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CORYZA COUENNEUX OU PSEUDO-MEMBRANEUX SIMPLE

Le coryza paraît dans certaines circonstances s’accompagner de productions pseudo-membraneuses qui ne dépendent pas d’un état général diphthérique 1 * * 4.

L’aspect des concrétions plastiques rappelle celui que nous avons décrit (p. 74) pour le coryza diphthérique, cependant la pseudo- membrane est plus baignée de liquide, moins blanche, plus jaunâtre. Elle reste limitée à quelques points de la muqueuse des fosses nasales, elle

1 Billard, Traité des maladies des enfants, p. 504 et 505, 4837. —

Rilliet et Barthez , Traité clinique et pratique des maladies des

enfants, t. r, p. 4 92 et 4 94, 4 853. — E. Bouchut, Traité prat. des ma -

ladies des nouveau-nés et des enfants ùla mamelle, 3e éd., p. 280, 4855.

a bien moins de tendance à s’étendre et à gagner au loin ^ elle offre souvent du sang exhalé à sa surface.

Les concrétions membraniformes du coryza couenneux non diphthérique présentent, à Y examen microscopique , une composition élémentaire qui diffère de la pseudomembrane du coryza diphthérique par moins de fibrine et par une plus grande abondance de matière amorphe gianuleuse et de globules purulents (leucocytes à noyaux et corps granuleux).

Le danger du coryza pseudo-membraneux simple ou non diphthérique chez les enfants très-jeunes tient à l’obstacle que les concrétions apportent au passage de l’air et à l’impossibilité dans laquelle ces petits malades

se trouvent de pouvoir respirer et prendre le sein par succion.

BRONCHITE COUENNEUSE, PSEUDO-MEMBRANEUSE, FIBRINEUSE, elC.

Dans la bronchite pseudo-membraneuse , on doit distinguer les formes aiguë et chronique. La forme aiguë1 se rapproche beaucoup du vrai croup bronchique diphthérique; elle forme une variété du catarrhe suffocant. La forme chronique est très-curieuse; c’est sur elle qu’on a voulu fonder 1 existence d’un croup chronique 2.

L examen anatomique démontre que les concrétions

Fauvel, Recherches sur la bronchite capillaire purulente et pseudomembraneuse chez les enfants, etc. Thèses de Paris, \ 840, n° 422, p. 39.

Valleix, dans son Guide du médecin praticien, 3e édit., t. i, p. 366-3/6, a réuni un grand nombre de faits dont il indique les sources^

Il a refusé d’admettre les concrétions hémoplastiques.

plastiques formées dans les bronches sont très-différentes ; les malades rejettent tantôt a. des fausses membranes véritables, exsudées sur la muqueuse bronchique, tantôt b. des concrétions fibrineuses ou hémoplastiques.

a. Les fausses membranes rendues dans la bronchite pseudo- membraneuse ont l’apparence de tuyaux, de cylindres complets, canaliculés au centre, de grandeur et de diamètre variables; de fibres blanches ramifiées, creuses, qu’on a comparées au macaroni, à des tuyaux de plume, etc. D’autres fois, ce sont des fragments plus ou moins épais, des demi-cylindres, des lamelles étroites, des lanières, des rubans aplatis, etc.

Au moment de l’expectoration, les fausses membranes des bronches sont pelotonnées, et le plus souvent on ne peut voir nettement leur forme réelle et les ramifications qu’elles présentent , qu’après les avoir fait flotter dans l’eau. On s’assure ainsi que la disposition canaliculée s’étend très -loin et atteint quelquefois les dernières limites des divisions bronchiques.

b. Des malades ont rejeté, dans les efforts de toux, des concrétions sanguines véritables, plus ou moins grosses et épaisses, rouges ou décolorées. Ces concrétions hémoplastiques sont celles que Laennec1 appelait les polypes des bronches. Elles résultent de la coagulation du sang épanché dans les bronches à la suite d’hémorragies pulmonaires suivies ou non d’hémoptysie. C’est encore à ces concrétions sanguines que se rattachent les faits em-

1 Laennec, Auscultation médiale , chap.V, Des polypes des bronches , t. i, p. 312-314; 4e édition.

pi unies ii Galien, à Tulpius el à d’autres auteurs, et qu’on a donnés comme des exemples de croup observés par les anciens, ou comme des cas de croup passés à 1 état chronique. J’aurai soin de rapporter ces faits de Galien et de Tulpius dans l’historique qui termine ce travail et de faire voir leur véritable signification.

Dans certaines maladies des organes thoraciques (bronchites, pneumonies, apoplexie pulmonaire, etc.), on trouve des concrétions fibrineuses des petites bronches, mais non canaliculées au centre, parfois assez abondantes, melees ou non avec du sang pur et renfermant à leur surface une grande quantité d’épithélium étalé comme s il s était desquamé en abondance.

On a voulu établir une forme de 'pneumonie dite fibrineuse> d’après la présence de cylindres pleins, formés de fibrine pure et de globules sanguins, que la plupart des malades atteints de pneumonie lobaire rejettent avec les crachats caractéristiques ou àlafin de l’affection. Mais on a compris, suivant la judicieuse remarque de M.Gubler1, sous le nom de pneumonie fibrineuse, les faits les plus dissemblables , tels que des bronchites pseudo-membraneuses, des pneumonies franches avec des concrétions hémoplastiques abondantes, etc. Il est évident qu’il faut eu retrancher tout ce qui est diphthérique et en outre les concrétions vraiment pseudo-membraneuses et canaliculées dont j’ai parlé plus haut. Il reste alors seulement

1 Gubler , Sur la prétendue pneumonie fibrineuse [ Bulletin de la Société médicale des hôpitaux de Paris, t. iv, p. 3 (séance du 13 janvier 1858). ]

pour constituer la pneumonie fibrineuse des concrétions hémoptoïques ou hémoplastiques parfaitement identiques à celles fournies par le sang extravasé, comme dans certains cas d’apoplexie pulmonaire où le sang est versé dans les petites bronches. L’analogie entre ces concrétions de petite dimension et les grosses concrétions sanguines, ou polypes des bronches, est complète au volume près1.

Les concrétions fibrineuses que j’ai plusieurs fois observées moi-même, consistent en filaments allongés, cylindriques, ayant l’apparence du vermicelle et pleins dans toute leur épaisseur. On les trouve aussi ramifiées à la manière des bronches 2 et offrant une touffe de filaments

1 Les concrétions fibrineuses et les flocons fibrineux de petite dimension dans la bronchite et dans la pneumonie ont été signalées par MM. Henle ( Weber, Heiclelberg’s Annalen, 1 84-8 ) , Rokitansky, Remak, Thierfelder, Küss, etc. On les trouve notées dans les thèses de MM. Caneva {Thèses deParis, 1852,n°234) et Durozier (1853, n° 169), d’après les indications fournies par M. Gubler. Ce dernier médecin les avait observées en 1845, 1852 et 1853, et il les a décrites dans les Comptes rendus de la Société de biologie (2e série, t. ii, p. 61, 1855). L’historique des concrétions sanguines et fibrineuses est présenté dans la dissertation inaugurale deM. Wiedemann (De la bronchite fibrineuse et de ses rapports avec la pneumonie , Thèses de Strasbourg, 1 854, n° 327 ), dans celle de M. Cadiot ( De la pneumonie fibrineuse , Thèses de Paris, 1855, n° 111), dans un travail de M. E. Leudet (De la bronchite pseudomembraneuse, Gazette hebdomad., t. n, p. 82 et 143, 1855), et dans Y Anatomie pathologique de M. H. Lebert (in-folio, t. i, p. 616, 1857). Un grand nombre d’observations de bronchites pseudo-membraneuse et fibrineuse non liées à la diphthérie , ont été publiées sous le nom de croup des bronches. J’en indiquerai plusieurs dans l’historique (3e partie).

2 H. Lebert, Traité d’anat. paih. gén. et spéc ., atlas, pi. Il, fig. 17 et 18, 1857.

à leur extrémité ; ou bien encore formant de très-petits lobes qui se sont moulés sur les cellules pulmonaires Leur couleur varie du rouge sombre ou du brunâtre au jaunâtre et au blanc rosé par suite de leur séjour plus ou moins prolongé clans les bronches et de la quantité de matière colorante du sang qui les pénètre. Ces produits de l’expectoration pneumonique parfois sont enroulés, et c’est en les jetant dans l’eau qu’ils s’étalent et montrent leur véritable forme. M. Gubler, qui a parfaitement décrit tous ces détails, ajoute que parfois on ne trouve que des lamelles, des filaments aplatis, rarement des cylindres renfermant quelques bulles d’air dans l’intérieur, mais n’ayant pas un canal d’égal calibre dans toute leur étendue. Quand ces productions fibrineuses sanguines comparables aux concrétions polypiformes vasculaires, aux coagulums veineux, se désagrègent, elles forment des amas, des flocons fibrineux qui finissent au dernier terme de leur désagrégation par n’être plus qu’une sorte de pulpe rougeâtre ou jaunâtre.

La composition élémentaire des fausses membranes bronchiques tubulées n’offre rien de spécial ; elle ressemble beaucoup à celle du coryza et de l’ophthalmie pseudomembraneuse simples ou non diphthériques (matière amorphe, fibrine, leucocytes de diverses variétés, et cellules épithéliales ou noyaux d’épithélium à la surface).

Toutes les concrétions sanguines pulmonaires, examinées au microscope, offrent à l’observateur :

1 C. Bokitansky, Lehrbuchder path. Anat.: B. III, p. 65, 66, fig. 7,

1° Une trame formée de fibrine ayant la forme de fibrilles étroites et entre-croisées, plus ou moins reconnaissables, parfois granuleuses;

2° De nombreux globules rouges du sang (hématies), des globules blancs (leucocytes de diverses variétés);

3° Des granulations moléculaires au milieu d’une matière amorphe;

4° A la face externe des filaments fibrineux, en les raclant doucement, on trouve tantôt de l’épithélium cylindrique cilié , tantôt de l’épithélium pavimenteux ou nucléaire, suivant l’endroit où la concrétion sanguine s’est produite (bronches de moyen ou de petit calibre et dernières terminaisons pulmonaires 1 ).

1 Dans les articles qui précèdent, je n’ai parlé que des fausses membranes nasales ou bronchiques développées spontanément sous une influence pathogénique interne, et j’ai négligé celles qui résultent de l’action d une substance caustique ou irritante quelconque. Telles sont entre autres les concrétions membraniformes qu’un gaz irritant le chlore, a produites sur les yeux, dans la cavité du nez, dans le pharynx et sans doute dans le larynx et la trachée ( Pyrétologie de Selle, trad Nauche, note par haussier); les fausses membranes déposées sur la muqueuse des fosses nasales, du larynx , de la trachée et des bronches chez un ch.rurg.en empoisonné par l’ammoniaque et dont Nvsten a fait ouverture ( Gazette de santé 21 mai 1 81 6 ) ; et les fausses membranes qui dans les expériences de M. Bretonneau, ont succédé aux instillations trachéennes, avec l’huile cantharidée ( Traité de la diphthérite , p; 361).

OPI1THALMIE PSEUDO-MEMBRANEUSE NON DIP1ITHÉRIQUE.

Dans la plupart des faits décrits ou signalés par MM. Chassaignac1 2 3, de Græfe, Desmarres5, Rieux, Poincarré, etc., il s’agit d’une ophthalmie pseudo-membraneuse simple des nouveau-nés et non de la véritable ophthalmie diphthérique sur laquelle MM. Bouisson, Gibert et Magne ont appelé récemment l’attention d’une manière spéciale et que M. de Græfe avait lui-même réellement observée. On pourra aisément se convaincre, en lisant les descriptions qui ont été données de ces fausses membranes et des symptômes qui les accompagnent, qu’elles ne présentent pas les caractères cliniques et anatomiques de celles qui se montrent dans l’ophthalmie liée à la diphthérie. L’ophthalmie pseudo-membraneuse simple de l’ophthalmie purulente est fréquente, elle est endémique dans les hôpitaux d’enfants malades. L’ophthalmie diphthérique est heureusement d’une grande rareté et elle paraît être toujours sous la dépendance de l’état diphthérique .général de l’économie !.

Les flocons pseudo-membraneux ne sont pas toujours étalés en lames ou en membranes opaques, floconneuses, blanchâtres, épaisses de plusieurs millimètres. Parfois

1 Chassaignac, Traité pratiq. de la suppuration, etc., t. n, p. 72, 1859. — Voy. aussi Analyse des travaux publiés sur V ophthalmie pseudo-membraneuse des nouveau-nés (Annales d’oculistique, t. xxxv, p. 34, 1856).

2 L.-A. Desmarres, Traité théor. et prat. des maladies des yeux, t. il, p. 91, 1855.

3 Voy. les notes 2 et 3 de la page 78.

ils sont plus épais sur certains points, dilacérés et grumeleux, plus jaunâtres que blanchâtres. Les concrétions membraniformes n’ont pas cette adhérence excessive des plaques diphthériques grisâtres ou blanchâtres qu’il faut gratter ou ruginer si l’on veut les enlever; ces concrétions se détachent assez facilement par Faction d’une douche ou avec une pince.

La composition des flocons membraniformes ou des lames de l’ophthalmie couenneuse est la suivante :

1° Une matière amorphe très-abondante, parsemée de granulations moléculaires ;

2° De la fibrine, en quantité notable, disposée tantôt sous forme de fibrilles entre-croisées, tantôt sous forme granuleuse;

3° Des globules de pus nombreux, surtout à la surface des concrétions (leucocytes à noyaux et sans noyaux, corps granuleux) ;

4° Une assez grande quantité de matières grasses.

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