Jestien, De etvhmi epist. Judcc
DE L'AUTEUR DE l'ÉpITRE. 11
Quant à Gai. 1,1: Paul apôtre, non de la part des hommes, ni par l'entremise d'un homme, mais appelé par Jésus -Christ et Dieu le Père qui l'a ressuscité. . . comparé avec Gai. I , 1 0 : Si je cherchais à plaire aux hommes je ne serais pas S\tXoç de Christ; ils disent avec raison qu'il ne prouve pas que Paul fasse <JWç synonyme d'fi«ro«-reAoç , car dans le verset 10 <T«Aoç signifie disciple sincère de Jésus-Christ et pas autre chose.
Le troisième passage est Philipp. 1,1, Uavhoç km TtfxoBtoç <TWAo/ 1. Xç. Paul , disent-ils encore avec raison , n'aurait pu mettre TlttvXoç Ktti T//xoôeoç œrrtxrro'Koi I. X£. , car employant toujours le mot ctTrorroXoç dans son sens restreint , quand il parle de lui personnellement, et ayant à cœur dans ce passage de désigner Timothéc en même temps que lui, il s'est servi du mot <TWAoç dont le sens était plus étendu que celui d'«7ro<rroAoç et qui s'appliquait à Timothée aussi bien qu'à lui.
Au sujet de Tite 1,1, n«t/Aoç AjAoc «TrorroAoç A I. X^. , ceux qui nient l'apostolat disent encore que, de ce que le mot (TWAoç est opposé à awoffroAoç, il ne paraît pas résulter que ces deux termes expriment la même chose. En outre Paul s'appelle <T«Aoç <3*« koli Iwn X^iATa et «roaToAoç fo& (Gai. 1,1), mais jamais cwroflroAoç Donc J*«Aoç et cmoaToXoç n'ont pas le même sens à ses yeux.
En dernier lieu sur Jacq. 1,1, 1***6* Se« *** Ku£/« Iw<r« Xgi<mt <J\*Aoç, ils font remarquer qu'en supposant même que l'auteur de l'épitre de Jacques fût apôtre, il n'en résulterait pas que par ces mots il ait voulu désigner sa charge d'apôtre. Car la manière usitée de parler, chez les premiers chrétiens, ne permettait pas qu'il s'appelât apôtre de Dieu et de Jésus-Christ, dans un seul et même sens, tandis qu'il pouvait s'appeler serviteur de l'un et de l'autre en toute vérité.
Après avoir pesé tous ces arguments, dont la plupart sont très-justes, nous sommes obligé de reconnaître, que le mot <ft*Aoç ne peut être regardé comme synonyme du mot otTrooroAoç,
parce qu'il ne s'appliquait pas exclusivement aux apôtres (Philipp. 1,1: ïletvhoç km Ti/xoôeoç S\tXot Innt Xçttmt) , et de conclure qu'on ne peut tirer un argument en faveur de l'apostolat de Jude de ce qu'il s'est appelé S\sXoç I. X^., quoique tout amofrroXoç de Jésus-Christ fût naturellement son S\iXoç.
Cependant de ce que Jude ne s'est pas dit apôtre , il ne s'ensuit pas, comme plusieurs l'ont voulu , qu'il ne le fut pas : attendu que Paul lui-même, qui était d'ordinaire si jaloux de revendiquer les droits de son apostolat, ne s'est pas appelé apôtre dans quatre de ses épîtres (Philipp. 1, 1 : UetvXoç kcu TifxoQtoç S\t\ct I. X£. j 1 Thessal. I, 1 : TIclvXoç kou ItXovavoç kcu Ti/AoQtoç$ 2 Thessal. : TlavXoç kou ItXovavoç km TtfxoQioç ; Philém. : UxvXoç ho-fxtoçl. Xg, kcu TifAoBtoç o at£>eX<poç> QtXnfxovt).
On répond, en disant que le nom seul de Paul était une autorité, et qu'il n'en était pas ainsi de celui de Jude. Cette réponse ne nous semble pas fondée, attendu que Jude devait probablement être très-connu de ceux à qui il envoyait son épitre, et jouir d'une certaine autorité auprès d'eux; autrement, ce semble, il ne leur eût pas écrit.
D'ailleurs , il faut se faire une idée exacte de l'état des choses à cette époque. Les premiers chrétiens devaient tout naturellement être très au courant de tout ce qui concernait leurs instituteurs spirituels; très -bien connaître toutes les particularités de leur vie , parce qu'on aime à s'entretenir souvent des personnes qu'on affectionne et qu'on respecte ; par conséquent ils savaient quels étaient ceux qui, parmi eux, avaient été apôtres de Jésus -Christ, et ceux qui n'avaient été que ses disciples, ceux qui s'étaient convertis seulement à la prédication des apôtres, et ceux qui l'avaient clé du vivant même de Jésus- Christ. Quand donc un apôtre écrivait une lettre au cercle de chrétiens qu'il avait plus particulièrement évangélisés, il ne lui était pas nécessaire de décliner ses titres pour se faire reconnaître; il lui suffisait, au besoin, d'indiquer simplement
de l'auteur de l'épitre. 13
son nom au commencement de la lettre. Ce qui rendait toute précaution inutile, c'est que ces épitres n'étaient pas confiées, comme de nos jours, à des étrangers, pour qu'elles fussent portées au lieu de leur destination elles étaient pour l'ordinaire remises à quelqu'un de sûr, qui était connu de l'auteur en même temps que des lecteurs : de telle sorte que, l'épitre n'aurait-elle pas porté le nom de son auteur (1 Jean) , celui qui était chargé de la communiquer possédait assez la confiance des fidèles, pour que son affirmation ne leur inspirât aucun doute. Les épitres , d'ailleurs, n'étaient adressées qu'à des chrétiens, parmi lesquels les auteurs de ces épitres avaient habité, que les mêmes auteurs avaient évangélisés, ou encore qui les connaissaient bien de réputation (Rom.). Dès lors il y avait toute sorte de moyens pour ces chrétiens de s'assurer de l'authenticité de la lettre qui leur était adressée. Sans parler, par exemple, comme nous l'avons déjà dit, du témoignage du porteur, qui était, en général, un chrétien en qui on avait confiance, les lecteurs pouvaient facilement voir si le caractère qu'avait montré auprès d'eux l'évangéliste était bien celui de l'épitre, si l'auteur faisait allusion par écrit à ce qu'il leur avait dit en paroles , etc. ... On ne peut donc tirer un argument bien fort contre l'apostolat de Jude de ce qu'il ne s'est pas appelé apôtre dans son épitre. Ne voyons-nous pas S. Jean, dans sa première épilre, ne dire ni sa qualité, ni même son nom ; dans sa seconde et sa troisième s'appeler seulement V Ancien. Pourquoi? parce que les personnes auxquelles il écrivait, le connaissaient suffisamment et étaient facilement à même de vérifier si c'était bien lui qui leur avait écrit. On peut dire la même chose de Jacques qui, dans son épitre, ne s'est pas appelé évêque de Jérusalem. Pourquoi ne tiendrions-nous pas le même langage à l'égard de Jude? On objectera peut-être que Paul, sauf dans quatre de ses épitres, s'est toujours appelé apôtre. Mais , si Ton veut bien y faire attention , les positions ne sont plus les mêmes. S. Paul était tout autrement placé que
Jude ; il avait toute sorte de motifs pour agir ainsi , attendu qu'on lui contestait quelquefois son apostolat (Gai.). D'ailleurs il était apôtre de fraîche date; il n'avait pas vécu trois années consécutives avec Jésus -Christ comme les douze apôtres ; peu de personnes avaient été témoins de sa conversion ; pendant un certain temps, comme il le dit lui-même (Gal.I, 13), il avait été fougueux persécuteur de l'Église; et au commencement de son ministère les disciples l'évitaient, ne croyant pas qu'il fût disciple de Jésus ('Àct. IX , 26 ). On comprend dès lors que ce fut une nécessité et un devoir pour lui d'insister sur son apostolat; et ceci est tellement vrai , que les épitres, dans lesquelles il ne se nomme pas apôtre, sont adressées à des églises qui lui étaient très -soumises, et à un de ses amis (Phiiipp., 1 et 2 Thess. , Philém.).
Mais hâtons-nous d'en venir à l'examen des mots
A<TeÀ<poç <ffc letxetCou ,
qui sont dans le verset 1 l'objet d'une seconde discussion; car c'est surtout sur les motifs qui ont porté S. Jude à se dire frère de Jacques, qu'on 1 s'est appuyé pour combattre son apostolat.
Jude, a-t-on dit, a voulu évidemment se donner du crédit en se disant frère de Jacques; car ce Jacques dont il parle, a dû être célèbre parmi les personnes à qui il écrivait, puisqu'il n'ajoute rien qui le caractérise davantage, et ne le désigne que très -vaguement. «Toute l'autorité à laquelle H prétend,» dit
De IVeUe, «il semble la fonder sur sa parenté avec un
«Jacques, jouissant d'une certaine autorité.» Dès lors, puisque Jude a dû recourir à l'autorité d'un frère pour s'attirer la faveur de ses lecteurs, il est bien vraisemblable qu'il n'était pas apôtre, autrement il l'aurait dit, «afin d'avoir par là,» dit Jessien, «une double recommandation.»
Mais, nous croyons qu'on peut facilement se rendre compte
I . De Welle, Gucricke (ffist. krit. Einl. in das N. T. Lcipz., 1843), Jeuien.
db l'auteur de l'épitre. 15
(lu motif qui dicta ces mots à Jude, sans recourir à cette explication. Nous ne pensons pas, comme les critiques précédents, quSl ait voulu donner de l'autorité à ses paroles, en se disant le frère d'un homme qui avait une haute renommée ; car cela nous paraît peu dans l'habitude des écrivains sacrés, qui ne relèvent que de Dieu. Il nous parait donc que par ces mots il a voulu, non se recommander , mais simplement se faire reconnaître de ses lecteurs, se distinguer des autres hommes qui portaient le nom de Jude, et qui pouvaient être évangélistes comme lui ; il est très-naturel dès lors qu'il se soit dit frère de Jacques, surtout si ce dernier était très-connu, comme on le verra plus loin. ,
Si d'ailleurs Jude, l'auteur de l'épltre, était, par exemple, le même que Jude Thaddée, l'un des Douze, et que i«^tç i*z»C* signifiât Jude, frère de Jacques, et non fils de Jacques, il n'aurait fait, en s'appelant ttSïXÇoç /fe IautaCv , qu'ajouter à son nom l'épithète qu'on lui donnait durant la vie de Jésus, pour le distinguer des autres hommes du même nom. Ce que nous disons ici n'attaque en rien l'idée que Jude fut connu et considéré de ses lecteurs; car s'il ne s'est pas contenté de s'appeler Jude, serviteur de Jèsus-Christ , c'est qu'il a voulu se distinguer peut-être de quelque autre Jude, <PooAoç de Jésus - Christ 1 , connu aussi, comme lui, de ses lecteurs, et rendre par là ces derniers certains que c'était bien lui, Jude, frère de ce Jacques qu'ils connaissaient tous , et non pas un autre qui leur écrivait.
Nous avons vu au commencement de cette discussion que les versets 1 et 17 avaient surtout attiré l'attention des critiques dans la question qui nous occupe; nous venons de voir le verset 1, qui ne nous a pas permis d'arriver à une conclusion positive; passons maintenant au verset 17, pour voir s'il en sera de même. *Mais vous, mes bien-aimès , souvenez-vous des choses