‹ Recherches chimiques sur l'écorce du cail-cedraChapitre 6 sur 10 · IX · texte numérisé non relu

IX

Le cail-cedrin, obtenu par les moyens précédemment indiqués, est toujours identique. C’est un corps solide, opaque, d’un aspect résineux, jaunâtre, d’une forme non cristalline ; il est cassant lorsqu’il a été fondu et

refroidi, et se réduit facilement en poudre. La cassure a, comme celle de beaucoup de résines, un aspect vitreux ; sa saveur est très-amère et légèrement aromatique. Il n’a aucune action sur les réactifs colorés ; calciné dans un creuset, il fond, se charbonne et se décompose sans laisser aucun résidu.

Lorsqu’on vient à le traiter par l’eau, si l’on élève progressivement ta température vers 16 ou 20' degrés centigrades , il commence à se ramollir, prend une couleur plus foncée; et si l’on continue à chauffer jusque vers 70 à 80 degrés, il fond réellement et acquiert une consistance de sirop épais. Par le refroidissement, il reprend son aspect résineux, jaunâtre et redevient cassant.

La lumière ne semble pas exercer d’influence sur lui; cependant j’ai remarqué à plusieurs reprises qu’une couche infiniment légère de ce corps, répandue au fond d’une capsule de platine, décomposait très bien les rayons lumineux.

Le cail-cedrin est soluble en petite quantité dans l’eau ; il paraît l’être moins à chaud qu’à froid. Quoique son action sur l’eau soit faible, il semble former un hydrate blanchâtre sous forme pulvérulente grenue ; lorsqu’on verse de l’alcool absolu sur cet hydrate, l’alcool s’empare de l’eau et redonne une dissolution légèrement colorée; déplus, lorsqu’on fait chauffer cet hydrate dans l’eau, il prend une couleur plqs foncée, et semble ainsi perdre l’eau qu’il avait d’abord absorbée ; et ce qui vient à l’appui de ce raisonnement, c’est que par le refroidissement il conserve la couleur jaune que la chaleur lui avait fait prendre. Cet hydrate ne paraît pas devoir donner de cristaux.

Le cail-cedrin devient d’une solubilité plus grande dans l’eau, lorsque celle-ci tient en dissolution des sels minéraux, tels que le sulfate de chaux ou le chlorure de potassium, sels qui, du reste, se trouvent dans l’écorce.

Il paraît former avec la chaux et la magnésie des combinaisons véritables solubles dans l’eau et l’alcool concentré; mais si l’on fait agir la chaux caustique sur le cail-cedrin à l’aide de la chaleur, l’amertume semble disparaître presque complètement. C’est un fait que je me propose d’étudier ultérieurement.

L’alcool le dissout en grandes proportions, il est insoluble dans l’éther ; mais comme il possède beaucoup d’affinité pour la matière grasse, lorsqu’il

en retient une certaine quantité, il s’y dissout assez bien, alors même qu’il serait uni à un peu de sel de chaux.

Enfin, pour terminer quant à présent l’histoire du cail-cedrin, on a lait dissoudre une petite quantité de ce corps dans l’eau, et on a traité cette dissolution par le nitrate d’argent, le bichlorure de platine, le perchlorure de 1er, la noix de Galles, l’acide oxalique et l’oxalate d’ammgniaque. Aucun de ces corps n’a donné de précipité ; l’acide tannique seul a donné un précipité assez abondant, blanc, et qui s’est complètement redissous dans un excès d’acide.

L’acétate neutre de plomb a donné un léger louche.

Si à tous ces caractères du cail-cedrin on ajoute son action sur l’économie animale, ainsi qu’on le dira plus loin, il est impossible de méconnaître ce corps comme principe immédiat organique nouveau.

Il me reste, sans doute, encore plusieurs expériences à faire pour compléter son étude, telles que son analyse élémentaire, l’action des bases minérales sur lui et les combinaisons qu’il paraît former avec elles, l’action des acides et des sels, etc, ; mais j’ai dû me restreindre par manque de matière prenîière, et j’espère bien dans quelques mois être à même de les reprendre. J’aurai aussi à établir un fait des plus importants à l’égard de ce principe, s’il exerce, comme tout le porte à croire, une salutaire influence sur les personnes atteintes de la fièvre : ce sera son prix de revient en fabrique.

Ainsi qu’on l’a vU, le cail-cedrin se trouve accompagné dans l’écorce de cail-cedra d’une notable quantité de matières colorantes rouges; j’ai donc tenté différents moyens pour obtenir la séparation de ces deux corps. Voici en quelques mots l’historique do ces recherches; elles ne seront pas indifférentes à connaître, puisque c’est en les pratiquant qu’il m’'est venu à la pensée d’employer le procédé d’isolement que j’indique en dernier lieu.

L’écorce a été soumise à l’action de l’alcool, dans l’appareil de déplacement; la solution alcoolique a ensuite été traitée-à froid par un peu de lait de chaux ; la matière colorante s’est immédiatement combinée à cette base, et a laissé un liquide alcoolique jaunâtre et très-amer. Après avoir

filtré, on a distillé ; il est resté un solutum aqueux légèrement alcoolisé et contenant en dissolution la matière grasse, le cail-cedrin, la matière colorante jaune, ainsi que des sels minéraux. Abandonné pendant vingt-quatre heures dans un endroit frais, la matière gra.sse se sépara presque en totalité sur les parois du vase. Le liquide fut décanté et évaporé à siccité, pour subir les opérations nécessaires à l’obtention du cail-cedrin. Seulement on remarquera que cette fois-ci, c’est de l’oxalate de chaux et non de l’oxalate de magnésie qui se forme, et qu alors on ne peut opérer la séparation du sel formé d’avec le cail-cedrin qu’avec de l’alcool, qui dissout le cailcedrin sans toucher à l’oxalale de chaux.

La magnésie a été aussi essayée à froid comme la chaux ; mais cette base ne se combine pas aussi bien dans ces conditions, et laisse en dissolution une trop grande quantité de matière colorante.

On essaya aussi l’hydrate d’oxyde de plomb; mais la matière colorante n’est pas enlevée entièrement, ce qui s’explique par la solubilité dans l’alcool de la combinaison de l’oxyde de plomb avec la matière colorante elle-même.

Je ferai remarquer que le charbon employé comme agent décolorant absorbe une quantité assez considérable de cail-cedrin dans ces liquides alcooliques, et ne décolore qu’imparfaitement; il faut que la solution alcoolique soit bouillante pour que le charbon agisse comme agent décolorant et non comme absorbant.

Le procédé le moins coûteux pour parvenir à l’obtention du cail-cedrin serait, je crois, le suivant: malheureusement le manque de matériaux m’empêche de le donner avec une certitude complète comme pouvant être le meilleur.

Après avoir pulvérisé les écorces, on les épuise par des décoctions successives, jusqu’à ce que l’eau n’offre plus d’amertume sensible. On sépare ensuite la matière colorante à l’aide du sous-acétate de plomb, on filtre, on évapore à siccité, et on lave pour enlever les sels solubles dans l’eau ; on traite alors la masse par de l’acide oxalique étendu d’eau, et qui forme avec le plomb en excès un oxalate insoluble ; on laisse le tout égoutter sur un filtre, après l’avoir bien lavé pour enlever l’acide oxalique en excès; on reprend ensuite par de l’alcool que l’on fait bouillir avec un peu de charbon ; on filtre encore, et enfin on concentre les liqueurs en consistance d’extrait

liquide ; alors on projette un peu d’eau qui dissout la matière colorante jaune, et laisse enfin isolé le principe amer de l’écorce.

Ce procédé subira certainement des modifications si cette écorce vient à rendre quelque service, et je crois môme que l’on pourrait arriver à des résultats pour le moins aussi satisfaisants que par le pro'cédé ci-dessus indiqué, en employant la méthode de déplacement par l’eau froide : dans ce système on aurait une série d’appareils placés les uns au-dessusdes autres de manière que le liquide contenu dans le plus élevé pourrait tomber dans le suivant : remplissant ces divers appareils d’écorces et versant de l’eau dans le plus élevé, lorsqu’elle sortirait ensuite par l’appareil inférieur après avoir séjourné dans les autres, elle serait certainement très-chargée de principe actif. Je n’ai pas eu assez d’écorces pour essayer ce mode d’extraction ; je ne puis donc rien affirmer à son égard, je me contente de l’indiquer, me proposant, lorsque j’aurai une nouvelle quantité de matière première, de le mettre en pratique pourvoir s’il doit être préféré au précédent.

§ Xï.

Laraatière colorante rouge du cail-cedra se présente sous forme pulvérulente couleur de sang desséché ; elle est peu soluble dans l’eau et insoluble dans l’éther, peu soluble dans l’alcool froid, plus soluble à chaud, non cristalline, sans action sur le tournesol bleu ou rougi par un acide, sans goût. Cette matière a été soumise h froid à l’action del’eau , deTammoniaque, de la potasse, de l’acide acétique; elle n’a paru éprouver aucun changement. La plus minime quantité de potasse caustique dans l’eau bouillante suffit à celle-ci pour la dissoudre en quantités notables.

Soumise à l’action de l’acide sulfurique, la matière colorante se charbonne au bout de quelques instants.

Soumise à l’action de l’acide nitrique, et c’est, je crois, son caractère ie plus saillant, il y a dégagement de vapeurs rutilantes; et si l’on aide la réaction chimique à l’aide de la chaleur, et qu’on évapore à siccité, on obtient un résidu qui se dissout très-bien dans l’eau en lui communiquant une couleur d’un beau jaune-serin, et une saveur excessivement acide.

Cette dissolution filtrée, et traitée par de l’eau de chaux , donne un précipité blanchâtre totalement insoluble .dans l’eau et dans l’acide acétique*

concentré, soluble dans les acides minéraux. Il résulte donc de ce fait que l’acide nitrique décompose cette matière colorante et la transforme en acide oxalique.

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