FAUSSES MEMBRANES DIVERSES NON DIPHTHERIQUES. — MUGUET DEPENDANT
d’un état local ou d’un état général de l’organisme.
Les conditions de production et d’existence des diverses fausses membranes qui n’appartiennent pas à la diphthérie (angine scarlatineuse pultacée, stomatites ulcéromembraneuse et mercurielle, exsudations des ulcérations diverses, etc.) dépendent tantôt d’une maladie aiguë ou d’une cause spécifique, générale ou spéciale,
l' albuminurie dans l’angine diphthérique , le croup et la diphthérie cutanée. (Voy. Bulletin de la Soc. méd. des hôpitaux de Paris, t. iv, p. 196, 218, etc., 1859.)
1 Y. -P. -A. Maingault, De la paralysie diphthérique, etc,, 1860.
2 A. Gubler , Des paralysies dans leurs rapports avec les maladies aiguës, etc. (Archiv. gén. de méd., 5e série, t. xvet xvi, 1860.)
tantôt de la constitution du malade. Elles ne peuvent se prêter, h cause de leur dissemblance d’origine, aune vue d’ensemble étiologique, aussi renverrai-je à la description des produits plastiques dans ces dernières maladies ou affections (chap. I et II).
Je terminerai par l’examen des conditions qui favorisent ou qui règlent la production du muguet, dont les petits amas blanchâtres sont si différents des fausses membranes plastiques de la diphthérie.
Le muguet est local et ne constitue alors qu’un accident léger, sans importance pour l’organisme; ou au contraire il est lié à un état général grave de l’économie. Mais, dans ce dernier cas, le muguet n’est pas la maladie elle-même, il n’en fait point partie intégrante et indispensable; il n’est qu’un épiphénomène, et c’est en cela surtout qu’il ne ressemble en rien à la diphthérie.
Le muguet est constitué, ainsi que je l’ai établi dans le chapitre précédent, par une fausse membrane composée le plus souvent d’épithélium desquamé et pourvue presque toujours de végétaux parasites ( Oïdium albicans). Il en résulte que, pour la production locale du muguet, il suffit de causes locales et d’un état particulier des surfaces, état aujourd’hui bien connu. L’action d’un lait de qualité mauvaise ou aigri dans la bouche, les efforts de succion sur un sein tari , les frottements d’un hochet buccal trop dur, produisent chez les enfants, bien portants d’ailleurs , une congestion et une légère inflammation buccales. Celles-ci favorisent sur divers points la desquamation de l’épithélium. L’acidité du mucus buccal existant avec un léger degré de stomatite, est
très -favorable au développement des végétaux parasites.
Je n’insisterai pas plus longtemps sur la production locale du muguet, la plus commune chez les enfants bien nourris; elle n’a pas de gravité pour les petits malades.
Quand le muguet est lié à un état général grave, son apparition est du plus fâcheux augure. Cet état général avec production du muguet nous oblige à parler de l’entérite avec érythème des fesses et ulcérations malléolaires que Yalleix avait décrite dans sa Clinique des maladies des enfants nouveau-nés 1 * 3 . En signalant la complication des productions caséiformes buccales et de l’inflammation des voies digestives avec érythème cutané et ulcérations, Yalleix était dans le vrai; mais il avait forcé l’interprétation des faits en soutenant plus tard que le muguet était toujours une maladie constituée de la même manière, c’est-à-dire une entérite spéciale avec des productions caséeuses dans la bouche et les voies digestives. Valleix n’a décrit qu’une des formes du muguet, l'a forme grave. Le muguet nosocomial, observé par lui , n’est que la traduction d’un état général grave de l’organisme, et la mortalité qui arrivait chez ses petits malades épuisés et cachectiques suffit pour le prouver.
Dans les cachexies des adultes, tuberculeuse, cancéreuse, etc., on voit le muguet apparaître. Ï1 vient aussi quelquefois chez des malades atteints d’affections
1 Yalleix, Clinique des maladies des enfants nouveau-nés , p. 386
et 421, 1838, et Guide du médecin-praticien, t. n , p. 234 et 241,
3e éd., 1853.
aiguës1 et chez lesquels il n’indique pas une terminaison fâcheuse comme chez les cachectiques. Dans les conditions les plus défavorables, dans l’état cachectique suivi de l’apparition du muguet, on observe, plus encore que, dans le muguet local et léger des enfants bien portants, la desquamation épithéliale et la forte réaction acide des liquides buccaux. Souvent aussi la partie malade de la muqueuse sur laquelle le muguet va paraître a laissé suinter un peu de sérosité ou de plasma par une 'fine érosion des tissus. C’est alors comme un épiphénomène que se montre le muguet qu’on pourrait appeler secondaire : par lui-même, le muguet ne fait point partie de la maladie , quoiqu’il soit un indice de l’état grave dans lequel se trouve le malade.