VIE DE 8* JUDE
réellement Jude, frère de Jacques, avait été apôtre des Syriens, son épitre se serait trouvée dans l'ancienne version syriaque, la Peschito, où elle manque complètement; de plus, les auteurs syriens disent que leur apôtre mourut la douzième année de son ministère; ce ne peut donc être le même que Jude, qui écrivit son épitre assez tard , comme nous le verrons plus loin.
Mais selon quelques auteurs syriens, il y eut deux hommes du nom de Thaddée qui travaillèrent à leur conversion : celui dont nous venons de parler, qui était un des soixante-douze disciples, et l'apôtre Jude Thaddée, l'un des douze. Le premier aurait été envoyé à Abgare, roi d'Édesse, par l'apôtre Thomas, immédiatement après l'ascension de Jésus-Christ , et le second serait venu chez eux quelques années plus tard, de là serait allé en Assyrie 1 et en Mésopotamie , puis revenu en Phénicie , où il serait mort martyr à Berythe (aujourd'hui Beyrouth) selon les uns , et à Arad selon les autres, Dficéphore dit à ce sujet : «l'apôtre Jude Thaddée avait affermi l'œuvre de Dieu queThad- «dée, l'un des soixante-douze, y avait commencée.» Il ajoute «qu'il prêcha aussi l'Évangile dans la Judée, la Galilée, la Sa- « marie , ITduméc et dans toute l'Assyrie. »
On trouve encore d'autres traditions sur la prédication de Jude. Ainsi Paulin dit que Dieu donna cet apôtre à la Libye, pour y dissiper les ténèbres de l'erreur par une vive lumière.
m Sic dédit Àndream Patris
« Ut simul Europam, algue Âsiam curaret in illis,
« Discuteretque graves per lumina tanta lenebras.
1. Le célèbre voyageur Niebuhr a rencontré dans le voisinage de la rivière Zab, en Assyrie, une secte qui ne souffre pas qu'on dise du mal du diable, doctrine tirée de l'épltre de S. Jude (vers. 9), et qui attribue sa fondation à un saint homme appelé Ade Schaich , mot qui a beaucoup de rapport avec Jdée, nom de l'apôtre «les Syriens. (Michaelis , t. IV.)
«Lebbœum Libye* . . . .» (Poème XXVII, autrefois XXVI ; S. Felicis Natal, carm., XI; Edit. Muratori; Vérone, 1736, p. 451 et 452>
Forlunat, évêque de Poitiers au sixième siècle, dit {Carm,, liv. 8 , cbap. 4) qu'il fut enterré en Perse ; ce que les martyrologues latins ont répété après lui (Florent, Martyrol., p. 17ô) ; Bède (Retract, in acL, p. 3) ajoute des détails à ce récit, mais sur la foi d'histoires qui contiennent les souffrances des apôtres qu'on regarde généralement comme apocryphes.
Jbdias, de Babylone (Histor, certaminis apostolici, liv. 6) ajoute qu'il fut aussi massacré en Perse, dans un tumulte que les prêtres des idoles avaient excité contre lui.
Les Mènologues (Menaea magna Graecor., p. 143) des Grecs disent qu'il fut tué à coup de flèches , en un lieu que nous ne connaissons pas («v A^a^ot rn woàm).
Les Moscovites (Basnag., Exercit. de reb. sacr. , p. 436) croient avoir reçu la foi de lui.
Parmi toutes ces traditions, celles qui sont le plus appuyées, comme on a pu le voir, sont celles qui font de Jude Thaddée l'apôtre de la Syrie et de la Perse.
Revenons maintenant à l'histoire de ses petits -fils : c'est à Eusèbe (Hist. eccl., liv. 3, cbap. 19 et 20) que nous la devons. Les deux petits-fils de Jude vivaient paisiblement en Palestine, cultivant eux-mêmes le champ qui leur appartenait, et dont l'étendue était de vingt-neuf arpents , de la valeur de neuf mille deniers en monnaie d'alors (3400 francs environ), lorsque l'empereur Domilien donna l'ordre de persécuter les chrétiens, l'an 95 de l'ère chrétienne et la 14/ de son règne. Redoutant, comme Hérode, la venue de Christ, qu'il regardait comme un maître temporel, il donna l'ordre de faire périr tous les descendants de David. Comme on lui dénonça les petits -fils de Jude, il les fit comparaître devant lui; les interrogea sur leurs biens, leur famille, le Messie et sa royauté, et ils répondirent
Vit Dfc S. JUDE. 87
avec beaucoup de sincérité et de franchise : « Leurs mains cn- « durcies par le travail, dit Eusèbe, faisaient assez voir que ce «qu'ils disaient de leur pauvreté était vrai. 9 Quant au Messie, ils déclarèrent qu'il était véritablement roi dans le ciel et non sur la terre, où son règne ne devait s'établir qu'à la fin du monde, lorsqu'il viendrait juger les vivants et les morts. Domitien n'eut alors que du mépris pour leur pauvreté et leur faiblesse, et jugeant qu'il n'avait rien à redouter de leur part, il les mit en liberté. Depuis lors, les deux petits-fils de Jude furent très-bonorés dans l'Église comme parents de Jésus-Christ et comme témoins de la vérité devant un empereur. On les établit directeurs de l'Église', et ils vécurent jusque sousTrajan, à l'époque où Siméon, second évéque de Jérusalem, subit le martyre, l'an 107 de Jésus-Christ environ.
Le pape Gélase, dans son décret* contre les livres apocrypbes, cite un Évangile de Thaddêe, qu'il place dans les apocryphes. Mais comme personne, parmi les anciens, n'a attribué à l'apôtre Jude Thaddée d'Évangile, on croit que dans ce décret de Gélase il ne faut pas lire Thaddée, mais Matthieu, comme le portent quelques manuscrits. Quant à Y Évangile de Jude, dont parle Irénée (Haeres., liv. t.", ebap. 35) et Epiphane (Hœres., XXVIII , alinéa 1), c'est celui d'Iscarioth. (Voyez G. Pritius et G. Hofmann, Inlrod. in lection. Nov. Testant.; Lcips, 1737, p. 283).