FAUSSES MEMBRANES DES ARTICULATIONS
Les fausses membranes que l’on trouve dans les articulations atteintes d’inflammation aiguë ou chronique, se rapprochent de celles que nous avons déjà décrites; mais elles présentent quelques particularités qui ont été parfaitement exposées par M. le docteur Richet dans son mémoire sur les tumeurs blanches1. Ses expériences, que nous avons répétées en partie, nous paraissent de nature à faire comprendre parfaitement les phénomènes
{ Mémoires de V Académie de médecine, t. xvir, p.59,, 74, etc.fi 853.
inflammatoires avec sécrétion plastique dans les articulations.
Les pseuclo-membranes sont déposées sur la séreuse articulaire vivement injectée jusqu’au pourtour des cartilages; la séreuse a perdu son poli; elle est devenue grenue et granuleuse. Ces fausses membranes revêtent la forme îamelleuse ou floconneuse ; leur coloration est blanchâtre ou jaunâtre.
Les granulations, les saillies mamelonnées et fongueuses de la synoviale sont dues à la fausse membrane déposée sur la séreuse bien plus qu’à la séreuse ellemême. Elles peuvent être rapidement vascularisées et offrir alors, par production nouvelle de blastème, un aspect stratifié; ia dernière couche non encore organisée est celle qu’on détache le plus facilement.
Dans la dernière période de son organisation, la néomembrane superficielle se cicatrise à la manière de la surface d’une plaie, et la guérison s’établit avec raideur articulaire. Plusieurs points contigus ont pu se souder ensemble, souvent sans que les cartilages soient malades; les cartilages ont pu être recouverts par les prolongements psudo-membraneux, mais ils sont intacts audessous.
Ces divers caractères que présentent, dans la synovite, les fausses membranes organisantes sont bien différentes des végétations fongueuses articulaires.
Les fausses membranes non organisables résultent soit de la chute d’une fausse membrane primitivement adhérente et forment à l’extrémité du pédicule une sorte de corps frangé, soit des coagulations produites spontanément
dans le liquide qui remplit l’articulation. Dans les gaines synoviales1, dans les coulisses tendineuses, on trouve les phénomènes de l’inflammation plastique des séreuses articulaires, et il peut en résulter la production de corps oriziformes, hordèi formes . Cette variété de corps étrangers, que j’ai vu extraire de l’articulation du genou par M. le professeur Velpeau, se rencontre dans la plupart des articulations et des gaines tendineuses. Les corps hordéiformes reconnaissent très-souvent pour causes l’inflammation suivie d’épanchement plastique et la solidification des éléments coagulables du sang.
Le liquide qui se produit avec les fausses membranes dans les articulations, est de la sérosité primitivement fluide, mais parfois teinte de sang et roussâtre. Elle devient ensuite plus épaisse et filante. Dès le' troisième jour, sur un animal dont l’articulation est ouverte, on trouve de la sérosité louche et il y a production ultérieure d’un pus verdâtre et crémeux.
La séreuse synoviale s’injecte au plus haut point pendant la période aiguë de l’inflammation ; elle est d’abord d’un rouge vif avec des points plus foncés formant des papilles vasculaires. Plus tard la membrane synoviale s’épaissit et autour d’elle le tissu cellulaire peut prendre cet aspect qu’on a appelé lardacé; mais le tissu lardacé se montre bien plus souvent dans les tumeurs blanches après la synovite fongueuse qu’après la synovite pseudomembraneuse franche.
* F.-E. Bidard, De la synovite tendineuse chronique ou fonejus des gaines synoviales (Thèses de Paris, 1858, n° 96, p. 40 ).
L’examen microscopique des fausses membranes articulaires adhérentes ou bottantes n’offre rien que nous ne connaissions déjà : fibrine, globules de pus et d’exsudation. Les coagulations fibrineuses du liquide épanché dans l’articulation ont beaucoup de ressemblance avec un coagulum fibrineux sanguin décoloré.
La séreuse épaissie renferme entre les fibres du tissu lamineux qui la constituent à l’état normal, une substance amorphe parsemée de granulations et, de plus, des éléments embryo-plastiques ou fibro-plastiques de formation nouvelle.
Le tissu épaissi et lardacè , blanc ou jaunâtre, qui entoure l’articulation dans les tumeurs blanches et qui est exsudé autour de la jointure malade, est formé de tissu lamineux, d’éléments embryo-plastiques ou fibro-plastiques (noyaux et corps fusiformes). 11 est imbibé d’une substance amorphe, épaisse ou molle, parfois gluante. Dans les endroits jaunâtres, il existe des gouttelettes graisseuses. Je dois noter que la vascularisation de ce tissu est ordinairement peu prononcée.
Les corps hordèiformes sont constitués par la fibrine encore reconnaissable ou par des débris de fongosités formées d’un tissu cellulaire à fibres lamineuses serrées. Ces corps se nourrissent par imbition à la manière des cartilages \
1 De fausses membranes ont été signalées par tous les ophlhalmologistes dans les cavités de l’œil. Elles y sont adhérentes ou libres; elles sont organisables ou non et forment des lames étalées ou des flocons et des grumeaux. A la suite de Piritis, la partie antérieure de l’iris et surtout l’ouverture pupillaire deviennent villeuses ou tomenteuses. D'autres
APPENDICE. FAUSSES MEMBRANES ET COAGULATIONS SANGUINES DANS LE COEUR ET LES VAISSEAUX.
Les fausses membranes qui se forment clans l'intérieur clés vaisseaux sanguins, sur leur membrane interne, sont plus rares qu’on ne l’admet généralement. Je vais les examiner dans le cœur, les artères et les veines, et je les ferai suivre de la description des coagulations sanguines vasculaires.