‹ Recherches cliniques et anatomiques sur les affections pseudo-membraneusesChapitre 37 sur 115 · FAUSSES MEMBRANES DE LA DYSENTERIE · texte numérisé non relu

FAUSSES MEMBRANES DE LA DYSENTERIE

N’ayant pas eu encore l’occasion d’étudier les fausses membranes de la dysenterie épidémique, je vais me borner à rapporter quelques-unes, seulement, des descriptions qui en ont été données. Je les ferai suivre de l’exposition des fausses membranes ou plutôt des concré-

lions colloïdes et gélatiniformes intestinales, productions membrani formes composées de mucus concret.

Les ( misses membranes dysentériques consistent en fragments variables pour la grandeur et ayant la forme de pellicules ou de lambeaux blanchâtres, déchiquetés, lamelleux et plus ou moins épais. Elles sont parfois réticulées et comme granuleuses; elles recouvrent le plus ordinairement des ulcérations.

« A la surface des ulcérations, il se dépose une ooncréti°n ; pelliculaire , espèce de fausse membrane très-mince, jaunâtre ou verdâtre, qui semble être là pour protéger le tissu cellulaire du contact des matières contenues dans 1 intestin. Comme il arrive souvent que l’on trouve la pellicule qui recouvre les petites ulcérations détachée à la circonférence et adhérente au centre, je l’ai prise.... pom une eschare, mais plus tard j’ai reconnu mon erreur. Très-souvent, j’ai trouvé cet enduit pelliculaire à la surface de la muqueuse elle-même, mais alors cette membrane est rouge, ramollie, et ressemble parfaitement,

pour la couleur et la consistance, à un enduit de gelée de groseille.

« Ces pellicules se détachent des surfaces ulcérées et paraissent se reproduire plusieurs fois dans le cours de la maladie. Elles sont excrétées avec des flocons muqueux sanguinolents et quelquefois en égale quantité, etc. 1 »

« On voit.... de grosses bosselures recouvertes de 1 enduit pseudo-membraneux granulé, d’un gris brunâtre.

Thomas, Archiv. yen. de médecine , 2e série, t. vu, p. 461, 1835.

verdâtre ou jaunâtre, au-dessus duquel la tunique cellulaire, mise à nu, est considérablement épaissie, rouge à sa surface, d’un blanc luisant et d’une consistance lardacée dans le reste de son épaisseur1.»

Voici ce que dit un autre auteur sur ces fausses membranes :

« Dans tous les cas, le pourtour de l’ulo, ©ration est revêtu par une couche grise , adhérente, analogue à celle que l’on trouve sur les aphthes ulcéreux de la membrane buccale. Dans beaucoup de circonstances, cette coloration grise est produite par la présence du tissu cellulaire mis à nu et mortifié. Souvent, on voit distinctement une petite squame pseudo-membraneuse , de couleur très-variable, placée sur l’orifice du crypte auquel elle adhère centre pour centre 2. »

<c Les fausses membranes se rencontrent plus rarement que les ulcérations. Elles sont minces, sèches, trèsadhérentes, variables de couleur; on les rencontre audessus de la muqueuse, jamais elles ne paraissent être évidemment en contact avec la tunique fibreuse, qui est simplement dépouillée, ou recouverte d’une couche semi-liquide, plus ou moins rouge, que l’on peut considérer comme les débris de la muqueuse 3. »

« L’amincissement de la couche muqueuse est moins fréquent que son hypertrophie ; il est ordinairement général, accompagné de productions pseudo-membraneuses

1 Loc. cil ., p. 462.

2 Gély, Essai sur les altérations anatomiques qui constituent spécialement l’état .dysentérique, p. 21. Nantes.

• Loc. cit ., p. 31.

et d ulcérations si peu profondes qu’il faut se mettre à contre-jour pour distinguer ces dernières. »

« Le ramollissement coïncide presque toujours avec

1 amincissement, il existe au-dessous des fausses membranes comme dans les autres points ; quelquefois il est porté à un degré tel, qu’on ne trouve plus qu’une bouillie

rosée ou sanguinolente qui est entraînée avec les déjections l. »

Dans la dysenterie chronique, « les ulcères folliculeux et les fausses membranes sont très-fréquents 2. »

Les médecins militaires qui ont observé en Algérie, décrivent les fausses membranes dysentériques. L’un deux, M. le docteur Haspel, a insisté avec raison sur la différence qui existe entre ces pseudo-membranes et les poitions parfois considérables de la membrane muqueuse, détachées par suite d’abcès sous-muqueux dans le cours de la dysenterie grave.

« La fausse membrane... recouvre une étendue variable de la surface intestinale ou bien se présente par plaques disséminées. Son épaisseur, sa densité et sa consistance offrent de nombreuses variétés. Elle communique évidemment avec la membrane muqueuse par de petits vaisseaux3 qui se déchirent et versent du sang lorsqu’on détache la pseudo-membrane. A sa surface on rencontre çà et là des taches brunâtres; au-dessous, la membrane muqueuse est mamelonnée, comme chagrinée, quelque-

' Loc. cit., p. 27 et 28.

2 Loc. cîY., p. 32.

3 La présence de vaisseaux dans les pseudo-membranes dysentériques me parait très-douteuse.

SLR LES AFFECTIONS PSELDO-MEMBRANEUSES. 1A1

fois saignante et creusée d’ulcérations superficielles. Dans quelques-uns des cas où s’étaient développées ces concrétions pelliculaires , l’aspect de la muqueuse était tel qu’elle paraissait complètement dépourvue de son épithélium, etc. \ »

« Ces pellicules pseudo-membraneuses qui se développent à la surface de la muqueuse sont beaucoup plus rares qu’on ne l’a cru jusqu’à présent; elles ont été souvent confondues avec des portions plus ou moins étendues de la membrane muqueuse elle-même détachées par larges lambeaux de la celluleuse, et entraînant avec elle quelques lambeaux de celle-ci et même des portions plus ou moins grandes de la couche musculeuse et qui s’échappent avec les excréments (/oc. cit., p. 77 et 78). » M. Haspel rapporte plusieurs exemples de tunique interne détachée et rendue au dehors.

M. Lebert, dans son grand ouvrage d’anatomie pathologique, dit que dans la dysenterie « à l’état aigu, on trouve çà et là la muqueuse recouverte d e fausses membranes que l’on peut enlever ou qui sont comme enchâssées dans le tissu de la membrane muqueuse et offrent le caractère tout à fait diphthéritique 1 2 3 *. »

Je bornerai là ces citations. Les descriptions publiées en Angleterre et en Allemagne 5 concordent avec celles qui viennent de nous occuper. Je n’ajouterai que quelques

1 A. Haspel, Maladies de l’Algérie, De la dysenterie, p. r/7, 1852.

2 H. Lebeht, Traité d'anal, pathol. gén. et spêc ., t, fi, p. 225.

3 Voy. C. Rokitansky, Lehrbuch der pathologischen Anatomie , m

Bd, p. 207 et 210, 3e édition } 1859. ..4

lignes sur les fausses membranes dysentériques chez les enfants. Elles sont variables dans leur aspect et même dans leur existence ; Constant disait que dans les autopsies de dysenterie « tous les enfants ont offert des fausses membranes à la surface de la muqueuse du gros intesiin « tandis que MM. Rilliet et Barthez remarquent que « jamais elle n’a été pseudo-membraneuse*. »

Si je nai point eu l’occasion d’étudier les caractères anatomo-pathologiques des diverses fausses membranes de la dysenterie épidémique, j’ai plusieurs fois examiné les matières glaireuses rendues par des malades atteints de dysenterie aiguë et légère, offrant les divers aspecls qui ont été décrits depuis les premiers temps de la science. Les mucosités épaisses, floconneuses et sanguinolentes, ou d’aspect séreux ou muqueux et blanchâtres, offrent à Y examen microscopique :

1 Une grande quantité de matière glaireuse, amorphe

et transparente, parsemée de fines granulations moléculaires;

2' Presque toujours, alors même que les matières glaireuses n’offrent pas une teinte sanguinolente , j’y ai

4 T. Constant, Hôpital des Enf. malades. — Dysenterie épidémique et Gazette médicale de Paris, 1836, p. 101 .

2 Riluet et Barthez, Traité clin, et prat. des mal. des enfants

f edlL’ L 1 ’ P> 79i’ /I853- ~ Ces estimables auteurs ont rapporté dans eur ouvrage (t. i, p. 663 ) la description que Murdoch a donnée de in ammation pseudo-membraneuse du gros intestin chez les enfants Cette inflammation me parait être une forme de la dysenterie : « La muqueuse épaissie a pris un aspect chagriné ou granuleux; en raclant cette surface, on enlève une couche membraniforme mince et plus consistante que celle de la diphthérite, et l’on trouve au-dessous la mu-

trouvé clés globules rouges du sang (hématies); ces globules sont parfois très-reconnaissables et sans aucune altération , d’autres fois ils sont crénelés sur leurs bords et déjà altérés;

3° Une quantité variable de globules purulents de plusieurs variétés, à noyaux et sans noyaux (leucocytes divers) ;

4° Des corps granuleux de l’inflammation (leucocytes granuleux hypertrophiés) ;

5° De l’épithélium cylindrique intestinal ;

6° Des cristaux le plus souvent prismatiques et présentant certaines formes du phosphate ammoniacomagnésien ;

7° Des Vibrioniens, divers infusoires, des algues.

Je n’ai jamais vu de fibrine dans la matière glaireuse dysentérique, hors les cas où les selles étaient très-fortement sanguinolentes. Des fibrilles constituaient alors la trame d’un coagulum et retenaient dans leurs mailles les globules rouges du sang.

L’abondance relative de ces di vers éléments est trèsvariable. A la période de guérison de la dysenterie légère, l’épithélium devient extrêmement abondant dans les déjections alvines, et les matières colorantes de la

queuse plus ou moins altérée. Cette sécrétion plastique couvre ordinairement toute la surface interne du côlon; cependant elle est disposée par bandes larges, laissant entre elles des espaces où la muqueuse paraît tout à fait saine. Lorsqu’on enlève la pseudo-membrane, l’intestin se présente tantôt pâle et décoloré, tantôt légèrement arborisé. Les follicules mucipares ont toujours paru très-développés, quelquefois même ulcérés au centre. »

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bile y reparaissent. J’ai pu sous ce rapport vérifier les observations très-exactes (le M. Lebert1.

Les ulcérations intestinales, quelle que soit leur nature, peuvent se recouvrir de fausses membranes dont l’épaisseur n’est pas considérable, et dont la composition élémentaire est presque identique. Je n’y insisterai pas, me contentant de les signaler; je renvoie à ce que j’ai déjà dit sur les ulcérations bucco-pharyngiennes (p. 130). Legendre avait décrit avec soin les ulcérations des intestins chez les enfants : « Leur fond est parfois recouvert d’une couche pultacée, comme 'pseudo-membraneuse , d’un blanc grisâtre \ »

MUCOSITES INTESTINALES COLLOÏDES, CONCRETIONS GELATINIFORMES

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