‹ Recherches cytologiques sur les levures et quelques moisissures à formes levuresChapitre 19 sur 47 · I. SCHIZOSACCHAROMYCES 0CT08P0RUS · texte numérisé non relu

I. SCHIZOSACCHAROMYCES 0CT08P0RUS

Le mieux connM de ces Scliizaccharomyccs est le Sch. octosporus que Beyerinck a découvert sur un grand nombre de fruits des pays chauds (raisins de Corinthe venant de la Grèce, de l'Asie Mineure et de la Turquie, ligués de Smyrne). C'est une levure à cellules sphériques, qui au moment de la multiplication s'allongent et se séparent en deux cellules * filles par la formation d'une cloison transversale. Souvent on observe des cellules en files très allongées, qui sont encore rattachées par leurs cloisons et qui forment des rudiments de mycélium. Les asques se produisent, suivant Beyerinck, dans des cellules allongées ; ils contiennent toujours huit spores et ce nombre fixe constituerait, d'après cet auteur, un asque typique et rattacherait définitivement les levurel aux Asco^ mycètes.

Beyerinck est parvenu à isoler trois races de cette levure: i* une race asporogène qui ne sporule jamais ; a*" une race mixte ^ dans laquelle un certain nombre de cellules sont seules capables de produire des asques et S"" une race sporogène dont toutes les cellules forment ordinairement des spores. Il obtient cej;te

dernière par une exposition prolongée des cellules de cette levure à une température de 56*. Cette température suffit pour tuer les cellules végétatives et seules les spores résistent. Ces trois races existent à l'état de mélange dans la nature.

Schiœnning retrouva ensuite le Se h. octosporus dans des raisins de Corinthe envoyés au laboratoire de Carlsberg et publia une note sur son mode de sporulation, dont nous parlerons dans la suite.

Nous comYnencerons par Tétude de cette levure : par la facilité avec laquelle elle laisse suivre le développement de ses spores dans les races sporogènes, ainsi que par la grosseur de ses cellules, elle constitue en efiPet un précieux objet d'étude qui nous éclairera pour l'observation des autres Schizosaccharomyces.

Beyerinck a pu constater l'existence d'un noyau visible à l'état frais, sous forme d'un granule réfrftigemt et qui semble se diviser au moment de la formation 'des spores. Janssens et Leblanc l'ont étudié sommairement dans leurs recherches cytologiques sur la cellule des levures; ils relatent simplement l'existence d'un noyau qui se diviserait par un procédé intermédiaire entre la division directe et la karyokinèse.

i'' Sthucture

Nous avons observé dans cette levure la présence d'un noyau^d'un diamètre variant de i ài,7îJ5. formé d'un chromoblaste central entoure d'un nuclêekyalapla&me incolore (PL VI, fîg. i, 2, 3 et 4)* Dans quelques préparations nous avons pu apercevoir des traces d'une membrane délimitante. Ce noyau est placé quelquefois au centre de la cellule et entouré d'un cercle de petites vacuoles, mais -le plus ordinairement il se trouve à la périphérie et tout proche de la membrane. Dans ce cas encore, il est presque toujours dans le voisinage d'une grosse ou de plusieurs petites vacuoles qui contiennent quelques corpuscules métachromatiques. Mais ici ces corps ne sont jamais en très grande quantité et n'atteignent que de faibles dimensions. On saitjd'autre part, que les observations de Lindner et Beverinck ont montré l'absence du glycogène chez les Schizoccharomyces.

La division du noyau s'effectue suivant le mode que nous avons si souvent observé : il se scinde d'abord en deux masses chromatiques, ayant quelquefois la forme de demi-disques, se regardant par leur face diamétrale, et entourées d'une même gaine de nucléoplasme ; puis le nucléoplasnie s'étrangle légèrement à son milieu

et donne lieu finalement à la formation d'nne cloison médiane qui délimite deux noyaux distincts.

• 2** Sporulation

• Conjugaison. — Les phénomènes qui précèdent et accompagnent la sporulation ont un intérêt tout particulier. ,

Schioenning a décrit chez cette levure une formation cTasque très curieuse, précédée de la fusion de deux cellules : une cellule se divise par la formation d'une cloison médiane en deux cellules filles; ces deux cellules restent quelque temps accolées Tune à Tautre sans se séparer complètement, puis se refusionnent et la cloison tranversale disparaît pour former une unique cellule qui devient la cellule mère de l'asque. Malheureusement l'auteur n'a pas observé le noyau et n'a pas pu donner d'interprétation à ce phénomène : il se demande si l'on doit le considérer comme une simple fusion de cellules telle qu'on en observe si souvent chez les champignons ou s'il présente les caractères d'un véritable acte sexuel.

Hoflfmeister a constaté (i), en signalant sim-

(i) Ce travail, d'ailleurs très court, a parjii à l'époque où nous avions commencé nos recherches et n'est connu de nous que depuis peu, c'est pourquoi nous n'avons pas pu l'analyser dans notre historique.

plement'le fait, que les deux cellules destinées à se fusionner pour former Fasque contiennent chacune une masse homogène fortement colorée qu'il considère comme noyau et que la cellule mère de Tasque n'en renferme qu'un seuL Il y aurait donc vraisemblablement fusion des deux noyaux. Mais l'auteur n'ayant pas complété les observations de Schioenning et n'ayant pas fait d'études approfondies sur le noyau des levures, là question était donc encore loin d'être résolue.

Il nous a donc paru intéressant de reprendre cette étude. Nous avons d'abord vérifié les observaftions de Schioenning.^ Pour cela, nous avons placé quelques cellules d'une race sporogène de Sch. octosporas sur une wUule Van Tieghem. Nous nous servions comm^ milieu de culture de jus de raisin additionné de 8 p. loo de gélatine, des expériences préalables nous ayant montré ce liquide comme très favorable au développement de cette levure et à la production des asques. Nous fixions l'objectil* de notre microscope sur un point de la gouttelette pendante qui contenait quelques cellules et nous laissions ainsi le microscope pendant vingt-quatre heures, en surveillant et en dessinant toutes les demi-heures les modifications qui se produisaient. Ces expériences étaient faites l'été et la température du laboratoire

oscillant entre 25** et So"* était particulièrement favorable au développement de la levure.

En suivant à Taide de ce j)rocédé le développement d'un groupe de spores^ on observe les phénomènes suivants : le plus souvent la membrane de Tasque ge déchire avant la germination desspores et celles-ci se trou vent libres (fig. i , A). Elles se gonflent, leurs parois s'amincissent : elles prennent l'aspect de (jellules ordinaires. Généralement chacune d'elles s'allonge, devient ovale et se cloisonne à son mUieu formant ainsi deux cellules qui sîans se séparer immédiatement peuvent subir un certain nombre de divisions transversales (fig. i, B). Il se forme ainsi de petits bâtonnets cloisonnés en cellules dont quelques-unes sont capables de s'élargir et de produire par une cloison longitudinale un segment latéral, qui peut à son tour» s'allonger et se cloisonner transversalement sans se séparer de la cellule qui lui a donné naissance (fig. I, II et III). On obtient alors deux bâtonnets cloisonnés qui se tiennent l'un à l'autre par une cellule. Dans d'autres cas (fig. i, III) les cellules s'allongent peu, se coupent par une cloison transversale en deux cellules restant accolées l'une à l'autre qui fournissent chacune une nouvelle cloison perpendiculaire à la première, donnant alors quatre cellules coupées suivant leurs deux diamètres ; la division peut

se continuer, se compliquer et donner naissance à des colonies d'aspects mûriformes.

Figure ^ . — Développer? enl de cellules de race spofogéne ^n culture sur cellule Van Tieghem. — I, Germination des spores : A, asque k quatre spores, la paroi n'est pas coiiipléteiiient déchirée (<* h. du soir} ; B. Cloisonnement des spores (9 h. du matin) : Il et III. Multiplication des cellules. — IV. Phénomènes de conjugaison et formation des asques (Grossissem«'nl environ 700 1.

Chacune des spores cultivées dans ces conditionsr ne subit ordinairement qu'un petit nombre de divisions et vers le deuxième jour, la multiplication, sans s'arrêter complètement, se ralentit beaucoup ; c'est à ce moment que commencent les phénomènes de sporulation. Les

cellules sont arrondies, restent le plus souvent adhérentes par leurs membranes et forment une série de petites colonies séparées les unes des autres. La plupart des cellules commencent alors à se réunir deux à deux par la formation d'un canal de communication et au bout de trois ou quatre jours presque toutes les cellules se soHt transformées en asques (fig. i , IV).

Sur les bords dee colonies, on trouve toujours de petits groupes de deux ou trois cellules isolées, qui permettent de suivre d'une manière très précise la fusion et la formation des sporfes. Deux cellules restées accolées Tune à Vautre se refusionnent (Kg. 2, B); cette^ fusion s'établit

»* heures ^0 h. I h. i h. 5 h.

Fif/. t*. — Stades successifs de la formation de l'asquc (entre deux cellules sœurs).

parfois très simplement comme l'a indique Schioenning pal* la dissolution de la dloison, mais le plus souvent, elle s'effectue par un procédé un peu plus compliqué ; chacune des deux cellules donne naissance à une petite protubérance à l'une de ses extrémités (fig. 2, C) ;

ces deux protubérances se rejoi^ent et «e soudent l'une à Tautre, pendant que les deux cellules se séparent, formant ainsi un canal de communication qui reliç les deux cellules; puis la paroi de séparation se résorbe (fig. 2, D), le canal s'élargit, la cellule unique ainsi formée par la soudure de deux individus devient peu* à peu ovale (fig. 2, E) et Ton* voit naître dans l'espace d'une demi-heure les spores, sous forme de petites sphères brillantes, dont on peut facilement suivre la formation (tigl 2, F). Très souvent cependant la fusion n'est pas complète et il reste dans la forme extérieure de Tasque des traces de Tindividualité des deux cellules,* soit qu'il y ait persistance du canal de copulation, les spores sô formant aux deux extrémités renflées de la cellule, soit qu'il subsiste un léger rétrécissement médian 'ou une petite échancrure sur l'une des parties latérales d^ la cellule. Ces phénomènes s'eftectuent assez rapidement et nous avons pu suivre en l'espace de vingt-quatre ; heures fe développement complet d'un asque. Cette fusion de deux cellules, qui correspond, • comme nous le verrons, à une véritable conjugaison isogamique, paraît s'établir très souvent entre deux cellules issues d'une même bipartition : les deux gamètes sont donc frères. Cela s'observe très nettement lorsque l'on examine

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- '7'. un très petit groupe de cellules dont on a pu suivre exactement le cloisonnement; même il peut se faire que Tune des cellules d'une colonie s'isole, se cloisonne une seule fois et que la conjugaison s'effectue entre les deux éléments ains^ formés, ce qui permet d'apporter une très grande précision dans cette étude (fig. 2).

Mais il ne faudrait pas considérer comme nécessaire que les deux gamètes soient frères. Bien souvent en effet dans une file de cellules

1 10 h. (matin)

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