‹ Recherches critiques sur l'épître de JudeChapitre 69 sur 77 · Cm. V, 1S · texte numérisé non relu

Cm. V, 1S

le sort que Dieu leur a assigné ici-bas, et veulent à toute force en sortir, sans s'embarrasser des moyens. Les Septante (Ésaïe LVII1, 9) traduisent le mot hébreu ]]X par yoyyvrjuLoç. Theo-

dotion (Prov. XXVI, 21) traduit par yoyyvtrrtiç \ et dans 1 Cor. X , 10, yoyyuÇuv est employé en parlant des Israélites , qui se rebellèrent contre Moïse. Mefx-^ifxotgoi, Hesychius l'explique par o fxtfxÇofAsvoç to uyttôov, » <ptXeyx.?<ttfAt»v, » ^/Aatmoç. Plularque (De tranq. anim.) appelle cette maladie d'esprit , To rrçoç rnv Tv%ttv fxs/j.-\ijj,oi(>ov, kai fort to Bav/xa^uv ta tûov 7r\»o*iCôV) tKTec7retv\sv ta oikua hai kataCaXXuv, «disposition à se plaindre «de la fortune, à rabaisser et humilier sa position en admirant «celle d'autrui.»

rTregoyKA, £»/zaT* sous-entendu , des paroles hautaines, orgueilleuses. C'étaient des personnes qui avaient le verbe haut, comme on dit vulgairement, qui devaient être cassantes et suffisantes dans leurs discours; «omnes tument, omnes scienliam «pollicenlur,» dit Tertullien.

Qaujj.aÇovtk TTgorwA, m<P*Xuaç xaçiv , admirant par intérêt les gens qui ont de l'apparence, c'est-à-dire, les flattant. C'est ainsi qu'on voit les gens les plus orgueilleux, être aussi les plus rampants, et ne pas craindre de s'bumilier quand c'est leur intérêt (Jacq. 11,9, 7rço<ru7ro\t7rT\tvT6ç). Gav/xaÇuv , signifie admirer, honorer; puis il se prend en mauvaise part, avoir une complaisance exagérée, flatter. Lysias (Orat. 31) dit de la mort : Ovrt yAg thç tov»£«ç V7reçogA , «Te t«ç AyA&vç Sav[a.zÇu a\X* /CTD r

tAVTov 7rAçt%ti 7TA<rtv, «elle n'oublie pas le méchant, ni n'a «trop de complaisance pour les bons, mais elle se présente à «tous également.» ClçsXtiAç %Agiv, par motif de gain, d'intérêt. Voy. Tite 1, 11 : A/<r^« xe^ePaç %Aptv h Polybe (liv. 3, chap. 82): T«ç «xtoç 7TAgi7rofXêvv<; thç toÇtXeiAç x*î ly •> a ceux qui suivaient «en dehors par motif de gain.»

Des interprètes, parmi lesquels se trouve Grotius, croient

qu'il faut donner à notre verset un sens plus précis et l'entendre de gens qui étaient mécontents de l'empire romain; il est bien plus naturel de s'en tenir à l'idée générale.

Il serait difficile d'exprimer aussi brièvement et avec autant de vérité que le fait Jude dans ce verset, les caractères qui distinguent, de tout temps, les gens qui veulent renverser l'ordre établi , caractères qui sont le mécontentement de tout, la licence , l'orgueil des paroles, contrastant le plus souvent avec la bassesse des actions.

Si l'on veut se faire une idée sommaire des traits généraux qui caractérisent les adversaires que Jude vient de dépeindre , du verset 5." jusqu'au 16. e , on n'a qu'à revoir ce que nous avons dit dans l'Introduction, à propos du but de notre épltre, p. 88 — 91.

Instructions et exhortations de Jude à ses lecteurs.

(Versrt, 17 à la fin.)

Verset 17. Nous avons eu déjà l'occasion' d'examiner une discussion qu'a fait naître ce verset. On se rappelle que les uns veulent absolument , que Jude se retranche ici du nombre des apôtres, et que les autres, parmi lesquels nous nous sommes rangé, n'y trouvent aucun indice suffisant pour admettre cette idée.

Jude revient maintenant à ses lecteurs qu'il avait perdu un moment de vue, pour dépeindre, d'un côté, les vices des adversaires qu'il combat, et de l'autre, pour annoncer les châtiments qui les attendent. A quelle prédiction d'apôtres Jude fait-il allusion? C'est ce qu'il est impossible de dire d'une manière positive. Ceux qui admettent l'antériorité de la seconde épître

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de Pierre, disent que c'est aux quatre premiers versets du chapitre III.* de cette épître.

Quelques-uns de ceux qui admettent l'antériorité de Jude, croient qu'il fait allusion à 1 Tim. IV, 1. 2 : «L'esprit dit exa pressément qu'aux derniers temps quelques-uns abandonneront «la foi, s'attachant à des esprits séducteurs et à des doctrines «de démons , enseignées par des imposteurs — »; à 2 Tim. 111 , 1-3 : «Sache que, dans les derniers jours, il y aura des con- «jonctures fâcheuses, car les hommes seront épris d'eux-mêmes, «avares, vains, superbes, médisants sans piété calom- «niateurs, intempérants ....»; enfin à 2 Tim. IV, 3. 4 : «Il vien- «dra un temps où les hommes ne souffriront point la saine «doctrine, mais prenant plaisir à entendre les choses agréables, « ils assembleront des docteurs qui flattent leurs passions, et fer- «mant l'oreille à la vérité, ils se tourneront du côté des fables.» Quelques rapports qu'il y ait entre ces citations et ce qu'a dit, ou va encore dire Jude, il est assez difficile de savoir, s'il y fait allusion; peut-être ne songe- t-il qu'à de simples discours des apôtres, à des prédictions orales, surtout si Ton observe que les deux épltres à Timothée, écrites asset tard, pouvaient à cette époque ne pas être encore parvenues aux lecteurs de Jude , et que les mots gui vous disaient paraissent plutôt indiquer des paroles que des écrits.

Verset 1 8. Critique du texte. Il y a beaucoup de variantes sur tv tcx&Tôù xçovcû du T. R. Les uns lisent «o-^ccto/ç %çovotç; — les autres, plus nombreux, tir t<r%*rv (A, B, C; 13, 27, 29, 66 [2. e main], 73 et 9 autres; m. de Mosc; la vers. CopL; Ephr., Chrysost., Cyr., Théoph.; Lachm. et Tisch.) t« y^ova (A , 22 , 7 3 , Théoph. et Lachm.); — d'autres enlèvent le t« entre «<t%<x.tv et %çov* (JB, C, 13, et 3 autres et Tischend.); — d'autres, au lieu de t« ^^ov« ou xçw* simplement, lisent ru>v %çovw 9 en conservant rr ht^ut*, ce qui donne «r* f^arn t&v yj>',\>wv (27, 29,

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68 [2. e main] , 68 et 8 autres; m. de Mosc., les vers. Syr., Copt., Sah.; Uipp. , Ephr., Chrys. et Cyr.) ; — d'autres enfin lisent t<r%ctT6ov tm x^cùv (68 et 4 autres; Pesch.; Hipp. et CyrilL).

Les deux leçons les plus probables, sont celle du T. R., que nous avons conservée, et celle de Tischend., vn tvytKt* %Çovv. «Il n'est pas étonnant, dit Hanlein, que les copistes « aient varié dans l'expression de celte idée, qui se présente «à tout moment dans le Nouveau-Testament, et cependant «toujours avec le même sens.»

A la place dWr«# du T. R., A, C; 5-18, 13, 22, 26, 29, 33, 36, 66 (de 2/ main), 73; 2 de Barber.; le Molshem.; 34 de Lambec; les vers. Elhiop., Copt., Ârm., Ar. (d'Erpén.) , Vulg.; le n.° 5 des man. Slav., les Polygl.; Ephr., Cyr.; Lachm. et Tisch. lisent ttev9orr<ti. Cette leçon parait dériver de 2 Pierre III, 3.

Ev écherra» %çova> 9 au dernier temps. A quelle époque Jude fait-il allusion ? Les uns (Hanlein) croient que ce n'est à aucune spécialement, que ces mots ne sont mis que pour indiquer un temps futur; d'autres, qu'il s'agit ici d'une prophétie à double accomplissement, l'un prochain (la prise de Jérusalem), l'autre éloigné (le jugement dernier). D'autres, qu'il n'est question que d'une seule de ces époques. Mais , ne peUt-on pas admettre que ces mots font allusion au moment du second avènement de Jésus-Christ. On sait, en effet, que les premiers chrétiens, au nombre desquels se trouvaient aussi les apôtres, croyaient tous à ce second avènement. Selon eux, il ne devait pas tarder d'arriver, et de se signaler par de grands changements. On peut donc croire que Jude veut parler de cette époque, qu'il regarde comme venue, puisqu'aprcs avoir parlé au vers. 18, des moqueurs qui devaient arriver dans Vw^etr^ zgovu, il ajoute, au verset 19 : Ce sont eux gui se séparent eux-mêmes. Il les regarde donc comme des gens déjà apparus. Toutefois, si l'on

compare l'analogie de l'expression ev «t^t» ^okw, avec celles dont se sont servis les prophètes , pour désigner les temps qui devaient suivre et précéder, de près, l'apparition du Messie, on est tenté de croire que Jude fait allusion aux temps du premier avènement et non de la parousie. Voy. ÉsaXe II, 2, etMich. IV, 1 : «Or, il arrivera aux derniers jours (ta^n n^nxa) que la mon-

«tagne de la maison de l'Éternel sera affermie » Joéi, II ,

28. 29 : «Et il arrivera après ces choses, que je répandrai mon «esprit sur toute chair.... Et même en ces jours-là je répandrai «mon esprit sur mes serviteurs ....», comparé avec Jet. II, 17 : «Il arrivera dans les derniers jours , dit Dieu , que je ré- «pandrai de mon esprit sur toute chair...» Hèbr. /, 1.2: «Dieu « ayant autrefois parlé à nos pères, nous a parlé en ces derniers «temps par son fils.* 2 Tint. III, 1: «Sache, au reste, que «dans les derniers jours il y aura des temps fâcheux.» Voyez encore 1 Tim. IV, 1 etc.

Nous hésitons cependant à croire que Jude, de même que S. Paul, auquel il fait peut-être allusion, ne veuille parler, comme font les prophètes de l'Ancien Testament, que de l'époque du Messie; il doit y mêler quelques idées concernant la parousie, le second avènement de Jésus-Christ, et il est fort possible, qu'il ait transporté celte expression w^am %gom , qualifiant une époque solennelle dans la plume des prophètes , à une autre époque non moins solennelle, la seconde venue de Jésus-Christ, époque qui, selon lui, ne devait pas tarder d'arriver, qui avait même commencé, et qu'il pouvait avec raison appeler le dernier temps.

E/wretiierat, hébreu o*V, «le terme de moqueurs, dit Ca/-

«met 1 , se trouve souvent, surtout dans les proverbes de Salo- «mon, pour marquer ces prétendus esprits forts, ces hommes

t. Comment sur les épures catho)., p. 30.

««dangereux et corrompus, qui se jouent de la religion, qui se «raillent des choses les plus sacrées, et qui regardent, avec mé- «pris ou avec pitié, ceux qui demeurent dans la simplicité, dans «l'humilité et dans la soumission que la religion nous inspire.» Verset 19. Critique du texte. A , H; 1, 2, 4, 16, 22, 28 (1.™ main), 38, 40, 43, 47,55, 57,73, 98. et 2 autres; le n.° 5 des manuscrits Slav.; les édit. d'Alc, d'Éras., de Bog., d'Étien., de Plant.; les vers. Syr. (Pesch. et Phil.), CopU, Eth., Ar.; Clément d'Alex., Cyr. t Ephr., Did., Théoph., Œcum., Luc., Cass.; a, c, d, f, g, k, l de Moscou; Lac /un. et Tisch., enlèvent «*ut«ç du T. R. Griesb. ne regarde pas ce retranchement comme probable; en effet, i*ut«ç est bien appuyé; cependant, comme l'observe Hanlein, il pourrait devoir son origine aux mots t7rouofo(AWTeç e*vT«ç du verset suivant, ou à És. XLV, 24 , dans les LXX : ot ctQoçtÇovrtç aortsç.

L'auteur de l'épitre, tout en donnant des leçons à ses lecteurs, ne peut s'empêcher cependant de revenir à la description des hommes impies qui l'ont forcé de prendre la plume, afin de montrer à ses lecteurs les dangers qu'ils courent s'ils se laissent entraîner par eux.

Ovrot fittv oi ctTroS'ioçiÇovTiç , littéralement: Ceux-ci sont les séparants. Si l'on ajoute eotvTvc, il s'agit d'individus qui se séparent et se distinguent des autres par le fait de leur irréligion. Il ne faut pas songer à une scission dogmatique de leur part, car on se rappelle qu'ils assistaient aux repas des chrétiens. Ils se séparent en tant qu'ils ne font pas comme les autres, c'est-àdire, en tant qu'ils ne s'astreignent pas, comme les autres, aux devoirs de la tempérance, de la justice et de la piété.

Si l'on ne joint pas txurovç à *7roiïogityvT6ç, il faut sous-entendre wt.Xn<riaLv - y ce sont alors des gens qui désunissent l'Église. En effet, avant leur chute, l'Église était une, parce que tous les membres en étaient unis par les liens de la paix,

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maintenant qu'ils sont tombés, elle est démembrée, divisée, et ils peuvent la diviser encore, en entraînant, par leur exemple, des chrétiens dans le péché. — Ceux qui pensent que Pépitre combat des sectaires, entendent ces mots de gens qui opèrent des scissions dans l'Église, en fondant des sectes. On ne peut s'arrêter à l'opinion de Beausobre et de Lenfant, qui semblent croire que ces *7raJ)ioçiÇovTtç sont des Valentiniens, qui, d'après Jrénée', partageaient les hommes en trois classes : les terrestres, les sensuels et les spirituels , et se plaçaient dans les spirituels; dès lors ils prétendaient n'avoir pas besoin de faire de bonnes œuvres, s'abandonnaient à toutes sortes d'impuretés, et traitaient de sensuels les autres chrétiens.

"^rv^atoi 7rviufj.et /uLn t^ovrtç, (gens) charnels n'ayant (rien) de spirituel» Quelques-uns traduisent (gens) charnels n'ayant pas l'esprit (de Dieu), Cette interprétation est forcée, car ces derniers mots 7rvwfx<t pn t%ovTtç sont l'explication de «\.o%i)tot. ■^v^sitoç se dit en général , dans les auteurs profanes , des affections de l'âme: mais dans l'Ecriture, ce mot a un tout autre sens, il signifie charnel. H s'agit donc d'hommes qui se laissent conduire par la chair, et non par l'esprit. Voy. 1 Cor. Il, 14, et Jacq. III, 16.

Verset 20. T» tty^Tstm v/jlg>v mrru e7rotKo^ofxwrtç **vtwç, littéralement : Vous bâtissant sur votre très-sainte foi, c'est-àdire , vous appuyant sur elle comme sur un fondement (voyez Ëphés. II, 21. 22;Coloss. I, 23; 1 Tim. I, 4). Uteru <tyta>T*.T», très -sainte foi, convictions religieuses. Toutefois, le sens subjectif du mot foi, pourrait être aussi renfermé dans ces mots; ce qui semblerait le montrer, ce sont les suivants : «ttoixoJ v o^«i't«ç «ctwT«ç, vous fondant, tant sur la croyance que vous avez aux mérites de Christ, que sur les sentiments que cette croyance développe en vous. Jude joint à mmç l'épitbète d'ot-yiUToLTti

i. Liv. I, ch. I, 29. 30. 31.

(expression qui, unie à 7n<mç, est particulière à notre auteur)' , pour la distinguer de celle des impies qui , au lieu d'être pour eux un mobile de sainteté, les entraine dans l'impiété.

Ev 7rvtupctTt aytcù 7rço<rtu%ofj.tvot. Quelques-uns (Œcumenius) rapportent tv 7rvw[x*Ti ayt® au membre de pbrase qui précède : fous fondant sur votre très-sainte foi par le Saint-Esprit. Mais il est plus naturel de rapporter ces mots à Tr^onv^ofxtvou Cela fait , les uns les traduisent par : priant en sainteté d'esprit (Ephés. VI, 18; Jean IV, 13); les autres : priant par le Saint- Esprit (Rom. VIII , 26. 27). Nous préférons cette dernière traduction ; car le mot aytea , qui dans notre verset est joint à MWfxxTt , ne se trouve pas dans les deux passages cités à l'appui de la première interprétation, et un autre passage, Rom. VIII, 26. 27, favorise notre idée: «L'Esprit intercède lui-même pour nous «par des soupirs inexprimables. 0

Verset 21. Eolvtvç tv ayaan 0«« Ttiç»<ntTe, selon les uns : Persévérez toujours dans votre amour pour Dieu; selon d'autres : Tâchez de vous rendre toujours dignes de l'amour de Dieu. La première interprétation parait plus naturelle.

EA«oç, la miséricorde de Jésus- Ch rist , c'est-à-dire, toutes les grâces que, dans sa bonté et sa pitié pour nous, il nous a procurées par sa mort.

E/ç Çunv ctttovtov est rapporté, par quelques-uns, à Tr^ixofxtvoi \ le sens est alors : attendant dans la vie à venir les bienfaits que Jésus -Cbrist nous a procurés par sa mort; par d'autres, avec plus de raison , à eAeoç : attendant la miséricorde de Jésus- Cbrist , qui nous procure la vie éternelle.

Versets 22 et 23. Critique du texte. A la place d'«A«m hï.KÇMfxtvct les mns. A, C; 5 — 7, 11, 17, 27, 29, 33, 40, 66 (2/ main), 73 ; 1 de Barber.; f de Mosc.; 34 de Lambec.; Œcum.; les Sc/wl. des mns. 10, 12, 16, 18;

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