RECHERCHES EXPÉRIMENTALES SUR LE SANG TYPHOÏDE
Une première expérience d'essai est faite avec du sang provenant d'un homme qui venait de succomber rapidement à une fièvre typhoïde bien consta-' lée; ce sang ne présentait pas la moindre odeur de putridité; il contenait quelques bâtonnets très-petits et une assez forte proportion de globules blancs.
Ce sang, étendu d'eau distillée très-pure, et filtré, est injecté à des lapins par diverses voies (injections sous-cutanées, rectum). La mort est survenue en d5 à 20 jours. La température avait monté assez rapidement à 41^ et oscillé jusqu'à la mort entre 4i° et 42°,3. Nous n'avons constaté aucune odeur à l'ouverture des cadavres.
Les poumons sont un peu congestionnés et présentent des parties hépatisées; le foie est légèrement graisseux; l'intestin est rouge et présente des signes d'une inflammation manifeste; les plaques de Peyer, qui d'ordinaire sont à peine visibles chez les lapins, sont très-apparentes, tuméfiées et rouges; les matières intestinales contiennent beaucoup de Bactéries et de petit? infusoires très-actifs.
Le sang avait été examiné au microscope pendant la vie. Ce liquide, rouge au début, était devenu plus foncé vers l'époque de la mort. Le microscope permettait d'y distinguer des Bactéries et des globules blancs en proportion assez notable vers la fin de la vie et après la mort.
Nous pûmes nous convaincre, d'après ces premiers faits, que le sang typhoïde humain est capable de déterminer chez les lapins des désordres pathologiques et la mort. On sait d'ailleurs que ces animaux peuvent être atteints d'une affection de nature typhoïde.
Dès lors nous procédâmes à des expériences plus régulières et plus complètes.
Du sang typhoïde fut pris à l'aide d'une ventouse sur une femme atteinte de fièvre typhoïde au deuxième septénaire, et entrée récemment à la clinique. La malade mourut le vingt-quatrième jour, et l'on constata à l'autopsie tous les signes d'une affection typhoïde.
Le sang récolté sur le vivant contenait des points très-mobiles et des Bactéries filiformes. Ce sang^ mêlé à un peu d'eau distillée très-pure, et filtré, fut injecté dans la proportion de 6 c. c. sous la peau de deux lapins.
L'un de ces lapins vécut 8 jours, l'autre 7 jours; la fièvre avait commencé quelques heures après l'injection; 2 jours avant la mort la température avait atteint 43°. Le sang, examiné à plusieurs reprises pendant la vie, présenta vers le troisième jour une
zone immobile très-accentuée; il contenait une multitude de petits bâtonnets et des globules rouges en voie d'altération et de déformation. Nous avons noté aussi vers la fin une augmentation dans la proportion des globules blancs.
Le sang de ces deux lapins servit à injecter d'autres animaux de même espèce; nous arrivâmes ainsi à reproduire successivement des générations nombreuses de Bactéries.
Nous allons étudier, dans les quelques paragraphes qui suivent, les voies d'absorption, la durée de la vie, la transmissibilité des éléments septiques, les symptômes et les altérations du sang et des organes.
. Voies d'absorption. — Transmissibilité. — Durée de la vie.
Les injections sous-cutanées ont été les plus nombreuses.
Nous avons injecté du sang humain étendu d'eau et du sang de lapin infecté. Nous avons fait de simples inoculations de sang de lapin infecté. Enfin, le sang desséché à une température douce, réduit en poudre, a servi de matière à injection. Ce sang pulvérulent a été aussi traité par l'eau distillée, filtré, et ce liquide a été injecte ainsi sous la peau.
Le tableau suivant fera mieux ressortir la suite des opérations.