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DE LA VARIOLE

L existence de la fausse Membrane des vèsico-pustules de la uai iole a été mise hors de doute par de remarquables travaux. Il existe cependant des dissidences entre les descriptions qui en ont été données. Je vais rapporter ce que j’ai observé depuis longtemps en étudiant chaque année, pendant mon internat, un grand nombre de boutons varioleux arrivés à divers degrés d’évolution. Je tiens aussi à insister sur la fonction de la pseudo-membrane varioleuse.

En ouvrant horizontalement avec une lancette un bouton de variole encore vésiculeux, ombiliqué ou près de l’être, il sort un liquide limpide, ramenant à la couleur bleue, le papier rouge de tournesol. Quand la lancette avait détaché la couche supérieure de la vésicule, j’ai aperçu le tissu sous-jacent rouge, injecté et gonflé, surtout à la périphérie.

Quand on ouvre une vésicule ombiliquée offrant déjà une teinte un peu jaunâtre et les pointillés de couleur si exactement décrits par MM. Rayer et Rilliet et Barthez, on voit qu’il s’est écoulé, par l’incision faite avec la lancette, une sérosité claire. La face superficielle du derme est injectée et pourvue d’une couche molle disposée par mailles, c’est-à-dire formant des aréoles tapissées par une

matière d’un blanc un peu jaunâtre. Il est bien entendu que j’entends parler du derme et que l’épiderme a été enlevé avec soin par la lancette ou détaché avec de fines pinces, s’il en restait encore quelques fragments adhérents. Les aréoles renferment, en même temps que la matière blanchâtre qui les revêt, des espaces qui emprisonnent delà sérosité. La partie centrale de la vésicule est moins abondamment pourvue que les bords de ces mailles aréolaires, de ces cloisons et de ces petits espaces au centre desquels existe un peu de sérosité; le plus souvent, cette partie centrale est occupée par une trèsmince couche de la matière blanche ou jaunâtre. Celle-ci est parfois très-peu distincte, le derme paraît alors à nu.

Dans la vésico-pustule, lorsqu’elle n’a pas encore cessé d’être ombiliquée, l’ouverture laisse sortir un liquide louche, mais n’ayant pas l’aspect purulent au moins à l’œil nu. L’épiderme adhère plus au centre qu’à la périphérie, ce fait est incontestable si on prend le soin de détacher d’abord le pourtour de la pustule avant le centre. On voit en outre que cette adhérence a lieu par plusieurs points et non par un seul; elle ne me paraît pas tenir exclusivement à un ou même à plusieurs des conduits excréteurs des follicules cutanés.

Sur le derme de la véritable pustule globuleuse qui a cessé d’être ombiliquée et dont l’épiderme a été soigneusement détaché, on trouve une couche d’un blanc jaunâtre ou grisâtre , mollasse , formée de points saillants et rapprochés, presque contigus ou même contigus et dépassant la hauteur des aréoles fibreuses et vasculaires du derme précédemment indiquées. Si les intervalles des

points rapprochés blanchâtres ou jaunâtres sont remplis île sérosité , on voit qu’ils forment un pointillé jaune ou i grisâtre, bien net à la face et à l’extrémité des membres, I

aux mains et aux pieds. Ce pointillé consiste en cercles ]

assez réguliers et concentriques plus ou moins marqués. \

La partie centrale, loin d’être globuleuse comme la pustule, est déprimée.

Cette matière blanchâtre ou jaunâtre est évidemment

une fausse membrane, ainsi que l’indiquent les résultats j

de l’examen microscopique. Elle adhère au derme qui l’a

sécrétée; l’épiderme, d’abord fortement uni à elle au

centre, s’en est détaché plus tard. De ses deux faces, la

face adhérente tient donc au derme, la face libre regarde

l’epiderme soulevé. La forme de la fausse membrane est 1

celle dun cône tronqué, déprimé en cratère au centre, j

ou d’un disque à bords épaissis, parfois d’une espèce de s cupule.

Dans la pustule variolique qui est arrivée à la fin de la période de suppuration et qui commence à se dessécher, J on observe deux choses bien distinctes : 1° La fausse f membrane existe encore , assez adhérente ou libre, elle n’est pas détruite en grande partie; le derme est rouge, mais plutôt boursouflé qu’uni ou excavé au-dessous; le dessus de la fausse membrane tient un peu à l’épiderme qui est desséché et commence à brunir. 2° La fausse membrane est cupuliforme avec les bords relevés et la partie centrale vide, ou bien elle est en grande partie ou en totalité détruite par la suppuration qui s’est fait jour au dehors sous l’aspect d’une matière assez semblable a du miel épais. La surface du derme est manifes-

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temenl érodée, souvent ecchymosée; si deux pustules de cette espèce sont réunies, on voit que le derme est creusé de l’une à l’autre ; cette petite dépression forme un ; sillon au fond des deux pustules cohérentes et sous leur • surface qui commence à changer de coloration. A un de- . gré plus avancé, lorsqu’il existe des croûtes épaisses, j’ai trouvé dans la pustule, sur le derme érodé, une mince couche pseudo-membraneuse, que je voyais très-bien après avoir enlevé la croûte et abstergé le liquide purulent.

Il me paraît résulter de cette étude, faite d’ailleurs sans aucune idée préconçue :

Qu’une des plus exactes descriptions de la pseudomembrane varioleuse est celle qui a été donnée par M. Rayer1 dans son Traité des maladies de la peau ;

Que le pointillé de couleur si exactement décrit par MM. Rilliet et Barthez 2, et les anneaux concentriques observés primitivement par M. Rayer3, sont causés, quant à la teinte grisâtre, par la sérosité sous-jacente, et répondent, quant à la teinte jaunâtre ou blanchâtre, aux aréoles dermiques tapissées ou revêtues du dépôt pseudomembraneux;

Que le pointillé de forme, décrit par MM. Rilliet et Barthez % tient à l’orifice des glandes sudoripares. L’ori-

1 P. Rayer, Traité thér. et prat. des maladies de la peau , 2e édit., t. i, p. 529 et suiv., Atlas, pl. VI, fig. 8 et 9, 1835.

2 Rilliet et Barthez, Traité cliniq. et prat. des maladies des enfants, t. ni, p. 19 et 20, 1854.

3 P. Rayer, loc. cit., p. 531. — Disques ou anneaux blanchâtres.

* Rilliet et Barthez, loc. cit ., p. 19.

fice de ces glandules esl évasé par le soulèvement et la tuméfaction des tissus, et il est de la sorte rendu très-

apparent.

L’ombilic de la vésico-pustule variolique me paraît être causé par l’épaisseur moindre ou la disposition plus mince du disque pseudo-membraneux vers le centre, ainsi que par l’adhérence persistante de l’épiderme en ce point. Je ne crois pas que l’ombilic soit dû seulement à la présence d’un ou de plusieurs conduits sudoripares, ainsi que l’ont admis Gotugno, Petzboldt, M. Luys J, etc. Je crois que les conduits excréteurs des glandes sudoripares très-tiraillés et prêts à être rompus au point où 1 ombilic s’est produit , n’ont pas de traction suffisante pour faire déprimer l’épiderme. Ils n’ont que l’élasticité nécessaire pour se prêter à une faible élongation , et- ils cèdent et se rompent avec la plus grande facilité dès que le liquide de la vésico-pustule soulève l’épiderme.

L’éruption variolique des muqueuses présente, comme celle de la peau, une fausse membrane; mais celle-ci est

mince, aplatie et lamelliforme. Je l’ai trouvée sans dépression centrale dans tous les points où je l’ai examinée (cavité buccale et voies respiratoires).

Sur la muqueuse buccale, la voûte palatine, le pharynx, l’éruption variolique commence par être vésiculeuse, et la vésicule dont j’ai constaté la présence est remplacée extrêmement vite par une pseudo-membrane mince. La

1 J. Luys, Contributions à l'étude de l’évolution des pustules varioliques (Comptes rendus de la Société de biologie, 3e série, t. i. p. 204 et suiv., 4 860).

fausse membrane a une durée variable et je l’ai trouvée persistante, entourée d’un cercle rouge jusqu’au cinquième ou sixième jour. On remarque au-dessous d’elle le chorion muqueux légèrement excavé en godet et offrant une érosion superficielle.

Je n’ai jamais vu de pustules varioliques dans l’estomac et les intestins. On sait que Petzholdt croyait avoir constaté leur présence à la surface des grandes séreuses. MM. Gosselin1 et Béraud2 les ont signalées sur la tunique vaginale.

Examen microscopique. Le liquide contenu dans les aréoles du derme offre à peu près les mêmes éléments dès qu’il apparaît et lorsqu’il est prêt à se concréter pour former les croûtes varioliques. La quantité relative des éléments est seule changée. Les globules purulents augmentent de nombre, il est h peine besoin de le dire, en raison du développement de la pustule. Ce liquide renferme donc d’une manière générale :

1° Un sérum transparent dans lequel nagent des granulations moléculaires ;

2° Des globules purulents et pyoïdes (leucocytes à noyaux et sans noyaux) ; les premiers plus abondants à la période de suppuration, les seconds apparaissant dès que le liquide s’est produit ;

3° Des cellules épithéliales globuleuses, peu volumineuses, qui deviennent très-abondantes à la fin de la pé-

1 Bulletins de la Société anatomique, t. xxii, p. 107, 1847.

2 R. Béraud, Recherches sur Vorchite et Vovarite varioleuses. (Archiv gén. de méd., 5e série, t. xnr, p. 558 et. 596.)

rioile de suppuration, au moment où la pustule se dessèche;

4° On rencontre encore dans le liquide soumis à l’examen des globules rouges du sang sorti des capillaires dans les varioles hémorrhagiques.

La fausse membrane renferme :

1° Une gangue amorphe, homogène, parsemée de granulations moléculaires ;

2° De la fibrine sous forme fibrillaire et dont les fibrilles entre-croisées sont très-faciles à reconnaître ;

3° Des globules purulents et pyoïdes (leucocytes) placés entre les mailles fibrillaires ;

4° Des matières grasses peu abondantes , sous forme de gouttelettes ou de granulations arrondies.

A la période de cicatrisation, j’ai trouvé, chez un sujet qui avait succombé à des abcès multiples consécutifs à la variole :

1° Une substance homogène, amorphe, parsemée de granulations moléculaires ;

2° Des éléments embryo-plastiques, noyaux et libres, en quantité assez abondante;

4° Des fibres du tissu lamineux serrées les unes contre les autres et disposées en faisceaux parallèles;

5° Des vaisseaux capillaires nombreux;

6° Des cellules et des lamelles épithéliales pavimenteuses.

Le rôle que remplit la pseudo-membrane varioleuse me paraît digne d’intérêt, et je ne crois pas qu’il ait été indiqué jusqu’à présent.

Dans un mémoire présenté au concours des prix de

l’internat (1851), je cherchais à établir que la couche pseudo-membraneuse exsudée avant la période de suppuration, était destinée à préserver le derme, à empêcher son érosion et par conséquent les cicatrices qui résultaient trop souvent de la variole non modifiée par une vaccination antérieure.

Toutes les fois que le disque pseudo-membraneux est détruit par la suppuration prolongée d’une variole normale, non modifiée par la vaccine, le derme est érodé et une cicatrice lui succède. Toutes les fois que la suppuration de la variole se borne à détruire en partie la surface supérieure de la fausse membrane, le derme est préservé par celle-ci, la cicatrice n’apparaît jamais.

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