C. Témoignages en faveur d'un seul Jacques
L'Évangile des Hébreux, qui est très- ancien, fait entendre positivement que Jacques le Juste, «ufrAipoç de Jésus -Christ, était le même que l'apôtre, fils d'Alphée : Dominas autem quum dedissei sindonem setvo sacerdolis, ivit ad Jacobum et apparaît ei (1 Cor. XV, 7). Jur avérât enim Jacobus se non comesurum panent ab illâ horâ , qua biberat calicem Domini, donec videret eum resurgentem a mortuis. Bursusque posl paullulàm : offerte, ait Dominus, mensam et panem. Statimque additur : tulit panent et benedixil ac fregit et dédit Jacobo Justo et dixit ei : Frater mi comede panem tuum, quia resurrexit Jilius hominis a dormientibus (Jérôme, Script. eccl., chap. 2). Celte citation prouve évidemment que l'auteur de l'Évangile aux Hébreux confondait Jacques le Juste, aeTeApeç de Jésus -Christ {Frater mi) avec l'apôlre, puisqu'il dit qu'il assista à ta dernière Pâques que Jésus-Christ célébra avec ses douze apôtres seulement.
Clément d'Alexandrie (f 217) met positivement Jacques le Juste, évêque de Jérusalem, au nombre des douze apôtres. C'est Eusèbe (Hist. eccl., liv. 2, chap. l. cr ) qui nous a conservé son opinion à cet égard, qu'il a puisée dans le livre des Hypotyposes, perdu de nos jours : Utr§ov y&ç <p»<n xett I«mCov kas Iùiavvhv ( Malt h. XVII, 1) ptTA thv avaXk-\iv t«
tTUiTtlÇOÇ , UÇ AV KAS V7F0 T« Kt>£*« 7rf(,TtfXlfJLH/Xt¥\tÇ fXtl tTTtfl-
Kcta-afôatt fo%tiç, aXXa IctKuCov tov SlKtttov t7rt<rK07rov ruv Ii£o-
GoXVfÂAôV (XtS^AS . .... IctKtoCu Ttù S'iKASU KAS lUAVVn KAS TltTÇto
fjiiTct thv ctva.<rraL<Ttv 7xat£eJWi tuv ymctv o Kugsoç, mtos tosç Xosttosç ATrorroXosç 7r*çtS)toK<tv , os <f« Xos-vos attovtoXoi tosç tÇfofxn- Kovret . . . Avo Jle ytyovA<rsv letKtoCof tiç o Sïkasoç o kata t« 7rrt(iuysM #Â*0eiç, trtgoç <ffe KaTATOfxnBttç' avt* tu JW/w kas o UavXoç fj.vnfÂOVtvtt yùAtyw* rrtpov tuv attogtoXuv • ... (Gai. 1 , 19). — Dans un autre passage (HomeL Clem,, II, 35) il dit qu'on appelait Pévêque de Jérusalem , qu'il vient de mettre au nombre des apôtres, «AA<poç t« Kvçsv, ce qui montre qu'il avait trèsclairement la question dans l'esprit : IakuOo tu Xt%&tvrs AÏtXQu
TH KVPSV fJLH KAS TTtiriffTiUfAtVU iV TUV ECçASUV fovMSV
tKKXnriAV*
Athanase (t 373) ne parle de l'auteur de PÉpltre de Jacques, que tout le monde attribue à l'évêque de Jérusalem, que pour lui donner le titre d'apôtre : KaBuç kas o IakuCoç o avovtoXoç ftfAo-Ktov tXtyt . . . ., (Athan. Opp. contr., Arian., Oral, 3; ÉdiU des Bénéd., Patav., 1777).
Cbrysostome (f 407) : AXXa oça kas thtov fxé' otrtiç rt/jutç MOfXAW « y*ç tmtv A7rXuç, IakuCov, aXXa kas to ft/uLVoXoyttfx* 7rgo<7tÔHKtv .... u yAÇ ffMfÂAVAt ov tXtytv JiôeÀey, tvnv KAi s| trtçv yvupiff/jLATOç ro'jro TrosncAi faXov , kas uttisv tov th KXomx , ow*£ kas o tVA,yytXs<rrnç tXtytv* aXXa qvk tsvrtv ovtuç* AXXa t7rnSn ta
TUV A7T0ffT0XtoV fft/JLVOXoytlfAATA sSl<ZttVCLl tVOfJLiÇtV, Ù)Ç tetVTOV VJTASPUV, CUTU (Tt/JLVUVtt KAKiSVOV. Ou yAÇ tKAX(ff«V AVTOV 0UT6JÇ, OÇ U7T0V, aXXa TTtoÇ; TOV AfthQQV TK KVPSV* KAi TOiyt 0V<Té KATA ffAÇKA A^tX^OÇ M
t* Kt/^i«- cvrtoç iVOfAiÇno. AXXet opLuç ouS) outûûç afrt<rr çctÇti
to ctfytûfAat. ônvati t« aevcT^oç, nett -TroXXet^oètv ceAAoôev /fixKt/Tat/, ors
S'KKtiTO'TrgûÇTOVÇ CLTTOOTOXVÇ WOtVTOtÇ Ol/TÛ) yVHfitoÇy û»Ç Ctl/TA» TTÇVTrmV
(Chrys. Opp. comment, ad Gai. I , 19. Edit. Montfaucon ; Paris, 1732; t. X, p. 678). Dans ce passage, Chrysostome fait une observation sur ce que S. Paul donne à Jacques la qualité d'«tJ«*<?eç du Seignelir, quoiqu'elle ne lui appartienne pas selon lui ; il n'en fait point sur ce qu'il lui donne le titre d'apôtre , il le croyait donc apôtre , comme S. Paul. — E-re/^ xatt ertçoç laxaCoç nv o ekTeApoç t« Kt/£/«, «Tirât t«to e7rtffit/j.nva.T0
rgtfft fxaL\i<na. h nrr^« nett lautaCv (Homel. 26. in act. apost., V IX, p. 209 , alin. 2). Dans ce passage encore il remarque que S. Luc appelle Jacques le majeur, frère de Jean, parce qu'il y avait un autre Jacques qui était le frère du Seigneur; il ne parle pas d'un troisième ; le second Jacques , auquel il fait allusion , ne peut done être que l'apôtre Jacques, fils d'Alphée, qui selon lui serait frère du Seigneur.
Jérôme (f 420) est de tous le plus ardent défenseur de cette opinion : Nulli dubium est, duos fuisse apostolos Jacobi vocabulo nuncupatos, Jacobum Zebedœi et Jacobum Àlphœ'u Istum nescio quem minorem Jacobum, quem Maria? filium , nec tamen matris Domini scriptura commémorât, apostolum vis esse an non ? Si apostolus est, Âlphœifilius erit et credidil in Jesum, et non erit de illis fratribus , de quibus scriptum est : neque enim tunefratres ejus credebant in eum. Si non est apostolus, sed tertius nescio quis Jacobus, quomodo est f rater Domini putandus? et quomodo tertius ad dislinclionem majoris appellabilur minor, cum major et minor non inter très, sed inter duos soleant prœbere distantiam et f rater Domini apostolus sit, Paulo dicente : Gai. I, 19? Ne autem hune pûtes Jacobum filium Zebedœi, lege actus aposlolorum jam ab Herode fuerat interemptus. Restât conclusio, ut Maria fuerit u.ror Àlphœi , et soror Mariœ matris Domini,
quant Mariant Cleophœ Johannes evangelista cognominavit , sive a pâtre, sive a genlilitale familiœ , aut quacumque alia causa ei
nomen imponem IVunc illud est quod conamur osten-
dere , quemadmodum fratres Domini appellentur , filii materterœ ejus Marias , qui antea non credentes, postea crediderunt. Licet fieri potuerit, et uno statim credentes, alii diu increduli fuerint : et hanc fuisse matrem Jacobi et Josetis , id est Mariant Cleopliœ uxorem Âlphœi , liane dictant Mariant Jacobi minoris (Hieron. Opp. epist, 63, adv. Hehid. ; édit. de Francf. s/M., 1684, l. Il, pag. 11; Voyez aussi pag. 10, 12, 13). — CataL de scriptor. eccl., c. 2; t. I.*, p. 172 — Comm. in Matth. XII.
Les Pères el auteurs ecclésiastiques qui partagent encore cette opinion sont les suivants :
AuriiiLOQUE ' (f 394), OraU quart, in sancl. Deipar, el Symeon. Édit. de Paris, 1644; p. 56.
Augustin (f 430), Lib. locut., liv. 1 ; au dire de Scbarling, p. tv, $. 4.
Une requête* en grec des Moines de Constantinople. (Voy. Sacros. conciL de Labbe et Cossart. Paris, 1671 ; t. III, p. 425.
Théodoret (f 458), Hist. eccles. Édit de Paris, 1642; t. III, p. 268.
La Vie de S. Euthyme (+ 473). Voy. les Ànalecta greec. des Bénédict. Paris, 1688; vol. I, p. 69.
La Chronique d'Alexandrie (630). Voy. Chron. alex. gr. c. lat. inlerpret. a JRadero edit. Munîcb, 1615; p. 104.
1. Ce Pire admet que Jacques et Jude, auteurs des deux épUres, étaient fils de Joseph et apôtres de Jésus-Christ. Cette opinion, qui ne peut s'expliquer qu'en admettant que Joseph eût des enfants de la veuve d'Alphée, Bon frère mort sans enfants, est en notre faveur; car elle identifie Jude et Jacques, frères de Jésus-Christ, avec les apôtres de ce nom. Voy. p. 39, note 1.
2. Celte requête , adressée au concile d'Ëphèse cl datée de l'an 430 , donne à Jacques, evéque de Jérusalem, le litre d'apôtre el le place même à côté de Jean.
Théophilacte ' (f 640), Comm. in Matth. XIII. Édit. de Baie, 1554; p. 43.
Bkde (f 735), Comm, in Matth. X, 2 — 4. Édit. de Cologne, 1688; t. V, p. 31. — Comm. in Marc. III, 18. — Comm» in Marc. VI, 3, liv. II; t. V, p. 130. — Comm. in Acl. I, 13; p. 628 et 629.
Anastase le Bibliothécaire (9." siècle), Hist. eccles. Édit. de Paris, 1649; p. 14.
Les anciens sont donc loin d'être d'accord sur la question des Jacques , de sorte que toute conclusion positive basée sur leurs témoignages serait hasardée. Cependant nous ne pouvons nous empêcher de remarquer, que les témoignages en faveur d'un seul Jacques nous ont paru en général plus clairs que ceux qui soutiennent l'opinion opposée. Ainsi le témoignage de {'Évangile aux Hébreux vaut bien celui de l'Évangile de Pierre, dont Origène critique l'opinion, et Clément d' Alexandrie, qui était bien plus rapproché des temps apostoliques qu'Origène, puisqu'il mourut l'an 217 et que ce dernier vivait encore l'an 253, peut lui être opposé avec avantage, car il dit positivement qu'il n'y avait que deux Jacques, tandis qu'Origène est assez indécis, et donne même le titre d'apôtre à VaStxçoç de Jésus-Christ. Et quant à Jérôme et Chrysostome, ils sont tout aussi affirma tifs quEusèbe et Epiphane, qui donnent également à Jacques le titre à 'apôtre.
1. Ce Père est partisan de l'opinion, insoutenable d'ailleurs (roy. p. 33), que les a<T<>.po/ de Jésus-Christ étaient fils de Joseph et de la veuve de son frère mort; veuve qui n'était autre, d'après lui, que celle qui est appelée dans les Évangiles mère de Jacques et de Joses, et frère mort, qui ne serait non plus autre que Clopas, qui est donné comme mari de cette dernière. Mais l'erreur même de ce Père est une preuve qu'à ses yeux Jacques, a.hx^t de Jésus- Christ, était le même que le fils de Marie et de Clopas, que tout le monde, comme on sait , regarde comme le même que le fils d'Alphée. Voy. p. 49 — 52, et note 1 , p. 52.
(ll'IMONS DES ANCIENS.
D. Témoignages directs, en faveur de l'apostolat de Jude, auteur de
Vépître.
Tertullien (f 223) lui donne le titre d'apôtre: Eo accidit qitod Enoch apud Judam apostolum testimonium possidet (Tertull. Opp. Édit. Rigault, imprimée par Havercamp; Venise, 1744, p. 151. De cult.feminar., liv. I, chap. 4).
Origène (f 2ô4) : Quod Judas aposlolus in epislola catholica dicit (Orig. Opp. Édit. Delarue; Paris, 1733, t. IV, p. 510; liber III comm. in ep. ad. Rom,). — Meminit in epislola sua apostolus Judas (t. I, p. 138; de principe liv. III, chap. 2).
Athanase (f 373): Keu v^tarohou Kftvovucxt xaAu/zevaJ . r&v ct7rG<rro\M (Athan. Opp. omn. Édit. des Bénédict.; Patav., 1777, t. I , part. 2. Epist. Fest.). — Catholicœ epistolœ apostolorum omnes numéro seplem : Jacobi una, Pétri duœ, Joannis très, Judœ una (Synops. script, sacr.; t. II).
Éfiphane 403) : Otfxai iKtvtiB» ro etytov 7rvtvp.& tv ra> cnroatoAû» I«/ee, Xtytù «Tè tv t» utt etVT* yoctiptm xsedoA/x». ... iWatç cffe ttrnv ovtoç , o aS'tXipoç letxa&s x.eu KâgHt Xtyojutvoç {Hœr. XXVI).
Jérôme (f 420): Jacob us.... Judas apostoli septem catholicas epistolas ediderunt {Epist. 2. ad Paulin.). — De quo apostolus in epislola sua testimonium posait {Comm. in Tit. 1).