DESTRUCTION SPONTANÉE DES FAUSSES MEMBRANES
Les fausses membranes non persistantes, entre autres celles des cavités buccales et pharyngiennes, se détruisent et disparaissent sans laisser aucune trace; plus minces sur les bords, épaisses sur leur milieu , elles se détachent peu à peu vers la circonférence et se séparent de la muqueuse qui les supporte. La couenne diphthérique devient plus mince à mesure qu’elle s’est renouvelée et quand la cause productrice semble être épuisée. Plus tard , elle tombe ou elle disparaît , moins peut-être par résorption , comme l’ont dit plusieurs auteurs, que
1 Voy. À. Gubler, Mèm. de V Acad, de méd., t. xxii, p. 45:2 et 457,
par une perte de scs éléments liquides qui s’évaporent, une sorte d’usure de sa surface, et finalement par la dissociation de ses éléments.
Dans le cas d’ulcération superficielle, dans la stomatite ulcéro-membraneuse et les ulcérations diverses recouvertes d’exsudations, il s’établit une suppuration de bonne nature et la cicatrisation a lieu insensiblement. Dans le muguet , l’épithélium nouvellement formé repousse la couche ancienne qui finit par se détacher.
DU DIAGNOSTIC DE PLUSIEURS AFFECTIONS PSEUDO-MEMBRANEUSES DE LA CAVITÉ BUCCALE ET DU PHARYNX.
Une confusion contre laquelle j’ai déjà protesté s’est établie dans le langage médical depuis la création du mot diphthêrite. Pour beaucoup de médecins, ce terme indique la majeure partie des productions pseudo-membraneuses; affection diphthèrique, diphthêrite, devient synonyme d’affection avec fausses membranes. Il est indispensable aujourd’hui de rendre leur signification précise aux mots qui expriment des états pathologiques réellement distincts, et nous avons vu que la diphthêrite ou mieux la diphthérie diffère de toutes les autres maladies pseudo-membraneuses. Si la compréhension du mot diphthêrite a été trop étendue et si pour employer l’expression de M. le professeur Trousseau, on a appliqué cette dénomination non-seulement aune espèce couenneuse , mais au genre tout entier, les auteurs allemands ont
SUR LES AFFECTIONS PSEUDO-MEMBRANEUSES. l
changé le sens primitif du mot diphthérite. MM. Rokitansky, Wirchow, Friedreich1, donnent le nom de diphthérite à une sorte d’infiltration des couches superficielles d’une membrane muqueuse par une matière d’un gris jaunâtre. Cette matière se substitue au tissu normal et le change bientôt en un détritus amorphe d’une texture grenue et d’un aspect pseudo-membraneux. Les plaques qui en résultent ne peuvent se détacher sans entraîner dans la membrane une perte de substance ou une altération. Il me semble, d’après ces caractères, que la diphthérite des auteurs allemands 2 répond assez exactement à notre inflammation ulcéro-membraneuse3, et on voit
* Voy. Rokitansky, Lehrbuch der path. anat., B. il. — Handbuch der speciellen Path. und Therap ., red. von R. Wirchow, B. v, L. 3, s. 429, 1858.
2 M. Lebert partage aujourd’hui celte manière de voir : « La véritable exsudation diphthéritique a lieu dans l’épaisseur de la muqueuse ellemême.... elle tend plutôt à l’ulcération, à une espèce de nécrose moléculaire, qu’à une exsudation avec intégrité de la membrane muqueuse. »
( Traité d’anat. prath. générale et spéciale, t. i, p. 587, 1857.)
5 Dans une Thèse soutenue le 22 août 1 860 à la Faculté de Paris, M. le docteur T. Boussuge s’est efforcé de désigner et de classer toutes les inflammations ulcéro-membraneuses sous le nom commun de Diphthéroïde. Les diphlhéroïdes buccale , vulvaire et des plaies répondent , d’après lui, aux gangrène scorbutique des gencives, gangrène, noma ou sphacèlede la bouche, chancres aquatiques, scorbut , stomatite gangréneuse ou charbonneuse ou couenneuse, diphthérite buccale, noma pudendi, gangrène des organes génitaux, diphthérite gangréneuse de la vulve, pourriture d’hôpital, diphthérite des plaies, gangrène phagèdênique, asthénique de la peau, etc. (T. Boussuge , De la diphthéroide ou de l’inflammation ulcéro-membraneuse considérée a la bouche, à la vulve, à la peau, sur les plaies, p. 16 et 17.)
M. Boussuge me parait avoir réuni des affections très-différentes et
ôL u recherches cliniques et anatomiques
combien il est important de rétablir le vrai sens du mot
diphthérie dont la signification est, à tort, tout à fait changée.
D’autre part, on désigne généralement en Allemagne sous le nom de croupale toute exsudation qui apparaît sur une surface du corps. On a ainsi le croup de toutes les muqueuses et des surfaces cutanées excoriées, et le croup de tous les organes : croup des paupières, croup des reins, croup des plaies. Cette manière de nommer les productions plastiques est vicieuse en ce qu’elle fait confondre les pseudo-membranes diphtériques et non diphtériques. Je donnerai à la fin de ce chapitre le vrai sens du terme croup , qu’on doit réserver pour les exsudations laryngiennes.
Dans un travail sur Y angine diphthériqiie, publié récemment, M. Sanderson 1 conserve à la qualification diphthèritique une signification fort étendue. Il lui fait comprendre les ulcérations revêtues de détritus ou la diphthérite telle que les auteurs allemands la décrivent, la pseudo-membrane diphtérique telle que nous la comprenons en France, et les exsudations simples ne renfermant pas de fibrine, consistant en un dépôt granuleux à la sur-
qui doivent rester séparées dans le cadre nosologique, par avemple, la stomatite ulcéro-membraneuse, la gangrène de la bouche, la pourriture d’hôpital. Le terme diphthéroïde pour lequel M. le docteur Espagne a réclamé la priorité (Montpellier Médical, t. v, p. 380, 1860), est loin d’ètre indispensable, et je doute qu’il soit adopté. ( Voy. la note de la p. 90.)
1 J. -B. Sanderson, Contributions to the Pathology of Diphtkeriùc sore throut , etc. (The british and foreign medico-chirurg. Review, nn xlix, p. 179. 1860 )
SUR LES AFFSÇTJOXS PSKUU0-ME.UÜUANEUSE5.
face de l’épithélium, M. Sandersonse demande avec un point de doute si ces dernières ne sont pas l’angine couenneuse de M. Bretonneau. Les diverses affections épidémiques fègar, stomaccice , stomàtyphus seraient diphthéritiques. Le mémoire de M. Sanderson est fait avec soin, mais on peut lui reprocher de beaucoup trop étendre le champ de la vraie diphthérie. La distinction établie au moyen de l’exsudation non fibrineuse pour différencier une forme de diphthérie, me paraît manquer d’exactitude.
Pour moi, la diphthérie doit être restreinte ainsi que je l’ai dit. Elle doit avoir une place dans le cadre nosologique et y figurer à titre d’espèce pathologique distincte, une et à manifestations multiples (voy. p. 332). La diphthérie doit être rangée parmi les maladies spécifiques, à phénomènes extérieurs inflammatoires, mais ce n est pas une inflammation, c’est bien plutôt une pyrexie ou une affection virulente. Elle s'accompagne ou tend à la formation de productions pseudo-membraneuses et plastiques, sur diverses muqueuses ou sur les surfaces dénudées. Elle a des caractères locaux d’envahissement ou de propagation vers les organes respiratoires et en même temps des caractères généraux de septicité et d’empoisonnement de l’organisme. Le plus souvent la diphthérie laisse la muqueuse sous-jacente aux fausses membranes, saine ou presque saine; elle est contagieuse et peu ou point inoculable.
Dans l’exposé qui va suivre, je tâcherai de préciser la valeur de certaines dénominations conluscs pour plusieurs praticiens, celle c VAphthe % en particulier. Ce para-
graphe complétera les notions sur les caractères diagnostiques et cliniques de plusieurs affections pseudo-membraneuses qui n’ont pu trouver place au commencement de ce travail.
DIPHTHERIE ET STOMATITE ULCÉRO-MEM BRANEUSE OU ULCÉREUSE