De Jude Barsabat peut-être
« qui ont été prédites par les apôtres de notre Seigneur Jésus- Christ.»
Neander , De Wette, Jessien et Schott pensent que Jude, dans ce verset , se distingue des apôtres par le temps et par la personne.
Neander ' dit que le fait ressort de l'examen du verset, et que d'ailleurs la peinture de l'Église, tracée par Jude, ne peut s'appliquer qu'à la fin de l'âge apostolique, à une époque où aucun apôtre ne devait probablement être en vie.
De Wette tranche lestement la question : «L'auteur, dit -il, «s'appelle Jude, serviteur de Jésus-Christ, frère de Jacques, par « conséquent il ne se donne pas comme apôtre, d'ailleurs il s'en «distingue lui-même au verset 17.»
Quant à Jessien , il est convaincu, comme Neander, qu'au verset 17 Jude se distingue des apôtres sous le rapport du temps. «Personne ne nie,» dit-il, «que Jude avoue qu'il a « écrit son épttre quelque temps après que les apôtres avaient « prédit les choses qui devaient arriver peu avant le retour de «Christ sur la terre pour juger les hommes. Cela est évident « par le mot MvnaBnrt , qui rappelle à la mémoire des lecteurs «les temps passés, ce qui est prouvé aussi par le mot w£oe/£»- « fxtvcèv du verset 1 7, et tXtyov du verset 1 8, qui indiquent ouver- «tement, dit-il, des choses dites il y a longtemps.» Et ce qui, selon lui, recule encore l'époque où Jude écrivait ces mots, c'est qu'il vivait dans le temps où les prédictions dont il parle s'accomplissaient, comme on peut en juger par la comparaison des versets 4, 18 et 19. «Car. il s'est glissé parmi vous certains «hommes , dont la condamnation est écrite depuis longtemps, v gens impies qui changent la grâce de notre Dieu en principe « de dérèglement. ... Les apôtres qui vous disaient qu'au dernier «jour il y aurait des moqueurs, qui marcheraient suivant leurs
1. Hist. de l'établiss. du christianisme. Par», 1836 I. Il, p. 37.
de l'auteur de l'entre. 17
• convoitises ce sont eux qui se séparent eux-mêmes; gens
«charnels n'ayant rien de spirituel. 9
Schott, enfin, soutient qu'aux versets 17 et 18 Jude se distingue évidemment des apôtres, «surtout lorsqu'il ne dit pas au verset 18 cti tXtyov npiv t mais t/ftiv.»
Nous n'accordons pas à ces raisons la valeur que ceux qui les ont émises y ont attachée, et il nous paraît plus sage de dire avec Scharling qui du reste ne croit pas à l'apostolat de l'auteur, «que du verset 17 on ne peut conclure positivement que « Jude se retranche du nombre des apôtres; » nous rejetons même l'opinion de Bertholdl*, qui accorde que Jude semble dans ce verset 17 s'exclure des apôtres. Voici les motifs sur lesquels se fonde notre opinion.
Et d'abord , il ne nous parait pas le moins du monde évident, que Jude se dislingue des apôtres, au verset 17 sous le rapport de la personne» — Parce qu'il en appelle aux paroles et aux prédictions des apôtres, s'ensuit- il qu'il se distingue d'eux? Parce qu'il dit : Les apôtres ont prédit telle chose, s'ensuit- il qu'il s'exclue de leur nombre? Lorsqu'un commentateur dit : Tous les commentateurs ont pensé telle chose, s'ensuit-il qu'il se sépare de la classe des commentateurs, et n'en soit pas un lui-même? — Il en est de même pour Jude; lorsqu'il dit : Les apôtres de Jésus-Christ ont prédit telle chose, il ne se distingue d'eux que pour l'individu , mais non , en bonne logique, pour l'espèce, c'est-à-dire, la qualité d'apôtre. Qu'on dise que dans ce passage Jude ne montre en rien qu'il soit apôtre, cela peut être juste, mais qu'il s'en distingue, c'est ce que rationnellement on ne peut admettre. D'autre part, il n'est pas du tout étrange que Jude, s'il est apôtre, en appelle aux paroles de ses
1. Jacobi et Judœ eplst. calhol. comm. lllustr. Havniœ, 1841.
2. But. kril. Einleil. in sâmmtl. kanon. ttnd apokr. Schriflen des alten und neuen Testaments. Erlangeo, 1819; t. VI, p. 3169.
collègues; bien plus, nous trouvons ce fait très-naturel dans le cas actuel , où il s'agissait d'une des prophéties de ces derniers. Si celte expression , souvenez-vous des choses qui ont été prédites par les apôtres , au lieu de souvenez-vous des choses que nous vous avons prédites, prouve quelque chose ici, elle montre seulement, que Jude n'avait pas fait les prédictions qu'il rappelle, mais n'autorise pas du tout à conclure, qu'il n'était pas apôtre par cela seul qu'il n'était pas l'auteur de ces prophéties.
Quant à l'argument de Jessien, que l'auteur a écrit non-seulement après les prédictions des apôtres, mais encore dans le moment où elles s'accomplissaient, c'est-à-dire à une époque assez reculée pour qu'il ne pût pas être de l'âge des apôtres, et par suite apôtre, cet argument n'est pas très - probant , attendu que Jude a écrit son épltre assez tard , comme nous le verrons , ce qui suffit amplement pour rendre raison de l'époque tardive que ce verset semble révéler (//pwffôin-i* TrçQuçniAtvmv-, tXtyov), et des traces qui , d'après Neander, semblent indiquer la fin de l'âge apostolique. Mais la meilleure preuve de la faiblesse de l'argument, c'est que l'auteur de l'épitre s'adresse à des hommes qui avaient eux-mêmes reçu, de la bouche des apôtres, les paroles qu'il leur rappelle, c'est-à-dire qu'il s'adresse à des contemporains d'apôtres, qui avaient vu et entendu ces derniers. Or, s'il existait à cette époque des contemporains d'apôtres, des apôtres pouvaient être encore en vie, et Jude Thaddée ne pas être mort. Si Jude, enfin , fait allusion à des prédications orales des apôtres, ce qui est très-probable, et qu'il ne soit pas leur contemporain, par suite qu'il n'ait pu les voir eux-mêmes, ni leur entendre faire ces prédications , comment a-t-il pu savoir qu'ils les avaient faites? Ceux à qui il écrit les lui auraient-ils dites? Mais à quoi sert alors qu'il les leur rappelle? D'ailleurs, fait-on, en général , ressouvenir des gens, de paroles que soi-même on n'a pas entendues, de concert avec eux? Il faut donc qu'il les ait entendues en même temps que les lecteurs auxquels il s'adresse,
de l'auteur de l'épitre. 19
c'est-à-dire qu'il soit contemporain des apôtres qui les avaient faites à ces derniers.
Quand enfin Schott affirme que ce qui montre encore que Jude se dislingue des apôtres, c'est qu'au verset 18 il ajoute otj tXtyov ufjuv; «qui vous disaient,» et non ort tXvyov n/uLtv, «qui nous disaient,» nous avouons ingénument que nous ne pouvons saisir clairement sa pensée. En effet, s'il croit que par ces mots qui vous disment, Jude a voulu insinuer qu'il ne vivait pas lorsque les apôtres avaient fait à ses lecteurs les prophéties qu'il leur rappelle, ou tout au moins qu'il était trop jeune pour les avoir entendues, ce qui en effet prouverait qu'il n'était pas apôtre, comment concilier cela avec son opinion, que c'est Jude Barsabas qui est auteur de l'épitre, car celui-ci était contemporain des apôtres? Ou bien s'il croit que Jude a voulu dire qu'il n'était pas converti à cette époque, et qu'il n'avait eu aucun rapport avec les apôtres, comment encore concilier cela avec son opinion au sujet de l'auteur de l'épitre : car Jude Barsabas était non-seulement converti du temps des apôtres, mais encore un prophète considéré. Cependant nous ne voudrions pas faire dire à Schott des contradictions , et nous préférons croire que nous ne l'avons pas compris. Quoi qu'il en soit , la raison qu'il donne est tout au moins subtile , et si nous voulions lui répondre par une subtilité, nous dirions que le mot v/uv, mis au lieu d'»/***, prouve plutôt pour nous que contre nous : atten. du que nous eussions trouvé tout naturel que Jude, s'il n'avait pas été apôtre, eût dit : « Souvenez- vous des choses qui ont été
«prédites par les apôtres qui nous disaient....," se mettant
ainsi au nombre des fidèles enseignés, tandis que par ces mots «qui vous disaient,» il semble se mettre au rang des apôtres, qui étaient enseignés de Dieu et non d'un autre.
Dahl ajoute que si Jude avait été apôtre il aurait mis: «qui vous ont été prédites par les autres apôtres » {ynn rm etXXeov tt7rotrroX6dv). Cela n'est pas rigoureusement vrai. Voyez Act. V, 29 : UiTçoç, xai ot u7rcfToXoi, et non aAAî/ tt7TO<rroXci.
Avant de quitter ce sujet, nous tenons à faire une observation à nos adversaires qui, pour prouver que l'auteur de Péptlre ne peut être que Judc, frère de Jésus-Christ (Mattb. XIII, 55) et non Jude Thaddée, disent, que dans ce verset 17, il se distingue des apôtres sous le rapport du temps; cette observation, c'est que leur manière de raisonner se tourne évidemment contre eux, car si Jude l'apôtre ne pouvait plus être en vie à l'époque que ce verset 17 trahit, Jude, frère de Jésus-Christ ne pouvait exister davantage, attendu que ces deux Jude devaient être contemporains.
Nous avons terminé l'examen des données de l'épttre, et nous sommes arrivé au résultat tout négatif (si, comme nous l'espérons , il a été suffisamment répondu à toutes les objections qui nous ont été faites), que de son contenu on ne peut tirer aucun argument pour ou contre l'apostolat de son auteur.
B. Données des autres livres du Nouveau-Testament.
Nous avons vu que l'auteur de l'épitre, dont nous nous occupons, s'appelle frère de Jacques {*frxq>ot I*jt*&), il faut donc s'enquérir de quel Jacques il veut parler, peut-être recueilleronsnous par là quelques renseignements plus précis sur sa personne.
Et d'abord il paraît que ce Jacques dont Jude se dit le frère était très -connu de ses lecteurs, puisqu'il suffisait à Jude de prononcer son nom , pour qu'ils sussent immédiatement de qui il voulait parler. Dès lors on doit naturellement porter son esprit sur un des deux Jacques qui étaient apôtres , et principalement sur Jacques, fils d'Alphée, car Jacques, fils de Zébédée, était mort par l'ordre d'Hérode, déjà depuis l'an 44 (Act. XII, 2). Ce qui nous décide plus encore à songer à Jacques fils d'Alphée , c'est que celui-ci avait un frère du nom de Jude (Luc VI, 16; Act. 1 , 13 : ivSkç laxcùÇ*). Or notre auteur s'appelle Jude frère de Jacques (l«cT<tç aSeXQoç IclkuCv) , on se demande tout naturellement alors si ce ne sont pas les mêmes hommes.
DE L'AUTEUR DE l.'tl'ITHE. 21
Mais nous sommes arrêtés dans notre marche par l'opinion de plusieurs critiques qui nient que Jacques , fils d'Alphée, ait eu un frère du nom de Jude, et qui disent que les mots luTbeç I«j£&»C« (Luc VI, 16; Act. 1,13) doivent se traduire par Jude [fils] de Jacques, et non Jude [frère] de Jacques, sous-en tendant ainsi vioç et non <&ftA<poç. La question est très-importante, comme on le verra par la suite, et exige qu'on l'étudié avec soin.
Les critiques, comme nous venons de le dire, sont loin d'être d'accord sur la convenance de sous-entendre vsoç ou ««TiApoç.
Les uns (comme Guericke) prétendent, sans prouver leur assertion, que supposer l'ellipse d'aftxçoç serait anormal et arbitraire.
D'autres (Hilnlein 1 , Wner\ De IVette, Scharling) sou-
1. Handb. der Einl. in die Schriften des neuen Tut.; 2/ édit., Erlangen, 1801-1809. — Lehrbuch,elc. Erlangen, 180*
Ep. Judœ gr. comm. critic. et ann Erlangen, 1804; 2/ édit.
2. fTtner, Gramm. des Sprachidionu ; 5te verbest. und verm. Auflage.
Leipzig, 1844. g. 66, p. 667 : « Que, d'ordinaire, oe soit le rapport de
«fils auquel on pense, c'est ce qui réside dans la nature de la chose
«Mais là où l'on peut, on doit supposer la connaissance des relations de famille; «on peut aussi désigner ainsi le père, le frère, le serviteur de quelqu'un (même
«ce génitif de l'appartenance a lui-même des limites encore plus étendues ).»
§. 30, n.° 3, p. 217 : «On est habitué a considérer le génitif de la parenté comme «un génitif joint à une ellipse , comme M«/i« I«x«Ch, I«/«c IxxaC* j mais comme «le génitif est le cas de la dépendance, et que toute parenté est une espèce de «la dépendance, il ne manque aucune idée essentielle. ... ; seulement, ce que le < génitif exprime tout a fait en général , reste laissé au lecteur à déterminer plus «exactement d'après les circonstances historiques. Le plus fréquemment c'est le • génitif du fils ou de la fille qu'il faut entendre, comme Mal th. IV, 21, etc.. • . ; «mais vraisemblablement cc«V:«, Luc VI, 16; Act. 1, 13; Ih<T«c IakcCh à cause « de Jude , v. 1 , où le même apôtre parait être mentionné ( comp. Aleiphr. , «cpp. 2, 2. T4/u««f an* o Mwrgtfof* scilicet «cTtxjcc). La dernière désignation «est née dans le cercle apostolique de ce que Jacques le frère de Jude était plus «connu ou plus considéré que le père de Jude." Winer ajoute en noie, à propos de ce qu'il vient de dire : «Les doutes de Jessien contre cette opinion « (De «wôirn* ep. Jud. , p. 21 ) sont subtils et proviennent de ce qu'il méconnaît «la nature du génitif. Même /u*9*ti»c est quelquefois à suppléer avec un génitif. . . " Winer cile à l'appui de son opinion celles de huhncr (Gr. gr. 11, 118 et suiv. )
tiennent avec plus de raison que celte ellipse ne contrarie point le génie de la langue grecque , puisqu'on en trouve des exemples dans les auteurs grecs, comme on peut en juger par les suivants que nous empruntons à Jessien qui les tient de ffesseling, helléniste allemand.'
Le premier exemple est tiré d'Jlciphron 1 (liv. 2 , lettre 2) : TifxoKça.T*ç o Mm goShgov; il faut sous-entendre uSi^oç trèspositivement, car Diogène Laêrce (X, 23) appelle plus d'une fois le Timocrate , dont parle Alcipbron , « frère de Métrodore. » Cicêron 3 aussi: « Accusât Timocratemfratrem suum Metrodorus.» Plutarque^ dit que ce Métrodore avait un frère: « y*ç totnrtL MtiTgofuçou 7T£oç tov *StX<pov. . . Enfin dans Hésiode* Proclus dit: T//£dX£otT»r Si xeti MhtçoSùçov tvç tTriy.ov paouç , aSïXÇouç ovrctç» Voilà donc quatre témoignages (Diogène Laêrce , Cioéron , Plutarque et Hésiode) qui attestent que Timocrate et Métrodore étaient frères; il faut donc sous-entendre dans l'exemple cité plus haut etSiXtpoç et non utoç.
Le deuxième exemple est tiré du Panaihênée ctlsocrate 6 : t7r' AvTtu7rtiv rtiv l7nroXvTitç. H faut sous-entendre ici <tSïh<piiVy sœur, et traduire avec les mots qui précèdent, et que nous
qui admet l'ellipse de araf. . . .««ftxpoc etc., Hermann (De Eilipsi, p. 120 et suiv.), Jani (Ars poetica latina, p. 188), Dos (Ellipses greecœ, édit. G. Schafer). On peut consulter encore Rost (Gr. gr.; 5. e éd. , 1836, et 6/ éd.,
1841, §. 98, p. 449), qui admet l'ellipse de viot, «ifix^c;, etc.;
les Continuateurs du Thésaurus de H. Etienne , qui pensent aussi qu'on peut sous-entendre ct<ftx?tc. Voy. la réimpress. de cet ouvrage par F. Didol; vol. 1 , fascic. 2 , p. 633 , au mot «<ftxpt; , et p. 630 au mot <t<Tt a?».