Arrivée l'an 44 sous le règne d'Hérodc. Voy. AcU XII
3. Incontestablement le même, aux yeux de tous, que celui dont parle S. Paul dans ses Galates (î, 19).
de l'auteur de l'entre. ô3
nous objecter, avec raison, bon nombre d'apôlres dont ce livre ne nous dit absolument rien. Mais alors comment expliquer le langage de Luc à l'égard de l'aSïtyoç? Pourquoi ne dit-il pas que c'est du frère de Jésus-Christ qu'il parle, et non du fils d'AIphée? d'où vient qu'il ne prend aucune précaution contre la confusion inévitable qui devait naître dans l'esprit de ses lecteurs à ce sujet? car ceux-ci devaient se dire, comme nous: parle-t-il du fils d'AIphée ou de VetSïxçoç de Jésus -Christ? Pourquoi dit-il simplement : Jacques fit ceci , Jacques dit cela , sans dire qui était le Jacques dont il parlait? Il fallait donc qu'il n'y en eût qu'un seul de connu alors , car s'il y en avait eu deux, il aurait distingué par quelque épitbète celui dont il parlait. Si ce Jacques ensuite n'avait pas été apôtre, S. Luc aurait expliqué sa présence dans les Actes; il aurait raconté l'origine de sa conversion: comment il s'était fait chrétien; surtout si, comme on le verra plus loin , il devint un sectateur distingué de la religion qu'il avait embrassée. Ce qu'il y a enfin de plus à remarquer, c'est que dans le même chapitre XII , où il raconte la mort du fils de Zébédée, il parle pour la première fois de ce Jacques, sans dire qui il était; il pensait donc, lorsqu'il agissait ainsi , qu'il allait sans dire, qu'il parlait du second Jacques trèseonnu , qui était apôtre. Nous regardons donc comme très-extraordinaire, que deux Jacques célèbres existant de son temps, l'un • à cause de son apostobt, l'autre à cause de sa parenté avec Jésua^Ghrist, ses talents et sa piété, Luc se fût toujours exprimé aussi vaguement qu'il l'a fait, Lorsqu'il parle d'un Jacques. C'est pour nous une preuve qu'il n'en connaissait qu'un , savoir Jacques^ acftoftoçide Jésus-Christ et, apôtre. Dira-t-on, pour éviter cette-difficulté, que le fils d'Alpbée était peut-être mort depuis longtemps et de très-bonne heure? s'il en était ainsi , Luc en aurait parlé , car il n'évita jamais l'occasion de parler de la mort glorieuse des premiers martyrs de la religion du Christ. (Etienne et Jacques , Jîls de Zébédée. )
Si l'on fait maintenant attention à l'autorité dont jouissait , en présence même des apôtres, le Jacques des Actes et des Galates , on se convaincra encore plus qu'il était apôtre. Qu'on examine les passages suivants des Actes, où on le voit concourir, pour la plus grande part, au résultat du concile de Jérusalem , qui fut de dispenser les Gentils d'observer les lois cérémonielles; la teneur de la lettre qu'on leur envoya fut tout à fait dans le sens des paroles qu'il prononça : «C'est pourquoi je «suis d'avis 0 (c'est Jacques qui parle) «de ne point inquiéter « ceux d'entre les payens qui se convertissaient à Dieu , mais «qu'il faut leur commander de s'abstenir des viandes offertes «aux idoles, de l'impureté, des animaux étouffés et du sang» (Act. XV, 19. 20). Voyez maintenant le verset 29, qui contient les derniers mots de la lettre : «Abstenez-vous de ce qui «a été sacrifié aux idoles, du sang, des animaux étouffés et de «l'impureté.* Plus tard (Act. XXI, 18), nous voyons tous les anciens de Jérusalem se réunir chez Jacques , et répéter à Paul les conclusions de la lettre qu'ils avaient écrite, ou plutôt que Jacques avait écrite aux payens convertis : « A l'égard des payens
«qui ont cru nous leur avons écrit qu'ils devaient
« seulement s'abstenir des viandes immolées aux idoles, du sang , «des animaux étouffés et de l'impureté. » (XXI, 25.)
Passant aux Épitres de Paul, les témoignages en faveur de l'autorité de Jacques sont encore plus forts : Gai. II , 2. 6. 9. «J'exposai aux fidèles, et en particulier à ceux qui sont les plus «considérés, l'Évangile que je prêche aux gentils. ... Quant aux «disciples les plus considérés (quelle qu'ait été leur condition « première ').... Ainsi Jacques, Cépfaas et Jean , qui sont regar- « dés comme des colonnes, ayant reconnu la grâce qui m'avait «été accordée ....,» etc. Il fallait donc que ce Jacques eût singulièrement d'autorité, pour que Paul le mit au nombre des dis-
1. C'esl-à-dir« quel q'uait élé leur avantage d'avoir cru en J. C. durant sa vie.
de l'auteur de l'épitrk. 55
ciples les plus considérés et les plus distingués, l'appelât une des colonnes de l'Eglise et le plaçât sur le même rang que Pierre et que Jean.
En présence de ce fait, nous ne saurions y voir d'autre explication que celle de l'apostolat du Jacques des Actes et des Galates, c'esUà-dire de l'atome de Jésus^Christ.
Cependant nos adversaires ne sont pas assez aveugles que de méconnaître celte autorité: ils ont cherché à en donner d'autres explications que la nôtre.
Ainsi on a dit que la parenté de Jacques avec le Sauveur en rendait suffisamment compte, surtout parce qu'il vivait au milieu de judéo-chrétiens, qui attachaient un grand prix aux rapports de famille. Mais nous avouons en toute sincérité que ce motif ne nous semble pas suffisant, si l'on remarque surtout que ce Jacques, frère du Seigneur, qu'on soutient ne pas être le même que le fils d'Alphée, avait été incrédule pendant sa vie; c'est en effet un argument dont on se sert, comme nous l'avons vu, pour prouver qu'il n'était pas apôtre. Qu'on se rappelle les défiances qu'on eut à l'égard de Paul, converti de fraîche date : * Arrivé à Jérusalem, Saui cherchait à se rapprocher des dis- « ciples, mais tous l'évitaient, ne croyant pas qu'il fût un disciple «de Jésus » (AcU IX, 26.). Et cependant il était converti depuis trois ans , et avait déjà évangélisé. Il est vrai que Paul avait été persécuteur de l'Église , mais la comparaison n'en est pas moins juste dans de certaines limites. D'ailleurs, si c'est à cause de sa parenté avec JésusnChrist que ce Jacques avait acquis tant d'au- > torité parmi les jndéo^chrétiens , on ne comprendrait pas pourquoi ses frères, quelle que pût être d'ailleurs sa supériorité sur eux, n'en eurent pas aussi. Cependant les Actes n'en parlent pas et ne disent pas un mot d'eux. Notre conviction est donc que Je Jacques des Actes et des Galates n'a pu être qu'un apôtre, -et encore un apôtre distingué, considéré, une vraie colonne de l'Église , comme le dit S. Paul.
56 INTROSUOnOM.
< Cetle convietiorr se fortifie encore à la vue de plusieurs «passages <)ui disent, ou qui montrent clairement d'après nous * que ce Jacques était apôtre. Nous voulons parler de GalaL, I, 19 ; 1 Corintb. XV, 7, et 1 Corinth. IX , 5 , et c'est notre
IkoisièHB argument en faveur d'un seul Jacques. Examinons successivement ces trois passages. ; .
Premier passage. Galat 1 , 19 : « Trois ans après j'allai à Jèru- 4 isole m pour rri entretenir avec Pierre, et je demeurai chez lui
* quinze jours; et je ne vis aucun autre des apôtres, si ce n'est
* Jacques, : le frère du Seigneur 9 (Ere^ot Sï tuv <t7rorro\ûtv ouï
Au premier abord on ne comprend pas comment on a osé contester le sens de ce passage et soutenir qu'il ne montre pas clairement que Jacques aS'^oç t« jtwp/« était apôtre* Cependant des- critiques , dont la science fait à juste titre autorité, ont émis des doutes sur son interprétation naturelle, et il feut en tenir, compte. -, / r'i'rn i ■(!!
Ainsi De Welte ( p. 269 ) croit que le verset 19 offre matière à discussion. Mayerhoff 1 pense que le sens de ce passage doit être le suivant : «Je ne vis aucun autre apôtre que Pierre, si « l'on ne veut pas en quelque sorte mettre sur le médae rang que «Pierre, Jacques le frère du Seigneur.» Neander (L II, p. 6)iCi «On peut envisager la chose ainsi: Paul n'avait d'abord dans «l'esprit que la proposition négative : Je n'ai vu à Jérusalem M aucun autre apôtre que Pierre. S'étant ensuite rappelé quf il «y avait aussi vu Jacques, le frère du Seigneur, qui»' sans, être «apôtre, possédait chez les Judaïsants une autorité apostolique*, «il ajouta la restriction relative à Jacques. Ou doit .rapporter le M-/Lur à une idée complétant le *wo<rroXo4. »; ; i , oi , , i,< ( ,
Mickaèlis et IVimr se rapprochent beaucoup .de , cette opi4i nion, en disant qu'il faut traduire le verset en question par ces
1. Hislor. krit. Einleit. in die Pétrin. Schr. Hamb., 1835; p. 52 euuiv.
de l'autkor db l'kpitrk. â7
motet «Je ne vis pas d'autre apôtre que Pierre, , rouis, je ms « Jacques.» On répète ainsi iicAh», eo-négligeant attùçj^ç , «et rapportant exclusivement rrt^ov à Pierre , dont il a été ifait mention précédemment. ' i m ,. »
Cette dernière interprétation est au moins plus claire, et plus nette que les autres, mais ne nous satisfait pas davantage pour cela. t •. 1
En effet, nous accordons que u fxn, pris séparément , a, bien quelquefois le sens qu'on lui accorde ici , c'est-à-dire que lldée de la phrase qui le suit est exclue de celle qui précède. Gomme Apocal. XXI , 27 : K*/ ou /x» ustXfa tsç *urnv. . . . -^wfbç ♦ u /jlh \ct ytyç*fAfjLtvot*vTu fàiCXiùi. «Il n'y entrera.... point de mensonge , «mais ceux-là seulement qui sont inscrits dans le livre. " On ne peut traduire ici « fts par sinon ou si ce n'est, attendu que les mots : ceux qui sont inscrits dans le livre, séparés de ceux qui précèdent par u fxn, ne rentrent point, pour l'idée, dans ees derniers. Voilà pourquoi il faut traduire "fut par mais seulement* Voyea de même 1 Corinth. VIII, 4.
Cependant la locution « /mi peut influer d'une autre manière sur l'idée qui la suit, relativement à celle qui la précède, c'est à^iire que l'idée qui est après u /jm peut être une restriction, une exception de l'idée qui précède, comme 2 Cor. XII, 6 : Ttti^ <Am^U<*v*«'Oo xdju%»e*fxâu u fxn tv t&iç eLaôtvtieuç. «Pour ce qui oiesC'de moi * je ne me glorifierai pas, si ce n'est dans mes af- «flictionsjo» 1 Voyez encore 1 Cor. II, 11, etc. Nous pensons què > c'est le igeul sens qui convienne à notre passage, pour les raisons- qui j suivent :
i >On<np trduve aucun exemple, qu'après trtçov, le sens de u /mi soit rétréci au point de signifier seulement mais'. Le mot *AXaç, il'tfct vrai y maïs pas èa tout le mot m^oç ,est quelquefois un pléo-
1. Voy. Schneckenburger , Adnolatio ad epist. Jacobi perpcl. Sluttg. , 1832, p. 144.
nasme, un mot qui ne sert de rien, encore cela n'a-Uil lieu que lorsqu'il n'y a pas, comme ici, d'opposition entre les deux membres de la phrase 1 . De plus, les mots rm et7rorro^uv au génitif pluriel placés après ertgov montrent que le Jacques dont il est 9 parlé immédiatement après u fin, était placé parmi les apôtres. S'il y avait eu mçov h cnroarobov ovk ufov, je n'ai vu aucun autre apôtre, on aurait le droit de traduire les mots qui suivent : u f** l**uGov tov aSiXQov t« Kv^ih, par mais je vis Jacques le frère du Seigneur, Mais il y a : aucun autre des apôtres (m çov Si ràfv &Trorro\tov) , ce qui montre que Paul met le Jacques dont il parle au nombre des apôtres, autrement il aurait mis le singulier [trtçov carorraXov) , a
A ces raisons purement philologiques s'en joignent d'autres tirées du contexte, qui montrent aussi que le Jacques du verset 19 devait être apôtre.
S. Paul, en effet, pour prouver aux Galates qu'il n'avait reçu son Évangile d'aucun homme, pas même d'un apôtre, mais seulement par une révélation de Dieu , dit dans ce chapitre 3 , qu'immédiatement après sa conversion , sans avoir consulté aucun apôtre, il avait prêché l'évangile aux gentils. U insiste sur ce point, et montre, par le récit qu'il fait de son ministère, qu'en effet il était resté plusieurs années avant de retourner à Jérusalem, où il aurait pu s'entretenir avec quelques-uns des apôtres qui devaient nécessairement s'y trouver, apôtres desquels seuls, à cause de leur autorité, il aurait pu recevoir sa doctrine. i ■ . .
1. mner, Grammatik....; 5/ édit., p. 647 ; 3." édit. , p. 463.
2. Meyer (An/, exeget. Comm. Uber das N. T.; sieÙente JbtheiL, GalaL
Gœtting. , 1841) dit aussi : «Jacques est mis au nombre des apôtres; -savoir,
«dans le sens large. Après u en effet, il faut suppléer nop-aeufement ;«/rtv « (comme le veulent Fritzsche * ad Matth. , p. 482 et IFiner) , mais comme le contexte le réclame : uéw tut «tTGfrrcAov. »
•Quatuor K. T. evangel. rec. et cum comment, perpet. ed. A". F. A. Fritzsche ; I. l/ r , év. Matth. l.cips. , 1826, p. 482.
de l'auteur de l'épitre. 69
Quand donc, en vue d'établir qu'il ne vit point d'apôtres après sa conversion, il dit au verset 17 qu'il ne retourna point à Jérusalem pour voir ceux qui étaient apôtres avant lui ; et aux versets 18 et 19 que ce fut seulement trois ans après son retour d'Arabie à Damas qu'il vit Pierre et Jacques: on ne peut douter qu'il n'entendit par là les apôtres Pierre et Jacques, ayant avant tout le dessein de prouver aux Galates qu'il était resté longtemps sans avoir vu d'apôtres: témoin le serment qu'il ajoute au verset 20, après avoir parlé de Jacques au verset 19. Je ne sais même, si par ces mots : Je ne vis aucun autre des apôtres, si ce n'est Jacques, Paul ne veut pas insister auprès des Galates sur ce point, que, loin d'avoir vu tous les apôtres, il n'en avait vu que deux, ce qui restreignait encore à ses yeux les communications qu'il avait pu avoir avec des hommes qui auraient pu lui enseigner l'Evangile qu'il leur avait prêché. «Qui soutiendra ensuite,» dit Schnechenburger, «que chez les tt Galates, qui jugeaient avec tant de prévention de l'autorité a apostolique qu'ils accordaient avec peine à Paul lui-même, un «Jacques, qui n'aurait pas été apôtre, ait pu être compté parmi «les colonnes de l'Église, et de plus être mis à côté de Pierre et «de Jean.» (Gai. II, 9.)
Enfin, d'après les Actes IX, 26-30, où ce voyage de Paul à Jérusalem est rapporté , il est dit que Bamabas conduisit Paul vers les apôlres. Il y avait donc plus d'un apôtre; ce qui concorde avec notre opinion , d'après laquelle Paul en vit deux : Jacques et Pierre. Si dès lors on soutient que le Jacques du vers. 19, du chapitre I. er 4ps Galates n'est pas apôtre, il faut admettre la contradiction des Actes et des Galates.
On accordera peut-être (Meyer) que Paul donne réellement le titre d'apôtre à Jacques dans ce verset ; mais que le mot apôtre ne désigne pas ici le fait d'avoir été l'un des Douze, mais celui seulement d'avoir été disciple évangélisant.
Toutefois si l'on veut y faire attention, on verra que l'épi thète
d'apôtre n'est pas donnée à Jacques séparément, mais en même temps à Pierre et à Jacques ; de la sorte il faudrait que le mot apôtre eût un sens particulier pour chacun d'eux, qu'il s'entendît, pour Pierre, de sa qualité d'apôtre immédiat de Jésus- Christ, et pour Jacques, de, sa qualité de disciple évangélisant. Or, nous ne pouvons admettre, que Paul ait joué sur les différentes acceptions d'un mot, pour embrasser les titres différents, des divers individus auxquels le mot est appliqué. Si l'on dit, pour tourner la difficulté, que Pierre est ici appelé apôtre dans le même sens que Jacques , c'est-à-dire, dans le sens large du mot, nous répondrons que, le titre d'apôtre étant donné à Pierre, il n'y a aucun motif pour qu'on ne l'entende pas de sa qualité d'avoir été disciple immédiat du Sauveur. D'ailleurs , le sens dans lequel Paul prend le mot apôtre dans ce premier chapitre de l'épltre aux Galates, n'est pas douteux; il veut prouver qm'il n'a pas reçu son évangile des hommes, pas même des apôtres. Dès, lors il est évident qu'il veut parler de ceux qui avaient vécu intimement avec Jésus -Christ et qui devaient être les mieux instruits de sa doctrine. ,. , ni . m m
Enfin , des raisons que nous avons eu déjà l'occasion de citer, s'opposent à ce que nous interprétions enrorroXoç autrement-que par apôtre, l'un des Douze. . -. < > - l <;
En effet, si Jacques n'avait pas été apôtre, dans le sens res* treint du mot, Paul l'aurait-il mis sur le même rang que PiertrceS que Jean? l'aurait-il appelé, comme eux, un disciple considéré \ distingué, une colonne de l'Église? Cela nous parait compjé* tement impossible, d'autant plus qu'il ne donnai jamais toutes ces épithètes à Tite ou à Timotbée qui, certainement , étaient des disciples distingués. Comment expliquer enfin cette autorité de Jacques en présence même des. apôtres , i s'il n'avait été » leur égal? mais nous ne voulons pas reprendre ce que nous avons dit à ce sujet, pages 54 et 65.
On se rappelle que nous avions annoncé plus haut, que trois
de l'acteur de l'épitre. 61
passages montraient , selon nous, que le Jacques des Actes et des Galates , cthXtpoç de Jésus-Christ était apôtre ; nous venons de voir le plus important de ces passages; examinons maintenant les deux autres.
Second passage. 1 Cor. XV, 7 : Emn* «pÔ» IukuQ». Ensuite [Jésus- Christ] se fit voir à Jacques.
K Ce passage qui , au premier abord , n'a l'air d'entrer pour rien dans notre question, et que nous n'avons vu invoqué par aucun critique, prouve indubitablement, selon nous, que le Jacques des Actes et des Galates était apôtre, c'est-à-dire, le même que Jacques, fils d'Alpbée.
En effet, il est évident que Paul entend ici le Jacques dont il a déjà parlé dans l'épitre aux Galates, et qui se trouve être le même que le Jacques des Actes; car il ne lui donne point depithète, il le nomme purement et simplement; ce qui prouve bien qu'il parle du seul Jacques, célèbre alors, de l'ccJtAçoç de Jésus -Christ, et non du fils de Zébédée, qui était mort depuis quinze ans S'il avait voulu dire que Jésus-Christ, après sa résurrection, fut vu de ce dernier, et non de IWfcÀfoç , il l'aurait xtit* pour ne pas engendrer de la confusion dans l'esprit de; ses lecteurs qui , depuis longtemps n'avaient plus entendu parler que d'un seul Jacques , et qui , toutes les fois qu'on leur pariait d'un disciple distingué de ce nom, devaient naturellement songer à Jacques de Jérusalem; dès lors, si l'on n'admet pas queee dernier «oit le même que le fils d'Alpbée, comment expliquer l'apparition de Jésus-Christ? En effet, Jésus-Christ se seraiuil montré particulièrement , après sa résurrection , à quelqu'un < qui m'était pas apôtre* qui était converti depuis peu, qui avait été incrédule \ pendant son ministère ? L'aurait-il mis sur le môme rang que Pierre, à qui H apparut aussi en particulier? il nous) semble que i cela serait tout à fait inadmissible. . . hT
1. La première cpltre aux Corinthiens, où se trouve notre passage, fut écrite l'an 5^, et 1 Xacqucs ,'Kls de Zébédéê, subit le martyre l'an A4.
Dira-t on que, par cette apparition, Jésus-Christ voulut se l'attacher, comme un peu plus tard il le fit pour S. Paul? Mais où est le récit de cette conversion ? Les Actes n'en disent rien ; cependant c'était un fait qui montrait assez la puissance de Jésus, pour que S. Luc en parlât ; et il nous semble qu'il n'eût pas évité l'occasion de raconter, comme il le fit pour S. Paul , l'origine miraculeuse de la conversion d'un disciple qui fut si célèbre.
Ce n'est donc pas hasardé de dire qu'il résulte de ce passage que le Jacques dont parle S. Paul, et qui était, selon lui, lWkAfoc de Jésus-Christ, était apôtre, c'est-à-dire, le même que le fils d'Alphée.
Troisième passage, 1 Cor. IX , 5 : M» ovk tyofxtv t%vrta.r (pnf yuvaan.it Ttçdaytir, û»< zeu Ao/tto/ tmorroXot, kou ot aSiÂÇot t« Kvgiv, itett K»<p*ç. IV avons-nous pas le pouvoir de mener avec nous une sœur qui [soit notre] femme, comme les autres apôtres et les frères du Seigneur et Céphas.
Ce passage concerne les frères de Jésus -Christ en général, sans nommer précisément Jacques ni Jude; mais il prouve, selon nous, qu'il y avait plus d'un aSiXçoç de Jésus-Christ parmi les apôtres; et c'est si vrai que les adversaires 1 même, de l'apostolat de Jude, reconnaissent que «ce passage, outre de Jacques, «fils d'Alphée, parle de quelques autres apôtres, dont la parenté «avec le Seigneur nous serait inconnue.» Schott qui parle ainsi, pense que Paul fait aussi allusion à Matthieu ou Lévi, qui est appelé comme Jacques, fils d'Alphée (Marc H, 14); mais tfest une pure hypothèse; car les évangélistes n'ont jamais parlé de la parenté de Matthieu avec Jacques, fils d'Alphée* Schàtt 'explique cela en disant qu'Alphée aurait eu ce fils d'une première femme; mais il n'en serait pas moins frère de Jacques, pour we pas avoir la même mère que lui. 1 • >•
1. Schott, qui, comme on se le rappelle, admet que l'apôtre Jude est fils d'un certain Jacques inconnu.
de l'auteur de l'épitre. 63
Revenons à notre passage. Les mois **' et af&çot t« Kvçm sont placés entre les précédents &x **< «< Xotvoi aaro<rro*ot et les suivants K»$*ç, de lelle façon qu'on ne peut les entendre que de personnes qui étaient apôtres , parce qu'ils sont placés dans la phrase entre un et des individus qui portaient ce titre. Si Pierre n'avait pas été apôtre, et n'eût été tout simplement qu'un disciple distingué, on ne pourrait pas se servir de l'argument, parce que cette phrase prouverait simplement que Paul a voulu s'autoriser, d'abord de l'exemple des apôtres, ensuite des frères de Jésus -Christ, enfin d'un disciple distingué; mais, dès que Pierre est apôtre, on ne voit pas pourquoi les (tSiXipot de Jésus-Christ, qui sont nommés séparément comme lui, ne seraient pas aussi apôtres comme lui, d'autant plus qu'ils sont placés entre *s *** ot \ot7rot <t7reçToXot et Kapaç. H nous semble ensuite que Paul voulant revendiquer, auprès des Corinthiens dont il connaissait si bien l'esprit, son droit de mener avec lui une épouse, n'aurait pas voulu, par mesure de prudence, s'autoriser de l'exemple de disciples qui n'auraient pas été apôtres.
Du reste, il est facile d'expliquer pourquoi Paul a nommé séparément Pierre et les frères de Jésus -Christ; c'est que le premier était un des apôtres les plus distingués, et que les autres (Jacques) étaient relevés parmi ceux-ci, soit à cause de leur parenté avec le Sauveur, soit à cause de leurs mérites particuliers. ,Dès ( lors il tenait à s'autoriser de l'exemple, non-seulement des apôtres en général, mais encore des plus considérés d'entre eux i de .Pierre et des uitXQot de Jésus-Christ; c'est pourquoi il tient; à les .nommer séparément, sans vouloir indiquer par là qu'ils, ne fussent pas apôtres; et c'est là la manière générale d'expliquer toutes les inexactitudes de langage de ce genre, comme par exemple Trrrpoç x*# a attoittoXoi (Act. V, 29).
Ce passage prouve donc, si on admet nos raisons, qu'il se trouvait quelques xfiXfoi de Jésus -Christ parmi les apôtres;
car, fidèle à ce que nous avons soutenu ailleurs, nous ne pensons pas qu'il faille croire que Paul veuille parler de tous les aJtXQoi de Jésus-Christ, mais de quelques-uns seulement. Nous ne revendiquons que Jude et que Jacques, parce que nous trouvons seulement des preuves suffisantes qui appuient l'apostolat de ces deux personnages. D'autres ' veulent que Simon, l'un des frères du Sauveur (Mattb. XIII , 65) , soit aussi le même que V apôtre Simon Zélote ou le Cananite; mais dans aucun des catalogues des apôtres il n'est donné comme le frère de Jacques.
Nous avons établi que Jacques, o/fcA?o( de Jésus-Christ (Mattb. XIII, 55 ; AcU, Gai. 1, 19), est le même que Jacques l'apôtre, fils d'Alphée, qui, lui-même , n'est autre que le cousin germain de Jésus-Christ, fils de Marie et de Clopas ou Alphée (Matth. XXVII, 56; Jean XIX, 25):