I. Bell, judatc., liv. II, c
184 IXKGÈSt*.
lant des habitants de Sodome, que Dieu «les fit servir d'exemple à la postérité » (?r<t(i<*fiiyu.<t rotç e7rtytvou.ivoi$ nartmiKt). Enfin, dans Libanius , on trouve, au sujet de Troie, une phrase presque identique à la nôtre : Kurett TraçctfwyfÀ.* Sïtoro^iaç "jrvgoç
(LltoVVé.
rnt^uv hxttv signifie être mis en cause (Demoslh., Conlr. Aristoc, in fais, légat. Thucid., liv. III.). Mais il signifie aussi subir un châtiment, être puni, comme «Tînt»* <T«rct/; dans Josèphe, Nathan annonce à David «qu'il subira publiquement le châtiment «qu'il s'est attiré» (Qxveçetv rnv nr airr« fautv v*t%uv). C'est ici le seul sens acceptable. Uu^oç eutùvtv-, feu éternel, c'est-à-dire , qui doit durer longtemps. Il parait que wçùç doit se prendre à la lettre. Scharling dit à ce sujet : « La fumée qui s'élevait de « coutume de la mer morte , à la place de laquelle étaient situées a autrefois, à ce que l'on pense, les villes de Sodome...., a « fourni l'occasion de dire , que le même feu , qui avait autrefois «réduit en cendres ces villes, n'était pas encore tout à fait «éteint; de nos jours, des nuages épais s'élèvent souvent encore «de ce lac» Vov. Sap., X, 7; Josèphe, Bell, judaïc, liv. IV, chap. 27; Philon, Yita Mosis, Hb. II; Tacite, liv. V.
Verset 8. Critique du texte. A la place d'o/xo/»ç , A lit opueç»
Jude commence à donner des détails sur le genre de conduite des adversaires qu'il combat.
0/uu>ta>Çi pareillement, également, se lie, comme nous l'avons dit à propos du verset précédent, à l'idée accessoire du verset 7, c'est-à-dire, à la conduite déréglée des habitants de Sodome et de Gomorrhe en général. Nous croyons avoir suffisamment rendu la comparaison restreinte, faite par l'apôtre, entre les mœurs de ces impies et ceux des habitants de Sodome , en traduisant les premiers mots de ce verset : Cependant ceux-ci souillent également leur corps , etc.
EvwTrvioL^o/uLtvoi. On ne s'accorde pas sur le sens précis de ce mol, La version de Lausanne, 1839 , traduit : Ceux-ci, de même
plongés dans leurs songes; la version de 1835: Ceux-ci, de même en proie au dérèglement de leurs pensées* Quant aux interprêtes, quelques-uns (Hartmann, Âugusti) entendent ivvTnnetÇofjLevoi d'individus qui ont des songes voluptueux; d'autres (Hànlein) de gens insensés, hébétés, rendus stupides par le vice, comme dans Rom. XI, 8 : Uvtvfjut xaT<tvu%ietç, un esprit d'assoupissement, et Rom. XIII, 11 : On agct n/mou, »<T>> «| uttva eytgQnveu, c'est ici t heure de nous réveiller du sommeil. De Wette, Clément d'Alexandrie, le prennent, comme Genève, d'individus qui rêvent, dans leur imagination, des dérèglements et des passions coupables; Scharling, enfin, l'entend d'hommes qui agissent sottement, comme s'ils songeaient, comme s'ils n'avaient pas conscience d'eux-mêmes (Esale LVI, 10). Quel est le sens que l'on doit préférer?
Le mot evvTrvt&Çofxtvot ne se trouve, dans le Nouveau -Testament , qu'ici et dans Àct. II , 1 7 : 0/ TrçttrCortgoi vjjuov tvwrvtotç tvvTrvicL<An<roYTAi , et seniores vestri somnia somniabunt. Evuirvtstfa signifie: voir en songe, songer, rêver; voy. Âristote, Hist. an. , 1, 4 : EvvTrvtctÇti rav Çum (xn^tara o avôgùiïroç» La racine est « vwrviov, songe, qui lui-même vient de «v et wrvoç, ce qui est dans le sommeil. Notre passage donc, traduit littéralement, serait la phrase suivante : Cependant ceux-ci, songeant (ou rêvant), souillent la chair. Dès lors il nous semble qu'on ne peut prendre rêver ou songer à la lettre, et croire, comme Hànlein, que Jude veut parler de gens qui avaient des rêves voluptueux, car, jusqu'à un certain point, on n'est pas responsable de ses rêves. C'est donc, à notre avis, une figure et comme les gens qui rêvent n'ont pas conscience de leurs actions , notre passage peut se paraphraser ainsi : «Cependant ceux-ci, comme des gens « qui agissent sans savoir ce qu'ils font , comme s'ils rêvaient , «pour ainsi dire, souillent leur chair.» C'est donc l'opinion de Scharling que nous adoptons, sans nous prononcer, toutefois, d'une manière absolue contre celle de Clément d'Àlexan-
drie, de De Welle et de Genève, 1835, qui ne nous paraît pas dénuée de probabil i lé.
Zctçxa. fxta.tv)i<n , Us souillent la cfiair, c'est-à-dire, corrompent leur corps par l'intempérance.
KuçtoTttTa Si <*Ôét«(ti, So^aç Si ^Xaurpa/xw ctv , rejettent l'autorité et parlent injurieusement des dignités. Ce passage a aussi soulevé de grandes difficultés; on ne s'est pas accordé sur le sens des mots x.v§t&rtrret et So%aç. La difficulté roule principalement sur Soçatç, Les uns croient que Jude veut désigner les anges (De Welle, Clément d'Alexandrie, Scharling), voy. verset 10 : otrct jmv ou* otfan @\ttrtnfA.v<n -, ces impies seraient l'opposé de ceux dont il est parlé Col. II, 18, qui rendaient un culte aux anges. D'autres l'appliquent à des magistrats humains (Leclerc, GrotiuSy Wolff). D'autres à Dieu et à Christ (Calovius). C'est chercher trop loin l'explication du mot en question. Et d'abord, si Jude avait voulu parler spécialement des anges, nous ne voyons pas pourquoi il n'aurait pas mis a»fA«ç, comme l'a fait S. Paul. Qui l'en empêchait? ne s'était -il pas déjà servi de ce mot? Quant à l'argument qu'on tire des mots oatt fjuv oux. ctSatt ji\A<r9nfx^a-t , du verset 1 3 , nous l'examinerons à l'exégèse de ce verset. A l'égard de celui qu'on pourrait induire du verset suivant, où Jude semble opposer la conduite de Michel l'archange à l'égard du diable, qui passait pour un ange déchu , à celle des impies qui, au contraire, blasphémaient les anges; pour y répondre , il n'y a qu'à observer que Michel l'archange ne respectait pas le diable, parce qu'il était un ange déchu, mais en tant qu'il était une dignité, le chef des démons. Par KuçtoTiiT*, il faut entendre l'autorité en général, et par «ToÇûtç les dignités quelconques , les hommes méritant , par leur position , le respect et la considération , personnages qui se trouvaient surtout parmi les chrétiens, au milieu desquels ces impies vivaient. Cette interprétation , du reste , s'accorde assez avec ce que S. Jude nous dit de ces hommes pervers : qu'ils ne respec-
taient pas même les choses les plus saintes, ne souffraient aucune autorité, aucune supériorité, et ne reconnaissaient d'autres lois que celles de leurs passions. Nous dirons enfin, que s'il s'agissait des anges, on ne verrait pas pourquoi Jude, après avoir mentionné deux vices aussi généraux que celui de souiller son corps et de rejeter l'autorité, en viendrait à un vice aussi particulier que celui de parler injurieusement des esprits célestes. « Il appert par ce second membre , qu'il y avait alors des fanatiques, qui ne demandaient autre chose, sinon qu'il n'y eût «point de supériorité, afin qu'étant délivrés de toute crainte «des lois, ils péchassent plus librement. Et certes, ce sont deux «choses presque toujours conjointes ensemble, que ceux qui «sont abandonnés à mal et dissolution, voudraient aussi que «tout ordre fût aboli» {Calvin). «La justice de Dieu, ajoute «Quesnel 1 , punit ordinairement l'orgueil de l'esprit, en aban- « donnant le corps à des dérèglements honteux et humiliants. «Un des caractères des premiers hérésiarques, qui a passé à « beaucoup d'autres, est d'avoir opposition à tout ce qui mortifie «la chair, de regarder avec mépris les puissances légitimes et «de s'élever contre ce qu'il y a de plus saint et de plus sacré.»
Verset ,9. Critique du texte. A la place de <Te, B et Lachm. lisent tu — A la place de crt , B et Lachm. lisent tôt*.
Dans ce verset, Jude fait à ses adversaires un argument du plus au moins : Si Michel, qui est un archange, par conséquent bien au-dessus d'eux, n'a pas même porté un jugement injurieux sur le diable , à plus forte raison eux , qui sont au-dessous de Michel , ne doivent-ils pas blasphémer des <fo£*ç, qui certainement méritent tout autant de respect que le diable.
On se rappelle que nous nous sommes longuement étendu, dans notre introduction, sur ce verset de S. Jude, et que nous
1. Le Nouv. Test, en franc., avec des réflexions morales sur chaque verset Amslerd. , nouv. cdil. , 1736.
nous sommes rangé à l'opinion des Pères, sur la source où notre apôtre a puisé le récit sur l'archange Michel. Nous ne reviendrons pas sur ce point; nous essayerons seulement d'éclaircir sa narration au moyen de ce que les Pères nous ont conservé du contenu de Yttvtzfietfftç M«u«a»çj car notre verset ne dit rien sur la cause de la dispute.
D'après Œcumenius, Michel l'archange était occupé à enterrer Moïse, et le diable s'y opposait en disant, que Moïse avait tué un Egyptien, et qu'il était, par conséquent, indigne d'une sépulture honorable. Voici les paroles d'Œcuménius : H <f* mçt Mtovtrttoç fftojmstroç Kçuriç tmv avrti. Atytrett rov Mt%ttn\ rov Af>%<tyyt\ov rti t« Mavfftaç ret<pti hSinxtvttt. T« ytç AtctCoX* t«to fxn Ka.raSi^$/j.tv\i, eû\tt ejrtQtçovroç tyKXn/xet Sïet rov t« Atyv7TT)i Oovov , û>ç etVTV ovroç t« Mtovvetoç , Kttt fox thto fxti (ruy%c*gu7uxi aura tv%uv rnç «kti/x« rctVttç,
Quant à Origène, il n'ajoute qu'un détail ; c'est que Michel reprochait au diable d'avoir possédé le serpent qui séduisit Adam et Ève : Michaël archangelus cum diabolo disputons de corpore Moysis , ait inspiratum serpentent causant exstitisse prœuaricationis Âdœ et Evœ (Orig. , De princip. , liv. III , ch. 2). «Voici comment, dit Michaëlis , ce détail se lie avec la dispute «sur le corps de Moïse. Les Juifs imaginaient que Moïse était «si saint, que Dieu ne pouvait avoir aucune raison pour lui a permettre de mourir, et qu'il n'y avait que le péché commis «par Adam et Éve dans le paradis, qui avait introduit la mort «dans le monde, qui pût être cause que Moïse n'eût pas tou- « jours vécu. Ils avaient la même idée sur quelques autres saints «personnages, par exemple, sur Ësaïe, qui fut livré, disent-ils, «à l'ange de la mort, uniquement à cause du péché de nos « premiers parents , quoique lui-même ne méritât pas de mourir. » D'après ceci, comme il est question, dans l'épitre de Jude, d'une dispute entre Michel et le diable au sujet du corps de Moïse; il faut supposer que les paroles qvi'Origène met dans
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la bouche de Michel ont été prononcées avant que Moïse fût mort. Cependant, à la rigueur, on peut accorder les deux récits, en disant que, dans le courant de la contestation, Michel reprocha au diable d'être l'auteur de la mort de Moïse, en ce qu'il avait excité le serpent à séduire nos premiers parents, mais que le diable donna, entre autres raisons, pour s'opposer à la sépulture du patriarche, qu'il avait tué l'Egyptien. — Les Juifs avaient encore beaucoup d'autres traditions sur la mort et l'ensevelissement de Moïse. '
Mi£flt»À, Michel est un nom hébraïque, toujours donné, dans la démonologie juive, à un certain prince des anges qui s'occupait, croyait-on, spécialement de la nation juive (voyez Dân. X, 13; XII, 1 ; le Targum sur cantiq. VIII, 9; Deutér. XXXIV, 6 ; Apoc. XII , 7).
A£**» e *^ (l Thess. IV, 16). D'après l'opinion des Juifs, il y avait diverses classes d'anges soumises à des chefs. Les qualre anges supérieurs étaient: Micfiel, Gabriel (Dan. VIII, 16; IX, 21; Luc 1, 19. 26), Raphaël (Tob. III, ?5) et Uriel (\\ Esdr. IV, 1. 10; X , 20; liv. d'Énoch).
O ftaCoXoç, d'après la même doctrine, est le même être que Satan, chef des démons. Il passe pour s'être révolté contre Dieu; il est regardé comme l'ennemi des hommes; il est doué d'une nature spirituelle et d'une puissance remarquable, et enfin il a été élevé autrefois en dignité.
leofxaLToç. Il s'agit ici du corps mort de Moïse, de son cadavre; le mot <wfx* a très -souvent ce sens (voyez Matlh. XIV, 12; XXVII, 62. 58. 59; Luc XVII, 37; Jean XX, 12; Hébr. XIII, 11).
Ouk tToXfxnfft Kgtffiv t7riveyH*iv fè\ct<r<pnfji.i(tç. Michel n'agit pas ici par timidité, mais par modération. «// n'osa pas porter un « jugement injurieux, 9 c'est-à-dire, ne voulut pas donner à