RÉSUMÉ GÉNÉRAL DES QUESTIONS RELATIVES A LA SEPTICÉMIE
le corps humain, point de départ et siège de l'élément infectieux.
Une expérience des plus remarquables de M. Vulpian (^), expérience faite la première fois en 1860, nous montre que la cyclamine, principe actif du Cyclamen europœum , détermine, chez les gre-
(1) Vulpian, Archives de physiologie, 1868, p. 466.
nouilles, une rapide décomposition des liquides avec lesquelles elle se trouve en contact, et une production de vibrioniens dans ces liquides.
L'auteur introduit avec précaution de la cyclamine dans l'œsophage d'une grenouille : en deux ou trois jours, la grenouille s'affaiblit et meurt.
Si, avant la mort, on examine le sang qu'on obtient en excisant la dernière phalange d'un des doigts, on trouve dans ce liquide de fines granulations en mouvement et quelques vibrions bacillaires très-grêles, très-courts, doués d'une mobilité plus ou moins grande (Bactéries).
Dans l'œsophage, il y a un mucus abondant où fourmillent les Bactéries; le sang du cœur pris avant la mort en contient quelques-unes.
Ce sang altéré peut, par inoculation, déterminer sur d'autres grenouilles une maladie toute semblable et les faire périr.
La physiologie expérimentale a donc entre les mains les moyens de déterminer chez les batraciens une maladie putride.
Ainsi un organisme, débilité artificiellement, peut devenir le siège d'une fermentation locale qui provoque, par pénétration d'éléments infectieux, une altération du sang transmissible.
Chez l'homme, la débilitation déterminée par la disette, les privations, la misère ou par des traumatismes, peut donner lieu au développement d'éléments infectieux qui amènent la septicémie et le typhus.
La surface cutanée peut être le siège du développement d'éléments semblables (Lemaire) qui peuvent, par leur accumulation, vicier une atmosphère confinée et déterminer ainsi chez les individus qui y vivent des accidents septiques.
Des corps privés de vie ayant subi un commencement de putréfaction peuvent émettre des éléments septiques nuisibles, témoins les piqûres anatomiques et le typhus dû aux émanations cadavériques des cimetières.
Ces éléments peuvent être respirés ou portés dans l'intestin avec les eaux que l'on boit ou pénétrer par une plaie ou une érosion cutanée.
Quelle est la nature de l'élément infectieux?
Pour nous, l'élément caractérisant l'infection, c'est la Bactérie qui s'emparanl de l'oxygène rendrait le sang impropre à la nutrition.
C'est un élément figuré que l'on retrouve toujours dans les infections acquises ou spontanées.
Les accidents sont dus au phénomène initial de la fermentation putride, le développement des Bactéries; lorsque les vibrions paraissent, la putréfaction est bien près de se terminer.
Chez l'homme comme chez les animaux, la production des vibrions n'a pas ou a à peine le temps de se faire ; l'organisme a succombé ou a résisté.
Le danger est dans la Bactérie et non dans le vi-
brion. Nous avons injecté des liquides contenant beaucoup de vibrions sans produire d'accidents d'une manière certaine, tandis que le sang injecté d'animal à animal et ne contenant que des Bactéries était plus rapidement toxique.
Nous pensons que dans les liquides injectés et contenant beaucoup de vibrions il y a quelques Bactéries qui , introduites dans le sang, sont seules responsables des désordres produits. Notre manière de voir confirme l'opinion que la putridité tué la virulence.
Nous maintenons donc, avec M. Pasteur, la séparation des deux phases de la fermentation putride. La première phase surtout détermine les accidents septiques.
La Bactérie infectieuse n'a pas les mêmes dimensions chez le lapin et chez l'homme. Dans le sang du lapin les Bactéries mesurent en largeur 0™™,001 6, en longueur 0™°*,004 à 0'"«*,02. Dans le sang de l'homme nous avons trouvé en moyenne : largeur 0™«»,0005, longueur 0"»°»,0020.
Du mode de pénétration de l'élément septiqoe et des voies d'introduction.
Dans les traumatismes l'élément septique peut passer directement dans le sang ou les lymphatiques.
Mais il peut aussi, si la porte n'est pas ouverte,
traverser les membranes comme il traverse les filtres ou les papiers dialyseurs.
L'expérience de M. Vulpian prouve le fait d'une manière certaine.
Les miasmes putrides peuvent ainsi venir se fixer sur une muqueuse, proliférer dans le mucus sécrété et de là pénétrer dans le torrent circulatoire.
L'élément septique est irritant, ainsi que nous l'avons constaté maintes fois dans nos expériences; par sa présence , il irrite une muqueuse , une plaie, y détermine un afflux sanguin, qui facilite encore l'introduction et la diffusion du principe morbide.
Au point de vue clinique, nous pensons que les voies d'introduction des éléments septiques hétérochthones sont la muqueuse nasale, pharyngienne et trachéale peut-être. Nous avons démontré que, dans l'alvéole pulmonaire, l'élément toxique ne passe pas, tandis que le véhicule liquide est rapidement absorbé.
Gomme dans l'expérience de Vulpian, l'élément se fixe à la muqueuse nasale ou autre , s'y multiplie et passe dans le sang.
La voie intestinale fournit un mode d'introduction très-probable: les eaux ordinaires peuvent contenir des germes; ces germes franchiront rapidement l'estomac et pourront se développer sur la muqueuse intestinale , proliférer et infecter le sang.
Si les matières putrides sont en excès (viandes altérées , empoisonnement par saucisses) , les acides de l'estomac seront insuffisants pour la destruction
du poison , et des éléments pourront passer dans l'intestin.
Il est probable que la marge de l'anus peut devenir le siège d'un travail local semblable, quand on songe que des diarrhées et des dysenteries ont été contractées sur des lieux d'aisance.
La septicémie est une altération du sang.
L'élément infectieux introduit dans le sang altère ce liquide.
Les globules se déforment en cédant leur oxygène et deviennent diffluents ; la fibrine se sépare, le sang devient très-liquide et très-riche en globules blancs ; il fonce en couleur.
Cet état du sang détermine un trouble profond de la nutrition ; les combustions sont enrayées.
Cette influence s'étend aux fonctions importantes. Les globules modifiés dans leur structure n'absorbent plus l'oxygène. Le sang privé d'oxygène et plus riche en acide carbonique devient impropre aux fonctions nerveuses; une forte dépression nerveuse et des convulsions constituent un des symptômes ultimes de l'infection.
Influence du passage de l'élément infectieux à travers plusieurs organismes.
Nous ne saurions trop insister sur cette circonstance remarquable que le ferment putride croît en activité en passant par divers organismes semblables.
M. Davaine et nous avons démontré que du sang putride desséché rapidement ne pouvail transmettre l'infection. Ce point posé, il est très-curieux de voir du sang, après dix inoculations, être susceptible de reproduire la maladie.
Nous avons conservé pendant plusieurs années du sang desséché provenant d'animaux inoculés. Ce sang, mêlé à l'eau, a reproduit l'infection.
Les germes de Bactéries déposés sur l'organisme dans un traumatisme peuvent développer l'infection, mais celle-ci est le plus souvent bornée à l'individu malade. Si, dans une même salle, par suite de l'encombrement, plusieurs cas d'infection se succèdent, une épidémie s'établit. C'est ainsi que le typhus pétéchial devient éminemment contagieux au fur et à mesure du développement de l'épidémie.
Par les mesures prises, par une hygiène mieux entendue, les individus deviennent de moins en moins aptes à contracter le mal, et l'épidémie s'éteint, ou elle devient endémie, lorsque les conditions générales de la vie constituent, pour les populations, une cause notable d'affaiblissement.
La Baclérie, qui s'est bien développée dans trois ou quatre organismes successifs , s'adapte mieux au terrain humain dans lequel elle va proliférer; elle s'y développera plus rapidement.
Le lapin est de tous les organismes un de ceux qui, au point de vue expérimental, se prête le mieux au développement des infusoires. Cela est incontestablement un avantage, mais cet organisme si favorable quelquefois ne l'est pas à un égal degré pour tous les éléments susceptibles de proliférer. Nous avons vu que le principe de 1 erysipèle grave ne s'y développait pas et qu'il nous a été impossible d'y reproduire la maladie des jeunes chevaux.
On ne peut donc pas accuser le lapin , comme cela a été fait, de posséder au plus haut degré la propriété de multiplier les organismes élémentaires
Il y a des organismes qui acceptent certains principes, et d'autres au sein desquels ils ne sauraient se développer.
De la difficulté de la thérapeutique de cette affection.
Nous avons en thérapeutique beaucoup de substances antiseptiques que l'on a proposées dans la septicémie locale et générale, autochthone ou hétéroch-
(1) Nous répondons ainsi à une objection qui a été faite relativement au choix des animaux mis par nous en expérience.
{Xofe des vf'daeteicrs.)
Ihone. En général, à part Faction locale, on obtient peu de résultats.
La raison en est facile à comprendre.
La maladie que l'on veut combattre est une maladie du sang: il s'agit soit de gêner le travail des Bactéries ou leur prolifération, soit d'augmenter la résistance de l'organisme.
Dans le premier cas seraient indiquées les substances qui agissent sur l'agent infectieux (créosote, acide phénique, sulfites, iode, sulfate de quinine, alcool etc.) ; les substances volatiles ou celles facilement éliminables ne resteront pas assez longtemps dans la masse du sang pour agir sur ce liquide.
L'acide phénique (*) s'élimine trop vite.
La créosote (2) est peut-être à préférer, parce qu'elle est mieux retenue par le sang.
Les sulfites (^) ne peuvent donner quelques résultats qu'administrés tout au début de l'infection.
Le sulfate de quinine ne peut s'administrer à doses suffisantes et même le chlorhydrate de quinine comme le voudrait Binz (^).
L'alcool (^), retenu plus facilement dans le sang, agirait probablement dans les deux sens, en modifiant le développement des Bactéries et en donnant
(}) Danion, De V acide phénique. Thèse de Strasbourg, 1869.
(2) Pecholier-Morache, Note à l'Académie des sciences, Oaz. hebd,^ 13 juin 1870.
(3) PoUi, Mémoire sur F usage des sulfites. Milan 1865.
(*)C. Binz, Becherclies expérimentales sur le mode d\iction de la quinine.
(^) Dictionnaire de Jaccoud, article Alcool.
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au système nerveux et à l'organisme une force suffisante pour résister aux désordres pathologiques.
Nous pensons aussi qu'une solution de protoxyde d'azote par la facilité avec laquelle ce gaz abandonne son oxygène reconstituerait le sang et diminuerait ses pertes en gaz.
Il y a donc plusieurs obstacles à vaincre.
1^ Le rapide développement des Bactéries ;
2^ La rapidité de l'élimination de certains médiments.
Nous croyons que jusqu'à présent le meilleur moyen de combattre les infections, c'est de détruire les germes partout où l'on peut les atteindre, principalement dans l'atmosphère des locaux affectés à ces maladies et sur la surface des plaies. A cet égard nous ne voyons de ressources que dans la bonne disposition des ventilateurs et dans l'adaptation à ces derniers d'appareils purifiant par le feu l'air qui entre et qui sort des salles; nous recommanderions volontiers, à cet effet, le système que M. Gornil Wœstyn a récemment présenté à l'Académie des sciences.
Infection putride et infection purulente.
Les symptômes de l'infection putride et de l'infection purulente ne sont pas les mêmes.
La septicémie, fièvre continue, ne présente pas
les exacerbations et rémissions de la fièvre purulente.
A l'autopsie, les différences sont encore plus tranchées.
Le cadavre de l'individu mort de septicémie n'accuse, la plupart du temps , dans les organes, aucune lésion appréciable. L'examen seul du sang révèle le caractère de la maladie par la présence des éléments figurés que contient ce liquide.
Dans les cas d'infection purulente nous trouvons dans les organes ce que l'on a nommé des abcès métastatiques ; jamais le sang ne présente d'altération appréciable, jamais il ne renferme de Bactéries.
Il ne saurait en être de même dans les cas de septico-pyémie. Là, les deux infections se mêlent, et des caractères mixtes sont constatés à l'autopsie.