FAUSSES MEMBRANES DU COEUR ET DES VAISSEAUX
Fausses membranes de la face interne du cœur. Dans les premières périodes de l’endocardite, on trouve tantôt l’endocarde dépoli par places et tantôt des dépôts pseudomembraneux, soit minces , soit un peu épais, transparents ou un peu opaques, et donnant à la séreuse un aspect tomenteux. Ce produit plastique double la membrane en dessous, mais parfois non-seulement il paraît la doubler, mais encore après l’avoir infiltrée ou imbibée, il a transsudé pour se déposer au-dessus d’elle.
On trouve plus fréquemment ces productions pseudo-
fois, il existe des plaques grisâtres, la pupille est inégale, frangée et obstruée par des parcelles de produit plastique disposées en nuage ou en réseau et produisant de fausses cataractes. 11 peut encore exister des brides, de véritables adhérences, etc.
J’ai une seule fois, sur une malade atteinte d’iritis aiguë et morte de hernie étranglée, examiné les fausses membranes renfermées dans l’œil. Elles étaient composées de fibrine, de granulations moléculaires et de -globules de pus et pyoïdes (leucocytes ).
membraneuses sur les valvules des cavités gauches du cœur, que sur les autres points de l’endocarde. Elles offrent sur ces organes des formes extrêmement variables; elles représentent tantôt des granulations rugueuses, des filaments , des prolongements lacérés , ou des sortes de franges; tantôt des grappes, des nodus épais, des végétations irrégulières, etc. D’autres fois des dépôts plastiques occupent l’intervalle de deux valvules à leur point de réunion, ou s’étendent sur leur face aortique et artérielle en même temps que sur leur bord libre.
Il me paraît hors de doute que plusieurs de ces altérations sont dues à des inflammations exsudatives, quoiqu’on ait dit le contraire 1 ; mais comme la membrane qu’elles revêtent est d’une vitalité obscure et dépourvue
1 M. Lambl a décrit et figuré sous le nom d 'excroissances papillaires de l’endocarde (Gaz. hebdom., t. iv, p. 4 0, avec fig., 4 857), des productions qui se forment sur la membrane interne du cœur dans diverses maladies, mais qui ne seraient pas causées par l’inflammation. Il les considérer aibplu tôt comme résultant d’une hyperplasie locale. M. R. Virchow, auquel M. Lambl emprunte l’expression d’hyperplasie (voy. Virchow, Handbuch der speciell. Pathol, und Therap ., B. i, s. 327, 335), s’est occupé de ces excroissances de l’endocarde et il les a regardées comme non inflammatoires, dans le sens ordinaire attaché à ce mot (De l’inflammation. Irritation 'et irritabilité , trad. F. Pétard, p. 58, 59 et fig. 3). M. Rokitansky avait, du reste, signalé les mêmes productions avant MM. Lambl et Virchow.
Ces excroissances ou végétations de l’endocarde sont comparées par M. Lambl aux excroissances papillaires des muqueuses et des synoviales; elles ne sont pas vasculaires et offrent un cylindre central, composé de tissu conjonctif et entouré d’une couche de cellules. M. Lambl indique leur présence surtout au bord libre des valvules de 1 aorte, à côté des nodules de Morgagni.
de vaisseaux, ces productions déposées sur ou sous l’endocarde sont extrêmement sujettes à s’indurer, à prendre l’aspect cartilaginiforme, à être envahies de dépôts stéatomateux et de cholestérine, et à s’incruster de sels calcaires. Elles offrent alors l’apparence de lames irrégulières, de stalactites, de verrues, de crêtes de gallinacés, de choux-fleurs et de végétations variées. Si les valvules ont été soudées, l’orifice est transformé en un passage
rigide ayant la forme d’un entonnoir irrégulier. C’est ce
qu’on observe trop souvent pour l’orifice mitral ou auriculo-ventriculaire gauche.
Quand on a trouvé une couche pseudo-membraneuse sur la face interne du cœur chez un sujet mort avec une endocardite récente et compliquant un rhumatisme articulaire aigu, on peut s’assurer, en enlevant cette couche pseudo-membraneuse, que la membrane sous-jacente est peu altérée. Elle n’est point boursouflée ni rugueuse. C’est au-dessous d’elle, dans le tissu sous-jacent, que l’injection vasculaire est prononcée. Si la maladie est plus ancienne, la membrane peut être légèrement épaissie par l’infiltration du coagulum plastique; mais elle n’est point vascularisée. Dans un grand nombre de cas, on acquiert la conviction, par un examen attentif, que le produit plastique, au lieu de s’étaler en néo-membrane, a refoulé l’endocarde et se trouve au-dessous de lui. Cette disposition est très-remarquable.
Examen microscopique. Les exsudations récentes , placées au-dessus ou au-dessous de l’endocarde, renferment :
1° Une trame, en majeure partie amorphe et finement
granuleuse, à cause des granulations moléculaires qui y sont déposées;
2° Des globules rouges du sang (hématies), et des globules blancs (leucocytes), ces derniers en bien moindre quantité;
3° Des fibrilles fibrineuses nettement caractérisées dans les produits récemment formés, et de moins en moins nettes ou devenues granuleuses dans les fausses membranes anciennes.
Les productions anciennes de l’endocarde offrent les éléments précédents plus ou moins reconnaissables, et en outre : des noyaux et des fibres embryo-plastiques, des matières grasses, des sels calcaires pulvérulents, de la cholestérine, etc.
Fausses membranes des artères. Les fausses membranes exsudées sont très-rares à la surface interne des artères. Beaucoup d’auteurs contemporains nient même leur existence. Il me semble pourtant impossible de ne pas admettre la possibilité de l’exsudation, à l’intérieur du vaisseau, d’une matière glutineuse ayant transsudé à travers les couches internes artérielles. Des recherches récentes établissent d’une manière positive 1 qu’après la ligature ou la section d’une artère, il y a transsudation d’un liquide glutineux qui sert de moyen d’adhésion ou qui va former la cicatrice. Les coagulations sanguines artérielles peuvent se former incontestablement dans l’inflammation de la tunique externe vasculaire, et le produit coagulable
1 Ch. Kobin et L. Ollier, Mémoires de la Société de biologie, 2e série, t. v, p. 30, 4 859.
et pseudo-membraneux, sécrété par suite de cette inflammation, transsude jusqu’à l’intérieur de 1 artère. Dans plusieurs cas, le produit plastique reste sous la membrane interne et n’arrive pas jusque dans la cavité du vaisseau artériel.
Cette couche pseudo-membraneuse a une faible épaisseur, elle dépolit la tunique interne et la rend chagrinée ; elle fixe mal par conséquent les coagulations sanguines et celles-ci, peu adhérentes ou mal retenues, peuvent se porter au loin.
La structure et la texture de la membrane externe des artères rendent donc compte, à mon avis, de 1 artérite. Malgré l’état non vasculaire des tuniques moyenne et interne de l’artère, le produit pseudo-membraneux peut transsuder dans l’intérieur du vaisseau, mais bien plus difficilement et par conséquent bien plus rarement que dans la plébite. Les parois veineuses sont presque toutes, en effet, pourvues de vaisseaux d’où s’épanche le produit d’exsudation.
L 1 examen microscopique des fausses membranes artérielles donne les mêmes résultats que celui des fausses membranes de l’endocarde.
Fausses membranes des veines. Si 1 inflammation exsudative et pseudo-membraneuse est très-rare sur la couche interne de l’artère, il n’en est pas ainsi à la face interne de la tunique des veines. Plusieurs fois je l’ai trouvée revêtue d’une pseudo-membrane , souvent mince ; d’autres fois d’une épaisseur assez considérable. Sur des sujets morts peu après avoir été saignés au bras, j’ai vu un coagulum adhérent ou une cicatrice des parois qui
26fr RECHERCHES CLINIQUES ET ANATOMIQUES
témoignait de la possibilité d’une agglutination rapide entre les tuniques veineuses divisées. Je me suis assuré que ce n’était point du sang épanché qui revêtait les parois veineuses divisées, mais du plasma, du blastème constituant une véritable exsudation ou une pseudomembrane.
Les fausses membranes qui se produisent sur la paroi interne d’une veine enflammée sont blanchâtres ou jaunâtres et parfois rosées ou violettes par suite de la présence du sang à leur surface libre. Leur épaisseur est quelquefois assez considérable, leur adhérence assez marquée. La face libre, ou non adhérente au vaisseau, est le plus souvent inégale; la face adhérente à la veine est plane, mais un peu grenue. Dans beaucoup de cas, la face libre est baignée par un liquide puriforme ou appliquée contre un coagulum sanguin.
Si un liquide puriforme s’est déposé sur la fausse membrane, la cavité de la veine peut être conservée, mais quelquefois le produit plastique répond en partie au centre puriforme d’un caillot et sur les deux extrémités à une coagulation sanguine. Si le caillot est dense et entièrement formé par du sang, la fausse membrane est dans tous les points de sa face libre en contact avec le sang coagulé.
Quand le coagulum sanguin fibrineux résiste au courant du sang et que la circulation reste interrompue au point malade sur le trajet de la veine , la fausse membrane persiste. La veine est oblitérée, puis elle est convertie au centre en un cordon fibreux; on trouve quelques arborisations vasculaires sur les portions internes
qui peuvent devenir le sujet de dépôts calcaires, etc.
Mais si le caillot ne résiste pas, ou quand la mort du malade a eu lieu par intoxication purulente, laciiculation a pu se rétablir; mais la veine est, dit-on, plus étroite dans la portion phlogosée de son calibre que dans les autres points de son étendue.
Sur les caillots veineux que j’ai examinés, les fausses membranes occupaient les parois du vaisseau et les extrémités des caillots en étaient dépourvues; le coagulum sanguin fibrineux était plus ou moins lisse et anondi, mais la fausse membrane n’enkystait pas entièrement le sang coagulé. La pseudo-membrane formait un tube plus ou moins épais, dont les extrémités étaient occupées et même dépassées de beaucoup par le sang coagulé.
Dans un cas, la fausse membrane était épaisse et le centre du vaisseau renfermait dans une étendue de dix centimètres du pus et des débris floconneux, les extiémités supérieure et inférieure du vaisseau se trouvaient oblitérées par un coagulum sanguin.
La tunique interne de la veine est épaissie et rugueuse, les membranes superposées à cette tunique sont fortement injectées et infiltrées par les matières exsudées; les arborisations vasculaires sont très-marquées. La veine coupée reste béante comme une artère.
Examen microscopique. Les fausses membranes veineuses sont constituées par :
1° De la fibrine coagulée sous forme de fibrilles entrecroisées et souvent disposées en séries parallèles ;
2° Une grande quantité de globules sanguins (héma-
lies) et de globules blancs du sang1 et du pus (leucocytes du sang et du pus à noyaux et sans noyaux);
3° Des granulations moléculaires très-abondantes.
Les mêmes éléments infiltrent les parois veineuses et surtout une matière amorphe hyaline qui écarte les fibres et qui leur permet d’admettre entre elles des matières granuleuses, des leucocytes, etc.