Recherches chimiques sur les corps gras d'origine animale
Lorsqu’on entreprend un travail de chimie susceptible de s’agrandir, la nécessite' où Ton se trouve de le commencer presque toujours par un ordre de faits que le hasard présente oblige 1 auteui , dans 1 exposition qu’il fait successivement de ses recherches, de suivre une route quil n’aurait pas choisie, si, maître de l’ensemble de son travail, avant de le donner au public, il l’avait disposé dans l’ordre qu’il aurait jugé le plus convenable : une suite de cette nécessité le force à se répéter soit pour rectifier ce qu’il a dit d’abord, soit pour compléter ses premières observations, soit enfin pour faire sentir toute l’importance que méritent des choses auxquelles il n’avait accordé qu’une légère attention. Ajoutez à cela l’inconvénient des expériences incidentes, nécessaires cependant pour éclaircir les recherches principales ou légitimer des inductions que l’on en tire ; l’inconvénient de désigner par des périphrases des substances qui ne sont point encoi e assez bien connues pour qu’on puisse leur imposer un nom particulier , et vous sentirez combien la lecture d’un certain nombre de mémoires sur un meme sujet sera fatigante pour
Inconvé nients d’exposer de nombreuses recherches sur un meme sujet dans une suite de mémoires.
INTRODUCTION
la plupart des lecteurs, et combien ils seront disposés à prendre une idée défavorable d un travail qui sera le fruit de longues observations et de nombreuses expériences.
11 y a des gens qui sont d’une sévérité extreme dans le jugement qu’ils portent sur l’homme qui a soumis un meme sujet à des recherches multipliées; ils ne lui passent point les erreurs qu’il a commises, et, loin de lui savoir gré des obstacles qu’il a franchis, des chemins qu’il a frayés, ils accueillent ce qu’il a fait de bien avec indifférence et comme un résultat tout simple du temps qu’il a consacré à son travail : ils réservent leurs éloges pour celui qui présente a leur curiosité , dans un court espace de temps , des travaux divers dans chacun desquels il n’y a qu’un petit nombre de faits intéressants que F esprit saisit sans peine, parce que, isolés, ils ne font point un système, qui exige toujours quelque étude pour être compris lorsqu’on veut en apprécier la valeur réelle. Les gens dont nous parlons ignorent que la découverte des faits saillants , isoles , est généralement plus facile que celle des faits secondaires qui servent de lien aux premiers ; car ceux-ci s’offrant pour ainsi dire d’eux-mêmes, leur découverte est souvent le fruit du hasard. Ce n’est que lorsqu’on veut les unir avec d’autres, distinguer des faits principaux pour y subordonner ceux qui n’en sont que des conse-
introduction. m
quences , que les obstacles se multiplient et que le temps s’e'coule avec une rapidité effrayante pour l’observateur qui n’aperçoit point encore «le terme à ses efforts. Cependant, si cette manière de liavai lier est pénible , elle a des avantages incontestables et pour l’avancement de la science et pour l’observateur lui-même, à qui elle présente h équemment 1 occasion de contrôler les conséquences qu il a tii ées de sespremières expériences.
On dit que la chimie se compose de faits, mais des farts seuls ne constituent pas cette science ; car lorsqu on donne des définitions générales , lorsqu’on forme des groupes de corps d’après des propriétés analogues et des propriétés difiéi entes, il a fallu nécessairement interpréter des faits déjà observés pour établir les rapports qui les lient. Lorsqu’on définit, il y a donc des rapports établis et on reconnaît des propriétés de différents ordres, quant à l’importance qu’on attribue à chacune d’elles: dès lors il y a plus que des faits, quoique en dernier ressort toute inierpiétation, toute définition, doivent s’appuyer suides faits bien observés. Priestley a découvert un grand nombre de corps importants ; il a reconnu la plupart de leurs propriétés, et certainement il a fourni à la science plus de faits proprement dits que Lavoisier ; cependant , sans que nous ayons l’intention de diminuer en rien la gloire du savant anglais, nous pouvons dire, sans
Avantages des recherches détail lées sur un même sujet pour la science.
IY
INTROD IJCTION.
Avantages des recherches détaillées sur un même sujet pour l’observateur.
crainte d’être démenti, que la postérité a place Lavoisier au-dessus de lui. Quelle en est la cause , si ce n’est pas la manière dont les faits ont été interprétés/ Ce qui est vrai pour les faits qui ont servi de base à la théorie antiphlogistique, doit l’être pour ceux qui restent à découvrir : nous pensons donc qu’au lieu de recueillir sur des sujets très différents des faits qui manquent de corrélation , il est préférable pour les progrès de la science de rassembler le plus possible des faits analogues , de les coordonner ensemble , afin d’en déduire les conséquences générales, qui seules peuvent imprimer à un ensemble de faits le caractère constitutif de la science.
Si on reconnaît la nécessité d’estimer le degré de certitude des résultats qu’on a obtenus, rien n’y est plus propre que la marche que nous avons suivie : en effet veut-on déterminer les rapports chimiques des corps qu’on vient de découvrir, il se présente des difficultés dépendantes du mode suivant lequel la chimie procède dans ses moyens d’observation. Personne n’ignore qu’il n’y a pas de découvertes sans expériences exactes ; mais fart d’exécuter ces expériences , tout mécanique qu’il est , offre des obstacles de plus d’un genre a surmonter. Cependant de rexactitude des moyens ou des instruments dépend celle des résultats; il est donc indispensable, avant d’employer ces moyens ou