‹ Recherches cytologiques sur les levures et quelques moisissures à formes levuresChapitre 3 sur 47 · I. — Historique de la question · texte numérisé non relu

I. — Historique de la question

Depuis longtemps les botanistes se? sont préoccupéa de la structure des champignons.

De ncftnbreux observateurs, tels que Schmitz, Strasburger, Dangeard, Istwanfi, démontrèrent fexistence du noyau dans la plupart des moisîs- §ures, et ces résultats furent confirmés d'une manière définitive par de plus récentes études. Seule, la question du noyau des levures devait rester controversée ; la petite dimension de leurs cellules, la forte affinité du cytoplasme pour les matières colorantes, jointes à la présence d'un très grand nombre de produits ^vers disséminés dans la cellule et capables de

Gui LU KR MONO. I

fixer les colorants, rendaient extrêmement difficile la différenciation du noyau. Aussi depuis très longtemps les observations se suivent sans apporter autre chose que dès résultats contradicfoires.

Schleiden (i845) et Naegeli (i846) aperçurent pour la première fois le noyau des levures.

Longtemps après, Schmitz (1879), ^ l'aide d'une fixation à Tacide picrique et d'une coloration à rhêmatéate d'ammoniaque, trouve à son tour dans le S. cereçisiœ et le S. mycoderma vini^ des corps qu'il considère comme des noyaux.

D'après lui, il y aurait dans chaque cellule un noyau sphérique logé dans le plasme et à peu près au centre de la cellule.

Zalew^sky (i885) étudie la sporulation du S. èllipsoïdeus. Il place quelques cellules de cette levure sur des gouttelettes pendantes d'eau distillée et suit le processus de la formatièn des spores. Il contaste que la cellule devient vacuo* laire, puis les vacuoles finissent par se fusionner pour constituer une seule grosse vacuole occupant presque toute la cellule et rejetajit le protoplasme à la périphérie. Certaines parties de ce protoplasme forment des saillies, se gonflent et constituent les spores. On distingue dans ce plasme sporogène quelques granules que l'auteur considère comme des noyaux en voie de division. D'autre part, en colorant la

levure avec rhématoîxylme, il arrive à jnettre en évidence dans chaque cellule à Tétat de repos, un noyau unique constitué d'une masse* ellipsoïdale avec un petit nucléole.

Hansen (1886) constate dans le S. pastorianus un corps analogue à 'celui qu'avait décrit ' Schmitz, et qui serait également pour lu/ le noyau. A peu pressa la même époque Stras.- • burger (1886) colore le S. cerensiœ au moyen de l'hémaléate d'ammoniaque après fixation, à l'acide picrique et voit dans chaque cellule, vers le centre, un petit noyau arrondi de couleur sombre. Zacharias (1887) iécèle également à l'aide de l'hématoxyline un corps qui, correspondrait au noyau et qui lui semble posséder les caractères microchimiques de la nucléine. Zimmermann (1887) se range aussi à cette opinion dans son Traité sur la morphologie et la physiologie du noyau des végétaux.

Kunstler etBusquët (1890) publient une étude histologique sur le S. guttûlatus. Ils observent une structure protoplasmique très compliquée dans laquelle ilsYlistinguent : 1° une couche souscuticulaire hyaline (ectoplasme) à organisation fibrillaire; 2** une couche moyenne 'formée d'alvéoles et dont chaque alvéole contient une subtance capable de se colorer intensivement : 3"* deux vacuoles centrales occupant la majeure partie de la cellule. Ils diflPérencientde môme un *

noyau^situé au centre de la cellule et constitué d'une masse chromatique entourée d'une zone hyalijie. L'ensemble de ce noyau montre une structure alvéolaire. L'existence du noyau serait selon eux indubitable.

D'autre part les analyses de Hoppe Seyler et de p^ossel (iSSq), mettant en évidence la prè-

- §ence de la nucléîne dans les levures, venaient à l'appui de ces différentes observations.

.Cependant Brûcke (i86ï) et Krasser (1881), les premiers, avaient nié l'existence du noyau dans les cellules des levures. Roux et Linossier(i89o), étudiant le champignon du muguet, ne paryenaient pas non plus' à différencier le noyau à Taide des couleurs d'aniline et pensaient que la nucléîne était diffuse dans le protoplasme comme chez les bactéries.

De son côté, Raum (1891) ne put réussir à démontrer la présence du noyau. Il étudie un grand nombre dé levures (S. pastorianus^ S. -ellipsoïdeus, Monilia candida, S. Kefir^ divers Torula). Il fixe par la chaleur et emploie comme colorant un mélange de bleu de méthylène et de brun de Bismarck, suivant la méthode utilisée par Ernst pour les bactéries. Il arrive par ce procédé à différencier des granules noirs se détachant sur un fond jaune ou brun; ces granules sont très variables

* d'une cellule à l'autre," aussi bien par leur

"dimension que par leur nombre. Ce ne sontpas des formations absolument constantes ; ils sont surtout nets lorsque les cellules sont en pleine , vitalité ; ils sont quelquefois disséminés de côté «et d'autre dans le protoplasme, mais le plus souvent ils forment une masse à contour irrégulier et qui pourrait être assimilée à un noyau. Ces granules semblent ôtre très plastiques et pénètrent dans les bourgeons en ?e rétrécissant dans* le col qui unit le jeune bourgeon à la cellule mère. Kaum les a constatés toujours à proximité des vacuoles, avec lesquelles ils^ont dans un rapport constant. Les vacjioles seraient, suivant cet auteur, capables à certains stades de fixer la couleur et de se transformer on ces granules. Au moment de la sporulation, les granules se multiplient et formeilt un cercle autour de la cellule, puis se fusioniient pour entrer dans la constitution des spores comme les grains sporogènes de Ernst. Ils correspondraient aux vacuoles décrites par Zalewski au moment de la sporulation. Ces granules né sont pas constants dans la cellule, n'offrent aucune trace de structure et n'ont pas les propriétés microchimiques de la nucléine ; * aussi Ratun se refuse-t-il à les^ considérer comme des poyaux et les rapproche des' grains sporogènes découverts par Erpst chez certaines bactéries.

MoieHer (iSgix) affirme au contraire la pré-' sence d'un noyau dans le S. Cerevisiœ. Il fixe les cellules par une solution d'iodure de potassium saturée d'iode et colore au moyen de la fuchsine, de l'hématéine ou du violet de gentiane. Il obtient ainsi la différenciation d'un noyau. Ce noyau est homogène et possède une forme variable, le plus souvent ronde, mais quelquefois discoïdale ou lobée. Il est situé soit au milieu de la cellule, soit au voisinage de la membrane. Il semble être doué de mouvements amiboïdes. Sa division paraît s'effectuer suivant le mode direct. Le protoplasme contient en outre Une grande quantité de micrqsomes qui se teignent intensivement par le bleu de méthylène. L'auteur cherche à étudier le rôle du noyau dans la formation des spores, mais il ne parvient pas à observer sa division. Le noyau reste à l'état de repos dans lé plasme de la cellule, alors même que les spores haïssent à côté, sous forme de petites masses arrondies, qui se colorent uniformément sans qu'on y puisse distinguer de noyau. En présence de pareilles singularités, Moeller n'hésite pas ànier l'existence des spores éhez les levures et à prendre les corps ainsi décrits pour de simples gouttelettes de graisse exsudées du protoplasme en dégénérescence et dépourvues de membranes et de noyaux. Moeller étudie

dans le même travail quelques conidies levures d'Ustilaginées^et constate une complète similitude entr^la structure de ces formes levures et les véritables levures ; il s'en sert pour nier l'indépendance du genre Saccharomyces.

En 1893, Mœller reprend ses recherches et confirme sa manière de ^oir au sujet du noyau en employant cette fois Thématoxyline de Heidenhain, mais il reconnaît son erreur à l'égard des spores. Il constate chez les Saccharomyces de véritables spores endogènes contenant chacune un noyau et provenant dje la division amitotique du noyau de la cellule mère.

Krasser (1898), ^e basant sur ce que les corps de Mœller ne possèdent^as les propriétés de la nucléine, réfute ce travail et considère le protoplasme des levures comme un archiplasme dans lequel serait disséminée la.nucléine.

Hiéronymus (1898) arrive de son côté à des résultats tout à fait différents de tous ceux que nous venons d'analyser. A l'aide d'une solution de carmin* acétique, il observe une structure particulière dans le S. cereçisiœ: la» cellule serait traversée de part en part par un filament central (centralfaden) enroulé en spirale ou pelotonné et formé d'un grand nombre de graf nules réunis par du protoplasme et fortement colorables. Ces granules auraient des formes

très irrégulières, la plupart seraient anguleus*es et dans les plus gros l'auteur crtoit reconnaître des contours géométriques et les ^considère comme des cristalloïdes. Quelques-uns. de ces granules se répandraient dans les vacuoles et y seraient animés de mouvements browniens.

Ceux-ci, très gros, montreraient nettement des formes tétraédriques. Hiéronymils compare cette structure à celle qu'il avait observée chez les Phjcochromacées, où il existerait le même centralfaden. Les réactions microchimiques de cpè granules lui donnent des résultats incertains, mais il croit néanmoins pouvoir les assimiler à des grains de chromatine et l'ensemble constituerait l'équivalent d'u;i noyau.

L'étude du noyau dés levures fut reprise en 1893 par M. Dangear4 ; par une fixation à l'alcool absolu et une coloration à Thématoxyline, il met en évidence dans le S. cereçisiœ un noyau formé d'un nucléole incolore et d'une vésicule limitée par une membrane. La division paraît s'accomplir par voie amitotique. Certaines figures lui rappellent les dessins d'Hieronylnus et le centralfaden et il se les explique par une fixation défecttieuse qui aurait déchiré le noyau et l'aurait divisé en fragments. De son côté Janssens (1898) est amené à constater aussi l'existence d'un noyau dans plusieurs levures.

B. Fischer et Brebeck (1894) signalent chez

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quelques levures la présence d^un noyau analogue à celui qu'avait décrit Moeller,

Beyerinck (i894)> dans sa Monographie du Schizosaccharomyces octosporus découvert par lui sur des raimns de Turquie, observe pendant la sporulation des corps ré&ingents paraissant se diviser avant la formation des spores et qui seraient dçs noyaux, '

Dans ses leçons sur la cellule, Hênneguy (1896) adjnet également Texistence d'un noyau et il s'appuie pour cela sur des observations qu'il a faites sur une levure rose développée accidentellement sur une culture de pus blennorhagique et chez laquelle il observait un noyau entouré d'une membrane d'enveloppe et contenant unnucléole,

Grato (1896) remarque dans certaines levures une structure alvéolaire très voisine de celles quHl avait rencontrées dans les algues et aperçoit un corps sphérique qu'il* croit être un noyau.

Dans ces dernières années, on découvrit cer- , tÂioies levures pathogènes qui furent l'objet d'un grand nombre de travaux histologiques, Maffuci et Sirleo (1895) isolent une levure d'un néoplasme du poumon de cobaye. Ils observent •cette levure avec une coloration à l'hématoxyline et trouvent un noyau logé au centre de la cellufe, qui occupe la majeure partie de la*

lO

cellule; il est formé d'une vésicule limitée par une membrane et contient à son intérieuf un certain nombre de granules qui représentent de la chromatine. Au moment du bourgeonnement, il s'étire et pénètre dans les jeunes bourgeons en se divisant par amitose.

Mais bientôt après, Roncali (iSgS), étudijint quelques levutes pathogènes trouvées dans différents tissus et s'appuyant sur les recherches de Sanfelice, conteste les résultats .de MafT^ci et âirleo, et décrit chez les levures un protoplasme formé de deux substances, dont Tune périphérique se colore fortement et l'autre centrale se teint moins intensivement et a dans les préparations fraîches un aspect hyalin. On trouve disséminés dans la partie hyaline de ce protoplasme des granules réfringents qui fixent les matières colorantes et auxquels on doit attribuer la valeur de grains de nucléine. 'La nucléine serait» donc mélangée au protoplasme comme chez les bactéries. Ces résultats sont obtenus à l'aide du carmin de lithium.

Eisenschitz (iSgS) retrouve dans le protS-, plasme des levures des granulations analogues à celles de Raum. 11 colore ces préparations par le vert de méthyle et le rouge de Congo. 11 décrit dans la cellule deux catégories de granules qui • fixent énergiquement les matières colorantes ; les uns se trouvent dans le protoplasme, les

autres sont situés dans la vacuole et ordinairement dans la^ périphérie. Ces granulés se distinguent par leur réaction chimique; les premiers résistent à Faction d'une solution concentrée d'acide chlorhydrique ; au contraire ceux qui sont conteijus dans les vacuoles se dissolvent comme la nucléine ^et cette propriété, jointe à l'absence du noyau et à leur affinité pour les matières colorantes, fait admettre à l'auteur qu'ils sont de nature nucléique. Le noyau de ces ôtres élémentaires serait donc réduit à l'état d'une simple vacuole contenant * un certain nombre d'éléments solides qui représenteraient des grains de chromatine. L 'hypothèse de l'origine vacuolaire du noyau ,avait déjà été formulée par quelques histologistes et, entre autres, Hofmeister et Auerbach; Eisenschitz se croit autorisé à considérer cette vacuole comme un ^tadje primitif de l'évolution du noyau ^ qui serait complété dans le développement phylogénétique pour en arriver à la conformation du noyau des organismes supérieurs. Nous verrons plus Iftin que cette théorie sera reprise par Wager.

Gurtis(i895)découvre dans certaines tumeurs malignes une levure qu'il désigne sous le nom de S. iumefaciens. Sous l'inspiration de MetschnikofT, il ét\idie la structure de cette levure. Il colore avec le vert de méthyle,

réactif spécifique de la nucléine, et n'arrive dans' aucun cas -à démontrer la présence d'un noyau, mais il observe dans le protoplasme dçs granules réfringents : les uns ne sa colprent pas et seraient des matières de réserve de nature albuminoïdé, Iqs autres fixent le vert de; méthyle ej peuvent être assimilés à 4^s grains de chromatine. En, effet, ces granules disparaissenj; sous Taction des dissolvants de la niicléine e\ après ce traitement le protoplasme prend une couleur foncée paraissant due'à une diûusion de 1^ nucléine.

Macallum (1896), par des pi'océdés d'up autre* ordre, arrive à de semblables résultats. Ayant démqntré, dans des recherches antérieure^, la, présence du fer dans le noyau des animaux et des -végétaux, il essaie de différencier le noyau en mettant en évidence ce métal à Taide de certains réactifs chimiques et il compare les résultats obtenus par cette méthode avec ceux que lui donnent les matières colorantes (hématoxyline, * safranine, éosine) ; il observe . un grand nombre d'organisnfes et notamment des champignons et des algues. Par des colorations à rhématoxyline, après fixation par la liqueur de ^ Flemming, il remarque chez le 5. cerensiœ un petit corps présent, dans chaque levure et correspondant au noyau déduit antérieurement, mais ce corps ne se colore pas par la safrânine

et ne* se* différencie pas. avec rhématoxyline, • lorsqu'on a employé la fixation au sublimé ; Fauteur met en doute sa nature de nucléine. Le S. Ludmgii possède de semblables corps, qui se , manifef^tent encore plus nettement. Le*reste du 'protoplasme se colore fortement et montre une structure alvéolaire dont les ilœuds des mailles contiennent des granulations plus colorables qui ressemblent par certains côtés aux granules, de Raum. Souvent il existe, au lieu de petits alvéoles, d€ grosses vacuoles occupant le centre de la cellule. En traitant la cellule parle suif hydrate d'ammoniaque, on obtient une coloration verte diffuse du protoplasme qui indique la présence du fer disséminé dans tout le protoplasme et qui correspond avec la propriété de ce protoplasme de fixer l'hématoxyline. Mais les granules situés d«ins les* nœuds du protoplasme apparaissent en vert fonôé montrant une condensation de la nucléine et, lorsqu'il existe de grands alvéoles, cette coloration intense se manifeste sur leur périphérie. Enfin il existe une masse fortement colorée en vert qui représente les noyaux des auteurs précédents. Macallum ne croit pas pouvoir les considérer comme tels, étant donnée l'irrégularité de leur coloration avec des colorants nucléaires, et il ignore leur signification, fja nucléine des levures serait donc diffuse dans le protoplasme et il n'existçrait pas de noyau.

Macallum étudie en outre un certain nombre de champignons appartenant à d'autres genres {Hyphelia terrestris^ Agaricus, Cysiopus candi-

, dus^ Aspergillus glaucus) et il constate partout la même particularité, seulement dans^ees derniers la nucléine peut à certains stades drf développement *e condensers sous forme- de véritables noyaux.

• Buscalioni (1896), prenant comme sujet d'étiîr des le S. guttulatus (Robin), parasite de l'intestin du cobaye, fait une étude très soigneuse de la structure de ce blastomycète. Il fixe au moyen de la coagulation par la chaleur et emploie l'hématoxyline de Boehmer comme matière colorante. Il obsef^ve dans chaque cellule deux vacuoles occupant les deux pôles, et laissant entre elles un espace protoplasmique très dense et imprégné de glycogène., où se trouve situé le noyau. Ce noy^u se laisse apercevoir à l'état frais comme une masse arrondie, un peu plus réfringente que le protoplasme. Il se colore facilement avec l'hématoxyline et apparaît comme une masse homogène. La division se fait par amitose : le noyau s'étire, pénètre dans le jeune bourgeon, se rétrécit dans le col et se divisa en deux portions. Le protoplasme renferme quelquefois des granulations qui fîxcRt l'hématoxyline et qui sont considérées par Buscalioni comme des matières de dégénérescence.

Au moment de la sporulation, le protoplasme devient granuleux et les granules se condensent pour former les spores. Ces granulajtions paraissent être de nature graisseuse, car elles brunissent par l'acide osmique. En même temps le noyau se divise en autant de noyaux filles qu'il y aura de spores. Cette division paraît s'opérer suivant un mode différent de celui du bourgeonnement et qui rappelle la karyokinèse.

Errera et Laurent (1897), dans le texte de leurs planches physiologiques, figurent des cellules de S. cereçisiœ avec un noyau qu'ils colorent à l'hématoxyline et dont ils affirment l'existence.

Vers la même époque (1897), Casagrandi fait une étude détaillée de la membrane des levures et en profite pour toucher à la question du noyau qu'il colore à l'hématoxyline, et sur lequel il se propose de revenir dans une étude postérieure. Dans le protoplasme il distingue des granules réfringents qui sont localisés soit dans le protoplasme soit dans» l'intérieur des vacuoles; ces granules sont disposés d'une manière très variable; souvent ils rappellent le<îentralfalden de Hieronymus. Vill avait déjà signalé dans les levures des granules qu'il considérait comme des globules d'huile. Casagrandi confirme cette manière de voir et monti'e que ces granules se dissolvent après un traitement prolongé dans l'éther et qu'ils

brunissent par l'acide osmique. Us joueraient le rôle de matières de réserve.

Hans Ziemann (1898) essaie un nouveau procédé de double coloration (bleu de méthylène et éosine) (jui lui donne des résultats satisfaisants chez les protozoaires, les champignons et les bactéries» Il décrit chez quelques champignons (Oïdium lactis^ Oidiiim albicans^ S. cereçisiœ^ S. niger) un noyau se teignant en rouge, contenu dans une zone achromatique et qui se détache du protoplasme coloréenbleu. Ce noyau est susceptible de se diviser et il peut exister jusqu'à seize noyaux dans chaque cellule.

En^résence des divergences d'opinion régnant jusqu'alors sur le noyau des levures, Bouin(i898^ essaie deî trancher la question, et entreprend une série de recherches sur un certain nombre de levures (S. pastorianus, S. cereçisiœ, S. Ludwigii^ S.mjycoderma^ S. tamefaciens). Les résultats les plus favorables sont obtenus avec l'hémalun et surtout l'hématoxyline de Heidenhain après fixation à l'alcool ou au sublimé. Il constate la présence d'un noyau qui est quel* quefo!s,homogène, mais qui souvent se montre constitué d'une membrane d'enveloppe et d'un nucléoplasme contenant des granules colorables de chromatine. Ce noyau est souvent d'un contour irrégulier qui semblerait dû à des mouvements amiboïdes. Pendant la fermentation, le

noyau envoie deè prolongements de tous côtés et se met en relation avec le protoplasme, prenant ainsi des formes étoilées. Le mode de division le plus "fréquent pendant le bourgeonnement est Tamitôse ; cependant, dans le S. 'LucU wigii et dans le S. nvycoderma vinè et cereçisiœ on constate des divisions particulières que l'auteur considère comme intermédiaires entre 'la division directe et la karyokinèse.

,En plaçant le S. cere^nsiœ dans le milieu où l'avait cultivé Hieronymus, c'est-à-dire dans une solution de 20 p. 100 de saccharose, Bouin obtient une structure qui rappelle ceUp qu'avait décrite cet auteur. Cette cellule se remplit de granules qui se disposent souvent en spirales comme le centralfaden et qui paraissent posséder les réactions de la nucléine ; ce seraient des noyaux. Un tel milieu de culture seinble d'une trop forte concentration pour la levure, qui se gonfle et arrête son bourgeonnement sans que le noyau cesse de se diviser et l'on obtiendrait ainsi des cellules plurinucléées. Ces divisions successives du -noyau dans une même cellule sans partage de la cellule ont été constatées par plusieurs observateurs dans d"es cellules placées dans des conditions défavorables, et l'auteur considère cette anomalie comme provenant de la trop forte concentration du milieu qui amènerait un état pathologique de la cellule.

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Dansla sporulation,' le noyau parait se diviser constamment par un mode intermédiaire entre la mitose et Famitose.

Janssens (1898) reprend de nouvelles recher-

. ches cytologiques sur les levures en collabo* ration avec Leblanc et publie un important mémoire sur la question. La méthode de ces auteurs consiste en ime tixation par le procédé de MoeHer et nne coloration à Thématoxyline • au* fer. Leur étude porte sur S. cereçisiœ^ S* Ludmgii, S. pombe^S. octosporus. Ils constatent toujours l'existence d'un corps nucléaire, de

^ noyau * est constitué par une membrane, un karyoplasme incolpre et un nucléole. Au début de la fermentation, le noyau se vacuolise. Il se présente à Tétat frais sous la forme d'une vacuole renfermant une sphérule animée de mouvements browniens ; bientôt après, il se ramasse sur lui-même et le protoplasme se vacuolise à ses dépens. Enfin, à la faveur d'une nutrition très favorable, le protoplasme comble ces vacuoles et la levure prend en

, frais l'aspect d'\in globule uniformément dense et réfringent. A ce stade la levure fixée présente un protoplasme à structure réticulée typique. Des granules fortements colorés par l'hématoxyline peuvent naître dans les nœuds des trabécules protoplasmiques, où ils sont à l'état d'enclaves. Ces granules correspondraient

aux^ granules de Raum et à ceux de Hieronymus. Ils disparaissent avant la formation des spores et doivent être considérés comme des inteiinédiaires. Ils seraient de nature nucléoalbumînoïde.

Dans les cellules vieilles, le noyau peut se vacuoliser de nouveau et la cellule revient à son état primitif.

La division du noyau s'effectue dans le bourgeonnement par le mode direct (S. cereçisicé)^ mais aussi très souvent par le mode indirect (5. Ludmgii^ S. octosporus). *

Dans les cellules qui se préparent à sporuler, Janssens et Leblanc croient observef une division du noyau en deux noyaux filles qui semblent se séparer complètement, restent quelque temps très rapprochés l'un de l'autre, puis se refusionnent. Ils rapprochent ce phénomène dés conjugaisons nucléaires découvertes par Dangeard et Sappin-Trouffy chez certains chanjpignons et admettent que la cellule infère de Vasque a la valeur d'un œuf fécondé. Ce n^est qu'après cette divis'ion préalable suivie d'une refusion, que s'effectue la division ayant pour but de fournir un noyau à chaque spore. Cette division se fait par karyokinèse.

Malgré ces derniers travaux qui semhblaient démontrerdéfinitivement l'existence d'unnoyau dans les cellules de levure, la question était

encore très contestée, lorsque Wager reprit c^tte étude et publia en 1898 un travail d'une remarquable précision. Il observe le S. cbreçisiœ^ le S. pastorianus^ le S. Ludmgii^ îe S. mj-coderma et une levure rose trouvée dans son laboratoire • Il essaie un grand nombre de fixateurs et s'arrête au sublimé qui lui donne les meilleurs résultats. 11 expérimente également beaucoup de matières colorantes : hématoxyline de Delafield, héraatoxyline au fer, violet de gentiane, safranine, carmin et nigrosine, bleu deméttiylène et fuchsine, bleu de méthylène et éosine ; mais les préparatioi^g les plus favorables lui sont fournies par les mélanges de vert de méthyle et de fuchsine.

Il décrit au début de la fermentation, chez le S. cereçisiœ^ un noyau {noyau des auteurs)^ de structure toujours homogène, et qui ne colore jamais d'une façon très vive. Cet élément toujours accolé à la vacuole correspondrait au nucléole. Cette vacuole qu'il désigne so\is le nom de çacuole nucléaire^ en s'appuyant sur les observations d'Eisenchitz, contient toujours un certain nombre de granules, quelquefois groupés en réticulum très fin, et qui se teignent d'une manière intense avec la plupart des colorants. Ces giianules résistent à l'action de la pepsine, de même que le nucléole; il les considère comme étant de nature chromatique. L'ensemble de

cette vacuole remplie de granules chromatiques et de ce nucléole toujours en contact avec cette vacuole, constituerait, selon lui, le noyau {appareil nucléaire).

Il peut exister en outre, en dehors de la vacuole, de^ granules disséminés dans le protoplasme, qui se colorent également. Les uns, rougissant par la teinture d'alkanna, semblent appartenir à la catégorie des glpbules d'huile. Les autres seraient des matières protéiques. Ces granules offrent parfois des dispositions qui rappellent le centralfaden de Hieronymus. Ils sont très souvent groupés autour d'un nucléole, paraissant servir à sa nutrition ; le nucléole ainsi entouré d'un amas de granules irrégulièrement disposés autour de lui prend alors des formes étoilées,' qui lui donnent l'aspect décrH par Bouin pendant la fermentation.

A «ne période plus avancée de la fermentation, la vacuole. nucléaire disparaît et dnvoit se former une énorme vacuole imprégnée de glycogène, qui refoule le protoplasme à la périphérie de la cellule. Le protoplasme est alors réduit à une mince couche pariétale, contenant sur un de ses côtép le nucléole et les éléments chromatiques disséminés autour ou nucléole. Cette vacuole n'a ^ni la structure, ni le même rôle que la vacuole nucléaire.

Dans les jeunes cellules, on trouve souvent de nombreuses vacuoles nucléaires; elles semblent se fusionner pour former la vacuole unique qu'on trouve au début de la fermentation.

La division du noyau pendant lef bourgeonnement se produit toujours par amitose. La vacuole nucléaire pousse dans le jeune bourgeon un prolongement dans lequel s'accumulent un certain nombre de granules de chromatine et qui se réparent par constriction de la vacuole primitive; le nucléole subit en même temps un phénomène analogue pour donner deux nucléoles fils.

Chez le S. Ludmgii^ il existe ordinairement deux vacuoles situées aux deux pôles de la cellule et une vacuole nucléaire toujours en contact avec le nucléole efr atl milieu de la cellule. Quelquefois cependant cette yacuole reste éloignée du nucléole, mais en ce cas lui est toujours unie par un mincie filet de granules chromatiques.

Au moment' de la sporulation, on observe une division de la vacuole nucléaire qui aboutit à une vacuolisation complète du protoplasme lequel preqd alors un aspect rappelant la structure de Butschli. Les granules chromatiques se placent alors au voisinage du nucléole qui occupe le centre de la cellule, puis ils

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disparaissent en partie, paraissant absorbés par le nucléole dans lequel se condenserait tout le , noyau ; et à ce moment commence la division du noyau par un procédé qui rappelle un peu la karyokinèse.' Le protoplçtsme se rassemble autour du noyau et se partage en autant de masses qu'il y a de spores. Les spores naissent d'abord très petites, puis grossissent peu à peu en absorbant le reste du protoplasme de la • cellule mère. Chaque spore possède un noyau constitué uniquement d'un nucléole accolé à l'un des côtés de la membrane et d'où part un protoplasme rayonnant. Wager n'a jamais observé de conjugaisons nucléaires précédant la division, comme l'avaient signalé Janssens et Leblanc.

L'auteur, ayant remarqué la même structure avec vacuoles nucléaires et nucléoles chez un Mucor qui s'était développé accidentellement dans les cultures, se demande si cette structure ne serait pas répandue chez beaucoup de champignons inférieurs (i).

Cette interprétation toute nouvelle a l'avantage de concilier les deux opinions contradictoires qui partageaient les observateurs qui

(i) Vuillemin avait déjà i-emarqué dans V Entomophtora glaeospora des noyaux accolés à des vacuoles, limités par une sorte de membrane très délicate et renfermant quelques fines granulations de chromatine.

avaient étudié la structure des levures., La précision de ces recherchés, le grand nombre de méthodes de coloration essayées,- joints à la notoriété de Tauteur, donnèrent une très grande importance à ces observations qui sem-" blaient définitivement résoudre ce problème si complexe.

Aussi ce travail fut-il très bien accueilli par la plupart des botanistes (Matruchot, Reçue gén. de bot.; Poirault, Année biologique ; Evvevsi^ Bull, de l'Uniçersité de Bruxelles) (i).

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