CHAPITRE III
De la rjuiione du smij; pur Se clilinolorsr.»' . - ;:t-marques Mur quelque» effets coDigécutif* de l'acSâou du p'al^roforme : du frisson et de la stsspeur nn:'gtJiésïqu. a.
J'ai souvent remarque, en pratiquant des opérations plus ou moins graves, et notamment des amputations de jambe et de cuisse, sur des sujets endormis par le chloroforme, que le jet sanguin sortant des artères présentait, au lieu de sa couleur vermeille et rutilante, une coloration brun foncé presque semblable à celle du sang veineux. Cette coloration prouvait évidemment que le sang n'avait pas subi, dans le poumon, une revivification ou oxygénation suffisante, et qu'il y avait dès lors un commencement d'asphyxie. Or, cela n'existe pas seulement dans des cas où le mode d'administration du chloroforme est défectueux, mais nous l'avons positivement constaté dans ceux où toutes les précautions avaient été prises pour éviter l'asphyxie. Il nous a donc fallu conclure de là que, même avec une inhalation très-bien faite, le sang des sujets soumis a l'action du chloroforme ne subissait point au degré normal les changements par suite desquels le sang devient artériel , de veineux qu'il était en arrivant au poumon.
En y regardant de plus près, nous avons vu que cet effet qualifié par nous, improprement peut-être, de cyanose du sang, s'observait à son plus haut degré pendant la période de collapsus, pour diminuer ensuite à mesure que la respiration reprenait son type normal. Si, pour des motifs que nous avons antérieurement déduits, nous n'eussions pas déjà considéré
l'état de collapsus connue une condition fâcheuse pendant l'anesthésie, cette circonstance de la cyanose du sang, atteignant son maximum pendant la période de collapsus, eût suffi pour arrêter notre opinion à ce sujet.
Mais ce n'est pas là le point sur lequel nous insistons en ce moment. Ce que nous tenons à constater, c'est que l'inhalation du chloroforme, alors même qu'on la pratique delà manière la plus sage et la plus ménagée, s'accompagne toujours d'un certain degré d'asphyxie incomplète, attestée par un changement de couleur du sang artériel; seulement, l'altération est beaucoup plus prononcée pendant le collapsus.
Il est une expérience que nous n'avons point faite, mais qu'il ne serait pas difficile d'instituer dans certaines opérations. L'expérience consisterait à recevoir, dans des tubeséprouvettes, des quantités suffisantes de sang lancé par les artères et recueilli aux diverses périodes de l'anesthésie. A moins que nous n'ayons été le jouet d'étranges illusions, nous oserions prédire le résultat de ces expériences et avancer que l'on trouverait de remarquables différences de coloration dans le sang des diverses éprouvetles.
Jusqu'ici, cette question a été trop peu étudiée pour qu'il nous soit possible de la traiter plus au long. Nous nous proposons de le faire. Mais provisoirement, il nous a paru que cette circonstance de la cyanose du sang, même dans les degrés peu prononcés de l'anesthésie, méritait d'être signalée aux praticiens, et, à plus forte raison, l'accroissement trèssensible de cette cyanose pendant le collapsus.
Frisson anesthésique. — Il est un certain nombre de sujets qui, après l'emploi du chloroforme, sont saisis d'un frisson, de courte durée chez quelques-uns, et qui chez d'autres peut aller en s'aggravant, se convertir enfin en un refroidissement progressif et même mortel, si le chirurgien ne lutte pas de bonne heure et très-énergiquement contre cette fâ-
cheuse tendance. J'ai eu déjà plusieurs fois l'occasion d'appeler l'attention de mes collègues, à la Société de chirurgie, sur ce genre d'accident. La première fois que je l'ai observé, c'était sur un malade de l'hôpital Saint- Antoine, à qui j'avais pratiqué l'opération de la taille par le procédé bi-latéral avec le lithotôme de Dupuytren. Le malade avait été reporté à son lit après l'opération ; aucun accident n'avait eu lieu ; il avait parfaitement repris connaissance ; j'avais seulement recommandé à mes internes de surveiller l'état du malade. Toutefois, au moment de quitter l'hôpital après la consultation, je voulus voir encore une fois mon opéré. Je le trouvai en proie à un frisson tellement intense, déterminant une prostration si profonde, que je ne doutai pas qu'un état semblable n'eût infailliblement amené au bout d'une demi-heure, d'une, heure peut-être, la perte du malade. Je m'occupai donc de rétablir la calorification par tous les moyens que j'avais à ma disposition en ce moment. Les premières tentatives ne produisirent qu'un effet peu marqué, mais en persévérant dans l'emploi des mêmes moyens, savoir : les frictions avec l'eau-de-vie camphrée chaude, les alèzes brûlantes, des bouteilles d'eau chaude aux pieds, du vin sucré à l'intérieur, je parvins à ranimer le malade, et je ne quittai l'hôpital qu'en le laissant dans des conditions rassurantes. Cet homme a parfaitement guéri.
Il ne m'est pas resté le moindre doute que si je ne fusse pas revenu auprès de cet opéré, il n'eût infailliblements uccombé. C'est pour cela que, depuis cette époque, j'ai cru devoir nonseulement appeler l'attention de mes confrères sur le genre d'écueil dont il s'agit, mais de plus je me suis imposé l'obligation de veiller toujours avec un soin particulier au rétablissement de la calorification après les inhalations du chloroforme.
Stupeur anesthésique. — Chez certains malades, l'action du chloroforme a des effets consécutifs non pas très-éloignés,
mais qui cependant ne produisent leurs conséquences définivement fâcheuses qu'au bout de seize, vingt-quatre, quarantehuit heures. 11 semblerait, dans ces cas, que l'atteinte portée aux forées vitales par le chloroforme ait été tellement profonde que le malade ne puisse pas s'en relever. 11 revient, il est vrai, de l'engourdissement anesthésique primitif, mais il reste dans un étal de demi-stupeur et de prostration tel qu'il succombe dans les courts délais que nous venons d'indiquer, sans qu'on puisse invoquer la circonstance d'une hémorrhagie ou d'une pénétration d'air dans le système veineux, rien, en un mot, qui puisse rendre compte de la mort, si l'on n'attribue pas une certaine part au chloroforme dans la terminaison fatale. La seule circonstance qui, dans les cas dont nous venons de parler, pourrait être invoquée comme cause de mort en dehors de l'action du chloroforme, ce serait cet épuisement de la force nerveuse, signalé, dans le temps, par Dupuylren, mais qui restera toujours quelque chose de trèsvague, de très-mystérieux et de très-contestable.
Les cas dans lesquels nous avons observé ce que nous appellerions des morts consécutives, espèce d'empoisonnement lent par le chloroforme, se rapportent à des opérations faites chez des vieillards ou chez des sujets profondément débilités. C'était aussi à la suite de ces opérations que nous appelons sidérantes pour indiquer à quel degré elles agissent sur l'état général des forces et sur l'économie tout entière ; par exemple, des opérations de hernie étranglée, des ablations de tumeurs considérables chez des vieillards, chez des malades épuisés, chez des sujets atteints de plaies d'armes à feu.
Le nombre encore très-peu considérable de ces faits, leur interprétation contestable, la coïncidence de l'emploi du chloroforme avec une opération très-grave par elle-même, nous imposent une grande réserve et ne nous permettent point encore de conclure. Ce sont donc seulement des doutes, des
présomptions que nous soumettons au contrôle des praticiens ; mais nous avons cru devoir le faire dès à présent, afin d'éveiller leur attention sur une cause de mort d'autant plus redoutable, qu'elle resterait plus inaperçue. Jusqu'à un plus ample informé, nous nous bornerons donc à parler de la simple possibilité d'un empoisonnement lent ou consécutif par le chloroforme.