FAUSSES MEMBRANES DE L’ARACHNOÏDE
Les fausses membranes de l’arachnoïde ont été beaucoup étudiées, et cependant on n’est point encore d’accord sur plusieurs points de leur histoire. Les difficultés
viennent de l’impossibilité où l’on est d’observer la première période de leur formation et de plus de l’idée arrêtée à l’avance qu’elles devaient être constituées par des produits hémorrhagiques ou provenant de l’organisation du sang épanché l.
11 est infiniment probable que dans un très-grand nombie de cas, les f dusses membranes arachnoïdiennes susceptibles de s organiser en néo-membranes commencent comme celles de toutes les autres séreuses, celles de la plèvre costale , par exemple, ou du péritoine pariétal 2 * 4.
Au moment où elles vont être formées, il transsude f des vaisseaux capillaires dilatés un liquide visqueux, un blastème qui constitue une couche molle, puis demi-solide, dans laquelle les vaisseaux peuvent apparaître après que les fibres du tissu cellulaire s’y seront montrées. Je dois noter que presque toujours il se produit des hémorrhagies capillaires abondantes qui colorent le plasma exsudé et qui doivent même nuire à son organisation. ïl me paraît résulter des observations et des travaux, très-estimables d’ailleurs que la science possède, que les néo -membranes arachnoïdiennes affectent les dispositions suivantes :
1 Rilliet et Barthez , Traité clin.etprat. des maladies des enfants ,
2e édit., t. ii, p. 247, 4 853.
Cette manière devoir, qui me paraît la vraie, est soutenue par M. Virciiow ( Verhandlungen cler phys. med. Gesellsch. zu Wiirzburg, t. vu, p. 4 34); par M. Schuberg ( Archiv . fiir path. Anatomie , t. vi, p. 464, et Gaz. hebd ., t. vi, p. 624, 4 859). — Voy. aussi Brunet, Rech. sur les néo-membranes et les kystes de l’arachnoïde ( Thèses de Paris,
4 859, n° 84, p. 41 et 49.)
Elles siègent le plus souvent sur le feuillet pariétal de l’arachnoïde; elles sont formées par un blastème ordinairement coloré par du sang et conservant longtemps cette couleur.
Ces néo-membranes peuvent ensuite être décollées sur un point ou sur plusieurs points de leur étendue par de la sérosité ou par du sang épanché entre elles et la surface de l’arachnoïde. Il existe ainsi une collection de liquide limitée par une fausse membrane, en dehors, mais j’ai vu une pièce anatomique sur laquelle on trouvait une fausse membrane en dedans, revêtant la séreuse, fausse membrane produite après le décollement de la première.
Les fausses membranes organisables peuvent se trouver à la fois sur l’arachnoïde pariétale et sur l’arachnoïde viscérale et entourer une collection sanguinolente. J’en ai vu deux exemples. Il me semble rationnel d’admettre alors une hémorrhagie dans la cavité arachnoïdienne à la suite de laquelle le sang s’est enkysté en produisant sur la séreuse, enflammée par son contact, une exsudation de blastème.
J’ai cru devoir entrer dans ces divers détails avant de décrire les néo-membranes et les fausses membranes arachnoïdiennes ; elles seront présentement plus faciles à exposer sous leur vrai jour.
Les fausses membranes organisables ont souvent une faible épaisseur. Elles sont pendant longtemps rougeâtres, ou jaunâtres, ou couleur de chamois, et appliquées sur la séreuse par leur face inférieure ; leur face supérieure libre répond à la cavité arachnoïdienne, cette face devient par la suite extrêmement lisse et polie. Ces néo-
membranes s’amincissent au point de ressembler par leur aspect à l'arachnoïde qu’elles doublent; elles peuvent aussi devenir nacrées et résistantes, elles peuvent enfin sécréter au-dessus d’elles de nouvelles couches organisâmes, absolument comme celles de la plèvre ‘.
Les fausses membranes organisables, mais mélangées de beaucoup de sang , occupent une grande partie de l’arachnoïde cérébrale, et leurs limites peuvent dépasser de beaucoup celles des caillots sanguins ou du liquide sérosanguinolent qu’elles renferment. Leurs bords sont quelquefois peu adhérents et un peu flottants. Leur couleur est d’un rouge foncé ou d’un jaune rougeâtre. Elles peuvent, comme je l’ai dit, adhérer à la fois aux deux feuillets opposés pariétal et viscéral de la séreuse; mais cette disposition est exceptionnelle.
Le liquide renfermé entre une pseudo-membrane organisable décollée et l’arachnoïde revêtue ou non d’une nouvelle couche plastique après le décollement, est formé par du sang ou de la sérosité. Ce sang, tantôt rouge et en partie coagulé, surtout à la périphérie, constitue un véritable caillot dont la forme est très-variable. Par suite de la résorption des éléments liquides, le caillot diminue de volume et devient plus dur; il forme une lame aplatie, parfois très-mince. D’autres fois le liquide varie de coloration depuis la sérosité claire jusqu’au brun couleur de chocolat; il est homogène ou au contraire coagulé en partie et grumeleux.
1 Cetto stratification des néo-membranes de l’arachnoïde a été constatée par MM. Virchow, Heschl, Schuberg , etc.
On trouve, mais rarement, le sang pur alors qu’il vient de décoller la néo-membrane ancienne non complètement adhérente.
Les fausses membranes qui ne s’organisent pas et qu’on trouve dans la cavité arachnoïdienne, proviennent de concrétions fibrineuses hémorrhagiques, de forme extrêmement variée, souvent aplaties, lamelliformes, non enveloppées de plasma et qu’on enlève avec la plus grande facilité du feuillet pariétal ou viscéral sur lequel elles sont appliquées. Ce sont encore les produits inflammatoires qu’on trouve sur la séreuse à la suite d’une inflammation plus forte que celle qui produit les néo-membranes; par exemple chez les malades qui succombent à l’inflammation méningitique aiguë simple ou chronique et cérébro-spinale épidémique. Ces produits sont sous forme de lames plus ou moins étendues, crémeuses, blanchâtres ou jaunâtres, d’un jaune verdâtre, mêlées ou non d’un peu de sang et toujours d’une grande quantité de pus épais.
Il est hors de doute pour moi que plusieurs des néomembranes arachnoïdiennes peuvent résulter de l’inflammation méningitique franche, quand le malade est assez heureux pour y échapper.
Les éléments anatomiques que le microscope fait reconnaître dans les fausses membranes et les néo-membranes de l’arachnoïde, ne diffèrent pas de ceux des autres séreuses, leur disposition est seulement différente.
Dans les productions plastiques récentes on trouve au milieu d’une trame de fibrine dans une matière amorphe les éléments du sang épanché : des globules rouges (héma-
lies), des globules blancs (leucocytes blancs du sang), des globules granuleux de l’inflammation (leucocytes granuleux hypertrophiés). Les globules du pus s’y trouvent également; mais il est difficile, dans bien des cas, de savoir s’ils viennent d’une formation purulente récente, ou s’ils proviennent du sang épanché. Je pense cependant que dans certains cas ils sont beaucoup trop nombreux pour avoir été fournis par le sang; il y a eu production, dans la fausse membrane, de leucocytes purulents.
Dans la néo-membrane en voie d’accroissement et d’or-
ganisation, les divers éléments du sang épanché en même temps ou avant le blastème s’altèrent et se dissocient; des noyaux , puis des fibres embryo-plastiques apparaissent, les fibres lamineuses se forment, les vaisseaux s’y distribuent. Il n’y a rien là d’insolite , excepté la coloration d’un rouge de rouille,' puis d’un jaune chamois, offerte par la décomposition de ces globules sanguins qui laissent échapper leur hématosine, et par les matières grasses qui se déposent dans les fausses membranes.
Dans les kystes , on trouve le sang caillé ou coagulé avec ses éléments caractéristiques : fibrine, globules rouges et blancs. Suivant l’ancienneté de l’épanchement, le sang coagulé en lames plus ou moins étendues se décolore de l’extérieur à l’intérieur du caillot, et il offre, successivement, des teintes diverses, une plus grande cohésion et une plus grande résistance à la traction ou à l’écrasement.
La cavité du kyste peut renfermer un liquide tantôt transparent, tantôt opalin, dans lequel le microscope fait voir
des globules rouges du sang (hématies), des globules purulents surtout de la variété pyoïde (leucocytes sans noyaux), des corps granuleux de l’inflammation. Les liquides bruns et couleur de chocolat offrent des corpuscules sanguins altérés ou des débris de ces globules, de l’hématosine, des matières grasses et granuleuses.
Dans la matière crémeuse et purulente de la méningite aiguë franche ou de la méningite épidémique, la fibrine et les globules purulents et granuleux de l’inflammation abondent. Ces globules offrent tantôt des noyaux et tantôt n’en offrent pas après l’action de l’acide acétique.
La séreuse est manifestement épaissie et ecchymosée dans un très-grand nombre de cas. Legendre, MM. Rilliet et Barthez ont noté cette particularité sur le feuillet viscéral. Le microscope montre que les fibres lumineuses sont écartées et qu’une matière granuleuse s’est déposée dans leur intervalle.