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Une troisième raison , qui nous porte à admettre l'antériorité de Jude , ressort de l'examen des récits apocryphes qui se trouvent conjointement dans les deux épi 1res. Dans S. Jude ils sont clairs et explicatifs, dans Pierre ils sont voilés et obscurs, et quelquefois ne peuvent se comprendre, que si l'on admet qu'ils font allusion à ceux de Jude, et que Pierre supposait que ses lecteurs avaient I epitre de Jude entre les mains.
Jude. 2 Pierre.
6. Il a réservé [liés] de «haines 11, 4. Car si Dieu n'épargna pas
éternelles dans les ténè- les anges qui péchèrent ,
bres pour le jugement du mais si, les ayant abîmés,
grand jour, les anges qui il les livra à des chaînes
n'avaient pas conservé d'obscurité, gardés ainsi
leur origine, mais qui pour le jugement
120 introduction.
Jude.
avaient abandonné leur propre demeure. Vers. 7 :
Et pareillement Sodome et Gomorrhe et les villes qui s'étaient prostituées de la même manière queux [les anges], etc.
Les paroles de Pierre s'expliquent bien par celles de Jude , et ont certainement Pair de leur faire allusion.
Jude. Pierre.
9. Au lieu que Michel l'arch- 11, il. Au lieu que les anges qui
ange, lorsqu'il s 'entrete- sont plus grands en force
nait dans sa contesta/ion et en puissance, ne por-
avec le diable au sujet du tenl point contre elles [les
corps de Moïse, nosa pas dignités] de jugement in-
porter un jugement inju- jurieux auprès du Sei-
rieux, mais il dit : Que le gneur.
Seigneur te reprenne.
Il serait impossible de comprendre le passage de Pierre, si l'on n'avait celui de Jude sous les yeux. Evidemment il lui fait allusion. Comme dans le passage précédent, Pierre prend l'idée dominante et générale du récit de Jude. On comprend facilement qu'on généralise un fait spécial, mais non pas qu'on tire un fait particulier d'un fait général qui ne fournit aucun détail, c'est-à-dire que Pierre pouvait très-bien appliquer à tous les anges ce que Jude disait de l'un d'eux, au lieu que Jude ne pouvait pas, du fait général de Pierre, tirer un fait particulier relatil à l'un des anges. Qu'on ne dise pas, que les deux auteurs, à l'insu l'un de l'autre, veulent faire allusion au même récit de Y Assomption de Moïse (livre apocrypbe d'où l'on pense que Jude a tiré le récit qu'il rapporte ici) ; car Pierre, en parlant du fait qu'il raconte, est trop peu clair et trop peu explicite, pour que ses lecteurs pussent le comprendre et savoir à quelle histoire il faisait allusion, s'ils n'avaient eu le récit de Jude sous les veux.
comparaison de jude et de '2 pierre. 121
Jude. 2 Pierre.
14 et 15. Aussi est -ce d'eux II, 9. Le Seigneur sait.... garder qu'Enoch le septième de- pour le jour du jugement
puis Adam a prophétisé les injustes qu'ildoit punir.
en disant: Voici, le Sei- HI, 2 Vous faire souvenir
gneur est venu au milieu des choses qui ont été dites
des milliers de ses saints auparavant parles saints
pour juger tous les [hom- prophètes, mes] et convaincre tous les impies d'entre eux de toutes les actions d'impiété qu'ils ont commises et de toutes les choses outrageantes que les pécheurs impies ont dites contre lui.
Il est probable que Pierre fait encore ici allusion au contenu de la prophétie d'Enoch , et au caractère de prophète de ce dernier.
Quatrième raison. De l'aveu de tous les critiques, tant de ceux qui soutiennent l'authenticité de 2 Pierre , que de ceux qui la nient, le style de cette épltre, dans la partie qui est commune avec S. Jude (le second chapitre surtout), est différent de celui de la partie qui ne l'est pas , fait qui se comprend trèsbien, si l'on admet que l'auteur de l'épître de Pierre a imité Jude, et qui est inexplicable avec l'opinion contraire*. Lors même que le second chapitre ne différât pas du premier et du troisième, le seul fait de la différence de style de 2 Pierre et de 1 Pierre (admise aussi par tous les critiques) , suffirait pour prouver que Jude est l'original et 2 Pierre la copie. En effet, si cette dernière épilre est authentique, et que Pierre en soit l'auteur, on ne peut expliquer la différence de style qui existe
i. C'est ce qui a porté les défenseurs de 2 Pierre à admettre qu'il n'y avait que le premier et le troisième chapitre d'authentiques, cl même que le premier; car le troisième renferme des traces évidentes de rapports avec Jude.
entre elle et la première épltre , qu'en disant que Pierre , dans sa seconde lettre, a grandement imité Jude; si, au contraire, l'épitre est supposée, et qu'elle soit d'un imposteur, on ne peut admettre que Jude se la soit laissée imposer, au point de s'en servir, comme il l'aurait fait. D'ailleurs, si c'est un imposteur, elle n'a pu se fabriquer qu'assez tard , c'est-à-dire après l'époque que nous avons fixée pour la rédaction de l'épitre de Jude, car nous pensons qu'il est inadmissible, que cette épttre supposée ait pu se composer du vivant même de Pierre , cl jouir immédiatement d'une assez grande autorité pour que Jude la convertit à son usage.
Cinquième raison. A ces raisons purement critiques, on peut ajouter que si Jude est authentique , on ne voit pas pourquoi , pour un écrit si bref, il aurait pris un guide et l'aurait suivi de si près, d'autant mieux qu'il n'ajoute rien de nouveau et que ses principales idées, pour ne pas dire toutes, se trouvent dans 2 Pierre. L'épttre ne serait-elle pas môme authentique, que le fait reste le même. Car un imposteur n'eût jamais été assez maladroit, ce semble, que de faire le résumé d'une épttre, en se servant à peu près des mêmes expressions que son modèle; dans ce cas on amplifie toujours, pour tacher de cacher sa fraude.
D'un autre côté, on comprend tout à fait une épttre composée de trois chapitres, qui contienne les principales idées d'une épitre de vingt-cinq versets, surtout lorsque le but des deux épltres est le même. Un auteur, voulant appuver et fortifier ce qu'un autre a dit avant lui, insiste davantage sur ses idées, développe beaucoup plus sa pensée, il est plus long en un mot, au lieu que le contraire ne se voit jamais; on est toujours disposé à allonger, et non à raccourcir, les auteurs dont on se sert, parce qu'on veut être plus complet qu'eux. C'est d'ailleurs un des critères auxquels recourent ceux qui s'occupent de l'art de vérifier l'authenticité des anciens manuscrits. Lorsqu'on a en présence deux écrits qui se ressemblent beaucoup pour les
COMPARAISON DK JUDfc IT DE 2 MEURE. 123
idées, les phrases et les mots, et que l'un est plus étendit que l'autre, on est porté instinctivement à regarder le plus court comme l'original. 1
Sixième raison. Enfin, à l 'appui de notre thèse, nous en appelons à la tradition. Les anciens Pères préféraient l'épître de Jude à la seconde de Pierre , comme on peut s'en convaincre par les rares citations qu'on trouve d'elle dans les Pères des premiers siècles, tandis que l'épître de Jude est citée par un grand nombre d'entre eux. Micliaèiïs explique cela d'une singulière façon : «Il ne serait pas impossible, dit-il, que si tous «les écrits de ces auteurs (Clèm. d'Jlex», Tertull.) existaient, on «y trouvAt des passages qui feraient pencher la balance en «faveur de celle-ci (2 Pierre), et l'on ne doit peut-être qu'au «hasard que dans ces parties de leurs ouvrages qui nous sont «parvenues il y ait moins de passages favorables à S. Pierre que «de ceux où ils parlent clairement de S. Jude.» — Aucun Père de l'Orient, avant Origène (f 263), ne parle, à ce qu'il parait, / de la seconde épttre de Pierre, et encore celui-ci ne le fait -il que pour mentionner les doutes qu'on avait sur son authenticité. n»T£<<. . . . [xtav tTrtffroXnv ofxoKoyMfJuvnv KtrrtxXiXùnrtV tara» «Ti kou
Quant à l'Occident, ce fut seulement au quatrième siècle, c'esUà-dire 160 ans au moins après l'épître de Jude (car Tertullien, 216, cite cette dernière), qu'elle fut mise pour la première fois au nombre des livres canoniques, par Plûlaslrius (t 387) et RuJJintf 410).
1. C'est ce qui est arrivé pour les épUres d'fgoace, dont on possédait deux recensions , dont l'une plus étendue que l'autre. De tout temps les archéologues les plus habiles avaient jugé que la récension la plus courte devait être celle qui approchait le plus de l'original. C'est ce qu'a justifié l'événement ; on a trouvé dernièrement dans un couvent d'Egypte un inaouscrit fort ancien , dans lequel sont eontenues les épi 1res d'Ignace; épltres, qui se sont trouvées encore moins étendues que eelles qu'on possédait déjà.
Dans les temps modernes , beaucoup de théologiens ont nié son authenticité, entre autres Érasme' , CarlstadC, Grotius, Semler, De JVette, IVeander, Créditer , Mayerlwff, Neudecker , Guericke (1843). Nous n'avons pas à nous prononcer sur cette question difficile, nous en faisons seulement découler une - preuve d'originalité en faveur de notre épitre.