OISEAUX
I®. Lorsque ces animaux sont soumis à leur régime alimentaire habituel, ils dégagent toujours de l’azote; mais la quantité de ce gaz exhalé est très-petite: elle ne s’élève jamais à 7^^ du poids de l’oxygène total consommé, et, le plus souvent, elle est moindre que
2°. Lors([uc les aininaux sont <à rinaiiilioii , ils absorbent souvent de l’azote , et la proportion de l’azote absorbé varie entre les memes limites que celle de l’azote exlialé dans le cas on les animaux sont soumis à leur régime habituel. L’absorption de l’azote s’est montrée , presque constamment, chez les oiseaux à l’inanition, mais très-rarement chez les mammifères.
3°. Lorsque, après avoir été pendant plusieurs jours à l’inanition, l’animal est soumis à un régime alimentaire très-différent de son régime habituel , il absorbe souvent encore de l’azote pendant quelque temps, probablement jusqu’à ce qu’il se soit fait à son nouveau régime^ il rentre alors dans le cas général, et dégage de l’azote. Ce fait n’a été constaté que sur des poules qui, après avoir été plusieurs jours à l’inanition, échangeaient leur régime de grain pour un régime de viande seule.
4^. Lorsque l’animal est souffrant par suite du régime alimentaire auquel il est soumis, ou peut-être par d’autres causes, il absorbe encore de l’azote. Cette absorption d’azote a été constamment observée dans les expériences que nous avons faites sur un canard malade qui mourut peu de temps après.
Ces alternatives de dégagement et d’absorption d’azote que présente le même animal lorsqu’il est soumis à divers régimes est favorable à l’opinion d’Edwards, qui admet que le dégagement et l’absorption d’azote ont toujours lieu simultanément pendant la respiration , et que l’on n’observe jamais que la résultante de ces deux effets contraires.
5°. Le rapport entre la quantité d’oxygène contenu dans l’acide carbonique et la quantité totale d’oxygène consommé, paraît dépendre beaucoup plus de la nature des aliments que de la classe à laquelle appartient l’animal. Ce rapport est le plus grand lorsque les animaux se nourrissent de grains, et il dépasse alors souvent l’unité (expériences 5o et 92). Quand ils se nourrissent exclusivement
de viande, ce rapport est plus faible et varie de 0,62 à 0,80. Avec le régime des légumes, le rapport est en général intermédiaire entre celui que Ton observe avec le régime de la viande et celui que donne le régime du pain.
6°. Ce rapport est à peu près constant pour les animaux de même espèce qui sont soumis à une alimentation parfaitement uniforme , comme cela est facile à réaliser pour les chiens*, mais il varie notablement pour les animaux d’une même espèce, et pour le même animal, soumis au même régime , mais dont on ne peut pas régler l’alimentation, comme pour les poules.
Lorsque les animaux sont à l’inanition, le rapport entre l oxygène contenu dans l’acide carbonique et Loxygène total consommé est , à peu près , le même que celui que l’on observe pour le même animal soumis au régime de la viande; il est cependant, en général, un peu plus faible. L’animal, à l’inanition, ne fournit à la respiration que sa propre substance , qui est de la même nature que la chair qu’il mange lorsqu’il est soumis au régime de la viande. Tous les animaux à sang chaud présentent donc , lorsqu’ils sont à l’inanition, la respiration des animaux carnivores.
8^. Le rapport entre l’oxygène contenu dans l’acide carbonique et l’oxygène total consommé varie, pour le même animal, depuis 0,62 jusqu’à i,o4, suivant le régime auquel il est soumis. Il est donc bien loin d’être constant, comme cela devrait être dans la théorie proposée par MAI. Brunner et Valentin (page 3o6)*, et ce fait seul suffit pour démontrer l’inexactitude de cette théorie.
9*^. Lavoisier avait cherché à prouver que la chaleur dégagée par un animal dans un temps donné , est précisément égale à celle que produirait, par une combustion vive dans l’oxygène , le carbone contenu dans l’acide carbonique produit, et l’hydrogène qui formerait de l’eau avec la portion de l’oxygène consommée ne se retrouvant pas dans
l’acide carbonique. Cette théorie de la chaleur animale fut généralement adoptée, et, aujourd’hui encore, elle est professée par un grand nombre de savants.
Nous ne doutons pas que la chaleur animale ne soit produite, entièrement^ par les réactions chimiques qui se passent dans l’économie*, mais nous pensons que le phé¬
nomène est beaucoup trop complexe pour qu’il soit possible de le calculer d’après la quantité d’oxygène consommée. Les substances qui se brûlent par la respiration sont formées en général de carbone , d’hydrogène , d’azote et d’oxygène souvent en proportion considérable ^ lorsqu’elles se détruisent complètement par la respiration, l’oxygène qu’elles renferment contribue à la formation de l’eau et de l’acide carbonique, et la chaleur qui se dégage alors est nécessairement bien différente de celle que produiraient, en se brûlant, le carbone et l’hydrogène, supposés libres. Ces substances ne se détruisent d’ailleurs pas complètement, une portion se transforme en d’autres substances qui jouent des rôles spéciaux dans l’économie animale, ou qui s’échappent, dans les excrétions, à l’état de matières très-oxydées (urée, acide urique). Or, dans toutes ces transformations et dans les assimilations de substances qui ont lieu dans les organes, il y a dégagement ou absorption de chaleur; mais les phénomènes sont évidemment tellement complexes, qu’il est peu probable que l’on parvienne jamais à les soumettre au calcul.
C’est donc par une coïncidence fortuite que les quantités de chaleur dégagées par un animal se sont trouvées, dans les expériences de Lavoisier, de Dulong et de M. Despretz, à peu près égaies à celles que donneraient, en brûlant, le carbone contenu dans l’acide carbonique produit, et l’hydrogène dont on détermine la quantité par une hypothèse hie?i gratuite, en admettant que la portion de l’oxygène consommée qui ne se retrouve pas dans l’acide carbonique a servi à transformer cet hydrogène en eau. On ne peut
pas s’appuyer sui* les données numériques des expériences que nous venons de citer, car il n’est pas douteux que les quantités d’acide carbonique ont été trouvées beaucoup trop petites. Dans nos expériences, nous trouvons souvent, notamment pour les poules soumises à leur régime habituel du grain, plus d’oxygène dans l’acide carbonique dégagé que nous n’en avons fourni à la respiration. Ce fait seul démontre l’inexactitude de ces hypothèses, et nous dispense de les discuter plus longuement.
lo®. Les quantités d’oxygène consommées par le même animal dans des temps égaux, varient beaucoup suivant les diverses périodes de la digestion, l’état de mouvement, et suivant une foule de- circonstances qu’il est impossible de spécifier. Pour les animaux d’une même espèce , et à égalité de poids, la consommation d’oxygène est plus grande chez les jeunes individus que chez les adultes^ elle est plus grande chez les animaux maigres, mais bien portants, que chez les animaux très-gras.
II®. La consommation d’oxygène faite , dans des temps égaux, par des poids égaux d’animaux appartenant à la même classe, varie beaucoup avec leur grosseur absolue. Ainsi, elle est dix fois plus grande chez les petits oiseaux, tels les moineaux et les verdiers, que chez les poules. Comme ces diverses espèces possèdent la même température, et que les plus petites, présentant comparativement une surface beaucoup plus grande à l’air ambiant , éprouvent un refroidissement plus considérable, il faut que les sources de chaleur agissent plus énergiquement, et que la respiration soit plus abondante.
12®. Les animaux à sang chaud ne dégagent, par la perspiration, que des quantités infiniment petites, et presque indéterminables, d’ammoniaque et de gaz sulfurés.
IL — Mammifères hibernants.
i3®. La respiration des marmottes complètement éveillées et se nourrissant bien ne présente rien de particulier j
elle est semblable à celle des autres mammifères qui prenueiit une nourriture semblable -, mais celle des marmottes complètement assoupies est très-diiférente : souvent il y a absoi'ption d’azote, et le rapport de la quantité d’oxygène contenu dans l’acide carbonique à celle de l’oxygène consommé est beaucoup plus faible, car il ne s’élève quelquefois qu’à 0,4. Le poids de l’oxygène qui entre dans des combinaisons non gazeuses étant plus grand que celui de l’acide carbonique dégagé-, d’un autre côté, l’animal perdant peu d’eau parla transpiration parce que sa température est très-peu supérieure à celle du milieu ambiant; il en résulte que la marmotte augmente sensiblement de poids par sa seule respiration . Mais cette augmentation n’est pas indéfinie, parce que, de temps en temps, l’animal rend des urines.
i4^. La consommation d’oxygène par les marmottes engourdies est très-faible; elle ne s’élève souvent eju’à ^ de celle qu’exigent les n.armottes éveillées ; et il est possible que cette consommation soit beaucoup plus petite, lorsque ces animaux sont exposés à une température beaucoup plus basse qu’ils ne l’ont été dans nos expériences.
i5^. Au moment où les marmottes sortent de léthargie, leur respiration devient extrêmement active, et, pendant la période de leur réveil, elles consomment beaucoup plus d’oxygène que lorsqu’elles sont complètement éveillées. Leur température s’élève rapidement, et leurs membres sortent, successivement, de leur engouidissement.
16*^. Les marmottes engourdies peuvent séjourner longtemps, sans en éprouver d’efi'ets fâcheux, dans un air pauvre en oxygène qui asphyxie, en quelques instants, une marmotte éveillée. Ces animaux ne paraissent pas pouvoir [)asser, par leur seule volonté, de l’état de réveil à l’état de torpeur.
llJ. - AwIMAUX à SAISG FROID.
La respiration des repiiJes consomme, à poids égal, beaucoup moins d’oxygène que celle des animaux à sang chaud j mais elle ne diffère pas sensiblement de cette dernière sous le rapport de la nature et des proportions des gaz absorbés et dégagés. Nos expériences ont donné, tantôt une petite absorption d’azote, tantôt un faible dégagement de ce gaz; mais on ne peut pas en répondre , parce que les déterminations numériques ne peuvent plus se faire avec la même précision que pour les animaux à sang chaud, à cause de la faiblesse de la respiration des reptiles.
i8®. Les grenouilles auxquelles on a enlevé les poumons continuent à respirer, à peu près avec la même activité que lorsqu’elles étaient intactes; elles vivent souvent pendant plusieurs jours, et les proportions des gaz absorbés et dégagés diffèrent peu de celles que l’on remarque sur les grenouilles intactes. Ce fait semble démontrer que la respiration des grenouilles a lieu principalement parla peau. Il serait cependant nécessaire de démontrer ce fait par des expériences directes.
19^^. La respiration des vers de terre est à peu près semblable à celle des grenouilles, pour la quantité d’oxygène consommé à poids égal , et pour le rapport entre l’oxygène contenu dans l’acide carbonique et l’oxygène total consommé.
20°. La respiration des insectes, tels que les hannetons et les vers à soie, est beaucoup plus active que celle des reptiles ; elle consomme , à poids égal , à peu près autant d’oxygène que les mammifères sur lesquels nous avons expérimenté. Cette grande consommation d’oxygène est en rapport avec la grande quantité de nourriture que prennent ces animaux ; et si leur température ne s’élève pas davantage au-dessus de celle du milieu ambiant, cela tient à ce qu’ils ont très-peu de masse, et présentent, en général, une
très-grande surface et une peau humide à l’action de l’air.
Il est d’ailleurs important de remarquer que nous comparons ici la respiration des insectes à celle des mammifères, qui ont des masses deux mille à dix mille fois plus considérables , et que nous avons reconnu (page 177) que la respiration des très-petits animaux est incomparablement plus active que celle des animaux très-gros de la même classe.
Un thermomètre, maintenu au milieu d’un grand nombre de hannetons renfermés dans un sac à claire-voie , a montré une température supérieure de ci degrés à celle de l’air ambiant.