‹ Recherches cliniques et anatomiques sur les affections pseudo-membraneusesChapitre 59 sur 115 · X. FAUSSES MEMBRANES DES CICATRICES · texte numérisé non relu

X. FAUSSES MEMBRANES DES CICATRICES

A la suite d’une solution de continuité des tissus accessibles à la vue, on remarque, après l’écoulement du sang , une production de suc séro-glutineux ou de blastème, qui vient former une couche pseudo-membraneuse. Cette fausse membrane réunit les lèvres de la plaie par première intention; mais si les bords en sont écartés et non susceptibles d’être affrontés, la pseudo-membrane ne peut obturer la plaie et on voit apparaître un liquide spécial : le pus. La plaie non réunie ne tarde point à être recouverte d’une foule de petites saillies granuleuses et mamelonnées, molles et très-vasculaires, dont l’ensemble a été nommé membrane des bourgeons

charnus.

Quand le travail de suppuration se ralentit, la membrane des bourgeons charnus, extrêmement vasculaire, laisse suinter de nouveau un liquide qui se coagule, un blastème qui se vascularisé; les bourgeons s’étendent,

se rapprochent et s’unissent. En même temps qu’un nouveau dépôt de blastème se fait, la vascularisation s’étend et finalement la cicatrice se trouve constituée. M. le professeur Laugier, en mettant quelques particules de charbon très-finement pulvérisé sur une plaie en voie de cicatrisation, nous a montré ces grains de poussière noire, recouverts chaque jour par l’exsudation plastique ou par le suc glutineux épanché. La production de la cicatiice a donc lieu par un dépôt successif de blastème dans lequel apparaissent des éléments embryo-plastiques, et qui s organise en tissu cellulaire ou lamineux.

Le phénomène initial de toute cicatrice est le même, quel que soit le tissu divisé, qu’il soit en contact avec l’air extérieur ou que la plaie soit sous-cutanée, comme dans la rupture d’un muscle ou d’un tendon. Il y a toujours un suc glutineux, ou un blastème qui vient constituer la cicatrice, le même qui, sorti des vaisseaux, vient s’étaler en fausse membrane sur une plaie du derme.

La formation des vaisseaux a lieu dans le tissu cicatriciel par le développement en anses de ces vaisseaux et peut-être aussi par leur prolongement direct. Mais le phénomène le plus remarquable du tissu cicatriciel ou modulaire, suivant l’expression de Delpech, c’est de se rétracter et de diminuer de volume par la suite. Les vaisseaux y disparaissent et le tissu se resserre, les fibres s’accolent pour occuper moins de place, car la nutrition y est de moins en moins active.

La production d’une pseudo-membrane cicatricielle primitive ou secondaire a lieu dans toute solution de continuité, à la suite d’une plaie par instrument tranchant.

comme à la chute d’une escharre. Elle arrive après la -suppuration des pustules de la variole non modifiée, aussi bien que dans les excavations pulmonaires résultant du rejet, d’un foyer gangréneux ou apoplectique, etc., etc.

Je vais donner quelques détails sur le blastème qui vient former la cicatrice, et sur cette dernièie.

I. Le liquide qu’on observe à la surface d’une plaie récente dès que l’écoulement sanguin est tari, est jaunâtre ou un peu ambré. Il n’offre, sous le microscope , qu’un sérum épais, dans lequel on ne distingue daboid aucune organisation; il renferme des granulations moléculaires et des gouttelettes graisseuses. Bientôt cependant on y trouve :

1° Des corpuscules de pus ou pyoïdes (leucocytes a noyaux et sans noyaux) ;

2° Parfois des corps granuleux de 1 inflammation (leu

eocytes granuleux hypertrophiés) ;

3° Des matières granuleuses et des coips gias.

Je dois faire remarquer avec soin que le sang épanché nuit à la cicatrisation, et que la fibrine, facilement reconnaissable à ses fibrilles, empêche la réunion immédiate. Le sang extravasé ne s’organise point.

IL On trouve dans les endroits où apparaît la cicatrice molle et envoie deformation, des saillies mamelonnées, des granulations coniques et rougeâtres, que nous avons déjà appelées bourgeons charnus et dont on a compare la réunion aune membrane. Leur texture très- vasculaire les fait prédominer dans les tissus riches en éléments du

tissu lamineux et en capillaires sanguins. Les bourgeons charnus sont formés par :

1° Une matière amorphe ou gangue parsemée de granulations moléculaires ;

2° Des noyaux et des fibres embryo-plastiques ou fibroplastiques en nombre variable ;

3° Une trame composée de fibres du tissu lamineux de nouvelle formation ;

4° Des vaisseaux capillaires;

5° Des globules du pus à la surface;

6° Des cellules d’épithélium, surtout quand les globules du pus ne se produisent plus dans le blastème.

L’abondance de tous ces éléments s’accroît dans les bourgeons charnus suivant qu’une nouvelle couche de blastème sort des vaisseaux; dans la suite, les cellules épithéliales se produisent seules à la surface de la plaie, et la cicatrice est constituée.

Page 1