FAUSSES MEMBRANES DES VÉSICATOIRES
Les fausses membranes produites par le principe actif des cantharides offrent une grande ressemblance avec celles de la diphthérie. J’ai observé plusieurs fois sur moi-même 1 action de 1 huile cantharidée portée sur la muqueuse de la face postérieure des lèvres. Je vais transcrire des notes prises à ce sujet; je terminerai en disant.
quelques mots sur les concrétions gélatiniformes et fibrineuses des vésicatoires récemment établis.
Au mois de mai 1852, étudiant 1 action de 1 huile cantharidée employée comme agent vésicant rapide, j ai placé une goutte de cette huile sur la face postérieure ou buccale de ma lèvre inférieure. La goutte d’huile avait été déposée sur une très-petite rondelle de vieux linge, de 4 millimètres de diamètre; la lèvre inférieure, abaissée, fut maintenue en contact avecle linge huilé au moyen d’une lame de verre.
La douleur s’est produite aussitôt que l’application eut été faite sur la muqueuse, préalablement bien essuyée. Cette douleur devint très-vive, et à travers le verre je distinguai l’injection très-prononcée des vaisseaux autour de la rondelle. Après quelques minutes, je remplaçai la lame de verre par un verre de montre très-petit et bombé. La douleur avait diminué ; je pensai que l’action de l’huile cantharidée avait eu lieu.
L’épithélium était soulevé et je trouvais une bulle comparable à celles du pemphigus; la douleur était vive autour de la bulle, mais moindre qu’on ne l’aurait pu supposer d’après la douleur et la vascularisation du début.
La couche liquide se concréta rapidement; après avoir attendu vingt minutes, je l’enlevai pour l’observer. Elle était blanchâtre et offrait à Y examen microscopique : une gangue formée de matière amorphe, renfermant des fibrilles de fibrine entre-croisées ou d’autres parallèles entre elles, des granulations moléculaires et de la matière grasse sous forme granuleuse. En raclant la surface de la production plastique, je détachais des cellules épithéliales
qui provenaient de la couche d’épithélium soulevée par l’afflux de la sérosité.
Quatre heures plus tard, j’enlevai la concrétion qui s’était reproduite et avait une épaisseur marquée. Examinée par sa face profonde, elle offrit, avec les éléments produits, des globules de pus et des globules granuleux très-manifestes.
Le soir, la couche d’exsudation s’était reproduite. Elle existait le lendemain sans changement notable de composition élémentaire. Le jour suivant, la couche plastique avait diminué d’épaisseur, elle disparaissait par une sorte d’usure ; la rougeur environnante s’éteignait et la surface renfermait beaucoup d’épithélium. Les jours suivants, le produit exsudé n’existait plus; il ne restait qu’une rougeur vasculaire qui fut assez lente à disparaître.
Sur le derme dénudé par un vésicatoire récemment placé à la partie postéro-externe de la cuisse, chez un homme atteint de névralgie sciatique, j’appliquai, à dix heures t du matin, avec le consentement du malade, un peu d’huile cantharidée sur un des côtés de la surface. Sept heures après le malade, qui avait souffert assez fortement après l’application, avait, dans l’endroit indiqué, une 'pseudo-membrane épaisse de 2 millimètres, blanchâtre, adhérente et assez tenace. Cette pseudo-membrane était composée de fibrine exsudée reconnaissable à ses fibrilles, de granulations élémentaires, de globules de pus et pyoïdes et de matières grasses. Au-dessous d’elle, le derme était ecchymosé par places et d’une teinte plutôt blafarde que très-rouge.
Dans le courant de la même journée, je plaçai encore une petite quantité d’huile canlharidée sur l’endroit indiqué (cinq heures du soir), et le lendemain (à dix heures et demie du matin), je trouvai une fausse membrane aussi épaisse que le jour précédent et adhérente. Le derme avait la même teinte, mais un peu grisâtre , car en l’essuyant fortement, il restait au-dessus de lui une légère couche de substance qui lui donnait cet aspect un peu grisâtre et opalin. Le malade paraissant craindre une nouvelle application d’huile sur la plaie, je cessai d’en mettre. Le soir, à la même place, il y avait encore une pseudo-membrane, mais moins épaisse et que je n’enlevai point.
Le lendemain matin, la place où avait été déposée l’huile cantharidée l’avant-veille était encore plus blanche que le reste de la surface du vésicatoire qui , il est vrai , commençait partout à se recouvrir d’épiderme. L’enduit pseudo-membraneux disparut le jour suivant.
J’ajouterai que ce malade avait éprouvé un peu d’ardeur vésicale et uriné plus souvent que de coutume après l’application de l’buile cantharidée; toutefois, comme j’avais attiré son attention sur ce point, il est possible qu’il ait remarqué ces phénomènes qui seraient sans * cela passés inaperçus. L’urine examinée s’est à peine troublée quand je l’ai chauffée et quand j’y ai ajouté de l’acide nitrique. Elle était par conséquent très-peu albumineuse.
J’ai étudié plusieurs fois les phénomènes d’exsudation séreuse et plastique d’un vésicatoire placé sur mon avantbras, ainsi que M. Lebert l’avait fait et indiqué dans sa
16/j RECHERCHES CLINIQUES ET ANATOMIQUES
Physiologie pathologique 1 ; les résultats que j’ai obtenus concordent parfaitement avec ceux de cet observateur distingué. Leur exposition, déjà indiquée plus haut, ferait ici double emploi; je me contente de les mentionner en renvoyant, en outre, à l’ouvrage précité de M. Lebert.
Tous les médecins ont remarqué les concrétions gèlatiniformes et fibrineuses qui s’amassent ordinairement sur les points déclives dans la sérosité soulevée par l’emplâtre vésicant appliqué depuis vingt-quatre heures. Cette matière gélatineuse, transparente ou opaline, est composée d’une matière amorphe abondante, dans laquelle on distingue très-nettement les fibrilles de la fibrine , des globules de pus et pyoïdes, des globules granuleux (leucocytes divers), tous ces globules en petite quantité, enfin des gouttelettes de matière graisseuse.