p. 498 et
2° D’autres fibres du tissu élastique, rares et éparses, ne changeant pas d’aspect malgré l’action de l’acide acétique ;
3° Des granulations élémentaires, en grande quantité, interposées dans les aréoles du tissu cellulaire ;
4° Des lamelles d’épithélium pavimenteux, à divers degrés de développement, situées sur la face supérieure de la plaque jaune.
J’ai vu une fois très-nettement des fibrilles étroites que j’ai cru devoir rapporter à la fibrine. Étaient-elles produites par l’hémorragie intersticielle dont la plaque jaune, en ce cas, était le siège ? Le liquide imbibant la plaque et qu’on en fait suinter par la pression, renferme les éléments qui vont être décrits.
II. Dans le liquide épais et dans le détritus qu’on trouve à la surface d’une ulcération de la joue, j’ai constaté plusieurs fois :
1° Une quantité abondante de matière amorphe et de granulations moléculaires agitées d’un vif mouvement brownien ;
2° Des globules de pus et pyoïdes; les premiers avec un ou plusieurs noyaux bien visibles par suite de l’action de l’acide acétique, les globules pyoïdes restant dépourvus de noyaux (leucocytes à noyaux et sans noyaux);
3° Des globules granuleux de l’inflammation (leucocytes hypertrophiés et granuleux);
4° Des globules rouges du sang (hématies) , altérés et dentelés le plus souvent sur leurs bords;
5° Des cellules d’épithélium pavimenteux.
J’ai vu un grand nombre de Bacterium et de Vibrio
dans le liquide épais recueilli; j’y ai trouvé pareillement
le Leptothrix buccalis.
Les cellules épithéliales et une grande quantité de maiiôre amorphe m’ont toujours paru exister dans les ulcérations que j’ai examinées à la période de déclin. Je crois que le détritus est alors formé par les éléments de la cicatrice qui tend à se produire. Auparavant, la partie dominante du liquide bourbeux etsanieux est composée par des globules de pus et par des granulations moléculaires.
Dans les ulcérations plâtreuses des gencives, j’ai vu, outre les éléments qui précèdent et parmi beaucoup d’épithélium* une masse de corpuscules opaques, irréguliers, allongés, sans forme cristalline, appartenant sans doute au tartre des dents. Les Bacterium et les Vibrio s’y trouvaient en innombrable quantité.
D après 1 examen anatomique qui précède, nous pouvons donc conclure que, dans la stomatite ulcéro-membraneuse, la plaque jaune n’est pas un produit d’exsudation, mais une partie sphacélée de la muqueuse buccale;
Qu’après la chute de cette partie sphacélée, la muqueuse ulcérée et mise à nu à une profondeur variable , se recouvre d’une production plastique. Celle-ci est comparable à celle des autres ulcérations de la cavité bucco-pharyngienne et emprunte seulement à la région où elle siège des caractères particuliers ;
Que, finalement, la muqueuse ulcérée se revêt d’une exsudation cicatricielle dans laquelle domine l’épithélium pavimenteux.
SUR LES AEFECTIONS PSEÜDO-MEMBRAISEUSES.
FAUSSES MEMBRANES DE L’HERPÈS BUCCO-PHARYNGÉ.
L’examen anatomique des fausses membranes détachées des plaques d’herpès bucco- pharyngé serait souvent illusoire si l’on voulait différencier ces productions plastiques de celles de la diphthérie. Il s’en faut que la disposition des plaques et les modifications de la muqueuse puissent servir de critérium dans tous les cas. Aussi est-il important de ne pas se borner à l’examen anatomique pour le diagnostic, mais de faire intervenir tous les éléments d’où il peut être tiré, tels que les symptômes, les signes anamnestiques, l’épidémicité, etc.
Les fausses membranes étendues de l’herpès buccal ou pharyngé peuvent occuper différents points , principalement les amygdales, les piliers ou le fond du pharynx. On remarque souvent qu’elles sont légèrement dentelées sur leurs bords, à cause du mode de confluence des vésicules qui les ont produites. Leur étendue n’est point trèsconsidérable. Elles sont rarement formées d’une seule couche largement étendue, mais plutôt d’îlots réunis par petits groupes à la manière de l’éruption herpétique. D’une épaisseur moyenne et non très-considérable, ces plaques ont leur face externe blanche ou blanchâtre et leur surface est un peu inégale.
La consistance en est forte, ainsi que la ténacité; leur adhérence, faible au début, devient très-prononcée à la période d’état, mais reste rarement telle jusqu’à la fin; le plus souvent les fausses membranes se détachent assez facilement peu de jours après l’apparition, et montrent ensuite moins de tendance à se reproduire. La face pro-
fonde est inégale, villeuse, souvent tachée de sang.
La muqueuse sous-jacente est vivement injectée et exulcéréc; elle enveloppe la plaque herpétique par un bourrelet plus ou moins élevé, et elle la circonscrit d’une aréole rouge dont l’intensité est variable.
Les fausses membranes herpétiques disposées en plaques offrent, àl examen microscopique , les éléments suivants :
1° Une matière amorphe interglobulaire et interfibril-
laire, renfermant un grand nombre de granulations élémentaires et graisseuses ;
2° Des globules de pus ou pyoïdes (leucocytes), tantôt pourvus, tantôt dépourvus de noyaux ;
3° Des globules granuleux de l’inflammation ( leucocytes hypertrophiés et granuleux);
4° Des globules rouges du sang (hématies) dans le cas de fausses membranes ecehymosées ;
S» De la fibrine, dont l’abondance variable, ainsi que celle des matières amorphes et granuleuses, donne aux fausses membranes une épaisseur plus ou moins grande et détermine les formes herpétiques pseudo-membraneuse et ulcéreuse;
6° De l’épithélium pavimenteux, plus abondant vers la dernière période ou période de cicatrisation des fausses membranes ;
1 ' égétaux variables pour l’espèce et la quantité :
le Leptothnx buccalis est ordinairement le plus abondant; le Cryptococcus cerevisiœ et YOidium albicans sont bien plus rares dans les préparations microscopiques ;
8° Enfin, des Bacterium et des Vibrio.
VÉSICULES HERPÉTIQUES ISOLÉES. APltTHES DISCRETS.
Après la rupture des petites vésicules initiales de l’herpès isolé ou disséminé, il se produit, sur la surface mise à nu, une légère exsudation grisâtre. Je me suis assuré sur moi-même qu’elle est constituée anatomiquement par de la matière amorphe, de la matière grasse et des granulations élémentaires, des globules de pus ou pyoïdes (leucocytes) et de l’épithélium à divers degrés de formation.
La muqueuse est très-congestionnée, très-douloureuse et fortement injectée autour de l’exulcération grisâtre.
Dans l’herpès pharyngé sans pseudo -membranes épaisses, il existe toujours une pellicule grisâtre qui repose sur la muqueuse et qui a la composition élémentaire que je viens d’indiquer pour la vésicule rompue et isolée. Du reste, entre l’ulcération la plus large, la plus étendue de l’arrière-bouche et la minime exulcération d’une vésicule herpétique ou d’un seul aphthe discret, on trouve la même composition anatomique, à la quantité près, des matières contenues sur des surfaces d’une étendue si différente.
SCARLATINE ANGINEUSE PULTACEE.
Je n’ai qu’à résumer ici ce que j’ai déjà dit sur l’aspect des fausses membranes de la scarlatine angineuse pultacèe i. Elles peuvent être rapportées à deux types principaux.
* Voy. p. 4,13 et 28.
Le plus ordinairement elles sont blanches, semblables sur leur face libre à un enduit, à une sorte de crasse uniforme, étendue sur les amygdales et sur la partie postérieure du pharynx. Cet enduit a plus de ressemblance avec la couche caséiforme du muguet qu’avec la couenne de la diphthérie. Ces fausses membranes sont blanchâtres, mais elles peuvent devenir jaunâtres et plus rarement rougeâtres ou brunâtres; leur épaisseur n’est pas très-considérable, elles se laissent facilement rayer ou écraser par un corps mousse. Leur ténacité est peu grande, elles n adhèrent pas fortement à la muqueuse.
Ou bien ces productions pseudo-membraneuses ressemblent à des îlots blanchâtres, minces, à des lamelles foliacées, un peu plus consistantes ou de même consistance que l’enduit blanc uniforme dont je viens de parler, ni plus adhérentes ni plus tenaces *.
Dans certains cas de scarlatine angineuse, surtout épidémique, les fausses membranes ressemblent extrêmement à celles de la diphthérie; elles sont épaisses, tenaces, consistantes et adhérentes; elles deviennent rougeâtres, brunâtres ou noirâtres, et prennent l’aspect gangréneux. 1 a-t-il alors complication diphthériquc, ou bien est-ce le degré le plus élevé de la scarlatine angineuse? Je traiterai plus tard cette question (chap. IV).
Les pseudo-membranes pultacées,ou parfois plus consistantes, de la scarlatine angineuse ont pour siège de prédilection les deux amygdales et le pharynx, mais
1 Killiet et Barthez, Traite clin, et prat. des maladies des enfants t. m, p. 16i, 4 854-.
ou les a vues s’étendre dans les fosses nasales, les trompes d’Eustache , le haut de l’œsophage. Tl paraît même probable qu’elles peuvent aussi se trouver dans le larynx et la trachée, et qu’elles causent de la sorte un croup scarlatineux.
La muqueuse est ordinairement d’une rougeur écarlate, uniforme, ou bien avec un pointillé fin et des ecchymoses. On y trouve assez souvent des érosions et des ulcérations superficielles; on observe très-rarement le sphacèle de la muqueuse pharyngienne ou de l’amygdale.
V examen microscopique m’a offert : 1° Une grande quantité de matière amorphe , parsemée de granulations moléculaires plus ou moins fines, agitées d’un vif mouvement brownien; et, de plus, des matières grasses;
2° Une grande quantité d’épithélium pavimenteux, dont les cellules sont ordinairement lamelliformes ou aplaties, mais présentent du reste divers degrés de développement ;
3° Des globules de pus (leucocytes) en petite quantité ;
4° Des globules granuleux de l’inflammation (leuco cytes hypertrophiés et granuleux) également en petit nombre;
5° Dans quelques cas seulement j’ai trouvé de la fibrine exsudée, très-reconnaissable à ses fibrilles étroites, mais elle était en petite quantité;
6° Plusieurs fois j’ai noté la présence de végétaux dans les productions pseudo-membraneuses de la scarlatine, mais je n’ai jamais vu le Leptothrix buccalis aussi abondant que dans celles que j’ai examinées sur une jeune
lille ( Obs . XI). Voici la description de ce végétal (voy. pl. III, fig. 5, et pl. V, fi g. 2) que j’ai rencontré aussi dans le muguet, dans la stomatite ulcéro-membraneuse, dans la couche concrète des plaques herpétiques ulcérées de la gorge, etc. :
Le Leptothrix buccalis (Ch. Robin') est formé de filaments extrêmement ténus, droits comme des baguettes ou très-légèrement courbés , et parfois coudés brusquement et nettement. Les bords sont entièrement lisses et réguliers , sans crénelures ; l’épaisseur comprise entre les deux bords est partout égale. Les extrémités sont peu ou point effilées. Il n’existe pas trace d’articulation sur la longueur des filaments. L’intérieur en est transparent, Ces filaments adhèrent par touffes aux cellules épithéliales ou aux détritus moléculaires ; plusieurs paraissent cassés et flottent dans le liquide de la préparation anatomique. M. Ch. Robin, en les examinant avec un grossissement de huit cents diamètres, a pu observer dans leur intérieur de très-petits granules ronds, placés de distance en distance. Ces granulations constituerontelles plus tard les spores ?
La muqueuse revêtue de l’enduit pultacé de la scarlatine est souvent ecchymosée , et on trouve dans quelques observations, très-rares il est vrai, qu’il existait de
1 Ch. Robin, Histoire naturelle des végétaux parasites, etc,, p. 345 et suiv . ; Atlas, pl. I, fig. 1 et 2, 1853. — Kolliker, Eléments d’histologie humaine, trad. J. Béclard et M. Sée, p. 400, fig. 178 et 179, 1856. — H. Lebert, Traité d'anat. gén. et spéc ., etc., 1. 1, p. 389, et Atlas, pl. XIX, fig. 24, 1857.
véritables destructions de la muqueuse, parfois même du sphacèle de l’amygdale '.