‹ Recherches critiques sur l'épître de JudeChapitre 61 sur 77 · EXÉGÈSE DE L'ÉPITRE · texte numérisé non relu

EXÉGÈSE DE L'ÉPITRE

Traduction nouvelle de répitre*

Adresse, salutation, but de répitre.

1. Jude, serviteur de Jésus-Christ, à ceux qui ont été sanctifiés en Dieu, le Père, et qui, par leur vocation, ont été gardés par Jésus-Christ; 2. la miséricorde, ia paix et l'amour vous soient multipliés.

3. Mes bien -aimés , mettant beaucoup d'empressement à vous écrire, touchant (notre) salut commun, j'ai regardé comme nécessaire de le Faire, afin de vous exhorter à combattre pour I» foi, qui a été autrefois livrée aux saints; 4. car il s'est glissé (parmi vous) certains hommes dont la condamnation est écrite depuis longtemps, (gens) impies changeant la grâce de notre Dieu en (principe de) dérèglement et reniant JésusHCbrisL, notre seul maître et Seigneur.

TRADUCTION Dlî LhPITRF

Châtiments et caractères détaillés de ces impies.

5. Or, je veux que vous vous rappeliez, vous qui l'avez su une fois, que le Seigneur, après avoir sauvé le peuple du pays d'Egypte, fit périr ceux qui ne crurent pas; 6. et qu'il a réservé (liés) de chaînes pour le jugement du grand jour, les anges qui n'avaient pas conservé leur charge, mais qui avaient abandonné leur demeure propre. 7. De même, Sodome et Gomorrhe, et les villes d'alentour, qui s'étaient prostituées comme eux, et qui s'en étaient allées après une autre chair, servent d'exemple en subissant la peine d'un feu éternel.

8. Cependant ceux-ci, comme des (gens) qui révent, souillent également leur chair, rejettent l'autorité et parlent injurieusement des dignités. 9. Au lieu que Michel l'archange, lorsqu'il s'entretenait dans sa contestation avec le diable, au sujet du corps de Moïse, n'osa pas porter un jugement injurieux; mais il dit : que le Seigneur te reprenne. 10. Mais ceux-ci parlent mal de toutes les choses qu'ils ne connaissent pas, et se corrompent dans toutes celles qu'ils savent naturellement, comme les animaux privés de raison.

11. Malheur à eux, parce qu'ils ont marché dans la voie de Gain, qu'ils se sont laissés entraîner (comme) Balaam, par la séduction du gain et qu'ils se sont perdus par la rébellion (comme) Coré.

12. Ge sont des taches dans vos repas de charité) lorsqu'ils mangent avec vous sans retenue et qu'ils repaissent leur (corps) ; (ce sont) des nuées sans eau, emportées ça et là par les vents; des arbres flétris, stériles, deux fois morts et déracinés; 13. des vagues furieuses de la mer, rejetant leurs impuretés, des étoiles

errantes auxquelles l'obscurité des ténèbres est réservée pour réterni lé. 14. Aussi est-ce d'eux qu'Enoch, le septième depuis Adam, a prophétisé en disant : 16. voici, le Seigneur est venu au milieu des milliers de ses saints, pour juger tous (les hommes) et convaincre tous les impies d'entre eux de toutes les actions d'impiété qu'ils ont commises et de toutes les choses outrageantes que les pécheurs impies ont dites contre lui.

16. Ce sont des gens qui murmurent , qui aiment à se plaindre, qui marchent suivant leurs passions, dont la bouche profère des paroles hautaines, et qui, par intérêt, admirent les gens qui ont de l'apparence.

Instructions et exportations de Jude à ses lecteurs.

17. Mais vous, mes bien-aimés, souvenez-vous des choses qui ont été prédites par les apôtres de notre Seigneur Jésus-Christ, 18. qui vous disaient, qu'aux derniers temps, il y aurait des moqueurs qui marcheraient suivant leurs passions impies.

19. Ce sont eux qui se séparent eux-mêmes, (gens) charnels, n'ayant rien de spirituel.

20. Mais vous, mes bien-aimés, vous fondant sur votre trèsr sainte foi (et) priant par le Saint-Esprit, 21. conservez -vous dans l'amour de Pieu, en attendant la miséricorde de notre Seigneur Jésus- Christ pour la vie éternelle. 22. Ayez pitié, des uns en usant de discernement , 23. et sauvez les autres, avec, crainte, les arrachant (comme) du feu (et) haïssant jusqu'au, vêtement souillé par la chair. , , ,.. .

24. Or, à celui qui peut vous conserver exempts de chute et vous faire comparaître irrépréhensibles et dans la joiç devant sa gloire, 25. au seul Dieu, notre Sauveur, par Jésus-Christ , notre Seigneur, (soit) gloire et magnificence, force et pouvoir, maintenant et dans tous les siècles. Amen.

VtRRIT I. 1(>5

Adresse, salutation et but de tépttre.

(YerseU 1 — 4.)

Verset 1. Critique du texte. Nous avons déjà vu (p. 4) la conjecture de Grotius qui supprime aStXÇoç <T. IakuC, contre l'autorité de tous les Manuscrits. — A la place d'nytcKr/x. du T. R. , A , B ; 33 (de 2/ main), 68, 73; les vers. Syr. (Pesch. et Philox), Ar, (d'Erpén.), Copt. f Sah., Arnu, Eth., Vulg.; Orig., Êphr. y Synop., Luc,, (Ecum., Théoph., Aug., Cass.; Laclim. et Tischendorf mettent nyttTrnfxtvoiç, Cette leçon peut être la bonne , en ce que «^ewra/x. et rtrnp» seraient mieux en opposition. AytetÇtaQcti et thçuoQcu ont en effet le même sens, et sont employés indifféremment l'un pour l'autre.

Iim* Xpt<rrv <f«Aoç. Nous avons montré, pages 10-14, que Jude, en s'appelant cfWoç, n'a pas voulu dire qu'il était apôtre, mais seulement disciple et serviteur de Jésus-Christ; ce mot ne «'appliquant pas seulement aux apôtres proprement dits (Phit.'I, 1 : tlctvXoç km Tt/jLoQtos cT«Ao/ U<r\& Xçtm); mais que, s'il ne se nomme que A* Aoç , il ne s'ensuit pas logiquement qu'il me" Soit pas etrorro^oç^ car Paul, qui d'ordinaire insiste sur son apostolat , ne se donne, assez souvent, que le titre de cJhAoç au commencement de ses épitres.

Ahx<poç f)é IstxtoC*. Nous avons vu aussi, p. 14-15, que, par ces* mots 1 ; Jiide veut simplement se faire reconnaître de ses lecteurs 1 se distinguer des autres fidèles de ce nom qui annonçaient l'Evangile, de Jude Barsabas peut-être; que le Jacques, dont il se dit le frère , était très-connu , très-célèbre même , et

166 KXfcGÈSE.

, n'était rien moins que l'évoque de Jérusalem; que celait dès lors un moven très-propre d'être reconnu de ses lecteurs. Nous avons vu ensuite que ceux qui ne croyaient pas à son apostolat, disaient qu'il s'était appelé frère de Jacques, pour s'attirer une autorité qu'il n'avait pas par lui-même; mais nous avons dit que cette explication nous paraissait peu naturelle, et qu'il n'était pas probable que si Jude n'eût pas déjà joui, par devers lui, d'une certaine considération auprès de ses lecteurs, il leur eût écrit; que d'ailleurs, s'il était le même que l'apôtre, il ne faisait que se donner le nom par lequel on le distinguait des autres Jude, déjà du vivant de Jésus-Christ. Luc l'appelle toujours iHefaeç («<ffeA<poç) IclxcûCov. 1 — Ae n'est pas une particule d'opposition , mais de liaison.

hv bit» 7rctTçt vyict7fxtvotç , à ceux qui ont été sanctifiés en Dieu le Père ou par Dieu le Père (1 Cor. XII , vynta-fxévotç tv Xptrreo Itirou) ; tv, dans le Nouveau -Testament, étant souvent mis pour £t<t\ ityictffjULevotç, sanctifiés , c'est-à-dire, mis à part, consacrés , pour être plus tard sauvés ; d'autres : rendus saints, purs.

Itiffou Xpttnu Ttrn^nfjLtvoiç xXnrotç, aux appelés gardés par

1 . Albert Schwegler, l'un des représentants de l'école historique de Tubingue, dont Ferdinand-Christian Saur est le fondateur, émet la singulière idée, que Jude se donne comme frère de Jacques, parce que ce dernier, qui était évèquc de Jérusalem et surnommé le Juste , était regardé comme le gardien de la foi , pour la conservation de laquelle Jude exhorte ses lecteurs à combattre (vers. 3 et 20). Voici ses propres paroles : « L'épltre elle-même se donne pour auteur Jude , le frère de Jacques le Grand, de Jacques kxt' «£o;t>i». Pourquoi cela? Pourquoi cette addition un peu surprenaute de l*<r* X! trr * «k* c f » <*<ft*j>cc <T< I*xa.Cs? On se souvient, d'après les Homélies clémentines, que Jacques, le chef de V Église-mère de Jérusalem , était considéré par les judéo-chrétiens Comme le pilier de la Tr&f&foo-tt apostolique, le rocher, le gardien de l'orthodoxie. C'est à lui qu'était attribuée la conservation de la tradition, le maintien de la pure doctrine, la surveillance sur tout ce qui arrivait daus l'Eglise.* (Le siècle postapostolique envisagé dans les principaux moments de son développement. Tubingue, 1*46, 1." vol., p. 518 — 522.)

VERSET 2. |f>7

Jésus-Christ, c'est-à-dire, à ceux qui ont été appelés à Jésus- Christ par la prédication de l'Évangile, et que Jésus -Christ garde fidèles. Jude emploie ce mot rmiprtfxtvoiç, parce que plus tard il exhortera ses lecteurs, à se garder de l'entraînement d'hommes immoraux. On peut sous -entendre *v avant l*<rov Xçttrou, pour conserver le parallélisme. De Wette^ dans sa version allemande de la Bible, traduit autrement : a à ceux qui ont «été conservés pour Jésus-Christ. n Du reste, ce verset est trèsdifficile à rendre, par suite du peu de précision des mois, et de la tournure de la phrase. KAwto/, désignation commune de tous ceux qui ont reçu l'Évangile. Nous ne l'avons fait rapporter qu'à Tirwpn/Aïfo/ç \ Calvin, le fait rapporter encore à *yt*t*>*voêÇi et traduit : Vocatis qui in Deo pâtre sanctificali sunt et in Jesu Christo cuslodili. Puis il résume ainsi ce vcrsel : «S. Jude «donc démontre trois sortes de bénéfices de Dieu envers tous «les fidèles : à sçavoir qu'il les a faits parlicipans de l'Évangile « par leur vocation , qu'il les a régénérés par son esprit en nouveauté de vie, et qu'il les a conservés par la main de Jésus- «Christ, afin qu'ils ne périssent.' »

Verset 2. «La miséricorde, la paix et l'amour vous soient «multipliés ,» c'est-à-dire, la grâce divine, la paix que Dieu attache à la sainteté de la vie, et l'amour de Dieu pour les hommes se répandent sur vous en abondance. D'autres appliquent ccyatm à l'amour que doivent avoir entre eux les chrétiens; ce sens est moins probable que celui qui entend ce mol de l'amour de Dieu pour les hommes, surtout si l'on fait attention qu'il s'agit ici d'un souhait de l'apôtre, par lequel il appelle, sur ses lecteurs, les grâces d'en haut. Le but ensuite, pour lequel il écrit, ne le portait pas directement à exciter ses lecteurs à avoir de l'amour les uns pour les autres. Ces mots tA«oç , upnvn et cty*™ , se trouvent souvent dans les salutations des épilres. On comprend que les

I. Cumulent, do M. Jehan Calvin, sur l oui es les épHrcs; chez C. Ltadtus, 1561.

auteurs sacrés forment souvent ces souhaits, car pour faire quelques progrès dans la sanctification, nous avons continuellement besoin d'être prévenus par la grâce et l'amour de Dieu, qui nous aide par son esprit, dans l'accomplissement de notre tâche, afin que nous obtenions la paix.

Verset 3. Critique du texte. Après le mot koivhç, A, B; 6, 8,

17, 26, 27, 29, 33, 36, 68, 73; les vers. Syr., Sah., Ar.

(d'Erp.), Arm.; Cyr. d'Alex., Théoph., Lucif.; Lachm.

et Tiscfiend. mettent »pv 6, 7, 2ô, 31 , 66; les vers.

Copt., SUw., Vulg. et Ephr. mettent u/mv. Ce désaccoixl

montre que nfj&v et vj/mv, mis à la marge du texte, pour

l'éclaircir, y ont été ensuite insérés.

Quelques critiques mettent une virgule après le premier w/aik, et point après rurnptAç : «Mes bien-aimès, ayant beaucoup oVem- « pressentent à vous écrire, j'ai regardé comme nécessaire de vous « écrire touchant notre salut commun, pour vous exhorter , n etc. Mais il est plus naturel d'enlever la virgule qui est après le premier v/xtv, et d'en mettre une après ^umpsuç : «Mes ùien- « aimés, mettant beaucoup d'empressement à vous écrire, touchant notre salut commun, j'ai regardé comme nécessaire de «le faire, pour vous exhorter, 9 etc. »• ****

Ayawrrtiroi , expression très-employée dans le langage chrétien (Cor., Éph. , Phil. , Théssal., Hébr., Jacq., Pierre, Jean).

Ua<retv mohv Trotvfxtvoç , mettant beaucoup d'empressement. Cette expression, très-usitée en grec, signifie : s'appliquer avec xèle, mettre du zèle, de l'empressement. Dèmosihènest Otnv \jm TTirroinTcti virvSïiv oi 7rot<r€et<; xwrnyoç-ntrsLt. tj»ç 7roXmç i n/uu»v>i -quel grand zèle les députés mettaient à accuser notre ville (^Dembsth., Orat. 62). Cette locution se trouve encore dans Potyle; >&enrs d' Halicarnasse , etc. - m : n. i

ïltçi thç Koivnç G-toTtiçtcu;, touchant le salut qni est œtnmun à vous et à moi. Jude, en associant son propre salut à celui de ses lecteurs , les intéresse davantage. Ces mots ir**r*>v .... conn-

VERSKT 4. 169

çtatç semblent indiquer qu'il avail l'intention de leur écrire, déjà avant l'apparition des impies qu'il va dépeindre,, et que ce fut cette apparition qui accéléra l'exécution* de ■ son projet. i&Tw^iaç , les choses qui concernent votre salut (Grotius, De Welle), et non la doctrine du salut (C. Wolff).

Avctyw tW,j'ai la nécessité, a la même signification que avatyKatov tiyuaQatt, regarder comme nécessaire ,Ea%ov ,à l'aoriste, rentre bien dans le style épistolaire des Grecs.

ft7r<tyt*viÇt<A<u m tt7ret% Trttçafc&um toiç aytotç mmi, combattre pour la foi qui a été une fois livrée aux saints} **i<tt/ç, la foi, c'est-à-dire, la croyance plus pratique que dogmatique à toutes les vérités chrétiennes. Aw«Ç correspond à semel, et se trouve quelquefois usité dans le sens de »J» t* ttoti, autrefois , par les auteurs grecs (voy. Hnnlein, comm. p. 88 , 2/ col.) ; c'est ici , comme pour le verset 6 , le sens le plus acceptable. D'autres le traduisent, avec moins de probabilité, par une fois pour toutes, La version de Genève, 1835, le traduit par dès le commencement; c'est un sens qui est vrai en lui-même, car la foi fut bien livrée aux saints au commencement du christianisme, mais il n'est pas assez littéral. ntgotfoQurti rotç eLytotç, livrée aux saints, c'est-à-dire, enseignée à des hommes qui ont été sanctifiés par elle (voy. nytctafjitvotç du verset 1). La foi, il est vrai, fut annoncée à tout le monde, mais par le fait, il n'y eut que ceux qui la reçurent, les saints, à qui elle fut véritablement transmise. L'apôtre présente la foi à ses lecteurs comme un dépôt, à la conservation duquel on doit veiller continuellement; c'est uiï€ manière plus incisive de les exciter à combattre avec courage, car le rtiot eùyuviÇwfai emporte celte idée. C'est ainsi que l'a 'OrtëftduACi&ftimeniMf dans son commentaire, lorsqu'il dit, en parlant de Jude : YletçttitctXtt olutmç t7ra.yG>vtÇt9&at.i kcu ifxfxmtv. rn

Viîrset 4. Critique du texte, A la place de A, B, C, G

et plusieurs Mns. niinusc. lisent %*çrr* , mot moins usité. —

170 KXKGKSI-;.

A, B, C; 8, 18, 19, 26, 27, 29, 33 (l. re main), 36,61, 66 (2. e main), 68, 73; b (de Moscou); les vers. Copt., Eth., Arm*, Ai\ (d'Erp.), Vulg.; EHd., Cyr., Clirys., Ephr., Œcum., Luc, y Cass., Bèd., omettent Ôiof du T. I\.,et sont suivis en cela par Griesb., Kn., Sclwltz, Lac/un., Tisch. et Hahn. Ce mot a pu passer dans le T. par la main des copistes, qui auront voulu expliquer qui était ce povov Sï<nroTtiv, avant rarement vu donner ce titre à Jésus-Christ. Dans ce verset et le précédent, Jude indique clairement son but, qui est de prémunir ses lecteurs contre (es tentatives des hommes impies qu'il va décrire.

Ttvtç ttvBçamoi. Le mot Ttvtç a quelque chose de méprisant, comme dans Gai. II , 12. Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons dit à propos des adversaires de Jude dans le chapitre concernant le but de notre épltre (vov. p. 88 — 91), nous ne ferons que répéter notre conclusion, savoir, que Jude avait seulement à lutter contre des hommes immoraux et irréligieux, et non contre des docteurs de mensonge, imbus de doctrines erronées.

n*£M«JWciv , se sont glissés; ce mot, pris au sens transitif, signifie s'insinuer furtivement, s'introduire avec adresse. Voy. Diog. Laêrce : Actdç<tia>ç 7rx.(>uafv<; uç rnv netr çsS*. , «s'étant secrètement introduit dans la patrie» (Diog. Laèrc, liv. H, ch. 18); Josèphe: Ni/xtû»^ cmto tw/»£« 7r«t£éicrJW«ç, «s'étant échappés de «nuit du temple» (Jos., Bell, judaïc. , liv. V, chap* 34). Ce mot a le même sens que 7r<t§tf<r»XÔov (Gai. II, 4) et 7reLçurct$v<Ft (2 Pierre II, 1); il montre que ces hommes avaient de maiir vaises intentions , mais qu'ils commençaient par dissimuler.

Oi ttoXom TFçoytyçafxiJLivoi uç tvto to x-çt/Aa., qui sorti inscrits pour ce jugement depuis longtemps, nçoyçatpw signifie écrire d'avance, auparavant, publiquement; de là désigner d'avance. Appien : T« nçams t« i^Ô^wç eç Savarrov irçoyça.^i.vToç, «(S.ylla) «qui le premier désigna d'avance les ennemis pour la mort»

VERSKT 4. 171

( App. Bell, civil., liv. IV ). Ceux dont les noms étaient écrits d'avance sur les tables publiques, étaient appelés des w çoyty g*/^fxivGt, proscripti. E/ç t«to to it^/ftet, pour ce jugement, c'est-àdire, pour le résultat du jugement, le châtiment dont l'apôtre parle aux vers. 7, 8 et 9, lorsqu'il dit que les impies seront punis, comme l'ont été Sodome et Gomorrbe, les mauvais anges et les israélites incrédules. Il y a t«to , parce que cette punition est l'objet qui l'occupe. D'autres entendent x^i/tx* du jugement intérieur de la conscience (Mayerlioff) , d'autres des crimes que les impies commettent; ces deux interprétations ne sont pas naturelles. n*Aa/, autrefois, depuis les anciens temps; ceci signifie que les gens combattus par Jude ont été désignés, autrefois, pour subir les châtiments dont il va parler. On a cru voir ici un argument en faveur de la prédestination éternelle de Dieu ; mais le passage est certainement mal choisi , car évidemment ces hommes qui sont inscrits depuis longtemps pour ce cliâtiment, ne sont pas prédestinés à être condamnés, dans ce sens que, quelque action qu'ils fassent, ils seront punis, mais en ce sens seulement, qu'ils recevront leur châtiment, comme tous les impies, en vertu des lois qui atteignent, et ceux qui vivent lorsqu'elles sont promulguées, et ceux qui vivent plus tard. On peut donc très-bien dire d'impies, qui apparaissent beaucoup après la promulgation des lois qui les frappent, qu'il y a longtemps qu'ils sont désignés par elles pour être châtiés, sans nuire en rien à la liberté qu'ils ont de ne pas s'exposer à leurs coups. Une loi n'entraîne de punition nécessaire que pour ceux qui la violent; c'est là, selon nous, le sens de la phrase de Jude. Clément d'Alexandrie l'a entendu ainsi, lorsqu'il dit : « les impies ont été marqués et prédestinés autrefois «par le jugement de notre Dieu, non pour qu'ils deviennent «impies, mais étant déjà impies , ils sont désignés pour le jugeai ment a ( Non ut sint impii, sed existantes jam impii, in judicium proscripti sunt). D'ailleurs , si l'on veut approfondir ce passage,

172 kxégèse.

on verra qu'il ne s'agit pas du décret de Dieu à l'égard des impies, en général, mais d'une prophétie particulière. Jude, dans ce verset, a probablement en vue la prophétie d'Enoch, qu'il rapporte plus loin (versets 14. 16.), et qui annonce précisément le jugement et le châtiment des impies. Or, comme Énoch vivait il y a longtemps, le mot se trouve très à sa place

dans la phrase. Quant au mot irçoytyçafAfjitvoi, on peut à la rigueur le prendre à la lettre, parce que la prophétie d'Enoch était écrite. Quelques critiques pensent qu'il s'agit dans notre verset non pas des prédictions d'Énoch , mais de celles que Paul, Pierre et Jean contiennent dans leurs épltres; cependant le mot TrttXùLt semble trahir une époque éloignée.

Ao-eCt/ç» des gens impies, sans aucun principe de piété, ni même de religion; peut se lier directement à jjitTd.TtBeirrtç,

impies gui changent, etc., ou à Trçoytyçttfxfjavot, quelques hommes impies qui sont inscrits. Dans ce dernier cas, <t<nùtç serait une apposition, et dans le premier il résumerait, en un mot, le caractère des pervers que Jude combat. — Le nombre de ces impies était visiblement petit , comme on peut le conclure de 7rct(>et<reS\j<retv nvtç av&çuTrotide la manière dont vfjutç <ft (vers. 20) se lie à ce qui précède, et enfin des expressions qui dépeignent leur influence (vers. 22 et 23).

Ttiv t« &tn ti/xtov %&çtv fjLrrctTiùevTtç ttç dLfftXyttctv , faisant tourner la grâce de Dieu en dérèglement, ou en [principe de] dérèglement. On trouve une locution analogue dans les vers dorés de Pythagore : MtraLTi&evrctç e/ç toÇtXuttv tol foKvvrct «faisant tourner à leur avantage les choses qui sont regardées « comme nuisibles. 9 Jude veut ici parler d'impies qui , abusant par une vie déréglée, de la grâce que Dieu nous a faite, d'effacer nos transgressions par la mort efficace de son fite, espèrent que les souffrances de Jésus-Christ pourront toujours les sauver. D'autres l'entendent, avec moins de raison, de l'abus de la liberté chrétienne, qui nous affranchit du joug de la loi (1 Cor. X , 30).

Kmtov fxovov h<nroTnv nets hvçêov Hfjuav lt>v*v Xçurrov olçv* pivot, reniant Jésus-Christ, notre seul maître et Seigneur. Nous avons dit dans noire introduction (p. 89-91), à propos des impies combattus par Judo, que nous étions bien loin de croire que ces impies dont il est ici question , reniassent systématiquement Jésus- Christ, méconnussent sa messianicité , puisque dans le courant de Pépilre , nous les voyons participer aux agapes des chrétiens (verset 12); nous avons ajouté, que si ces impies ne reniaient pas Jésus-Christ en droit, ils le reniaient en fait, en ce qu'ils avaient une conduite complètement opposée aux préceptes qu'il nous a donnés. Acotot»?, quelques-uns pensent que Jésus-Christ est appelé ici Jïairomv en tant que créateur de tout ce qui existe, mais le contexte nous empêche d'adopter cette interprétation ; l'apôtre veut avant tout prouver que les impies qu'il attaque n'observent aucune règle, il doit donc entendre l'épi thete de «JWoT.ij', qu'il donne à Jésus-Christ , de sa qualité de législateur et non de créateur. Ces impies ne reconnaissent pas Jésus-Christ pour maître, en tant qu'ils violent les lois que ce divin législateur nous a laissées. Quant au mot jo^iov, il n'est, en ce cas, que synonyme de haïr or nv.

Châtiments et caractères détaillés de ces impies.

(Verset* 5 — 16).

Verset 5. Critique du texte. A, B, C; 6, 7, 13, 15, 18, 27, , 29, 36, 66 (2.* main), 68, 73; les vers. Syr. (Pesch. et Philox.), Ar. (a trib. edit.), Arm., Vulg.; Luc., Jér., Cyr.; Lachn. et Tisclu enlèvent le deuxième du T. R. Cette

.. leçon peut être vraie, en ce qu'on ne voit trop pourquoi Judc insisterait, sur cette idée, que ses lecteurs ont connu le fait qu'il va rapporter. — A la place de thto du T. R., A, B, C; 6, 7, 13, 27, 29 , 68; les vers. Ar. (d'Brp.),

Copt.,Eth.,Syr.(Vh\i.),Àrm., Pulg.; Jér., Luc., Cyr.,Éphr. ; Lachm. et Tisch. lisent 7r<tvrei. Cette leçon est plus appuyée que celle de thto ^ mais elle a pu passer dans le T. par le fait d'un copiste qui aurait eu dans l'esprit 1 Jean II, 2 : K*/ ofcTbtTe 77-arra. Notre leçon parait d'ailleurs plus naturelle. — A la place de Koçioç , A, B; 6, 7, 29, 66 (2/ main); les vers. Copt., Sah., Eth., Arm. (à la marge), Vulg.; Cjrr., Did., Jèr., Cassien; Lachm. et Tisch. mettent lnrnç$ «mais, dit De Welte, c'est tellement extraordinaire de voir Jésus dans « ce récit, que Jérôme, qui a lu I»<r«ç, le rapportait à Josué. » Dans ce verset Jude ne fait pas allusion à un fait particulier, il veut parler de tous ceux qui, durant l'espace de 40 ans, s'attirèrent, pour leurs rébellions, la mort dans le désert, soit par les serpents brûlants (Nomb. XXI, 6) , la main des chefs du peuple (Nomb. XXV, 9), les maladies (Nomb. XVI, 49), soit par d'autres causes encore (voy. Nomb. XIV, 37, etc. ; 1 Cor. X, 8-10).

Jude commence ici la série des exemples, qu'il tire, soit de l'Ancien - Testament , soit de la tradition, afin de montrer à ses lecteurs, qui pourraient s'alarmer de la présence des impies au milieu d'eux, que ces derniers subiront un jour leur châtiment d'une manière aussi certaine, que les personnes dont il va parler :

E/JoTatç v/metç <t7raiÇ t«to, oti o xuçioç Xolcv tz ynç Atyvrrv tfWtt{, to Sïurtçov, etc. AîraÇ doit se rapporter à e/cfW«<, autrement la phrase devient embarrassée; d'autres le rapportent à fuaaç pour faire un parallélisme avec to hvrtçov lié à anoXinv : Or, je veux que vous vous rappeliez, vous qui l'avez su que, oV abord (*7Tfç)

il sauva le peuple , ensuite (to fovrtçov) fit périr ceux, etc.

Si ce sens était le vrai, ««rag serait placé après, et non avant ot/, et n'en serait pas séparé par le mot t«to. Nous gardons l'interprétation plus naturelle, qui rapporte *7rct£ à ufoTctç, comme le complément évident du mot uhrac mis au passé; celte

liaison, du reste, va très- bien en grec. Ati^ a ici le sens d'une fois dans le temps passé, comme au verset 3; d'autres le traduisent par tout à fait; mais il faudrait alors qu'il fût joint à un parlicipe présent (vous qui le savez tout à fait), et non à un participe passé. To cTWe^ov, littéralement une seconde fois; de

là : de nouveau, ensuite, après. Les mots eiJWaç raro

font peut-être allusion à quelques incrédules. Quant à il est répété avec une certaine emphase.

Mm TrimuffAYTOA , ceux qui ne crurent pas , c'est-à-dire, qui désobéirent à l'Éternel de quelque manière que ce fût. Ces mots fxn 7rt<rTtu<r<tvTaç résument toutes les désobéissances : «Quand il «dit, ceux qui ne crurent point, il dénote la fontaine de tous « maux ; car tous leurs péchés que Moïse récite , ont pris leur „ source de là , qu'ils ne pouvaient endurer d'être gouvernés par « la parole de Dieu ; car où il y a sujétion de foi , il ne se peut « faire qu'on n'y voie aussi une obéissance envers Dieu en toutes «les parties de la vie (Calvin).

Verset 6. Critique du texte, A la place de Te, A, quelques Mns. minusc. et Lachnu lisent Si,

Nous avons dit , dans le chapitre de la canonicité , que Jude faisait allusion dans ce verset à la fable contenue dans le livre d'Enoch, qui dit que des anges abandonnant le ciel et les charges qu'ils y remplissaient, vinrent sur la terre pour se prostituer avec les filles des hommes' ; nous avons aussi ajouté que l'origine de cette fable, vient des mots hébreux onVan *ja

(Gen. VI, r) mal interprétés par les Juifs. Nous donnerons quelques détails sur ces deux circonstances.

La punition des anges pécheurs qui, dans Jude, est exprimée par ces mots : «Et qu'il a réservés [liés] de chaînes éternelles pour lé jugement du grand jour, les anges , etc., » se trouve aussi

Page 1