Sehofia in N. T.. 1777 — 1831. Suronb
COMPARAISON DE JODE ET Dfc 2 PIERRE. 1 1 I
Quels sont los arguments à l'appui de cette thèse? Plusieurs savants n'en donnent aucun. D'autres se prononcent sans examen, et d'un ton absolu, sur cette question, entre autres Michntiïs : « Il n'est pas douteux , dit-il, que relativement à l'épltrc « de Jude , la seconde de Pierre ne soit l'original , et non la « copie. » Plus loin : « Il est clair que c'est S. Jude , qui a emprunté «les expressions et les arguments de S. Pierre, auxquels il a «fait un petit nombre d'additions. 1 * On serait tenté de croire qu'un pareil langage appartient à quelqu'un qui n'a jamais étudié la question , puisqu'il pose comme évident un fait qui l'est si peu , vu le grand désaccord qui existe entre les savants sur ce point. Cependant des critiques plus consciencieux ont donné quelques preuves, qu'il importe d'examiner avec soin.
Le premier argument est donné par Hnnlein: « Il est évident, dit-il, «que Pierre a écrit avant Jude, car dans l'épttre de Pierre les « faux docteurs , contre lesquels elle est dirigée , sont dits avoir «seulement jeté des germes d'erreurs et de vices, tandis que «Jude se plaint de ce que ces erreurs et ces vices se sont éten- «dus déjà partout." Cet argument revient à peu près à celui que l'on tire de l'emploi que fait Pierre du futur en parlant de la venue des faux docteurs (2 Pierre II, 1 : •Xtutrovreu 4«*JW>- PtiunteiXot * verset 2 : iroXXoi tÇaxaAKÉWv^iv ; verset 3 : ifjwropturovxaw .... tv w\*ov*Eict,\ III , 3 : tXtuffovrett .... tfjLirtuHxeti) , tandis que Jude se sert du passé pour les dépeindre (Jude, verset 4 : vaLpunSijffttf yap Tivtç ttvBçorTroi). Pierre a donc écrit avant Jude, conclut-on , puisque le premier parle des faux docteurs comme devant arriver, et le second comme existant déjà.
Cet argument, qui parait très-fort au premier abord, tombe complètement pour peu qu'on examine les autres versets, où Pierre parle des faux docteurs. En effet , il se sert du présent , et même du passé, pour les décrire, et il est évident que la description détaillée et précise qu'il en donne, ne peut s'appliquer qu'à des gens qu'il avait sous les yeux. ( Voy. 2 Pierre II ,
10: t«ç.... TroçwofxtvyAç; verset 12: «to/JV.... fiXetff^nfjivvrtçy verset 1 3 : KofxiMfxtv ot [xt<rbov\ verset 14: o<pôstA/*«ç f^oira^ verset 15: tnXcLvnbiHrttv , verset 17: ot/ro/ verset 18: wrtpoyKct*,», <pùîyyo/j.evot StXset^affiv^ verset 19: r7ra.yytXKo^tvot , etc.) Au verset 5, chap. III, Pierre reprend le présent (Xctvùotvu yxg currvç), après avoir employé le futur au verset 3 du même chapitre (on eXtu<rovr<tt ffX7retsKTeu), L'emploi alternatif du présent et du passé, mêlé à celui du futur pour caractériser ces faux docteurs, et joint à la description détaillée qui en est faite, nous conduisent à les regarder comme existants au moment où Pierre en parlait. 9
Quant à ce qu'ajoute Hïmlein, que dans l'épltre de Pierre les faux docteurs sont dits avoir seulement jeté des germes de leurs erreurs, et que dans Jude, au contraire, les erreurs sont données comme étant déjà très-répandues, ce n'est pas juste, attendu que Jude ne parle pas encore de chrétiens séduits par eux, et qu'au contraire Pierre en parle (II, 2. 3. 14. 18-22). Pierre ensuite appelle ces faux docteurs ■],tvMif'at<rK<t\ot t et Jude leur donne simplement le titre vague de nn% etvQ pavot. D'ailleurs les séducteurs contre lesquels s'élève Jude et 2 Pierre ne sont pas les mêmes. Jude combat plutôt des hommes immoraux et irréligieux, et Pierre l'enseignement et les vices de faux docteurs , ce qui recule son épltre au delà de la date de la nôtre ,