D) NOUVELLES TENDANCES
Il se révéla bientôt que ces méthodes étaient loin de donner complète satisfaction. Celles-ci, loin de conserver, ou même de restituer au sol sa fertilité naturelle sous forêt, tendaient vers un appauvrissement graduel.
D'autre part, des essais que nous relaterons au chapitre III, ont montré que même pendant ses années de plein développement, la Légumineuse tracante manque souvent à son rôle « d’enrichisseur en azote ». Ses besoins importants de minéraux et d’eau, en font un commensal bien gênant pour l’'Hevea et surtout pour le Palmier à Huile. Enfin, les amas de débris, s’entassant entre Île sol et la couche vivante des Légumineuses, sont dans bien des cas d’une utilité discutable pour le sol, qui manque ainsi de bonne aération. En effet, l'exploitation économique d’une plantation ne permet pas les labourages, qui, en dehors de leurs prix élevés (100 à 300 fr. l’hectare), exigent un essouchage préliminaire (500 à 3.000 francs l’hectare). Enfin, le travail des racines des Légumineuses traçantes est très insuffisant en terres lourdes.
Toutes ces constatations ont développé au cours des dernières années l'emploi des Légumineuses dressées : Crotalaria, Tephrosia et, à un moindre degré, Indigofera, Mimosa et Lamtoro (Leucaena glauca). Ces arbustes, dont l'emploi est généralisé depuis longtemps dans les plantations de thé, firent merveille, techniquement parlant, dans beaucoup de cas. Malheureusement, ils nécessitent un contrôle, au moins semestriel, pour empêcher un développement incompatible avec les conditions d'exploitation normales. Ce recépage, qui peut coûter de 30 à 60 francs l’hectare, est un inconvénient économique. Enfin, le tout petit nombre d’espèces survivant dans une plantation à maturité, a empêché la résolution du problème technique.
Au cours des dernières années, on expérimenta donc presque partout des méthodes diverses.
Le chaos est encore intense: 1l faudra de nombreuses années pour arriver à préciser une politique de méthodes culturales, satisfaisant à la fois l’Agronome et le Planteur. Signalons les essais les plus intéressants étudiés par la Socfin au cours des dernières années :
a) Ouverture. — 1) Abattage et nettoyage de layons parallèles dans la forêt, appelés : « raintices », de façon à se rapprocher le plus près des méthodes forestières. Pas de brülage.
2) Abattage complet, nettoyage des « raintices » que l’on plante. Les débris forestiers ne sont pas brûlés mais on les laisse se recouvrir de plantes traçantes. Si possible, de Légumineuses, qui les aident à pourrir plus vite.
3) Abattage et brûlage complets, mais pas de rebrülage. Alignement des bois non brûlés en courbes de niveau pour les pentes et en lignes parallèles pour les terrains plats.
4) Variante de (3), comprenant des mélanges variés de plantes de couverture, dites améliorantes : Légumineuses dressées et rampantes et non-Légumineuses.
5) Variante de (4) comprenant une plantation serrée d'Heveas, en lignes. Ceci permet de négliger le facteur phytopathologique et de traiter la plantation en exploitation sylvicole réelle. Entretien très réduit.
b) Période de la plantation non en rapport. — Toutes les recherches tendent à diminuer au strict minimum les frais d'entretien prohibitifs dans cette période de non-rapport.
La plantation serrée permet de n’attacher d'importance aux maladies que dans des cas épidémiques exceptionnels.
Le but est de trouver une couverture ne permettant pas au Lallang (Imperata cylindrica), de s'établir‘. Son développement ne doit pas nécessiter des coupes fréquentes et très onéreuses.
Nous avons un millier d’hectares en tous sols et pentes variées, employés à faire des essais qui devraient nous mener au but recherché, d’ici quelques années.
Signalons que les Légumineuses dressées, comme le Tephrosia candida, semblent donner satisfaction, quoique moins économiques d'entretien que les Légumineuses traçantes, genre Pueraria. Les plantes non-Légumineuses offrent, d’autre part, des possibilités très intéressantes. Ici, l’éclairement favorable permet d'établir une sélection importante et variée comme espèces.
1. Signalons que le Forest Research Institute est parvanu à récupérer des savanes d’Imperara par implantation de sauvageons de Vitex.
c) Période de la plantation en rapport. — Nous verrons plus loin que d’un point de vue économique stricte, les Légumineuses sont d’un établissement, et d’un maintien onéreux sous les vieilles cultures.
Des méthodes dites « forestières », ont donc été essayées en assez grand nombre et un peu partout. Notre groupe a une dizaine de champs d'expériences diverses sous le contrôle d’un Agronome. Celles-ci devraient, dans un avenir plus ou moins rapproché, nous donner la sanction pratique, sur grande échelle, des observations et des expériences de laboratoires, que nous relaterons plus loin.
Le but est de trouver pour chaque type de sol la sélection de plantes la plus favorable. Elle ne doit nécessiter qu’un entretien et un contrôle minimes. Naturellement, ces plantes aimant l'ombre et, « civilisées », ne poussent que très mal ou pas du tout, sur des sols érodés et appauvris. Pour en permettre le développement, il faut donc éventuellement tolérer des plantes moins bonnes, mais plus résistantes, quitte à s’en débarrasser dès que possible.