IV. — CONSIDERATIONS PHYSIOLOGIQUES SUR LES LEGUMINEUSES USUELLES
A. — LEGUMINEUSES TRAÇANTES
a) Calopogonium mucunoïdes. — Cette plante est traçante, grimpante, d'établissement facile et rapide. Sa couverture est assez ouverte, n’arrêtant pas trop l’aération du sol. Elle ne tolère généralement pas l’ombre, s’étiole après trois ans, pendant les pluies, attaquée par la Rhizoctonia solani Kuhn (Corticium vagum : B. et C.). Elle est assez exigeante en minéraux et humidité. Sa croissance retarde fortement la culture principale. Elle ne tolère pas les saisons sèches prolongées pendant lesquelles elle crée un danger d'incendie.
b) Centrosema pubescens. — Plante traçante, grimpante. Elle peut être établie facilement en bons sols et aussitôt après le brûlage. Sa couverture est plus plate que celle du Calopogonium, qui la tient en échec. Elle est moins favorable à l’aération du soi que le Calopogonium. Elle est bien plus résistante aux maladies, et, en sols riches en phosphates et humides, elle tolère bien l'ombre. Ses besoins en minéraux actifs (P*°O, K°O, CaO) sont les plus faibles de toutes les légumineuses traçantes utilisées, ce qui en fait la couverture traçante préférée. Elle n’est favorable, d’une façon générale, que dans les terres poreuses. Elle ne présente des nodosités qu’en sols suffisamment humides, poreux et riches en minéraux.
c) Centrosema plumieri. — Cette plante a été utilisée sur une grande échelle, mais elle est maintenant abandonnée. Elle présente les mêmes inconvénients que le Centrosema pubescens. Son développement est moins favorable.
d) Pueraria phaseoloïdes (Javanica). — Plante traçante, grimpante, à développement énergique et rapide. Cette plante met en échec toutes les autres Légumineuses traçantes. Elle est fort utile là où il faut réduire les coûts de sarclage. Sa résistance aux maladies est assez bonne et eile tolère généralement l’ombre, lorsque le sol est humide et assez riche en phosphates.
Elle représente non seulement la couverture traçante la plus poreuse, mais elle est aussi la plus grande consommatrice en eau. C'est aussi la légumineuse traçante la plus effective pour
retenir le lavage. Elle est utile dans les sols plats, de texture moyenne, et dans les collines riches et poreuses.
e) Vigna oligosperma (Dolichos Hosei) — Plante traçante plate, d’un développement très lent en Malaisie. Elle est peu appréciée par les planteurs, en raison des coûts de sarclage élevés qu’elle entraîne. Elle est très peu résistante aux maladies : Sclerotium Rolfsi Sace, Corticium vagum, Pythium. En principe, c’est la plante rêvée pour les vieilles cultures à sols poreux, où elle fait un tapis ne gênant pas l'exploitation. En pratique, ses besoins élevés en minéraux en font une couverture impossible, économiquement parlant, pour nos plantations malaises.
f) Jndigofera endecaphylla — Plante traçante. Elle fournit au sol, par la chute de ses feuilles, un apport humique très important. Elle forme une couverture assez haute et poreuse, avec racines assez pénétrantes. Elle est résistante aux maladies. C’est la couverture traçante que nous préférons, pour maintenir la fertilité du sol. Malheureusement, elle n’admet pas l’ombre et se développe assez lentement à la lumière, sauf en sols riches, poreux et humides. Ses besoins en minéraux sont les plus élevés de toutes les couvertures traçantes. Sa longévité est variable, parfois elle n'excède pas un an. Utilisée en couverture unique, elle cause des coûts de sarclage élevés, car elle n'est pas étouffante.
Cette plante n’est à utiliser qu’en sols riches, ou en combinaison avec des engrais chimiques, phosphatés et chaulés, et en association avec des espèces permanentes.
g) Desmodium. — Il existe, à l’état indigène, une vingtaine de différentes espèces de Desmodium, qui offrent un certain intérêt.
Nous n'avons malheureusement expérimenté que deux d’entre elles :
1) Desmodium heterophyllum. — Herbe traçante, assez courte. Elle fait, en lieux suffisamment humides, un tapis plat et épais, au bout de quelques mois. Elle ne tolère l'ombre que dans les ravins riches et humides. Peu économique de sarclage, elle n’a guère d’application dans les jeunes cultures. Dans les vieilles cultures, au contraire, elle est très appréciée à juste titre, là où elle veut bien pousser.
2) Desmodium scalpe. — Herbe mi-traçante, midressée. Racines adventives fasciculées. Elle forme un couvert peu dense et peu favorable à l’ameublissement du sol. Sa capacité d’évaporation est bonne. Tolérant bien l’om-
bre, elle rend des services dans les terres poreuses et où le
drainage parfait est difficile. |
h) Mimosa invisa. — Plante mi-traçante, mi-dressée. Ses épines la rendent malheureusement inutilisable dans les plantations.
Elle tient l’Imperata en échec pendant la durée de sa vie, qui semble irrégulière. Elle n’est utilisable que dans les terres plus ou moins abandonnées, afin de régénérer le sol et de retarder ou d'empêcher l'invasion des graminées nuisibles.
ï) Conclusions sur les Légumineuses traçantes :
— D'une facon générale, elles étouffent le sol, sauf l’Indigofera, et aussi la Pueraria.
— [Le Calopogonium n’est guère utilisable, en raison de son manque de longévité. Mélangé au Centrosema, 1l le tient en échec.
— [Les racines sont peu utiles à l’amélioration du sol, sauf celles de l’Indigofera.
— [ieurs besoins en minéraux sont très élevés (excepté le Centrosema).
— Elles évaporent moins d’eau que les Légumineuses dressées (sauf le Lamtoro) et sont donc utiles dans les sols trop poreux et secs.
B. — LEGUMINEUSES DRESSEES
a) Tephrosia candida. — Arxbrisseau atteignant environ 2 m. 50 à 3 mètres. Sa racine pivotante est très pénétrante, effectuant une bonne cultivation du sol. I] supporte assez mal l'ombre, sauf en terrains assez riches en phosphates (dont il est avide), et suffisamment humides.
Normalement, il ne vit qu'environ 4 ans et ne peut être utilisé en couverture unique. Sa germination est en général mauvaise, en raison d'une infection des gousses par insectes, très contagieuse à maturité. Les gousses doivent être cueillies avant l'infection et mises à müûrir sur des étagères sèches et désinfectées.
Il existe de nombreuses autres espèces du genre Tephrosia, qui sont assez fréquentes en association avec le Tephrosia candida. Généralement, à part peut-être le Tephrosia Vogel, leurs caractères sont moins favorables.
b) Crotalaria anagyroïdes. — Arbrisseau utilisé également en grand. Son développement, qui peut dépasser 4 mètres,
Nodosités de Légumineuses dressées.
Li)
Greffes de 3 ans plantées en courbes de niveaux.
(Couverture de Centrosema dépourvu de nodosités.)
Une plantation de 5 ans greffée depuis 6 mois.
(Couverture de Graminées.)
Nouvelles méthodes de couverture.
Comparaison des Légumineuses traçantes (droite) et d’une combinaison de Légumineuses traçantes et dressées (gauche).
Jardin grainier en forêt.
(Couverture de Tephnosca)
est un inconvénient qui le fait un peu déconsidérer par les planteurs. Sa poussée est très rapide; sa racine pivotante est moins pénétrante que celle du Tephrosia. Il s’accommode mieux de terres plus légères.
Les couvertures de Crotalaria anagyroïdes contiennent presque toujours des plants de Crotalaria striata et usaramoensis, et parfois encore d’autres espèces. Toutes les espèces du genre Crotalaria répondent assez bien aux mêmes caractéristiques que ce dernier. Elles semblent cependant moins favorables comme développement et longévité.
Cette plante est généralement utilisée en association avec le Tephrosia, dont elle aide, par sa poussée rapide, l’établissement.
c) Leucaena glauca (Lamtoro). — Arbre qui a un développement maximum supérieur à celui des deux plantes précédentes. Sa germination est meilleure que celle du Tephrosia. Sa poussée est si lente, qu’il est exceptionnel de la voir atteindre son plein développement dans nos sols de plantations. Son système de racines est particulièrement favorable pour retenir le sol.
Cette plante est à utiliser en association avec les couverts dressés précédents. Quand elle est bien établie et couvre bien le sol, c’est la couverture dressée préférée de certains planteurs pour sa petite taille et par la chute périodique importante de ses feuilles. Elle retarde moins la croissance de la culture principale que les deux précédentes.
d) Conclusions sur les Légumineuses dressées. — D'une façon générale, ces Légumineuses cultivent le sol, lui apportent un ombrage tamisé et des déchets de feuilles, qui favorisent la fertilité.
— Au cours des derniers quatre ans, nous avons fait couvrir des milliers d'hectares de jeunes cultures par ces plantes, avec les résultats pratiques les plus encourageants.
— Elles sont utiles en masses serrées dans tous les sols plats, lourds et mal drainés. Le sarclage devient ici inutile, à part un tour trimestriel pour l’Imperata. Des recoupages ne sont indispensables que pendant les deux premières années de la culture principale et augmentent le coût du sarclage de moitié pendant la première année (260 frs-Ha. au lieu de 170 frs-Ha.).
— [eur utilisation sur les collines demande plus de discrimination, en raison de leur forte évaporation. Pour l'Hevea, on peut risquer la couverture serrée en toutes terres non poreuses. Pour le Palmier, on ne peut guère dépasser la moitié inférieure
des collines importantes. Au-dessus, 1l faut s’en tenir à des rangées doubles, entre les intervalles de culture principale.
— Un recoupage au début de la saison sèche protège le sol, diminue la surface évaporante et pallie à l'inconvénient de ces plantes, utilisées en collines.
— Il est souvent utile de faire un mélange de couvertures traçantes et dressées. La couverture traçante ne doit être établie que de huit mois à un an, après la couverture dressée. À défaut de cette précaution, la couverture dressée ne peut se développer.
À ce sujet, M. Joachim écrit (page 11, réf. citée) :
« Les recherches faites à Paradeniya, depuis 1925, ont « montré que, dans le cas des couvertures, il est perdu plus « d'humidité à 60 centimètres de profondeur pendant les « périodes de sécheresse, durant les deux premières années, « que d’un sol nu. Le phénomène contraire se présente quand « la couverture est bien établie et qu’une couche de matières « organiques protège la surface... quand la pluie est inférieure « au taux de 0,5 M, les couvertures dressées sont impraticables « et ne peuvent être recommandées. »
En ce qui concerne les vieilles cultures, nous citons encore e Manual of Green Manuring :
« En ce qui concerne les Légumineuses dressées, la plante « idéale n’a pas encore été trouvée. »
Nous sommes convaincus que, parmi les centaines de Légumineuses indigènes, nous trouverons bientôt une sélection favorable, Nous avons, néanmoins, observé que dans nos sols, aucune Légumineuse ne s’accommode de l'ombre en habitats pauvres et secs.
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