RECHERCHES CLINIQUES. H
pliquée par l'altération profonde du liquide sanguin.
Dans d'autres circonstances, la mort a été la fin d'un état de marasme ayant duré quelques jours et dû probablement à l'altération plus lente, mais complète, du sang devenu ainsi impropre à la nutrition.
L'individu chez lequel se produit la septicémie constitue pour les Bactéries un terrain variable, dans lequel ces organismes inférieurs se développent plus ou moins rapidement.
Il est à croire que, si par suite de traumatisme grave, le système nerveux a été fortement ébranlé, les actes vitaux ayant diminué d'intensité, l'organisme, incapable de réaction, se prêtera plus facilement à l'invasion des éléments figurés infectieux, produits de la destruction locale, et que le sang deviendra rapidement le siège des altérations signalées.
Les observations que nous publions nous ont fourni des exemples de septicémie autochthone.
Il ne nous a pas été donné d'étudier la septicémie hétérochthone, c'est-à-dire déterminée par l'insertion ou l'absorption d'éléments infectieux provenant du dehors.
Un article récent du docteur Blum, rédacteur en chef de là Gazette médicale de Strasbourg {^) , nous
(1) A. Blum, Gazette médicale de Strasbourg , 1870, n° 7 , p. 82.
permet de penser que l'on en viendra un jour à considérer l'érysipèle Iraumatique comme une forme de la septicémie.'
En France, M. Maisonneuve pense que Térysipèle est le résultat de Faction sur le réseau lymphaticoveineux de la peau des substances septiques qui y produisent une inflammation simple ou accompagnée de vésicules.
Billroth considère l'érysipèle traumalique comme éminemment infectieux ; le poison proviendrait de l'extérieur ou bien serait le résultat de la décomposition putride que subissent les éléments anatomiques à la suite de la mortification.
Récemment le docteur Kœnig, de Rostock, profita d'une épidémie d'érysipèle pour faire quelques expériences.
Dans ce but, il fit digérer dans l'eau, pendant douze heures , les draps qui avaient servi aux malades. Il obtint un liquide jaunâtre albumineux, inodore, et qui contenait, après filtration, quelques vibrions et des micrococcus.
L'inoculation sous la peau de lapins détermina de la rougeur, quelques bulles et une élévation de température.
Ce même liquide, injecté sous la peau à la dose de 8 grammes, produisit une infection générale avec fièvre; l'animal mourut le troisième jour.
Ces expériences , dont nous ne donnons que cet aperçu sommaire, sont trop peu nombreuses et loin d'être concluantes, dit M. Blum. Elles montrent
toutefois que les draps peuvent devenir des agents de transmission du virus érysipélateux.
OBSERVATIONS(i).
Obs. I. — Rétention d'un fragment de placenta. — Septicémie.
La nonnmée X., âgée de 42 ans, entre à la clinique médicale de M. le professeur Schûtzenberger (salle 48), au mois de novembre 1868. Elle a une fièvre très-intense, continue, du délire le soir. Cet appareil fébrile ne s'explique par aucune lésion appréciable; nulle part de foyer d'infection apparent et pas de signes de fièvre typhoïde. Un accouchement remontant à quatre semaines fait songer à une infection puerpérale, et le traitement est institué sur ces bases.
L'examen du sang, pratiqué pendant la vie, à deux reprises différentes, fait découvrir dans ce liquide les signes que nous regardons comme pathognomoniqnes de l'infection : grande diffluence du sang, exagération du nombre des globules blancs, points mobiles nombreux, quelques Bactéries.
La femme succombe au bout de huit jours, dans un état de marasme.
(1) Toutes ces observations sont pxtraites textuellement du registre des autopsies de la Faculté de médecine de Strasbourg, année 1869-1870,
L'autopsie, faite avec le plus grand soin, en présence de M. le professeur Schûtzenberger , ne fait découvrir aucune lésion dans les organes splanchniques; le sang seul présente des caractères de septicémie : dans le petit bassin, nous trouvons la matrice plus développée que d'habitude; en l'ouvrant, nous constatons, dans la corne gauche, une espèce de tumeur tomenteuse, ramollie, couverte d'une sanie très-fétide, paraissant très-adhérente à la surface interne de l'utérus. L'examen microscopique ne laisse pas de doute sur la nature de la tumeur; les caractères du placenta s y découvrent encore. C'est évidemment le processus gangréneux qui s est emparé de ce fragment de placenta , qui a été le point de départ de l'infection septique.
Obs. il — Carie de Vomoplate. — Septicémie.
Le nommé Emile Melun, âgé de 15 ans, entre à la clinique chirurgicale de M. le professeur Rigaud, le 1®'" décembre 1869; il se plaint de douleurs atroces dans l'articulation scapulo-humérale, douleurs qui augmentent de jour en jour; plusieurs collée-, tions purulentes au niveau de l'apophyse coracoïde et de la fosse sus- et sous-épineuse sont ouvertes et permettent, par le stylet, de reconnaître une carie de l'omoplate; le malade tombe bientôt dans le marasme et meurt en présentant tous les symptômes d'une fièvre de septicémie.
L'autopsie, en révélsgit la justesse du diagnostic porté au sujet de la carie de l'omoplate, ne parvient
à rien constater du côté de tous les organes internes, examinés avec le plus grand soin; pas le moindre abcès, pas le moindre infarctus.
L'examen du sang, pris dans différents points, y fait découvrir : une déformation considérable des globules rouges; les globules blancs sont aussi considérablement augmentés. Dans le sérum, on constate une quantité innombrable de points mobiles et de Bactéries.
Obs. III. — A/yq-'Utatioii de cuisse. — Ostéo-myélUe. — Septicémie.
Le nommé Georges Schuîer, âgé de 53 ans , contrebandier, a reçu , danslanuitdu^auS mars 1869, un coup de feu dans le creux poplité, blessure qui l'amène à la clinique chirurgicale de M. le professeur Sédillol; les symptonaes généraux et locaux étant des plus graves, on se décide à amputer la cuisse (5 mars); à la suite de Tamputation , le malade va relativement bien jusqu'au 13 mars; à partir de cette époque, il est pris de frissons et tombe rapidement dans le coma, qui aboutit à la mort le 15 mars.
L'autopsie montre dans le moignon une collection de pus très-abondante; les vaisseaux sont remplis de caillots non encore organisés; Tos présente tous les caractères de Fostéo-myélite; à la place de la moelle normale on trouve une substance rouge, claire, analogue à la moelle fœtale, présentant un grand nombre de noyaux embryonnaires, quelques grandes cellules renfermant jusqu'à quatre ou cinq noyaux.
L'examen des organes internes ne nous révèle ni abcès, ni infarctus.
Le sang présente une 'augmentation sensible de globules blancs et une quantité notable de bâtonnets granuleux et de points mobiles; les globules rouges ne s'accumulent pas en piles d'écus comme à l'état normal, mais s'accolent les uns aux autres parleurs bords (diffluence).
Obs. IV. — Fractures multiples. — Plaie de tête' — Septicémie.
Le nommé Louis Mayer , âgé de 18 ans, employé au chemin de fer, entre à la clinique de M. le professeur Sédillot, le 10 mars 1869. Pris entre deux tampons de wagons, il a eu une fracture du cubitus à son tiers supérieur; la partie inférieure du bras et Tavant-bras ont été broyés, déchirés; les battements de la radiale ne se perçoivent pas. De plus , sur le côté droit de la poitrine, vaste contusion avec épanchement sanguin. A la tête (région occipitale gauche), lambeau de cuir chevelu, de 10 centimètres, détaché.
Le jour même, on fait l'amputation du bras. Le malade tombe immédiatement dans le coma et meurt le troisième jour.
Le cadavre exhale une forte odeur de gangrène; l'autopsie révèle une déchirure de quelques veines delà région thoracique antérieure, une luxation de la clavicule par arrachement du ligament acromioclaviculaire; un épanchement considérable de sang
SOUS le grand pectoral; pas de fractures de côtes, mais fracture des apophyses épineuses des cinquième, sixième et septième cervicales et première dorsale; la plaie du crâne n'est pas accompagnée de fracture; les poumons, le cœur ne présentent rien, ainsi que les organes abdominaux.
Dans le sang, nous constatons une quantité considérable de bâtonnets mobiles, une déformation des globules rouges et une augmentation des globules blancs.
Obs. V. — Hernie étranglée, — Anus contre nature, — Infection septique.
La femme Marie Buntz, âgée de 63 ans, entre à la clinique de M. le professeur Sédillot, le 14 mars 1870, atteinte d^ hernie crurale droite étranglée depuis six jours. L'opération donne issue à un pus fétide, retenu immédiatement sous la peau; l'incision du sac amène la sortie de gaz et de liquides stercoraux. Depuis ce temps, les matières ont continuellement coulé par l'anus contre nature; la malade s'affaiblit peu à peu, et, le 7 avril, elle meurt sans avoir présenté de symptômes bien particuliers.
L'autopsie révèle l'absence de péritonite autre que les adhérences qui limitent l'ouverture intestinale et un léger exsudât péritonéal, brun , séreux, fétide et renfermant une énorme quantité de Bactéries.
Le tube digestif est sain dans toute son étendue; nous ne trouvons ni abcès ni infarctus dans tous les organes internes.
Le sang se caractérise par des globules rouges déformés, diffluents, quelques globules blancs bien constitués et une énorme quantité de Bactéries.
En face de ces observations où nous n'avons constaté que la septicémie franche, nous devons en mentionner quelques-unes où, à côté des altérations du sang, se trouvaient de nombreux abcès métastatiques, en un mot, des cas de septico-pyoémie.
Obs. VI. — Tumeur blanche. — Résection du genou. — Septico-pyoémie.
Le nommé Jacques Sauerbeck, âgé de 21 ans, atteint de tumeur blanche du genou gauche depuis trois ans, subit, le 22 février 1869, la résection du genou. Des symptômes graves se déclarent du côté de la poitrine et de l'intestin. Le 8 mars, la cuisse esl amputée. La fièvre continue: frissons, délire, vomissements, diarrhée, crachats purulents. Le malade meurt le 10 mars.
L'autopsie révèle dans la veine crurale un caillot s'étendant jusque dans l'iliaque primitive; le sommet est anfractueux , friable.
Dans le poumon, nombreux abcès métastatiques. Dans une des branches de l'artère pulmonaire, détritus analogues à ceux de la veine crurale. Les vaisseaux placés dans le voisinage des abcès sont remplis de caillots déjà anciens (fibrine granuleuse, corpuscules sanguins déformés).
Pas d'abcès métastatique dans les organes abdominaux.
Dans le cerveau, au centre de Tinsula de Reil, infarctus rannolli, grisâtre.
Dans les deux articulations scapulo-humorales, dans l'articulation coxo-fénriorale gauche, pus ichoreux.
Le sang se distingue par une diffluence de ses globules rouges, par une notable quantité de globules blancs, ainsi que des points mobiles isolés ou en chaînettes (Bactéries).
Obs. VII. — Œdème malin, — Septico-pyoémie,
Le nommé Paul Wenglin, âgé de 24 ans, entre à la clinique de*M. le professeur Rigaud. Il présente un gonflement considérable de la lèvre supérieure siégeant principalement à droite et semblant avoir son point de départ au côté de la bouche, où on trouve , deux ou trois petits pertuis fistuleux ; quelques ! phlyctènes disséminées sur la face externe de la tumeur, qui a un aspect livide et gangréneux. Le soir I même, un frisson. Mort le lendemain.
L'autopsie nous montre les poumons criblés de petits infarctus tout récents. Dans le cœur droit, caillot frais. Rien dans les viscères abdominaux. L'examen du sang révèle :
1** Une quantité considérable de globules blancs ; 2° Une notable proportion de bâtonnets mobiles ; S'' Un grand nombre de cristaux en aiguilles
dont nous ignorons complètement la nature et que les chimistes nous ont dit être des corps gras.
Obs. VIII. — Carie du tarse. — Amputation de la jambe. — Septico-pyoémie (^).
Le nommé Charles Fust, âgé de 30 ans, entre à l'hôpital le 28 août 1868, avec une carie du tarse à droite.
Amputation de la jambe, le 15 février 1869. Ligature de la crurale, le 19, pour cause d'hémorrhagie.
Ligature de la poplitée dans la plaie, le 20, pour nouvelle hémorrhagie. ■ — Frissons, abcès au-dessous du mamelon droit. Accidents multiples du côté du poumon. Yoix éteinte dans les derniers jours; mort le 12 mars.
Autopsie. Signes d'ostéo-myélite dans le tibia. Thrombus d'un gris sale dans les veines et les artères, composé de détritus de globules rouges, de leucocytes ou de globules purulents, et de fibrine granuleuse. Collection purulente au niveau de la deuxième articulation chondro-sternale. Infarctus nombreux dans les poumons.
Dans le larynx, ulcération de la corde vocale gauche et destruction partielle de l'aryténoïde, coïncidant avec une embolie de la thyroïdienne inférieure et de sa branche laryngée. Ce bouchon est
(1) V. Feltz, Traité clinique et expérimental des embolies capillaires^ 26 édition, 1870, p. 219 et siiiv.
friable sur certains points, coloré en rouge sur d'autres; les points décolorés et désséchés ressemblent aux Ihronnbus trouvés dans certaines veines pulmonaires. Dans l'articulation scapulo-humérale droite et dans celle du genou droit, synovie tenant en suspension des corpuscules graisseux et des détritus de globules de pus. Dégénérescence graisseuse des cartilages de ces deux jointures. Oblitération complète des artères articulaires par des thrombus friables, décolorés et ramollis.
Le sang renferme une grande quantité de leucocytes et des Bactéries en chaînettes en nombre considérable; de plus, des quantités énormes de granulations moléculaires, d'apparence graisseuse, se dissolvant dans l'éther.