueux jaune , surnageant la laque magnésienne, et dont il a été question plus haut, afin d’y rechercher de quelle nature pourrait etre 1 acide combine avec la base supposée existante dans l’écorce du Cail-Cedra.

Ce liquide, traité par de l’ammoniaque, laissait déposer de légers flocons blancs de magnésie ; de plus, considérablement rapproché, il avait donné quelques petits cristaux grenus qui devaient faire croire à l’existence d’un sel magnésien.

Le tout fut alors évaporé à, siccité et repris par de l’alcool concentré ;

ce dernier se colora en jaune et laissa indissous un sel blanc qui fut étudié en second lieu.

La dissolution alcoolique était alcaline et ramenait assez fortement au bleu le papier de tourneso', rougi par un acide ; évaporée à siccité, elle laissa une matière jaune qui devint dure et cassante par le refroidissement, et qui n’avait aucun rapport avec l’aspect ordinaire des sels de magnésie. Si à cela on ajoute l’amertume bien plus grande de cette dissolution, comparée à l’autre obtenue en traitant la laque magnésienne par l’alcool, et la différence notable qui existait entre ces deux résultats sous le point de vue de la quantité de produit donné; on trouvera qu’il était tout naturel de supposer ce prétendu alcali végétal assez soluble dans l’eau, et que l’acide auquel il devait être uni dans l’écorce, formait avec la magnésie un sel insoluble dans l’alcool.

Je repris alors par l’eau ce sel blanc abandonné par l’alcool; il fut entièrement dissous. Soumis ensuite à l’action des réactifs, j’acquis la certitude que ce solutum aqueux ne renfermait que du sulfate de chaux et du chlorure de potassium.

Étonné de ce résultat, il me vint alors à l’idée que le principe amer de l’écorce du Cail-Cedra pourrait bien être un principe neutre analogue à ceux que l’on rencontre dans quelques plantes qui présentent de l’amertume. Mais dans l’affirmative à quoi pouvait être due l’alcalinité bien constatée plus haut? C’est afin de me rendre compte de ce fait d’une manière positive que je fis calciner un peu de cette matière jaune résinoïde, dont j’ai parlé plus haut, dans un creuset de platine porté au rouge à la flamme d’une lampe de Berzélius. 11 y eut un résidu blanc, léger, peu soluble dans l’eau, qui n’était autre que de la magnésie. Évidemment l’alcalinité de cette matière jaune dissoute dans l’alcool devait provenir de la magnésie qui s’y trouvait en dissolution. 11 résulta en outre de ceci un autre fait non moins digne de remarque : c’est que la magnésie avait été dissoute, sans aucun doute, dans l’alcool concentré à la faveur du principe amer. Ce principe était-il acide, neutre ou même alcalin? C’est ce dont il fallait s’assurer d’une manière positive.

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