‹ Recherches cliniques et anatomiques sur les affections pseudo-membranenses, productions plastiques, diphthériques, ulcéro-membranenses aphtheuses, croup, muguet, etcChapitre 15 sur 74 · FAUSSES MEMBRANES QUI PBRSISTKH · texte numérisé non relu

FAUSSES MEMBRANES QUI PBRSISTKH

Un très-grand nombre des fausses membranes des séreuses, déjà énumérées (p. 57);

Les cicatrices et les adhérences morbides diverses.

On a dit que toutes les fausses membranes des séreuses étaient persistantes et que celles des muqueuses ne persistaient pas. On peut se convaincre facilement qu'une semblable division ne serait pas exacte. Il y a de fausses membranes des séreuses qui, consistant principalement en matériaux solides du sang, fibrine épanchée, etc., ne s'organisent jamais et peuvent être reprises par l'absorption. On voit d'ailleurs que la deuxième section renferme presque tous les produits plastiques des séreuses, alors que l'inflammation n'a pas dépassé certaines limites, quand les fausses membranes adhèrent encore aux parois; elle comprend, en outre, les cicatrices diverses. On peut remarquer de plus que, dans les fausses membranes qui persistent, presque

SUR LES APFEGTIOlfS PSEUDO-MEMBRANEUSES. 61

toutes finissent par s'organiser; des vaisseaux sanguins s'y développent ainsi que des lymphatiques* et des nerfs '. Ces faits d'organisation, extrêmement remarquables, doivent» ee me semble , dominer la classification des productions pseudo-membraneuses.

Les premiers historiens des fausses membranes avaient seulement eu en vue les productions plastiques organisables des séreuses, et ils avaient insisté sur les périodes de formation, d'accroissement et d'organisation, ainsi que je l'ai déjà fait remarquer.

La véritable classification à établir dans les fausses membranes me semble donc devoir être tirée de leur inaptitude à l'organisation future ou de leur propriété de pouvoir s'organiser par la suite. Cette démarcation est évidente; elle a frappé tous les observateurs; elle sépare nettement en deux sections tranchées des produits morbides différant par leurs éléments anatomiques et leurs

* A.-F.-H. DE Lespirassb, Spec, anal. paih. devasis navis pseudommnhranarum lam arL quam ven, quam lymphat. Tn^* ^ Rhen., 4842. La vascularisation des néo-membranes a été depuis longtemps constatée et leurs vaisseaux sanguins ont été injectés par un grand nombre d'anatomistes. M. Lebert a fait représenter (pi. III, fig. 4 et 5), dans le grand atlas de son Traité d'anatomie pcUkoîogique, les vaisseaux artériels veineux et lymphatiques d'une fausse membrane delà cavité péritonéale préparée par M. Ch. Robin {voy. aussi la pl.CLXII, fig. 5). Le professeur Schrœder van der Kolk a injecté les lymphatiques d'une fausse mooabrane située entre l'utérus et le rectum ; M. Houel a vu cette pièce à Utrecht. Blandin affirmait qu'il avait injecté les lymphatiques des fausses membranes pleurales. M. Sappey m'a dit récenmient qu'il n'était pas encore parvenu à injecter les lymphatiques des fausses membranes.

* ViBGBOw, Verhandl. der pkys. med. Gesellsch. zu Wurzburg, 4 B. 4850 (nerfe des fausses membranes pleurales et péritonéales).

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propriétés physiologiques et pathologiques. Les fausses membranes qui ne s'organisent point et qui siègent le plus souvent sur les muqueuses» sont composées, en majeure partie, de fihrine exsudée. Les fausses membranes qui s'organisent occupent presque toujours les surfaces séreuses et renferment moins de fibrine; mais celle-ci est unie, dans les proportions convenables, à d'autres éléments qui composent le blastème dans l'intérieur duquel les éléments embryo-plastiques, puis les éléments du tissu cellulaire ou lamineux, peuvent se former.

Il est pour moi hors de doute que la fibrine extravasée ne s'organise jamais ^ Je l'ai retrouvée, pendant mon internat à la Salpétriëre, dans les caillots apoplectiques les plus anciens et dont les dépôts sanguins, les éléments liquides avaient été repris par l'absorption interstitielle, La fibrine non résorbée dans les fausses membranes pleurales, péritonéales^, etc., qui ne sont pas organisées, est quelquefois aussi reconnaissable plusieurs années après l'accident qui a produit ces fausses membranes que les premiers jours de leur formation. Le plus souvent elle est mélangée de granulations élémentaires qui l'entourent et masquent presque entièrement l'aspect fibrillaire. Il est même difficile parfois de distinguer dans une masse

* CauvBitHiER, Traité d'anatomie pathologique, t. i, p. 249, I85S; •— MoNNsaBT, Comptes rendns kehdomad. de$ séances de lAcad. des Sciences, t. xxxv, p. 404, juillet 4852, et Gaz. méd.y 4852; — Romn et Veidul, Traité de chimie anaUmique et physiologique, t. in, p. 264,4853.

* Voy., dans les fausses membranes de la plèYre et du péritoine, un eiemple que je rapporte et que j'avais communiqué i M. le docteur Ch. Robin.

sut LES ArrECnONS PSEUDO-UBUBRilIlCUSES. 63

membraniforme la stmtion de la fibrine de la striation produite par des éléments du tissu lamineux, par de vnîes fibres lamineiises. On y parvient en général en mettant de Tacide acétique dans ks préparations qu'on place sous le microscope. La fibrine pâlit et n'offre jamais de noyaux ni de corps embryo-plastiques; elle ne s'est pas transformée; elle est devenue pâle et s'est dissociée en granulations, mais elle n'a pas revêtu de nouveaux caractères. La fibrine ne s'est pas organisée à la manière d'un blastème.

Du reste, les épanchements sanguins, disposés en lames étendues et en couches plus ou moins épmsses, s'altèrent le plus souv^t après un temps variable. Voici ce que J'ai observé sur le mode de destruction et de résorption des éléments solides (fibrine, globules rouges ou hématies, globules blancs ou leucocytes) qui composent ces ^anehements membraniformes.

Les fibrilles de la fibrine, si faciles à reconnaître (wy. pi. Il, fig. 1, et pi. m, fig. 1, 2, etc.) à leur disposition en treillis ou en faisceaux, perdent la netteté de leurs contours. Ces fibrilles pâlissent et offrent une apparence granuleuse, puis elles disparaissent en se dissociant et en se désagrégeant. On n'aperçoit, à la place occupée par la fibrine, que des granulations moléculaires dont quelques-unes sont encore placées bout à bout et forment des séries linéaires.

Les globules rouges sont composés, comme on le sait, de globuline etd'hématine; cette dernière substance se sépare, elle forme des granulations régulières ou irrégulières, rougeâtres, parfois de petits amas que l'acide

acétique n'attaque point. La globuline reste incolore et est résorbée bien plus rq)idement que Thématine. Il se dépose parfois des cristaux d'hématoïdine dont j'ai noté la présence. Quand la globuline des globules rouges , quand les globules blancs et les autres éléments du sang épanché ont disparu en partie, il existe une teinte rougeâtre ou jaunâtre qui est produite ordinairement par des grains d'hématine, souvent par des éléments graisseux. Ces derniers, sous forme de granulations et de vésicules, persistent dans la trame fibrineuse jusqu'à ce que finalement elle soit reprise par l'absorption.

Il n'est point facile de distinguer, par un mot convenablement formé, les fausses membranes persistantes et qui s'organisent de celles qui ne s'organisent pas. On ne peut pas Aire fausses membranes véritables, et cependant les fausses membranes de formation pathologique et organisées ne sont pas autre chose. Le mot de membrane accidenr tdle ne saurait convenir, toutes les fausses membranes sontacddentelles. M. Charles Robin et moi-même avions brouvé le nom de néo-membrane^ nom hybride à la vérité, mais qui fait bien comprendre qu'il s'agit d'une membrane organisée et réelle, quoique résultant d'une formation anormale.

Je diviserai, par conséquent, toutes les productions pseudo -membraneuses en deux grandes sections: les fausses membranes composées en majeure partie de fibrine

* Voy. Robin et Verdbil, Traité de chimie anatùmique et physiologique, t. m, p. 239, 4853 ; et DicUormaire dit de Nysten, 40* édition , p. S48,4S55.

exsudée ou d*épilhélium desquammé» etc., et les néomembranes formées par un blastème plus ou moins apte à revêtir les caractères de l'organisation vasculaire.

4« FAUSSES MBBttEANIS.

Productions pseudo-membraneuses de la diphthérie; productions couenneuses simples des diverses muqueuses bucco-pharyngienne, intestinale, nasale, laryngée, bronchique, oculaire et génito-urinaire.

Pellicules des ulcères chroniques, des plaies, de la pourriture d'hôpital.

Disques varioleux.

Concrétions sanguines, membraniformes et tubulées.

2* Néo-MBIIBRANBS.

Les fausses membranes adhérentes dts séreuses. Les diverses adhérences et cicatrices.

J*ai classé le disque de la vésico-pustule varioleuse parmi les fausses membranes non persistantes, et c'est un ^ des points que je crois nouveaux dans ce travail. J'epvisage le disque varioleux comme devant empêche^ la cica- . trice du derme.

Les enveloppes des kystes, des cavernes pulmonaires, des trajets fistuleux, etc., persistent en suivant la marche du tissu cicatriciel, quand le corps étranger enkysté ou le liquide du kyste ont été expulsés par la nature ou par Tart. C'est en se plissant, en se fronçant sur elles-mêmes . et en subissant une transformation fibreuse, parfois grais-

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seuse et crétacée, que les cavernes pulmonaires peuvent guérir*.

Les trajets fistuleux sont de deux sortes : les uns conduisent le pus ou un liquide hétérogène, les autres sont produits par Part pour obviera une imperforation, pour rétablir le cours d'un liquide normal de l'économie. Ces derniers peuvent-ils, après avoir été tapissés par les éléments d'une cicatrice véritable, avoir finalement leurs parois recouvertes par une membrane muqueuse ? L'observation n'a pas encore définitivement élucidé ce point d'anatomie pathologique*. Je dois dire, pour ma part, que les trajets fistuleux, de diverses espèces, que j'ai examinés, ne m'ont présenté qu'une surface muqueuse et non une véritable membrane muqueuse, avec son chorion et ses glandules. Si les transformations successives du blastème vont jusqu'à reproduire des extrémités entières chez les Vertébrés les plus inférieurs, il n'en est point ainsi chez l'homme, dans certains cas, pour la production complète de simples membranes.

Nous pouvons, en terminant ce paragraphe, définir facilement les fausses membranes de la diphthérie en disant : Ce sont des productions pktëtiqfies, morbides, déposées sur une surface tégumentaire, peau ou muqueuses, exsudées sur la place quelles ont revêtue et ne persistant pas.

* C. RoGéB, Essai sur la eurahiUté de la phtkisie pulmonaire, etc. (Archives gén. de médecine, 3"^ série, t. y, p. S90 à 302, 4839). ^^ * ViLLBBMÉ, Dict. des sciences médioales, t. xxxn, p. 238 et suiv., 4849.— G. Anoral, Précis é^anatomiepathologique^i, i, p. 252 et suiy., 4829.— FOrster, ifanuel d^ancU. pathol., trad. Kaula, p. 400,4853. — CiirfBiLHiBB, Droite ^anai. pa^l générale, t. ni, p. 939, 4856.

SUR tES AFFECTIONS PSEODO-MBllUtANEDSES. 67

ÉTIJDS SVÉCSASV 081 MUttU mkMêàhêàâWÊÊ VM LA OffWHÉBIS.

Nous étudierons ces fausses membranes : 1® à Toeil nu, dans leur forme, leur couleur, leur consistance, etc.; nous les suivrons sur les divers endroits où elles siègent, puis nous décrirons Fétat de la muqueuse ou de la surface sousjacente ; 2* nous examinerons la structure et la texture des fausses membranes diphthériques , au moyen des verres grossissants ; 3" avec remploi des réactifs chimiques.

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