I. EXAMEN A l'CEIL ^U
Envisagée d'une manière générale dans la dipblhérie caractérisée, intense et primitive , la fausse membrane dipbthérique présente detix faces : Tune superficielle, libre, qui frappe la vue de Tobservateur, Fautre profonde et adhérente.
La forme est ordinairement ovalaire ou irrégulièrement polygonale, quand la fausse membrane est peu étendue. On la voit ainsi sur les amygdales, le voile du palais ou le foiMi du pharynx.
Cette forme se modifie beaucoup; elle peut rappeler l'aspect de lanières plus ou moins étroites et rubanées, parfois dentelées sur le» bords ; de lambeaux irrégoliers, de plaques, et toyaiiix arrondis, de demi-cylindres, etc., suivant les divers endroits où les fausses membranes ont pris naissance.
68 RECHERCHES CLINIQUES ET AlfATOMIQUES
En se moulant sur la saillie des amygdales, des piliers et surtout de la luette, les productions plastiques constituent des gaines enveloppant ces organes. La luette est coiffée d'une sorte de doigt de gant qui se détache tout d'une pièce et qui se retourne sur lui-même. Cette disposition est remarquable *.
Vétendue peut être considérable. Le produit morbide peut occuper à la fois Tarrière-gorge, tout l'arbre aérien, envahir, même la peau dénudée. Parfds une fausse membrane unique occupe un point limité des voies respiratoires; mais c'est l'exception. Dans certains cas, plusieurs fausses membranes se manifestent simultanément au pharynx, dans la trachée, aux organes génitaux ou à l'anus, etc. ^
Vépaisseur des fausses membranes diphthériques est très-variable ; elles sont parfois minces et transparentes, au point d'être très-difficilement reconnues, et d'autres fois très-épaisses et stratifiées, formées de couches superposées et séparables. On peut dire cependant, en général, que celles de la diphthérie primitive sont épaisses de 1 à 10 millimètres et plus, et qu'elles n'ont point l'aspect mince et foliacé des pseudo-membranes de la diphthérie secondaire.
Leur couleur est généralement grisâtre ou d'un blanc grisâtre peu après leur formation ; elles sont très-rarement
< P. Brbtonnbau, Traité de la diphthèriU, p. 206, 409-440, 4826. — GufiRSENT, Dtct. m 30 vol, ou Répertoire gén, des Se. méd., t. m, p. 447, 4833. — Isambert, Des affections diphthéritiques et spécialement de l'angine maligne observées à Paris en 4855 (Ârchiv. gén. de méd., 5* série, t. IX, p. 330, 4857).
d'un Manc pur. Il est fréquent d'observer un pointillé rougeâtre, dû à des ecchymoses ou extravasations sanguines capillaires; mais un des caractères les plus remarquables, c'est la teinte roussâtrc, brunâtre, noirâtre, que prennent les exmdations diphthériques déjà anciennes et prêtes à se détacher. Cette couleur brunâtre et l'odeur qu'elles exhalent sont propres, du reste, aux fausses membrâies du pharynx; celles de la trachée et des bronches ne l'ont point le plus souvent.
LdL consistance des fausses membranes diphthériques est grande ; elles sont épaisses, élastiques, quand elles sont bien formées; elles ressemblent alors à la couenne lardacée à laquelle on les a si souvent comparées; elles ne sont. pas friables, mais résistantes. On les déchire par lambeaux assez étendus.
Leur ténacité est remarquable. On ne peut les rompre facilement, de même qu'on ne peut les écraser ni les diviser en grumeaux.
Leur adhérence est forte. Elles tiennent au tissu sousjacent, qui saigne quand on les en sépare brusquement ou sans précaution. Cette adhérence cesse quand d'autres fausses membranes plus récentes poussent l'ancienne qui se détache ou qui se désagrège. Elles pendent alors comme des lambeaux sphacélés, dont elles ont l'aspect au plus haut point.
La face profonde ou adhérente a pris l'empreinte de la surface qu'elle recouvrait. Elle en reproduit par des creux les aspérités et les saillies, et par. des reliefs les dépressions diverses. Au début, la coloration grisâtre ou blanchâtre de celte face profonde peut offrir une teinte
rosée ou une ponctuation rouge provenant d'imbibitions ecchymotiques. Plus tard elle change, devient jaunâtre ou brunâtre, mais à un degré moindre que la face libre. Cette face profonde ou adhérente de la fausse membrane, vue dans Teau, est ordinairement villeuse et comme veloutée.
La muqueuse sous-jacente aux productions plastiques varie d'aspect, suivant qu'on l'examine près du début de l'affection, ou quand le produit morbide s'est manifesté depuis un certain temps.
Dans le principe, la membrane muqueuse est rarement pâle*, presque toujours elle est congestionnée. Les vaisseaux capillaires sont gorgés de sang , et ils forment des taches pointillées, rouges, dans les endroits où ils sont très-abondants, par exemple, autour des glandules.
Si on enlève une fausse membrane diphthérique, on trouve au-dessous d'elle la muqueuse lisse ou un peii grenue, fortement arborisée de traits rouges.Quand la fausse membrane a été détachée avec soin, il n^ apas d'écoulement sanguin; mais quand Tablation a été faite trop
* M. Daviot a remarqué , pendant une ^idémie de diphthérie, que les parties qui allaient être recouvertes de Texaudation plastique avaient OM edoration transparente, oom»ê osdématouae et oemparafale à la teinte d'un morceau de chair blanclii par le contact de Ve9m bouillante. Bientôt apparaissaient de petits pointe vésiculeux qui d'abord séparés se réunissaient et se transformaient en plaques d'un aspect lardacé,etc. M. Daviot ayant noté ensuite que les plaques étaient entourées d'un cerde d'«i roufe vif , il est évident 4iue la muqueuse était alors congéstionnie. [BslaUon hi^torig^ê d^vnê épidémie de diplUhéropathie, etCs, ob$€rvée dans le dépcartement de Saône^-Loire et de la Nièvre, pendant les années 4841, 4842, 4843 et 4844 (Gaz.méd. de Paris, 4846, p. 479).]
rapidement et sans précautions suffisantes» le sang paraît par déchirure des capillaires.
Quand la fausse membrane est formée depuis longtemps » il survient d'autres phénomènes. La muqueuse est infiltrée de sérosité, le tissu cellulaire ou lamineux sous-muqueux est engorgé , et la concrétion plastique infiltrée elle-même parait comme enchâssée dans le boursouflement des tissus. Les vaisseaux capillaires se sont rompus et ont produit des ecchymoses ; la fausse membrane est devenue rougeâtre par places, comme la muqueuse. Celle-ci est grenue, à peu près intacte, ayant encore au-dessous d'elle de Tépilhélium en voie de formation; ou bien elle est manifestement exulcérée ou môme ulcérée, frappée de mortification superficielle.
J'ai vu des exemples incontestables de gangrène, soit de l'amygdale, soit du tissu muqueux pharyngé sous-jacent à la plaque diphthérique. On ne peut révoquer en doute cet état de la muqueuse. Plusieurs épidémies de diphthérie, entre autres celle de 1858-59, que nous venons de traverser, ont été remarquables par une tendance gangreneuse* ou ulcéreuse ^ Dans d'autres épidémies.
* A. BaconiBBL, RekUûm ^mne épidémie d*uffection$ pseudo-mtakbrmmues et gangrénm»e$ qui a régné à l^hâpUtU des Enfant» malades éê Parii, dam le coure de Voamée 4844 (GazeUe médicale, 4843). — ItAMMBT^ Arch. gén. de nM.^ S* sériejU a, p. aSS, 4857.— Bodillqr- Laqaauoi^ Qiulquee remarquée ewr Vangim emmnmee épidémique (Gaz. hebdom., i. vi, p. 388, 4tt, 4869).
< H. Roger, Des ulcéraHone de la traohée^rêére produSêee par le eijaur de la tanuU aprèe la trachéotomie (ÂrcInT. gén. de môdaeine, 5* série, t. XIV, p. 476 et 485, 4859).
au contraire , la muqueuse était presque intacte ou tout à fait intacte.
La fausse membrane diphthérique ayant envahi la trompe dEustache, offre la forme de ce conduit sur lequel elle s'est moulée. ' ' '
On a trouvé aux fausses membranes produites dans Yœsophage par extension de celles du pharynx , l'apparence rubanée ou celle de bandes plus ou moins larges, etc. Elles occupent souvent la partie postérieure de ce conduit. Parfois ces fausses membranes sont plus étendues et lubuleuses; elles ont la forme de tubes complets, ou de cylindres épais et résistants*, s'étendant sur toute la longueur de l'organe et jusque dans l'estomac.
Très-rarement, les fausses membranes œsophagiennes se sont prolongées dans Vestotnac sous l'aspect de tractus
* Cruvbilhibr, Esscd sur Vanatomie pathologique, 1. 1, p. 446, 4846. — Aimé GauiAUD, Journal complém. des sciences médicales^ t. lu, p. 235, 4824.— P. Bbbtonnbau, Traité de la diphthérie , p. 34, 37 et 477, 4826. — P.-A. Fereand, Thèses de Paris, n« 234, p. 42 et 20, 4827. — Lbspine, Archiv. gén. de méd.j t. xxiu, p. 549, 4830. — A. Millaed, De la trachéotomie dans les cas de croup (Thèses de Paris, 4858, p. 247 et 244 ). — A. Espagne, De la diphthérite^ etc. (Thèses d'agrégation, Montpellier, 4860, p. 404}.— J*ai tenu à prouver l'existence irrécusable des fausses membranes diphthériques oesophagiennes, parce qu'elle a été mise en doute dans les Archives de médecine ( 4« série, t. xxii, p. 44i et 4 43) et même formellement niée (5^ série, t. ix, p. 370 ). Les fausses membranes de l'œsophage, rapportées et figurées par M. H. Lebert dans éoti Traité d^anatomie pathologique (obs. CCXXIU , 1. 1 , p. 74 8 et atlas, pi. LXXVUI, fig. 3 et 4, 4857) appartiennent à la diphthérie secondaire.
SUR LB8 AFPIGTIONS PSEUDO-MBMBBAIIKCSES. 73
très-minces S et de bandes pouvant aller du cardia jusqu'au pylore *.
Les fausses membranes inUsHnales produites par la diphtiiérie sont très-rares. Je ne les ai point observées. M. Bretonneau ne les a pas décrites dans son Traite de la diphthèrite\ Voici ce qui en a été dit d'une manière générale : « L'entérite pseudo-membraneuse se montre rarement isolée; presque toujours, quand on l'observe, elle accompagne l'angine couenneuse ou le croup. Je l'ai vue deux fois et deux fois dans cette circonstance. MM. Guersent, Bretonneau, Guibert, Louis, ne l'ont également observée que dans ce cas.... Cette maladie semble former, avec l'angine couenneuse et le croup, un
* E. Vidal, Bulletins de la Soc, anat, %^ série, 1. 1, p. 90, 4 858.
^ G. AHDKAhy Précis d'anaUmie pathologique^ t. ii, p. 464 (obs.chez une fille de douze ans).
> Je dois faire remarquer que M. Bretonneau, dont on invoque Tautorité A propos de la dipjithérite intestinale, dit expressément (p. 437 de son Traité) : « Je ne pense pas que l'enduit couenneux qui recouvre la membrane muqueuse ecchymosée et un peu rugueuse au rectum, soit un produit de Tinfiammation diphthériUque ; il est bien plus que probable que Tinflammation de la dernière extrémité du tube digestif, de même que les ecchymoses de l'éponge pulmonaire, sont une conséquence de la cachexie mercurielle. »
U existe encore beaucoup de vague dans Tétude de ces fausses membranes intestinales ; toutefois, la grande quantité de matières concrètes pseudo-membraneuses rendues par les malades dans plusieurs épidémies, prouve queTintestin peut se revêtir de pseudo-membranes épaisses et consistantes ( voy. Gaz. hebdom., t. vi, p. 388 et 389, obs. UI et IV, et p. 439, 4859). Il ne faut pas croire qu'il s'agit toujours de mucus concret. Ketelaer, dans son .traité De Aphthis, avait signalé l'abondance extrême des pellicules rendues avec les d^ections alvines. .
76 RECHERCHES CLINIQUES ET ANATOBflQnES
genre d'inflammation particulière que M. Bretooneau propose de désigner sous le nom de diphlhérite. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'on trouve des pseudo-membranes sur toutes les surfaces muqueuses : dans le conduit auditif externe» les narines, le larynx, les bronches, le pharynx, l'œsophage, l'estomac, les intestins, la vessie et le vagin, et souvent dans plusieurs de ces parties à la fois*. »
Dans la diphtherie anale, qui paraît n'être presque jamais isolée, les productions plastiques occupent la marge de l'anus en formant des plaques tantôt distantes, tantôt confluentes. Elles peuvent s'étendre dans le rectum à une hauteur variable. La muqueuse de l'anus a été vue d'un rouge livide et épaissie ^.
Je viens de tracer les principaux caractères des fausses membranes diphthériques de la cavité bucco-pharyngée et d'autres points du tube digestif. Je bornerai ici cette description, en rappelant encore que les fausses membranes de la diphtherie secondaire s«nt ordinairement moins caractérisées comme étendue, épaisseur, consistance, etc.
La diphtherie des fosses nasales se présente sous la forme d'un coryza couenneux rarement isolé ', le plus
* RoGflB, Dkt. de méd. $t de Mr. fraUqm$, Bntérite, t. ¥■, p. 344, 34S, 4834.
* Lnpms, ÀTfkio. génér. de méd.y i. xxiu, p. 5SK2.
* P. Brbtonnrau, Sur le$ moyem de prévenir le développement de la àiphMrie {AtMy. gén. de médedne, 5* aérie, t. v, p. 40 el 42, 4855). ^ISAMBBvr, Arokiv. gén. de méd., 5« série, t ix , p. 449, 4857.
SUR LES AFFECTIONS FSEUDO-MEMBRAHEUSES. 75
ordinairement accompagné par d'autres manifestations pseudo- membraneuses de la diphthérie. Les fausses membranes paraissent être éparses et de petite dimension; on les a vues n'occuper qu'ime partie des cornets ou des sinus, surtout du sinus maxillaire où elles s'étaient pour ainsi dire réfugiées *. Le plus souvent elles tapissent une grande partie ou la totalité des fosses nasales apparaissant à Forifice extérieur des narines et descendant en arrière sur le voile du palais. Elles se moulent sur les méats et les cornets. La face libre est blanchâtre ou jaunâtre, la face profonde ecchymosée et hérissée de petits prolongements.
La muqueuse est congestionnée oupointillée de rouge, ramollie ou non , presque toujours baignée par le liquide ichoreux et fétide, qui s'écoulait pendant la vie.
Dans le larynxy les fausses membranes sont ordinairement blanches, plus ou moins étendues, variant pour la forme depuis celle de simples taches disséminées à celle de lames, de demi-cylindres ou de tubes complets. Elles forment parfois une gaîne enveloppant l'épiglotte, les replis wyténo-épigloltiques, ou bien elles revêtent les cordes vocales. Elles sont rarement très-adhérentes au moment de la nécroscopie, quelquefois on a eu beaucoup de peine à les séparer de la muqueuse *, et il a même été impossible d*y parvenir'. D'autres fois, par contre,
* P. Brstokmeau, loc. city 5* série, t. v, p. 9 et 40, 4855.
• Valrntin, Recherches hist. et prat, sur le croup^ p. 449 et 450, 4 84 2 . ' RiLUBT et Barthbz, Traité clinique et pratique des maladies des
enfanU, 1. 1, p. 272 et 273, 4863.
elles sont à demi gélatineuses et elles n'ont offert uiie consistance très-ferme qu'après avoir été plonges dans l'alcool. .
La face libre des fausses membranes laryngées peut être recouverte de mucus puriforme. La face profonde, quand elle adhère, offre des filaments fins qui se prolongent dans les glandules de la muqueuse. Jamais je n'ai pu voir de véritables vaisseaux à parois nettes dans l'intérieur des fausses membranes qui étaient tachées de points rougeâtres ou d'une teinte générale rosée. Je les ai trouvées toujours sans organisation vasculaire. La muqueuse sous-jacente n'offre aucun changement appréciable ; cependant, dans un grand nombre de cas, elle est rouge, ecchymosée, enflammée et ramollie. Il peut exister de la sérosité purulente entre la muqueuse et le dépôt plastique.
Dans la trachée, la résistance des concrétions pseudomembraneuses est plus marquée que dans le larynx et leur étendue y est souvent considérable.
La muqueuse trachéenne, souvent peu altérée, peut offrir les ecchymoses de la muqueuse laryngée et les autres altérations déjà signalées. De plus, quand la trachéotomie a été pratiquée, elle peut présenter des lésions variant de la rougeur inflammatoire et du ramollissement à l'ulcération complète par suite du séjour d'une canule trop longue ou mal placée *.
Dans les bronches, surtout dans celles d'un moyen calibre , on voit le plus souvent des cylindres complets
* H. RooiR, loo. dLj p. 5 et 476.
SCB LES AFFECTIONS PSEUDO-MkMBBANEUSES. 77
et tabulés, formés par la matière plastique exsudée. Les fausses membranes peuvent s'étendre jusqu'aux der-' nières ramifications bronchiques. La muqueuse a été trouvée sans altération au-dessous d'elles ou bien plus ou moins phlogosée ou ramollie.
On a observé la diphthérie conjonctivale * ou oculo-palpébrale ; les productions plastiques qui l'accompagnent sont bien différentes de la couche mucoso- purulente/ épaisse, qu'on trouve dans l'ophthaimie purulente pseudomembraneuse simple et non diphthérique. ' '
La pseudo-membrane conjonctivale dipbthérique peut être blanche, tenace, comme soudée à la conjonctive, ne s'enlevant que par le grattage, le raclage, avec écoulement de sang hors des vaisseaux. D'autres fois, elle peut être détachée d'une seule pièce; elle a une adhérence moins forte, et la conjonctive sous-jacente est très-vasculaire et fort sensible ^.
Au début, la fausse membrane ressemblait à une couche mince de baudruche; plus tard, elle était d'un blanc grisâtre, très-adhérente. Il a fallu la ruginer, pour
* Bovissoif , Ophthaîmie pseudo-membraneuse (Journal de la Société de médecine pratique de Montpellier, t. xii, p. 434, avril 4846).— Ophthalmte iuraigu^ avec formation de pseudo-membranes à la surface de la cor^onclive (Annales d'oculîstique, t. xvii, p. 46 et 400, 4847). — Remarques sur Vophihahnie pseudo-membraneuse (Montpellier médical, t. «1, p. 385, novembre 4859). — J. Gibbrt, De Vophthalmie diphthéritique ( Archîv. gén. de médecine, 5« série, t. x, p. 257, septembre 4857).— A. MÂ6NB, Du croup des paupières ou diphthérie de la conjoncf fvè(0)mpteisrenclus de l'Acad. des sciences, t. xlvi, p. 4260, 28 juin 4858;et Union -médicale, t. xu, p. 398, 4858).
' Boui30orf, Montp.'méd.f loe, eit.^ p. 388.
ainsi dire, avec ua crayon de nitrate d'argent pourrenlever*.
La conjonctive oeulo-palpébrale présente constamment une série de points ronges, granuleux, qui se recouvrent en quelques heures d'une nouvelle trame aussi adhérente que la première. Le tissu de la paupière est induré; celle-ci est tendue, elle ne peut que difficilement se mouvoir et ne peut être renversée.
La maladie est générale^; l'ophtlialmie diphthérique n'est qu'une de ses manifestations. Les malades atteints ont eu des couennes diphthériques dures et grisâtres à la surface de vésicatoires situés sur différentes parties du corps \
La diphthérie génitale peut apparaître sur les mu-
' A. Magne, kc, eif.,2*£nL
^ BouissoN, Montpellier médical, t. m, p. 38S et 394. — Granr, loc. ciL, p. 279. •— Magne^ loc, cit., BéBumé, i^proposilion.
' Si on trouve dans les œuvres de Béclard, et de MM. Warthon Jones et Velpeau^ quelques mots relatifs à Vophthalmie pseudo-membraneuse, on ne saurait méconnaître que c^est M. le professeur Bouisson qui a décrit le premier fait de cette ophthalmie liée à la diphthérie. Chez son malade, en effet , a la surface du vésicatoire, très-enflammée» était recouverte de productions plastiques très-épaisses, telles que celles qu'on rencontre quelquefois sur les vésicatoires appliqpiés à des malades aOectés de croup. » (Loc. ctï., p. 388.)
Les observations d'ophthalmie pseudo-mesibraBeiise que M. Ghassaignac a publiées ne se rapportent pas à la véritable ophthalmie diphthérique. M. de Graefe a décrit des faits d'ophthalmie avec fausses membranes tenant à cette dernière affection {Deut&che kUnik, 4853 , n^ 36. -^ Annal. d^ociUistiq.y t. xxxi, p. S37. — Àrehiv, fiir Ophthatm^ Band. I, Abtheil i , p. 468, 4854. — ÀrdUv. b^ges de méd. milit,^ U XVII, p. 32). M. Prichard t publié en novembre 4857, dans le BrUi$h
SUR LB9 APPBCTIONS PSEUBO-MEIIBRAIIEUSES. 79
queuses, du gland * et du prépuce ou de la vulve >; parfois elle siège plus profondément, dans le vagin et dans Turètre. Les fausses membranes blanchâtres ou grisâtres, plus ou moins épaisses, ont de la tendance à s'étendre, à se renouveler; elles apparaissent presque toujours avec d'autres manifestations diphthériques. Je ne )>ense pas que la plupart des observations de fausses membranes des parties génitales rapportées par MM. Ghavanne' et Blin^, appartiennent à la vraie diphtbérie. Je les crois simplement dues à la pourriture d'hôpital pseudo-membraneuse. J'aurai soin de discuter cette question intéressante. La diphihérie cutanée^ observée par plusieurs auteurs.
Médical Journal, on trarail sar rophthalmîe dîpbthérique ayant saccédé à la scarlatine.
M. Bouisson, dans son dernier travail, a tracé un historique des productions pseudo-membraneuses observées sur la conjonctive. MM. Warlomont et Testelin, dans leur Traduction de Mackenzie (Traité pratique des maiadieêdi Vceil, 1. 1, p. 778, 4856), ont décrit rophthalmie diphthérique d*après les travaux de M. de Graefe, travaux que M. Gibert a paiement mis à contribution.
* HÉBARD, Union médic,^ t vi, p. 441, 4852 (2 observ. S*agitrilde pseudo-menâ)ranes vraiment diphthériques?) — Caiixault, Traité prat, des mal. de la peau chex les enfants, p. 322, 4 859.
* Velpbau, Rép. gin, des Sciences méd.^ t. xxx, p. 990, 4846. — Empis, Arehiv. gén, de méd., 4* série, t. xxii, p. 4 40, 4 850 ; et Isambert, 5* série, t. IX, p. 448, 4867.
' Ghayanne, Relation d^une épidémie de diphthérite gangreneuse des parties génitales survenue chez de nouvelles accouchées, etc. (thèses de Paris, 4854, n» 430).
* Blin, De la diphthérite simple et gangreneuse des organes génitourinaires de la femme, ohiervée comme complication de Vautoplastie vésico-vaginak (thèm de Paris, 4855^ n« 53).
80 BECBEBGHES GUNIQUES ET ANATOMIQUIS
entre autres parChomel, Starr, Samuel Bard, etc., a été parfaitement décrite par M. le professeur Trousseau dans * ses diverses manifestations ^ Les concrétions de la diphthérie cutanée sont assez épaisses, surtout au centre, et le deviennent de plus en plus en se stratifiant. La face externe libre présente une couche plus molle , plus altérée que la face profonde qui est ferme et adhférente. Leur couleur peut être brunâtre ou noirâtre à cause du sang qui les pénètre par suite d'hémorragies capillaires sous-jacéntes. Leur odeur est dans ce cas d'une grande fétidité.
Le derme sous-jacent aux fausses membranes est rouge et boursouflé àTentour; sa surface est grenue et presque toujours ecchymosée.
Le siège de ces productions est variable ; elles peuvent se montrer dans les points où la peau s'est ramollie et s'est dépouillée de son épiderme, comme dans les plis cutanés profonds des enfants et des adultes chargés de graisse, et autour des narines et des lèvres. On les voit dans les endroits où on applique des vésicatoires, aux bras, aux cuisses, sur le thorax, et l'abdomen , derrière les oreilles, sur le cou , et en outre dans le conduit auditif externe, etc. M. Trousseau a vu la diphthérie cutanée s'étaler de la nuque jusqu'aux lombes. Tous les auteurs contemporains ont signalé la trop facile extension de la diphthérie sur les plaies anciennes ou accidentelles.
Le tégument cutané doit être dépouillé de son épi-
* Tbousseau, Archiv, gén. de méd,, t. xxin, p. 383, 4830.
derme pour que la fausse membrane s'y développe. Qu'une exulcération ou qu'une solution de continuité se soit produite sur un point de la surface du corps, et la pseudomembrane diphthérique pourra aussitôt y apparaître. Les vésicatoires^ les piqûres de sangsues, les éruptions cutanées, eczémateuses ou herpétiques, les excoriations du cuir chevelu, des oreilles, du scrotum et de la peau des parties génitales, les gerçures du sein, les coupures, enfin les plaies diverses, sont autant de lieux d'élection de la diphthérie cutanée. Il suinte, pendant la manifestation cutanée diphthérique , un liquide séreux , d'une odeur désagréable et parfois d'une très- grande fétidité.
Presque toujours, une rougeur érysipélateuse entoure la solution de continuité, et des vésicules ou des bulles se forment; le liquide contenu s'écoule, et sur la place qu'il occupait la fausse membrane arrive, puis s'étend au loin. Le mal gagne ainsi de proche en proche. Cette production pseudo-membraneuse par soulèvement huileux de Tépiderme indique qu'une plaque de tissu est frappée dans la diphthérie et que ce n'est pas une sécrétion glandulaire qui produit la fausse membrane.
L'apparition des fausses membranes diphthériques sur les plaies ordinaires*^ et en bon état est précédée de douleur; la suppuration devient moins abondante et moins bien liée. La fausse membrane diphthérique se montre tantôt sous l'aspect de petites plaques blanchâtres et
* A. RoBBar, ConsiâéraUoni nouvelles sur Vétiologie et le traitemmU de la diphthérite des plaies (Bulletin de ihérap., t. xxxiu, p. 26, 4847).
82 RECHBBGBCS CmOQUES BT AHATOMIQUES
adhérentes, tantôt de petites saillies mamelonnées, demitransparentes comme de très^etîtes phlyctènes; lasurftioe de ces taches ou de ces saillies s^étend rapidement. La plaie tout entière est enyiAie»les bords en deviennent saillants et œdémateux, quelquefois même Tépiderme est soulevé par de petites phlyctènes; d'autres fois, les bords fdrment un liséré livide qui avance sur les parties encone saines des téguments.
Les plaques blanches s'épaississent; elles sont denses, adhérentes et peuvent se renouveler rapidement si on les enlève.