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III. La cicatrice ancienne renferme

1° Des fibres lamineuses ou du tissu cellulaire, quelques-unes de la variété dartoïque ;

2° Des éléments fibro-plastiques peu abondants;

3° Des capillaires en nombre variable et souvent trèspetit;

4° Parfois des tubes nerveux.

La résorption lente des éléments des bourgeons charnus et la disparition graduelle des vaisseaux causent le retrait, ou la rétraction, de la cicatrice. On sait que celle-ci d’abord bleuâtre , molle et saillante , s’affaisse, puis blanchit et devient modulaire.

Je ne puis m’occuper ici des cicatrices dans les divers tissus de l’économie 1 ; j’ai tenu seulement à décrire celles du tégument externe dont une fausse membrane est l’origine. Après avoir exposé la manière dont se forment les cicatrices couturantes de la variole, je dirai quelques mots des cicatrices artérielles et veineuses, et je terminerai par l’appréciation des phénomènes de la cicatrisation envisagée d’une manière générale.

Les cicatrices qui restent sur les téguments après la guérison de la variole et qui défigurent si affreusement certains malades ont été signalées par tous les historiens des épidémies et des maladies varioleuses.

« Lorsque les croûtes sont entièrement détachées, dit M. Rayer2, les surfaces qu’elles recouvraient ont une teinte rouge, vineuse, qui ne disparaît que lentement. A mesure que cette teinte rouge vineuse diminue, les cicatrices deviennent de plus en plus apparentes ; elles sont toujours plus nombreuses sur la face que sur les autres régions du corps et y forment quelquefois de véritables brides ou des espèces de coutures qui traversent le visage et le défigurent horriblement. »

On peut ranger dans deux catégories toutes les cicatrices varioleuses : 1° celles qui sont écartées les unes des autres et ont un aspect punctiforme; 2° celles qui sont rapprochées et qui se touchent par une partie plus ou moins grande de leurs bords.

1 Voy. F. Hutin, Anatomie pathologique des cicatrices dans les différents tissus (Mémoires de l’Acad. de médecine, t. xix, 4 855).

2 P. Rayer, Traité théor. et prat. des maladies de la peau , t. i, p. 521, 1835.

Cette dernière catégorie de cicatrices peut comprendre deux nouvelles divisions formées par : 1° celles qui sont cohérentes dans toutes les directions et qui laissent sur le visage l’empreinte d’une grande quantité de petites dépressions confluentes ; 2° celles qui labourent le visage par une rangée de cicatrices conlluentes nommées cou turcs , dont le fond est disposé en ligne droite. C’est sur cette dernière division que je me propose d’insister pour montrer quand et comment les cicatrices de cette espèce se produisent.

On sait qu’au début de l’éruption variolique, il est facile de saisir la disposition que présentent les taches rouges à centre papuleux. Ces taches initiales indiquent la place qu’occuperont plus tard les pustules. Sont-elles distantes , on diagnostiquera une variole discrète ; sontelles très-rapprochées , on diagnostiquera une variole confluente. J’ajoute: Sont -elles disposées par séries linéaires ou anastomosées en treillis ou en patte d’oie, on peut diagnostiquer à coup sûr une variole qui sera suivie de coutures ou de cicatrices longitudinales, si la période de suppuration est bien marquée.

Je n’ai trouvé nulle part ce mode de production des cicatrices couturantes du visage nettement indiqué. Cette absence de description s’explique naturellement à notre époque, où, grâce à la vaccine , les varioles vraies, ou non modifiées, sont devenues de plus en plus rares.

Je n’insisterai pas plus longtemps sur les cicatrices des varioles couturantes. Je tenais seulement à appeler l’attention sur un fait très-réel et que j’avais observé plusieurs fois.

Des recherches délicates sur le mode de cicatrisation des artères ontété faites par MM. Ch. Robin etL. Ollier1. 11 résulte de leurs observations : qu’une substance amorphe, un vrai blastème, transsude des parois de ces vaisseaux divisés, et que le tissu des membranes interne et moyenne des artères, bien que dépourvu de vaisseaux, est susceptible de se cicatriser par première intention. La cicatrisation a donc réellement lieu dans les tuniques non vasculaires des artères aussi bien que dans le tissu également sans vaisseaux de la cornée, et elle s’y produit d’une manière analogue.

Les veines se cicatrisent, comme les artères, à la suite d’un épanchement de blastème. Le caillot sanguin n’est pour rien dans ce travail de cicatrisation; il ne fait que gêner la réunion immédiate au lieu de la favoriser 2.

C’est donc un fait incontestable et démontré par l’observation, que sur un tissu normal du corps humain, divisé ou ayant subi une perte de substance, il sort des vaisseaux de ce tissu (ou bien des vaisseaux qui nourrissent de loin le tissu s’il n’est pas lui-même vasculaire) un blastème propre à former un tissu nouveau appelé de cicatrice et dans lequel les éléments propres se régénéreront 3.

Pour bien se rendre compte de ce fait de régénération des éléments d’un tissu par le blastème qu’il a produit, il

1 Mémoires de la Société de biologie, 2e série, t. v, p. 28 et 29, 1859.

2 Loc. cit ., 2e série, t. v, p. 31 et 38, 1859.

5 Ch. Robin etL. Ollier, Mémoire sur quelques points de la cicatrisation en général, etc. (Mém. de la Société do biologie, 2e série, t. v, p. 19 et suiv., 1859.)

faul se rappeler que les éléments constituants de notre organisme dérivent tous des cellules embryonnaires devenues liquides et formant un blastème amorphe. Dans cette substance organisée et homogène apparaissent les noyaux embryo-plastiques autour desquels se dépose une couche de matière qui s’effile en fuseau à ses deux extrémités. De là les noyaux et les fibres embryo-plastiques dont j’ai souvent parlé. La forme, le volume et les autres caractères des éléments embryo-plastiques diffèrent suivant les parties du corps de l’embryon où ils se trouvent et où apparaîtront plus tard les éléments définitifs : fibres lamineuses, faisceaux musculaires, tubes nerveux, etc.

Or, chez l’adulte, la naissance des éléments anatomiques constituants est exactement la même que chez l’embryon; elle reproduit les mêmes phénomènes de leur génération, elle obéit aux mêmes lois; les phases consécutives du développement sont les mêmes que les phases embryonnaires.

On comprend toute l’importance pratique de ces faits, car la naissance et le développement des tumeurs, ainsi que l’organisation des tissus cicatriciels, en découlent naturellement.

Les éléments anatomiques n’ayant pas une manière de croître chez l’adulte autre que celle qu’ils offrent chez l’embryon, il en résulte que dans la production des cicatrices, tout ce que l’on observe rappelle d’une manière générale ce qui a lieu dans le corps de l’embryon pour l’apparition des divers éléments anatomiques (Ch. Robin). Chez l’embryon aux cellules embryonnaires suc-

SUR LES AFFECTIONS PSEU DO- MEMBRANEUSES. -Jô

cèdent les noyaux embryo-pl astiques qui naissent a 1 aide du blastème provenant de la liquéfaction de ces cellules. Chez l’adulte, pour la formation de toutes les cicatrices, il naît dans le blastème fourni par les vaisseaux, d’abord des noyaux embryo-plastiques auxquels succèdent, suivant la loi d’attraction du soi pour soi , les éléments du tissu reproduit. Ces éléments, à leur tour, offrent dans leur évolution les mêmes phases qu’avaient parcourues , durant la vie intra-utérine , les fibres, les cellules, etc., de l’espèce à laquelle ils appartiennent. Suivant chaque espèce de tissu, et suivant les conditions pendant lesquelles la cicatrisation s’opère, on remarque une quantité de matière amorphe, de granulations moléculaires et de vaisseaux, en général plus considérable que chez l’embryon (Ch. Robin).

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