GIENNE RECOUVERTES DE FAUSSES MEMBRANES ET D’EXSUDATIONS
Je ne crois pas devoir insister sur le diagnostic différentiel des affections syphilitiques de la bouche et de la gorge. Je dirai seulement que l’herpès bucco-pharyngé peut, chez les sujets syphilitiques, revêtir l’aspect propre aux ulcérations de la syphilis. Je rappellerai encore que toutes les solutions de continuité syphilitiques sont une porte ouverte à la diphthérie épidémique, mais qu’il ne suffit pas d’une légère couche grisâtre sur une muqueuse dénudée pour faire croire à la diphthérie.
1 Voy. à ce sujet les Leçons cliniques de M. le professeur Trousseau Sur les angines (Gaz. des hôpitaux, 1855, p. 397, 398 et 473); le mémoire de M. A. Gubler, Sur l’herpès guttural [angine couenneuse commune) et sur Vophlhalmie due à l’herpès de la conjonctive (Bull, de la Soc. méd. des hôpitaux de Paris, 3e série, p. 632, 1858. — Union médicale, t. xh, p. 18 et 27, 1858), et la Thèse de M. Féron , De l’angine herpétique.
Je n’ai pas besoin (le m’appesantir sur les autres affections buccales ou pharyngées avec érosion ou ulcérations de la muqueuse offrant plus ou moins complètement l’aspect pseudo-membraneux. Le diagnostic se tirera toujours de la nature de la maladie ou de sa cause dans les affections suivantes qu’il me suffira d’énumérer : stomatite et pharyngite produites par le mercure, le tartre stibié, la cantharidine, l’iode, l’arsenic, le chanvre, etc. Je le répète, il faudra chercher le diagnostic dans la cause de la maladie, dans les symptômes et dans la marche, bien plus que dans le produit plastique exsudé à la surface de l’ulcération.
C’est pour mémoire seulement que je rappellerai les simples ulcérations, parfois d’un mauvais aspect, à fond gris ou jaunâtre, qui peuvent survenir dans la cavité buccale, soit chez les sujets atteints de fièvre typhoïde, soit chez des phthisiques. Il est impossible à tout observateur attentif de méconnaître, dans le premier cas, un épiphénomène de la maladie principale, et dans le second, des solutions de continuité, entretenues par un état diathésique et n’ayant en aucune manière les caractères diphthériques habituels.
Les ulcérations légères qui se recouvrent d’un enduit grisâtre ou pultacé chez les enfants, les blessures internes des joues revêtues d’un enduit jaunâtre et produites par les saillies aiguës de dents cassées, n’ont besoin que d’être indiquées pour être reconnues. On les distingue aisément, comme les précédentes, des affections pseudomembraneuses diphthérique, herpétique ou ulcéro-membraneuse.La cavité buccale et le pharynx présentent sou-
vent chez les enfants débilités des ulcérations spontanées d’une mauvaise nature, que MM. Bouley et Caillault1 ont décrites avec grand soin et dont la gangrène de la bouche est la lésion la plus caractéristique. Ces ulcérations sont phagédéniques; elles n’offrent avec la diphthérie qu’une ressemblance éloignée. Jamais on ne confondra avec les productions diphtbériques les eschares sèches, noires et solides de la gangrène buccale ordinaire. Les ulcérations phagédéniques, jaunâtres ou grisâtres, ont des surfaces offrant une sanie putride, et reposent sur des tissus indurés ; leur marche envahissante les fera promptement reconnaître ; elles ne sont pas recouvertes d’une fausse membrane, mais d’une boue semi-liquide, blanchâtre ou grisâtre.