‹ Recherches critiques sur l'épître de JudeChapitre 16 sur 77 · Neander , t. II, p · texte numérisé non relu

Neander , t. II, p

4. Mattb. XII, 47—50 (parall. : Marc III, 21. 31 —35; Luc VIII, 19—21); Matth. XIII, 55. 56 (parall. : Marc VI, 3); Jean II, 12; Ad. 1,14.

remarquer que nulle part Marie n'est appelée leur mère, et qu'ensuite, par des circonstances qui ne nous sont pas connues, il a bien pu se faire que ces cuftAfo* vécussent avec Marie sans qu'ils fussent ses fils. Il n'y aurait eu rien d'étonnant que ses neveux habitassent avec elle; et sans cela, ne pouvaient-ils pas accompagner leur tante?

Pour prouver que Marie eut d'autres enfants que Jésus, on cite les deux passages suivante, Mallb. 1 , 26 : Mais il ne la connut point jusqu'à ce qu'elle mît au monde son fils premier-né, et Luc. 11, 7 ; Elle mit au monde son premier-né.

Mais le mot jusqu'à ce que (m «) dans le cas dont il s'agit, exclut le temps qui précède , sans entraîner de conséquences pour celui qui suit (Jessien), c'est-à-dire que Joseph n'avait point connu Marie lorsqu'elle mil au monde Jésus; qu'il l'ait connue après et qu'il en ait eu des enfants, c'est loin d'être déraisonnable, mais on ne peut le conclure de ce verset. Voyez des exemples de cette locution Matth. XII , 20; Gen. XXVIII, 15;

! Samuel XV, 30.

Quant au mot de premier-né (^ototckoç), c'est un titre honorifique donné à Jésus eu égard à son rang, et non eu égard à des frères qui lui seraient peut-être nés plus tard : titre justifié par le rôle important que jouaient les premiers-nés sous l'ancienne alliance ; ils étaient consacrés à l'Éternel , et étaient considérés comme lui appartenant. Jésus-Christ appartenait à Dieu et lui était consacré. Et sans cela , si l'on veut bien y réfléchir, le titre de premier-né ne se donne-t-il pas simplement à quelqu'un avant qui personne n'est venu au monde, qu'il ait ou qu'il n'ait pas des frères après lui? Lorsqu'une mère a donné le jour à son premier enfant, elle l'appelle son premierné, sans savoir si elle en aura d'autres après lui.

On objecte enfin Matthieu XIII, 57 '. Mais c'est un proverbe

t. Un

prophète n'est sans honneur que dans sa patrie et dans sa

Mi l'auteur de l'entre. 33

familier aux Juifs et à d'autres nations, qui doit être regardé comme une comparaison , marquant ce qui arrive ordinairement. D'ailleurs o/x/a, comme domus en latin et ma en hébreu,

signifie la famille en général, ce qui peut embrasser les parents de toute espèce.

C. Les frères de Jésus-Christ sont nés de Joseph et de la veuve de son frère mort sans enfants*, Josepb , d'après la loi du lévirat, était oblige de susciter lignée à son frère défunt, et à cet effet d'épouser la veuve de ce dernier. « Mais je regarde cette «opinion comme fort improbable,» dit MichaehV, «car la loi «qui obligeait les Juifs de prendre les femmes de leurs frères «morts sans ènfants, ne s'étendait point à ceux qui étaient «mariés; outre cela, dès qu'il était né un héritier de la veuve de « son frère , tout ce que la loi demandait était accompli ; mais selon « cette opinion , Joseph avait quatre fils et plusieurs filles «(Matlh. XIII, 65) de la veuve de son frère, et cela dans le temps

«où vivait sa femme, et de laquelle, selon la même opinion , «il n'aurait pas d'enfants.»

Seconde idée : Les atfotyoi de Jésus-Christ sont ses cousins germains. Cette opinion vaguement conçue par les Pères, au second et au troisième siècle, a fini par prévaloir au quatrième, par l'autorité de Jérôme, qui l'a transmise aux siècles suivants jusqu'aux temps modernes, où plusieurs critiques l'ont abandonnée.

Elle est fondée sur l'interprétation du mot cufeA^eç, dans le sens de parent, et dans ce cas particulier de cousin germain*,

1. Théophilacte (6/ s.), édit. de Bàle, 1554. Comm. in Matlh., ch. XIII, p. 43 , et Comm» in Gai. , ch. I , p. 000.

2. Introduction au N. T., trad. par M. Chcnevière. Genève, 1822, t. IV, p. 257.

3. Jo. Conrad Schwarz ( Commenlarii crilici et philologici linguœ grœcce novi fœderis divini. Leips. , 1736, in-4.°) donne entre autres sens à aM*cç :

sens vrai , dont on trouve des exemples en hébreu , en grec et en latin, comme on peut en juger par les suivants :

Genèse XIII , 8. Et Abraham dit à Lot : Je te prie qu'il n'y ait point de dispute entre toi et moi , car nous sommes frères (□"♦nx). Les Septante traduisent : oTt ctvBça>7rot ctftXQotnfxuçttfMv,

Voyez encore Genèse XIV, 14; XX, 12; XXIX, 10.

Genèse XXIX, 15. Après quoi Laban dit à Jacob : Me servirastu pour rien parce que tu es mon frère ('riN) ? Les Septante :

OTI y&g tiSiX^OÇ fÀM il*

Genèse XXXI, 22. 23. Et au troisième jour on rapporta à Laban que Jacob s'en était enfui, et il prit avec lui ses frères et le poursuivit. Les Septante : *** irctçctXoiCuv vrctvrkç t*ç <*<f*A<p«ç. 11 s'agit évidemment dans ce passage de tous ceux de ses parents qu'il eut le temps de rassembler. Voyez encore Lévitiq. XXV, 48 ; Deut. II, 48; Tob. III, 7.

Dans les auteurs profanes on trouve aussi des exemples de ce sens plus large du mot *<ftA<poç. Les critiques citent Xénophon (Cyropéd. , liv. I , c. 5 , n.° 4). Voyez aussi Morus ad Isocratis Panegyr. (cbap. 20); Fiscber ad Plalonis Phaedon (cbap. 67), et ad ejusd. Criton., c. 16; Greg. Cor, de dial. ling. graec. , p. 569, ed. Schafer*.

1.° celui de f rater (Matth. IV, 18); 2.° celui qui ejusdem slirpis est, qui com-

munem habel stirpem (Act. III , 22 ; VII , 23) ; 3.° de cognatus, consan-

guineus (Marc III, 31 ; Mattb. XII, 40 ; Luc XIV, 12 ; Jean VII, 3. 5, etc.).

Wahl (C la fis Fïov. Test, phitologica ; 3.' édit. ; Leips. , 1843, 4.°), *c&x*e f . «1.° frère. ... 2.° métaphoriquement uni à quelqu'un par une liaison quelm conque. . ». Cependant, en appliquant le mot a.hx% oç à une liaison quelconque, «les auteurs sacrés paraissent avoir suivi la manière de parler des Hébreux , «peu exacts et peu précis dans l'emploi du mot njS. A/fxpcc est donc dans le

«Nouveau-Testament souvent : a) consanguin , cousin (consangttineus , consoibrinus, cognatus) [Mattb. XII, 46; XIII, 55; Jean VU, 3; Act. 1, 14; Gai. I, «19]. De même n« (Gcn. XIV, 15; XIII, 9, etc.) »

1. Kuinoel (Cohtment. in libros Tiov. Test, historicos [Mattb. XII, 46] ) cilc encore les sources suivantes : « a/iAça, ut nobis, verschwistert , ver-

Dt l.'AUTKUR DK l'ÉI'ITFU. 36

Chez les Latins le mot frater signifie aussi quelquefois cousin. Cicèron , Epist. ad Atlicum , liv. I , Iclt. 6 : « Quantum dolorem «acceperim, et quanto fructu sim prwalus et forensi, et dômesatico, Lucii fratris nostri morte, imprimis pro nostra consue- «ittdine tu existimare potes, 9 c'est-à-dire de la mort de notre cousin. Marcus Cicero, père de l'orateur, eut un frère, Lucius Cicero. Celui-ci eut un fils appelé, comme lui, Lucius Cicero, lequel était par conséquent cousin de l'orateur. Cicéron le dit clairement dans deux autres passages : 1.° De finibus, liv. V,

chap. 1 , au commencement « unaque nobiscum Quintus

«frater (Quintus Cic, frère de Marcus l'orateur), et F. Pompo- «miw et Luc, Cicero, frater nosler, cognatione patruelis, amore agermanus, 9 c'est-à-dire notre cousin par la parenté, mais un véritable frère par l'attachement. 2.° In Verrem, actio II, lib. IV, c. XI, n.° 25 : *Erat etiam Percenniorum , qui nunc mitent Pompeii sunt, domus honestissima : quo Lucius frater 9 meus summa illorum voluntate devertiL* Freund, dans son Dictionn. , indique encore Cic. oral, post redit, in Senatu], cap.

Ovide, HéroKdes, épltre 8 :

Vers 1. Adloquor, Hermione, nuper fralremque, virumque ,

« 2. Nunc fratrem , nomen conjugis alter habet. « 28. Quid? quod avus nobis idem Pelopeius atreus; « 29. Et si non esses vir mihi , frater eras. Ovide, Héroïdes, épltre 14 :

Vers 121. Et, consanguineœ quondam centesima lurbœ ,

«wandt, Grcccis dicuntur, quœ tunilia *tt/i/, congrua, ejusdem generit; « vid. Xénopb. , ffieron. 1 , 22 ; Plutarcb. , De Pueror. educat. XIV, 1 5 ; Sophocl. , « Œdip. Colon. , 1259; Interpp. ad JEWan. var. hislor. Il , 18 ; Ruhnkenius ad «Timoum, p. 2; Kœnitu ad Gregor. , p. 209; Poltus , Prolegg. ad ep. Jac., ,p. 55, 2/ édit.»

Vers 122. Infelix, uno fratre manente , eadem. « 123. At tu, si qua piœ, Lynceu, tibicura sororis , etc.

« 129. Exsul Hypermnestra , pretium pietatis iniquum,

« 130. Quam morlem fratri depulit, ipsa tulit.

Ovide, Métamorph., liv. 13:

Vers 31. Frater erat : fralerna pelo. (C'est Ajax qui parle d'Achille et de ses armes.)

Tacite, Annales, liv. III, cbap. 38 : «Cotys fratre inlerfecto.* Burnouf, t. I. er , p. 623 , dit à ce sujet : «Tacite, plus haut (II, 64), a dit que Cotys était neveu de Rhescuporis. » Le mot frater doit donc être pris ici dans un sens un peu large, pour désigner une proche parenté. Les Romains appellent/rato* des cousins germains. Tacite surtout, en parlant des barbares, peut avoir étendu cette dénomination à un neveu, etc.

Quinte- Curce , liv. 6, chap. 10, n.° 24 , dit qu'Amyntas, fils de Perdiccas, était frater d'Alexandre, cependant il n'était que son cousin germain paternel.

Tite-Live, décade IV, liv. V, chap. 10: «/n exitu jam annus «erat, et ambitio magis quam unquam alias exarserat consuia- «ribus comiliis. Mulli et potentes petebant patricii plebeiique, uP. Cûmelius, Cnei filius, Scipio, qui ex Hispania provincia « nuper decesseral magnis rébus gestis : et Z. Quintius Flamininus, « qui classi in Grœcîa prœfueral. . . . Ceterum ante omnia certaa men accendebant fratres candidatorum duo clarissimi œtatis « suœ imperatores* » Ces deux fratres , qui protégeaient les deux candidats, étaient d'un côté Publius Cornélius Scipion , surnommé l'Africain, et Titus Quinctius Flamininus, non frères, mais cousins germains des candidats.

Perse appelle patruelis soror la cousine germaine paternelle. Enfin Augustin affirme qu'au cinquième siècle on donnait particulièrement le nom de fratres aux cousins germains.

DE l. \LTELfR DE l/ÉPITRE. 37

Celte opinion, qui fait des aftXipot de Jésus-Christ des parents en général, et dans ce cas particulier, comme on va le voir , des cousins germains, est donc fondée sur un sens vrai du mot aSïXQoç. De plus, elle a l'avantage, que nous avons reproché à la première de ne pas avoir, celui de diminuer les parents de même nom et de réduire ainsi une difficulté. En effet , si les *Si\*oi de Jésus-Christ (Matlh. XIII , 66 , et Marc VI , 3) sont des cousins et non des frères, il n'y 'a aucun doute que Joses et Jacques, qui se trouvent parmi euv, ne soient les mêmes que Joses et Jacques, qui sont dits fils de Marie (Marc XV, 40), sœur de la mère du Sauveur (Jean XIX, 26), c'est-à-dire que Joses et Jacques a<Te*po/, ne soient les mêmes que Joses et Jacques cousins germains.

On objecte (Scfwtt) cependant à l'identification des cousins et des frères, que Marie, sœur de la mère du Sauveur, est appelée mère de Joses et de Jacques le petit (Marc XV, 40), et non de Jude et de Simon, deux autres etStX^ot de Jésus-Christ (Matth. XIII, 66).

Mais si l'on y fait attention , on verra que l'évangéliste Marc veut simplement la faire reconnaître, en nommant quelques-uns de ses enfants, bien connus probablement, et qu'à cet effet il n'a besoin que d'en citer un ou deux; c'est ce qu'il fait; tantôt il dit : Marie, mère de Jacques et de Joses (Marc XVj 40), tantôt mère de Jacques (Marc XVI, 1) ou de Joses seulement (Marc XV, 47). On voit évidemment par là que Marc ne visait pas, dans ce cas particulier , à donner tous les noms des enfants de cette Marie ; c'était nécessaire à Matthieu dans son chapitre XIII , verset 66, ainsi qu'à Marc dans le chapitre VI, verset 13 de son Évangile , de nommer tous les noms des «<ftA<po* de Jésus-Christ ; car, dans la circonstance que ces deux auteurs rapportaient, ils rappelaient une question que se faisaient les Juifs au sujet des parents de Jésus-Christ; mais , dans le cas présent, ce n'était pas indispensable pour le but que Marc se proposait , qui était

celui de distinguer cette Marie des autres Marie. Il lui suffisait d'indiquer un ou deux de ses enfants pour faire cesser toute confusion à cet égard ; et à ce sujet nous ajouterons que nous * ne pouvons nous empêcher de voir, dans le fait que Marc et les autres évangélistes \ lorsqu'ils parlent de Joses et de Jacques, cousins germains de Jésus-Christ, n'ajoutent aucun détail qui caractérise davantage ces deux personnages : nous ne pouvons, dis -je, nous empêcher de voir, dans ce fait, un certain indice que ces deux frères sont, à leurs yeux, les mêmes que Jude et Jacques, edïxpot de Jésus-Christ, dont ils avaient parlé ailleurs, surtout si l'on observe que, dans l'opinion qui les distingue, ils seraient très-proches parents; n'y aurait-il pas alors matière à confusion ?

Nous adoptons donc cette dernière opinion comme la plus probable à nos yeux. Cette question étant tranchée pour nous dans ce sens, nous reprenons celle que nous nous sommes posée en dernier lieu à la page 29 : Jude, aJ»A<poç de Jésus- Christ, est -il le même que Jude l'apôtre? Or, comme Jude n'est pas le seul de ces aiïxçoi de Jésus-Christ (Matth. XIII, 65) qui ait été placé par les critiques au nombre des apôtres, et que Jacques, son frère, a aussi partagé ce sort, ce que nous allons dire sur Jude concerne aussi Jacques; bien plus , dans la suite de la «discussion, nous ne les séparerons plus l'un de l'autre, parce que plusieurs arguments, que nous examinerons, ne concernent directement que Jacques, tout en rejaillissant d'une manière indirecte sur Jude , comme on le verra par la suite. La question que nous devons étudier maintenant doit donc se poser ainsi :

Jude et Jacques, aaea«oi de Jésus-Christ, se trouvaient-ils

parmi les douze apôtres?

La réponse affirmative est impossible si on traduit <t£i\$ot par 1. Matlh. XXVII, *6j Marc XV, 40. 47; XVI, 1 ; Luc XXIV, 10.

de l'auteur de l'entre. 39

frères; elle est au contraire très-possible si on traduit ce mot par cousins germains. En effet, il est évident que, si Jacques et Jude, ctfcxçùi de Jésus-Christ, sont ses frères, ils ont pour père Joseph , et ne peuvent pas être les mêmes que les apôtres de ce nom ; car ceux-ci étaient fils d'Alpbée. Si , au contraire, on admet que les &StWoi de Jésus -Christ sont des cousins germains de Jésus-Christ, il y a possibilité qu'il s'en trouve parmi lés apôtres ; car Jude et Jacques qui en font partie peuvent avoir pour père Alphée, comme les apôtres de ce nom.'

Mais, dès l'entrée, il se présente plusieurs difficultés contre cette présomption.

Première difficulté : Ces suhxçot de Jésus-Christ (Mattb. XIII, 56) sont dits ne pas avoir cru en lui durant son ministèrecomment concilier ce fait avec l'idée qu'il y en avait parmi les apôtres? Voyez Jean VII, 2 — 5 : Cependant la fête des Juifs, appelée fêle des tabernacles , approchait, et ses frères lui dirent : quitte ce pays .... afin que tes disciples voient aussi les œuvres que tu fais. Personne n'agit en secret ....car les frères de Jésus ne croyaient pas en lui.

Cette difficulté, quoique d'une grande force au premier abord, ne nous parait pas cependant impossible à résoudre.

Ainsi, rien ne nous oblige d'entendre de tous les frères de Jésus-Christ ce que S. Jean nous dit de leur incrédulité; car le mot n'est pas dit. Il est possible que plusieurs des cousins de

1. Cependant, si l'on admet que Jude et Jacques (Malth. XIII, 55), frères de Jésus-Christ, sont fils de Joseph et de la veuve de son frère mort sans enfants (voy. p. 33) , des frères proprement dits de Jésus-Christ peuvent être apôtres , en ce que le frère mort de Joseph peut s'appeler Alphée comme le père des apôtres Jude et Jacques, et que ces derniers peuvent être dits fils d' Alphée selon la loi , et frères de Jésus-Christ selon la chair. Mais comme cette opinion est insoutenable, nous n'en avons tenu aucun compte dans ce que nous venons de dire. En serait-on d'ailleurs partisan, que l'on identifierait toujours par là les xiiKfu de Jésus-Christ , Jacques et Jude avec les apôtres de ce nom , fait que nous voulons établir.

Jésus-Christ ne crussent pas en lui , et qu'à cause de la singularité du fait, Jean fût porté à dire des frères de Jésus en général (0/ at^Aipoi), ce qui, à la rigueur, ne pouvait se dire que d'un ou de deux ; c'est une expression générale pour un fait particulier , expression qui applique à une classe de personnes en général ce qui ne concerne que quelques-unes d'elles. Un pareil langage se rencontre fréquemment dans l'Écriture et ailleurs.

Matthieu (XXVI, 6 — 8) dit que, lorsque Marie versa sur la tête de Jésus-Christ un parfum , ses disciples qui voyaient cela en furent indignés. Il parait , d'après S. Jean (XII , 4. 5.) , que Judas Iscarioth seul prononça ces paroles , ce qui est bien plus probable; et, n'aurait-il pas été le seul, qu'il est impossible, que les douze apôtres eussent fait , tous à la fois , cette observation. L'évangéliste applique donc aux disciples en général ce qui ne regarde qu'un seul d'entre eux; et cependant par ce langage peu précis il attribuait, pour ainsi dire, à tous les apôtres la pensée d'un seul d'entre eux.

Matthieu et Marc racontent que les brigands, crucifiés avec Jésus, lui disaient des outrages : quoiqu'il soit constant, d'après Luc (XXII, 39), qu'il n'y en ait eu qu'un qui s'en fut rendu coupable.

S. Luc (XXIII , 36) et S. Jean (XIX , 29) attribuent aux soldats en général ce que Marc (XV, 36) et Mattb. (XXVII, 48) disent n'avoir été fait que par un seul : ce qui est bien plus vraisemblable; car, probablement, ils ne furent pas tous à présenter du vinaigre à Jésus-Christ.

Voyez encore Actes V, 29 : nerpoç kas ci <t7roaTo\ot , ou ïlerpoç ffuv to/ç tvS'iKot , comme Actes 11,14.

Voyez aussi Josué VU, 1 , où le péché d'Achan est attribué à toute la société dont il faisait partie; voyez encore Genèse VIII, 4; XIX, 29, etc.

On ne peut donc, en toute justice, nous forcer de croire que Jean veuille parler, de tous les frères de Jésus-Christ lors-

de l'auteur de l'épitre. 41

qu'il dit : Car ses frères ne croyaient pas en lui, puisque ce style peu précis et généralisateur , qui n'indique pas les exceptions, même pour des cas où, par prudence, il faudrait le faire, se trouve à tous moments dans l'Ecriture. D'ailleurs, il ne se rencontre pas seulement là ; les auteurs les plus corrects fourmillent d'expressions semblables, et il est tellement employé dans le langage familier, que c'est lui qui, le plus souvent , engendre toutes les contestations.

Il nous semble, du reste, que le fait d'une conversion partielle et successive parmi les frères de Jésus -Christ, n'a rien en soi qui doive nous étonner. Ce qu'il y a de sûr , c'est qu'immédiatement après l'ascension de Jésus -Christ, nous les voyons persévérer dans la prière avec les apôtres et Marie, mère de Jésus-Christ (Act. I, 14). On peut donc supposer que les uns ouvrirent leurs yeux à la lumière, plus vite que les autres.

Nous ferons, enfin, une dernière observation sur celte première difficulté, pour expliquer nos doutes au sujet de l'interprétation littérale de ces mots de S. Jean : Car les frères de Jésus ne croyaient pas en lui Nous hésitons beaucoup à croire que les frères de Jésus fussent réellement incrédules, dans le sens rigoureux du mot, et nous sommes de l'avis des commentateurs qui pensent, que ces mots doivent seulement s'entendre des doutes qu'avaient les frères de Jésus-Christ, au sujet des ménagements qu'il prenait à l'égard des Juifs ; car il ne voulait pas, comme nous l'apprend le contexte, se rendre à Jérusalem , parce que les Juifs cherchaient à le faire mourir, et que son heure n'était pas encore venue. Ce qui nous confirme dans celte croyance, c'est que nous voyons souvent les frères de Jésus- Christ accompagner Marie, qui avait la foi, et accompagner même Jésus-Christ et ses disciples : // alla ensuite à Capernaum avec sa mère, ses frères et ses disciples (Jean II, 12). Dans un autre endroit on les voit pleins de sollicitude pour lui : «(Les «disciples) élant donc venus avec lui dans la maison, il s'y

«assembla de nouveau tant de monde qu'ils ne pouvaient même «pas prendre leur repas. Les parents de Jésus en étant in- « formés, vinrent pour l'emmener; car, disaient-ils, il va tomber «en défaillance (faute de nourriture) 9 .... «Sa mère et ses frères „ arrivèrent donc, et se tenant dehors, ils l'envoyèrent appeler. 0 (Marc III, 20. 21. 31). Il semble que les frères dé Jésus-Christ n'auraient pas agi ainsi à son égard , s'ils avaient eu, à l'instar des pharisiens, une incrédulité systématique pour sa parole. Combien de fois Jésus-Christ n'a-t-il pas dit lui-même à ses propres disciples qu'ils n'avaient pas la foi ; cependant on ne pouvait dire d'eux qu'ils fussent incrédules: «Or, plusieurs de ses drs- «ciples qui l'avaient ouï, dirent : Ce discours est dur, qui peut

«l'écouter? Mais Jésus -Christ leur dit : Cela vous scanda-

« lise-t-il ? ... Il y en a parmi vous qui ne croient point. .. . Depuis «lors plusieurs de ses disciples se retirèrent d'avec lui et ne le «suivirent plus» (Jean VI, 60. 61. 64. 66).

Enfin, si ce manque de foi, chez les frères de Jésus-Christ,

est une véritable incrédulité , on ne peut l'expliquer que par une basse jalousie, comme l'incrédulité des pharisiens ; dès lors comment comprendre la conversion qui s'opéra si vite chez eux, surtout si l'on songe que les préventions de famille sont les plus fortes et celles qui durent le plus longtemps.

On oppose une seconde difficulté à l'apostolat possible dWiA- <Po# de Jésus -Christ. On dit que, dans le courant de l'histoire évangélique, ils sont distingués des disciples de Jésus -Christ, voire même des apôtres, et l'on cite à l'appui les passages sui- « vants : Matth. XII, 46-50 (parallèles, Marc III, 21. 31-35 ; Luc VIII, 19-21); Jean II, 12; Jean VII, 3; Act. I, 14.

Nous ferons, à cette objection, la même réponse que nous avons faite à la première , c'est que rien ne nous oblige à penser que, dans ces passages, il s'agisse de tous les frère§ de Jésus- Christ , sans en excepter un seul; car , de même qu'il n'est pas rare de voir les évangélisles dire : Les apôtres ont fait ceci, les

de l'auteur de l'épitre. 43

apôtres ont fait cela, lorsqu'il est certain, d'autre part, qu'il n'y en a que quelques-uns, et même quelquefois qu'un seul , qui l'aient fait; de même nous pouvons penser que Jean, lorsqu'il dit : Les frères de Jésus - Christ ont fait telle chose , se sont trouvés en tel endroit, ne veut pas parler de tous sans exception.

Examinons plus attentivement chacun des passages objectés : Maith. XII , 46 - 50 : « Pendant que Jésus parlait encore au «peuple, sa mère et ses frères, qui étaient dehors, demandèrent à lui parler, et quelqu'un dit : Ta mère et tes frères sont a là dehors qui demandent à te parler. Mais il répondit à celui «qui l'en avait averti : Qui est ma mère, et qui sont mes frères? «Puis, étendant la main vers ses disciples : Voici, dit -il, ma «mère et mes frères; car celui qui fait la volonté de mon Père «céleste, celui-là est mon frôre, ma sœur et ma mère.*

Dans ce passage , ceux qui portent le nom de frères de Jésus- Christ , sont évidemment distingués des disciples, parmi lesquels se trouvaient les douze apôtres, comme on peut s'en assurer par le récit parallèle de Marc 111, 21. 31-35. Mais rien ne nous empêche de croire, que Matthieu ne veuille parler que de ceux qui n'étaient pas apôtres, de Simon, de Joses par exemple. Nous sommes même sûrs que, serait-il positivement certain que Jacques et Jude, ttSïWot de Jésus-Christ, fissent partie des douze apôtres, c'est-à-dire, fussent les mêmes que les apôtres Jude et Jacques, fils d'Àlphée, S. Matthieu, avec le style si peu précis que l'on connaît aux écrivains sacrés, ne se serait pas exprimé autrement dans ce passage; c'est-à-dire que, lors même que Jacques et Jude, frères de- Jésus-Christ et apôtres, se fussent trouvés avec les disciples dont il est ici fait mention , il aurait dit, en parlant seulement de Joses et de Simon, qui n'étaient pas apôtres: Us frères de Jésus, qui étaient dehors, demandèrent à Ijù parler. N'est-ce pas lui, S. Matthieu, qui a dit, dans un autre endroit, que les brigands disaient des outrages à Jésus, lorsqu'il est prouvé qu'il n'y en eut qu'un seul qui se rendit coupable de cet acte?

Autre passage objecté, Jean VII, 3 : «Quille oc pays' el va « en Judée , afin que les disciples votent aussi les miracles que «tu fais."

Si l'on nous disait d'abord qu'un tel langage doit nous faire écarter, à priori, toute idée de croire qu'il y eût des apôtres parmi ceux qui parlaient ainsi : nous répondrions qu'il n'y aurait eu rien d'étonnant, à ce que, même des apôtres, n'eussent pas compris que les ménagements pris par Jésus - Christ étaient nécessaires à l'œuvre qu'il avait à remplir, et que, selon leurs vues humaines , ils eussent intérieurement accusé sa conduite de manquer de franchise. Quant aux disciples dont il est ici parlé, il s'agit de ceux que Jésus-Christ pouvait avoir faits à Jérusalem, lors de son dernier voyage dans cette ville, et non des douze apôtres, car ces derniers étaient les témoins presque constants de ses miracles, au lieu que les disciples que Jésus-Christ avait à Jérusalem, ne l'avaient été, pour la plupart, que lorsqu'il s'était rendu dans cette ville. Enfin , de ce que Jésus-Christ ne veut pas aller à la féte avec ses frères , il ne s'ensuit pas qu'ils ne fussent pas apôtres, puisqu'il s'y rend complètement seul, sans être accompagné de personne.

Autres passages, «11 alla ensuite à Capernaûm avec sa mère, •ses frères et ses disciples » (Jean II , 1 2). « [Les apôtres] persé- «véraient tous unanimement dans la prière avec de [saintes] «femmes, avec les frères de Jésus et Marie sa mère» (Act. I, 14).

Nous avons déjà fait observer, page 41 , au sujet du premier passage, que les frères de Jésus -Christ n'étaient peut-être pas aussi incrédules qu'on veut bien le dire, puisqu'ils allaient avec ses disciples. Nous ajouterons que le fait mentionné ici par Jean (II, 12), se passa avant que Jésus-Christ eût arrêté complètement son choix au sujet de ses apôtres; qu'il pouvait, par conséquent, ne pas encore avoir jeté les yeux sur ses cousins ger-

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