‹ Recherches cliniques sur le chloroformeChapitre 2 sur 6 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Action atitilicinori'tangiquc Uu chloroforme pendant les opérations.

11 est impossible que les chirurgiens qui ont fait un grand nombre d'opérations avec le secours du chloroforme n'aient pas été frappés de la petite quantité de sang que perdent, pendant des opérations graves, quelques sujets soumis à l'action de cet anestliésique : c'est, pour ma part, une remarque que j'ai faite depuis longtemps. Sans attacher autrement d'importance à cette particularité, je n'avais pu m'empêcher de comparer l'exiguïté de ces pertes de sang à la quantité de celles qui ont lieu généralement pendant les grandes opérations faites sans le secours du chloroforme.

Réfléchissant au mécanisme en vertu duquel pouvait se produire uu pareil résultat, je compris bien vite qu'un sujet chez lequel l'agitation physique et morale causée par une opération porte l'accélération du pouls à 120, devait perdre, par une artère ouverte, plus de sang que le malade qui n'a que 60 pulsations par minute. Je crus trouver dans ce fait quelque chose de très-avantageux et d'une application directe à la pratique, au point de vue des hémorrhagies qui ont lieu pendant les opérations. Ce n'était toutefois, jusque-là', qu'un simple aperçu ne reposant, il est vrai, d'une part que sur des impressions assez vagues , mais d'autre part sur ce raisonnement physiologiquement incontestable, à savoir : que le blessé qui a 120 pulsations par minute doit perdre, dans un temps donné, et toutes choses égales d'ailleurs, plus de sang que celui qui n'en a que 60.

Mais, pour tirer des conclusions, et surtout des conclusions

applicables à la pratique, il fallait autre chose que des impressions et des raisonnements, quelque plausibles qu'ils fussent. Je résolus donc de soumettre à une observation spéciale, sous ce rapport, un certain nombre de malades opérés à l'hôpital Saint-Antoine. Ce sont les résultats de ces observations que je désire soumettre à l'attention des chirurgiens.

Onze sujets, dont trois amputés de la cuisse, quatre amputations du sein, une amputation de jambe, une résection totale du premier métatarsien et du premier cunéiforme, une résection de l'humérus, une de l'os maxillaire inférieur, m'ont fourni l'occasion de constater que, soit dans la période de collapsus, soit dans la période de tolérance anesthésique, les pertes de sang que comportent habituellement de pareilles opérations étaient énormément amoindries , et que, notamment chez deux sujets, l'une des femmes amputées du sein et un adulte amputé de la cuisse, l'opération s'était faite pour ainsi dire à sec. Chez ce dernier, il est vrai, la compression de la fémorale était faite avec beaucoup d'exactitude ; mais ce qui nous prouva que le chloroforme entrait pour une part dans l'hémostase, c'est que, quand je prescrivis de suspendre la compression, toute la surface de la plaie, à l'exception de l'artère principale qui fournissait nn jet très-modéré, ne donnait qu'une quantité de sang tellement peu considérable, qu'on fut obligé d'attendre la cessation de l'état anesthésique pour rendre possible la ligature des artères secondaires. Chez la malade amputée du sein, qui est âgée de vingt et quelques années, et qui était venue se faire opérer pour une tumeur adénoïde du sein droit, il ne s'écoula littéralement pas une cuillerée à café de sang pendant l'opération. J'eus ici le tort de ne point attendre le réveil de la malade pour procéder au pansement; et, chose bonne à remarquer, il survint une hémorrhagie qui ne se déclara qu'un certain temps après l'application du panse-

nient et alors que la malade avait été reportée dans son lit depuis quelques heures.

Ce n'est pas seulement au point de vue de l'héinorrhagie artérielle que le chloroforme peut être considéré comme diminuant les pertes de sang, c'est encore eu égard à riiémorrhagie veineuse. On sait, en effet, que les efforts mal contenus d'un malade qui souffre le disposent, d'une manière particulière, à l'héinorrhagie veineuse; car il est sous l'influence de deux causes qui jouent un grand rôle dans ces sortes d'hémorrhagies : d'abord une respiration imparfaite, puis des contractions musculaires énergiques. Ces deux causes, le chloroforme les éloigne, mais à cette condition qu'on ait obtenu, par lui, l'état de collapsus ou celui de tolérance anesthésique.

Si nous voulons nous rendre compte rationnellement des motifs en vertu desquels s'accomplit le phénomène qui nous occupe, il nous suffira de comparer brièvement l'état d'un malade opéré dans les conditions ordinaires, à celui d'un sujet arrivé à la période de tolérance.

Chez le premier, l'effroi de l'acte opératoire qui va s'accomplir précipite le nombre des pulsations, accroît la force d'impulsion des battements du cœur, retarde la libre arrivée du sang veineux, iion-seulenient par suile du trouble apporté à la respiration, mais aussi par les efforts que fait le malade, contenu avec le secours des aides. Ainsi, accroissement du nombre des pulsations, augmentation de leur intensité, stase du sang veiueux, telles sont les conditions circulatoires du sujet qui subit une opération sans l'emploi des anesthésiques.

Ceux-ci ont-ils été administrés, que voyons-nous'.' Précisément tout le contraire : diminution dans les battements du pouls, affaiblissement de son intensité, état normal delà respiration et de la circulation veineuse.

En comparant des situations aussi opposées, il n'est pas

difficile de comprendre la différence des résultats observés sous le rapport de la tendance hémorrhagique.

Examinons maintenant quelles conséquences on peut tirer pour la pratique de ce qui vient d'être exposé. A ce titre, et comme résultat de nos observations, on pourra noter :

1° Que l'action sédative du chloroforme, pendant la période dite de tolérance, diminue chez les opérés : a le nombre des pulsations ; 6 la force d'impulsion des battements du cœur ; c la stase du sang, cause d'hémorrhagies veineuses.

2° Que la diminution des hémorrhagies, pendant la période de tolérance, peut rendre des services réels dans les cas d'opérations qui supposent l'ouverture possible d'un grand nombre de vaisseaux.

o° Que s'il est quelquefois utile, ainsi que cela a été conseillé par quelques chirurgiens, de ne faire le pansement qu'un certain temps après les opérations, cette prescription devient pour ainsi dire obligatoire après l'emploi du chloroforme , les chances d'une héinorrhagie ultérieure étant d'autant plus grandes qu'il s'est écoulé moins de sang pendant l'opération.

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