‹ RECHERCHES CYTOLOGIQUES EXPÉRIMENTALES SUR LES CORYNÉBACTÉRIES (Bacilles diphtériques et pseudo-diphériques) ÉTUDE SUR LES CORPUSCULES MÉTACHROMATIQUESChapitre 6 sur 18 · C. — Caractères cytologiques des Corynébactéries · texte numérisé non relu

C. — Caractères cytologiques des Corynébactéries

Quand on emploie certains procédés de colorations que nous indiquerons plus loin, on peut observer dans le cytoplasme des bacilles qui nous occupent deux sortes de formations :

1° Des bandes tranversales, chromophiles, donnant à Ja cellule bactérienne un aspect tout particulier, dû à l'alternance de zones claires et sombres, aspect désigné sous le nom de « striation zébrée ».

Ces disques ne donnent pas le phénomène de la métachromasie; quelquefois, en préparation fraîche, on peut les voir se fusionner.

(6) W. SrrmiG, Die Streptothrix (acltinomyces) Natur der diphteriebacillus (Centraiblatt für Bakt. XXVI, 1890).

Ils correspondent sans doute aux éléments nucléaires décrits par Vejdowsky et Mencl (1) chez d’autres bactéries,

Nakanishi (2), dans les observations faites en coloration vitale de beaucoup de bacilles pathogènes, avait aussi distingué ces formations et les avait différenciées d'avec les corpuseules polaires des bacilles diphtériques.

| & Les corpuscules métachromatiques se présentent comme des masses rondes ou ovalaires, plus ou moins nombreuses dans un même bacille. Ils sont caractérisés par certaines affinités tinctoriales que nous étudierons particulièrement.

Auparavant, il paraît utile de parcourir rapidement les recherches déjà poursuivies à propos des corpuscules métachromatiques.

D. — Principaux travaux sur les corpuscules métachromatiques.

Depuis leur découverte par Babès (3) en 1887, on n'a cessé d'étendre l'observation de ces granulations protoplasmiques et d'en étudier la signification.

Prises d’abord pour des spores, puis pour des éléments nucléaires par Babès, ces formations cytoplasmiques furent considérées par Bütschli comme des « grains sporogènes » et appelées « grains rouges » en raison du phénomène de la métachromasie.

(4) MENCGL. Centrablatt. j. Bakt., t. XII, 1904, abt. II.

— VEJDOvSkY. Centralblatt. f, Bakt., & XI, 1904, abt. II.

(2) NAKANISHI. Centralbl. f. Baktl., b+: XXX, 1901, n° 3, p' 153. (3) BABÉS. Congrès international d'hygiène, Vienne.

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Ernst (4) et Neisser (5) ayant vu ces granulations chez corynebacterium xerosis, avaient adopté pour les mettre en évidence le procédé de la double coloration.

Cependant la valeur et le rôle de ces corpuscules métachromatiques étaient loin d'être élucidés. Marx et Woithe (6), après une série de recherches méthodiques sur un grand nombre de bactéries pathogènes aboutirent à la conclusion que ces formations cytoplasmiques résultaient d'une condensation et d’une localisation de la substance chromophile: ce phénomène, selon ces auteurs, était le signe d'une grande activité. « Plus une espèce est loin de sa souche, disaient-ils, plus le nombre des individus granuleux diminue. »

En résumé, pour Marx et Woithe, ces corpuscules métachromatiques représenteraient « le substratum de la vie spécifique », « le signe et le symbole de la lutte », « le critérium de la virulence ».

Longtemps on devait rester sous l'influence de cette manière de voir et quelques années plus tard, Behring, au Congrès de la Tuberculose en 1906, annonçait qu'il avait extrait de la métachromatine du bacille de Koch, une substance mille fois plus toxique que la tuberculine. >

Les granulations métachromatiques devaient done être considérées comme des grains toxigènes.

Mais rien dans la suite n’est venu fonder cette asser-

tion.

4) ERNST. Zeitschrift für Hygiene, 1889.

5) Neisser. Zeitschrift für Hygiene, 1888. | (6) Marx et Worirs. Centralblat. f. Bakt., 1900, Bd XXVIII, n° ?,

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THÈSE

Cependant, A. Meyer (1) et Grimme étudiaient les corpuseules métachromatiques chez spirillum volutans et chez bacillus ‘alvei. Tls leur donnaient le nom de «grains de volutine ». Leur opinion était qu'ils devaient être des matières de réserves.

L'ensemble des recherches de Guilliermond (2), notamment sur les levures, les maszellen du sang et quelques bactéries confirmèrent ce point de vue.

La présence des corpuscules métachromatiques sem-

blait assez générale dans la série biologique, et déjà on émettait l'hypothèse qu'ils étaient formés d’un composé nucléoprotéique.

* Reichenow (3) démontre, par des recherches expérimentales sur une algue, Hæmatococeus pluvialis, l’importance du phosphore dans la genèse de ces formations.

En ce qui concerne les corpuscules métachromatiques des bacilles diphtériques, Lesieur (4) avait montré la contingence de ce caractère cytologique, et, cependant, avait conclu que la réaction d'Ernst-Neisser était la méthode de choix pour le diagnostic rapide des bacilles diphtériques.

(4) À. MEYER. Botanische Zeitung, 1904, abt. I.

(2) GUILLIERMOND. Recherches cytologiques sur les levures, Thèse doctorat es-Sciences, Paris, et Revue générale de Botanique, 1903.

— GUILLIERMOND et Mawas. Caractères histo-chimiques des granulations des Mastzellen, Soc. Biologie, 1908.

— Voir aussi Bulletin Institut Pasteur, 1906, Gram de volutine ; Bulletin Institut Pasteur, 1907, Cytologie des bactéries.

(3) REICHENOW. Recherches sur Hæmatococcus Pluvialis, Arbeiten ans dem Kais. Gesundheitramte, 1909.

(4) LESIÆUR. Les bacilles pseudo-diphtériques, Thèse de Lyon,

Schumberg (3) donne une série de 150 cas cliniques pour conclure que l'apparition et la fréquence des granulations chez les bactéries pathogènes ne vont pas toujours « la main dans la main » avec la gravité de l’évolution clinique. |

L'importance des recherches récentes de Tribondeau et Dubreuil (4), Martin et Loiseau (5), Costa, Troisier et Dauvergne (6), Stévenin (7), Debré et Letulle (8), Aviragnet et Mie Le Soudier (9) ont éclairé la question de la différenciation des bacilles diphtériques au moyen de la coloration et des caractères biologiques des cultures. De l’ensemble de ces faits complexes, il faut remarquer que l’on a pu déceler les corpuscules métachromatiques chez la plupart des Protistes (10); les levures, certaines algues et moisissures les présentent ainsi que beaucoup d'éléments cellulaires des plantes et des organismes supérieurs.

Nous allons voir que les granulations des Corynébactéries sont assimilables en tous points aux corpuscules métachromatiques des autres microorganismes,

(3) ScuuMBERrG. Les rapports des corpuscules d'Ernst-Babés avec la virulence des bactéries, Centralbl. f. Bakt. original. Bd. XXXI, 1902.

(4) TRIBONDEAU 6t DUBREUIL. Procédé de coloration des granulations polaires du b. diphtérique, Soc. Biologie, 31 mars 1917.

(5) MARTIN et LOISEAU, Soc. Biologie, 1916, ft EXXPÉ

(6) CosTA, FRoISIER et DAUVERGNE. Diagnostic bactériologique dé la diphtérie, Presse médicale, 1919, n° 13.

(7) STÉVENIN. Le bacille court et la diphtérie, Journal de physiologie et de pathogénie génér., t. XVIII, n° 3, 1919.

(8) DEBRÉ et LETULLE, loc. cit., page

(9) AviRAGNET et Mie LE Soupier. Caractères différentiels entre le b. de Læffler et le b. d'Hoffmann, Archiv. de médecine des enfants, 1918, t. XXI.

(10) ConTE et VANEy. Acad. des Sciences, t. CXXXV, 1902.

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Nous chercherons ensuite à savoir s’il est possible de les faire apparaître expérimentalement chez des espèces qui en sont naturellement privées, et à connaitre enfin quelles peuvent être les conséquences biolo-

giques de cette acquisition. ; À

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